Les Special ForcesPour éviter une confusion entre les « Special Forces » et les forces spéciales au sens général du terme, les forces armées des États-Unis utilisent le terme Special Forces exclusivement pour désigner les bérets verts (ayant réussi la Q-course (Special Forces Qualification Course (SFQC)) et étant autorisés à porter le tab « Special Forces » en récompense), et le terme « Special Operations Forces » (« forces d'opérations spéciales ») pour désigner les forces menant des opérations spéciales en général (tels que les PsyOps, Rangers, Special Operations Aviation qui eux n'ont pas nécessairement accompli la Q-Course). Les forces spéciales sont une des sous-catégories des forces menant des opérations spéciales. (SF), en français Forces Spéciales, plus connues sous leur surnom de « Bérets verts » (Green Berets), est le nom d'une des entités faisant partie des forces spéciales de l'United States Army (Armée de terre américaine).

Spécialisées dans les actions commandos, la guerre non conventionnelle ainsi que la formation de troupes alliées, elles ont, depuis leur création en , été engagées dans la plupart des conflits impliquant les États-Unis.

Missions Les bérets verts ont sept types de missions principales selon le manuel des forces d'opérations spéciales de l'US Army Headquarters, Department of the Army, Army Special Operations Forces, Field Manual No. 3-05 (100-25), septembre 2006 : guerre non conventionnelle (Unconventional Warfare ou UW) : définie comme une large gamme d'activités, généralement conduites sur une longue durée, avec des forces indigènes ou supplétives. C'est le noyau fondamental des missions des SF, qui sont spécifiquement organisées et formées pour la guerre non conventionnelle. Généralement, les SF forment, encadrent voire commandent des forces étrangères alliées (armées ou guérillas) contre un ennemi commun ; formation de troupes étrangères (, FID) : un autre rôle important des SF, bien qu'il soit également mené par des unités classiques comme les Marine Expedionary Unit (Special Operations Capable). Il s'agit d'aider un gouvernement allié à lutter contre une guérilla qui cherche à le renverser ; action commando (Direct Action, DA) : ces missions concernent des attaques faites par surprise et avec rapidité sur des objectifs à haute valeur stratégique (postes de commandement, dépôts de munitions, bases aériennes ou portuaires, etc.) ainsi que la libération d'otages et l'élimination ciblée ; reconnaissance spéciale (Special Reconnaissance, SR) : missions de reconnaissance d'importance stratégique ou opérationnelle. Elles sont en général conduites en profondeur derrière les lignes ennemies ; contre-terrorisme (Counterterrorism, CT) : toutes les unités SF peuvent appuyer des opérations de contre-terrorisme. Des unités SF spécialement organisées, équipées et entraînées font partie des plans de réserve de théâtre pour des opérations de contre-terrorisme ; soutien limité aux Information Operations (IO) : emploi de divers moyens pour influencer, interrompre ou compromettre la prise de décision adverse ; contre-prolifération d'armes de destruction massive (Counterproliferation, CP) : la mission peut comprendre la localisation, la capture ou la récupération de telles armes.

Historique Les différentes forces armées des États-Unis avaient fondé pendant la Seconde Guerre mondiale un certain nombre de forces spéciales, notamment les unités de l'OSS et le 1st Special Service Force, connu sous le nom de la Brigade du Diable (Devil's Brigade). Mais ces unités furent dissoutes après la fin de la guerre.

Pendant la Guerre froide

Ces activités furent d'abord reprises au début de la guerre froide par l'agence nouvellement créée, la Central Intelligence Agency (CIA), mais les échecs de « l'agence » dans ses opérations pendant la guerre de Corée, ont conduit les militaires américains à créer leurs propres forces spéciales.

Le est créé l'Office of the Chief of Psychological Warfare, précédant de peu celle du Psychological Warfare Center à Fort Bragg en mai 1951. Le nom de « Psychological » a été en partie choisi pour dissimuler ses vraies activités, car elles comprennent à la fois la guerre psychologique et les activités de forces spéciales. Il sera d'ailleurs renommé en 1956.

La première unité des Special Forces est le SFG (Special Forces Group ; la dénomination complète est Special Forces Group (Airborne) ou SFG (A)), créé le et placé sous le commandement du colonel Aaron Bank, un ancien du 1st Special Service Force. Le nombre 10 a été choisi pour tromper les Soviétiques sur le nombre de SFG existants. Les membres de l'unité sont alors des vétérans du Special Service Force, de l'Office of Strategic Services (OSS), de la Parachute Infantry (troupes aéroportées) et des guérillas du Pacifique. Cette unité a alors deux missions, la guerre non conventionnelle (guérilla) et la guerre psychologique. La doctrine de l'époque du SFG le consacre uniquement à un éventuel conflit ouvert entre le bloc communiste et le bloc capitaliste. Dans cette optique d'une Troisième Guerre mondiale, les Special Forces auraient pour mission de s'infiltrer dans les territoires européens envahis par l'Armée rouge et d'agir sur ses arrières, notamment en liaisons avec les résistances qui se formeraient dans les pays envahis.

Parmi les premiers membres de ce centre figurent quelques dizaines d'étrangers originaires d'Europe de l'Est qui se sont engagés dans le cadre du Lodge Act (Public Law 957, loi promue par le sénateur républicain du Massachusetts Henry Cabot Lodge, Jr., qui leur permettait d'obtenir la citoyenneté américaine après cinq ans de service dans l'armée), parmi lesquels Lauri Törni.

Guerre contre-insurrectionnelle À partir des années 1950, les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) tentent de placer des gouvernements alliés dans un maximum de pays. Un grand nombre de pays alliés des États-Unis font face à des guérillas communistes, qui parviennent même à Cuba à s'emparer du pouvoir. En Asie du Sud-Est, d'autres guérillas menacent les pays alliés : Viêt-Cong au Viêt Nam et Pathet Lao au Laos.

Les Special Forces sont parmi les premières troupes américaines engagées dans la lutte contre ces guérillas, mais constatent vite la faiblesse des tactiques utilisées. Un changement doctrinal s'opère, notamment avec l'aide d'experts français de la contre-guérilla, dont les méthodes ont été mises au point pendant la guerre d'Algérie et en particulier la bataille d'Alger. Ces doctrines ne concernent pas seulement les tactiques mises en œuvre pour éliminer les guérillas, mais prennent en compte l'importance du peuple entier dans la participation aux insurrections. La doctrine mise au point, appelée contre-insurrection (Counter-insurgency, abrégée en « COIN »), sera largement mise en œuvre pendant la guerre du Viêt Nam. On peut noter, entre autres missions, l'intervention de de la compagnie E du SFG lors de la seconde occupation de la République dominicaine par les États-Unis en 1965.

Guerre en Asie du Sud-Est vignette|upright=1|En partance pour la tentative de libération de prisonniers de guerre à Son Tay en 1970.

Sous les présidences de Dwight D. Eisenhower puis de John Fitzgerald Kennedy, les Special Forces se développent et, en tant que spécialistes de la guerre non conventionnelle et chargées de l'instruction des armées alliées, elles seront les premières engagées (directement ou indirectement) contre les guérillas communistes dans les pays alliés des États-Unis. Pour ce faire, de nouveaux Special Forces Groups sont créés, aux côtés du SFG qui reste axé sur l'Europe.

En 1957, est créé le SFG à Okinawa (Japon), d'où sont issus les unités des Special Forces qui seront envoyés en Asie du Sud-Est. Cette même année marque l'arrivée de quelques dizaines d'entre eux au Viêt Nam pour l'instruction de l'armée de la République du Viêt Nam (ARVN). Toutefois c'est au Laos qu'ils vont participer directement aux premiers combats. À partir de 1959, les Special Forces et la CIA opèrent au Laos en civil, relégués au second plan par les militaires français. Le repli de la France du Laos permettra aux Special Forces d'opérer en uniforme. Dans le cadre de l'opération Hotfoot puis White Star, elles forment l'armée laotienne et des milices rurales pour la lutte contre le Pathet Lao, permettant de défaire celui-ci au cours de l'année 1962.

Cette expérience du Laos permet aux Special Forces de se familiariser avec les tâches (instruction d'armées alliées, reconnaissance, opérations spéciales) qu'elles mèneront au Viêt Nam. En est constitué l’« US Army Special Forces, Vietnam, Provisional », un groupe des Special Forces détaché au Viêt Nam et basé à Saïgon, puis à Nha Trang à partir de 1963. Il deviendra le SFG en et formera notamment les maquis anticommunistes CIDG (« », se prononce « sid-gee ») parmi les ethnies non vietnamiennes, les milices RF et PF ( et ) d'autodéfense des villages stratégiques, et à partir de 1966 la dite « ».

Dans leurs actions, les Special Forces se montrent efficaces mais ont besoin de l'appui des forces conventionnelles, notamment la division de cavalerie qui mène en 1965 la campagne de Pleiku pour protéger les camps des Special Forces des attaques Viêt-Cong du Front national de libération du Sud Viêt Nam. À leurs côtés sont formées de nombreuses autres forces spéciales, comme les SEAL et les unités de reconnaissance Ranger et (LRRP) ou « Lurps »). Les éléments du Military Assistance Command, Vietnam – Studies and Observations Group seront pour une large part recrutés parmi les SF. L'une des dernières opérations des bérets verts au Viêt Nam est le raid de Son Tay.

Après le Viêt Nam vignette|upright=1|Le sergent Gregory Fronius entraînant un soldat salvadorien au tir.

De 1981 à 1992, les Special Forces furent impliquées dans la guerre civile du Salvador aux côtés du gouvernement contre la guérilla du Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN), principalement en entraînant les forces gouvernementales. Les effectifs de celles-ci passèrent de avant 1980 à en 1987.

Pour rassurer le Congrès que les forces américaines ne se retrouveraient pas impliquées directement dans ce conflit comme elles l'avaient été au Viêt Nam, l'exécutif imposa une limite de 55 au nombre de soldats US déployés pour un an au Salvador (des A-teams effectuaient des tours de courte durée, six à douze semaines, ce qui fait qu'en 1987 il y avait plus de US réellement déployés dans ce pays). Cette limite empêchait les Américains (principalement des SF) de s'impliquer directement dans les opérations et les forçait à se concentrer sur la formation des troupes locales. Ce n'était pas sans risques pour autant : lors d'une attaque de guérilla sur le quartier-général de la d'infanterie à El Paraíso le , le Sergeant First Class Gregory A. Fronius du SFG fut tué en plus de salvadoriens. Le , le camp fut à nouveau attaqué et cinq hommes du SFG participèrent aux combats pour éviter que le camp ne soit submergé ; Major Paul P. Cale, The United States Military Advisory Group in El Salvador, 1979-1992, 1996 ; .. En , lors d'une offensive du FMLN sur la capitale, dix-huit bérets verts durent se retrancher 24 heures dans un étage de l'hôtel Sheraton dont les guérilleros avaient capturé le rez-de-chaussée ; .. En 1992, le FMLN signa des accords de paix avec le gouvernement. Une controverse éclata sur le fait que les décorations des vétérans US du Salvador étaient systématiquement minorées pour dissimuler le fait qu'ils étaient impliqués dans des combats. En 1998, le Congrès ordonna que les soldats ayant servi au Salvador soient décorés de la Armed Forces Expeditionary Medal, ce qui ouvrit aussi la porte à d'autres décorations pour combat ; .

À la fin des années 1980, quelques soldats des SF furent employés par la CIA pour former des moudjahidines afghans au Pakistan lors de la guerre contre les Soviétiques (passage ). Fait également rapporté dans ; ; .