Philip Kimely Boit, né le à Kesses, au Kenya, est un fondeur kényan et le premier athlète de son pays à participer aux Jeux olympiques d'hiver en .

Il reste célèbre pour avoir été le premier Africain noir participant à une épreuve de ski nordique aux Jeux olympiques et pour avoir marqué les imaginaires à travers le monde en tant que skieur africain. Il est également célèbre pour avoir persévéré dans le ski nordique durant une carrière sportive de plus de dix ans sans obtenir d'autres résultats que ceux le cantonnant aux dernières places.

Il met un terme à sa carrière de skieur en après avoir participé à et .

Biographie

Jeunesse

Philip Boit est né à Kesses, dans le comté de Uasin Gishu, près d'Eldoret, une ville sur les hauts plateaux de la vallée du Rift à plus de d'altitude, dans l'ouest du Kenya, en Afrique.

Il grandit dans une famille de fermier près de la ville d’Eldoret d'où proviennent de nombreux champions d’athlétisme kényans, dont Kipchoge Keino plusieurs fois champion olympique qui est à l'origine d'un centre d'entraînement de haut niveau en altitude de l'IAAF à Eldoret qui, en favorisant l'émergence de champions pour le pays., a fait de cette ville la Mecque de la course à pied à travers le monde..

Dans cet environnement athlétique propice, regroupant les meilleurs coureurs à pied kényans, Philip Boit entame une carrière de coureur de fond Fiche de Philip Boit sur le site de l' IAAF. Il compte parmi les membres de sa famille son oncle Mike Boit médaillé de bronze en athlétisme sur le (épreuve de demi-fond) des Jeux olympiques d'été de Munich de .

Sponsoring de Nike pour une préparation aux Jeux

Le projet d'un équipementier sportif

En , l'entreprise Nike tourne ses activités vers les sports d'hiver. L'entreprise sponsorise déjà de nombreux athlètes kényans parmi lesquels elle décide de rechercher des candidats pour une proposition de sponsoring en vue de participer aux Jeux olympiques d'hiver. Elle prend contact avec les athlètes par l'intermédiaire de l'ancien entraineur de l'équipe nationale kényane, Mike Kosgei, qui en est parti entraîner l'équipe de Finlande après avoir été licencié de sa fonction d'entraineur de l'équipe du Kenya. Nike demande à ce dernier de sélectionner deux athlètes pour leur projet. Kosgei choisit les athlètes kényans Philip Boit coureur de fond et demi-fond et spécialiste du steeple .

Mark Bossardet, directeur de chez Nike en , fait partie de ceux à l'origine du projet dont l’idée sous-jacente est de transposer les qualités athlétiques des coureurs à pied kényans sur une discipline comme le ski de fond :

Des critiques de ce projet sont émises qui accusent l'entreprise Nike de vouloir faire une grossière opération de marketing. On y voit une exploitation d'athlètes africains par une grande multinationale pour un projet voué à l'échec si l'on considère le scepticisme général qui se développe à l’époque à propos de l'idée de faire courir, avec des skis, des africains sur la neige.

Charles Mokura, membre du comité national olympique du Kenya écarte ces critiques en conférence de presse, quand Gian-Franco Kasper secrétaire général de la Fédération internationale de ski reproche à Nike de faire une opération de markéting pour gagner des parts de marché dans les sports d'hiver.

Pour sa défense les responsables de Nike répondent qu'il n'y a aucune publicité associée à la présence des skieurs kényans aux Jeux olympiques et qu'ils réfléchissent à l'idée de sponsoriser les deux kényans jusqu'en pour le championnat du monde; allant jusqu'à affirmer qu'ils travaillent sur un projet de centre d'entrainement en altitude au Kenya pour les skieurs.

De son point de vue, Philip Boit envisage ce projet comme une possibilité d'être sponsorisé pendant l'hiver afin de s'entrainer en vue des épreuves d'athlétisme estivales. Dans le même temps il pense qu'il s'agit d'une opportunité pour participer à des Jeux olympiques alors que ses performances en fond et demi-fond ne lui permettent pas de surmonter de manière probante la concurrence qui règne sur ses distances dans l'équipe nationale d’athlétisme Kényane.

L'entrainement finlandais Nike investit pour que Boit et Bitok se rendent en Finlande. Les deux kényans découvrent le ski de fond durant l'hiver -. Bitok arrive en Finlande en pensant venir s'entrainer pour la course à pied, sans avoir aucune idée où il met les pieds :

Boit lui-même a entendu le mot dans la présentation du projet et pense qu'il s'agit d'un sport comme la course à pied mais qui consiste à courir sur la neige..

Les deux athlètes sont installés au près de Lahti, à au nord-ouest d'Helsinki la capitale de la Finlande.

Ils s'y entrainent durant les deux ans qui précédent les Jeux olympiques d'hiver de à Nagano au Japon afin d'y participer.

Leur premier jour de découverte de la neige a lieu le , le ils sont pour la première fois sur des skis, le février ils font leur première dizaine de kilomètres. Aux premières expositions au froid leurs ongles tombent et leur peau s'écaille; Boit pense être malade et veut aller à l'hopital, son encadrement lui dit que c'est une réaction normale. Aux entraînements les deux kényans ont des difficultés pour contrôler leurs skis dans les descentes les plus pentues et prendre les virages à haute vitesse. Ils se perdent sur les pistes de ski. Devant les difficultés, le froid et les longues nuits d'hiver, ils pensent, à plusieurs reprises, à retourner au Kenya.

Ils bénéficient de l' encadrement de la préparatrice physique Tina Saminen, une employée de l'entreprise Nike qui remplit également la fonction d'attachée de presse et de l'entraineur Jussi Lehtinen. Le comité olympique finlandais les aident en les intégrant dans des stages de préparation.

Un an plus tard, en , ils participent à leur première course en Finlande. Fin ils améliorent leurs performances en passant de à sur le ; Jussi Lehtinen pense alors que les kényans peuvent rentrer dans le top mondial des meilleurs skieurs dans les . Ils finissent derniers aux courses auxquelles ils participent mais ils acquièrent une notoriété dans le pays et le public vient les voir skier à Lahti.

De son côté Nike consacre pour concevoir la tenue des athlètes aux couleurs du Kenya.

Qualification pour les Jeux

À la veille des Jeux, les deux kényans ont participé à courses internationales pour pouvoir remplir les conditions de participations aux Jeux olympiques.. Ils n'ont pas pu se qualifier aux temps mais ils ont rempli le minimum standard demandé de courses pré-olympiques A noter que depuis les Jeux olympiques de 1992 à Albertville des règles de qualifications ont été mises en place pour éviter un trop grand amateurisme. On pouvait lire dans le journal Le Monde du : . Toutefois pour ce mode de qualification les règles internationales du ski prévoient que le pays concerné ne peut présenter qu'un seul skieur aux Jeux olympiques; en conséquence Philip Boit est sélectionné par le Kenya aux dépens d'Henry Bitok pour représenter le pays en ski de fond sur le en style classique.

Première participation d'un kényan aux Jeux olympiques d'hiver Philip Boit devient ainsi le premier africain noir à participer à des Jeux olympiques d'hiver en ski nordique; le premier noir africain ayant participé à des Jeux olympiques d'hiver étant le sénégalais Lamine Gueye en ski alpin aux Jeux olympiques de Sarajevo en ex-Yougoslavie, actuelle Bosnie-Herzégovine, en .

À noter que toutes catégories confondues, le premier Africain noir à avoir participé à des Jeux d'Hiver est l'ougandais Tofiri Kibuuka qui participa aux premiers Jeux Paralympiques d'hiver à Örnsköldsvik en Suède en .. Les premiers africains aux Jeux olympiques d'hiver sont les athlètes d'Afrique du sud à Squaw Valley en .. Les premiers africains à participer à une épreuve de ski de fond aux Jeux olympiques d'hiver sont les marocains , et qui ont couru aux Jeux olympiques de 1992 à Albertville sur l'épreuve du .

Philip Boit est le premier kényan à participer à une édition des Jeux olympiques d'hiver. Étant l'unique athlète de sa délégation il devient le porte-drapeau du Kenya lors de la cérémonie d'ouverture aux Jeux..

La présence de Boit aux Jeux olympiques d’hiver suscite l'incrédulité comme l'amusement de la part d’athlètes kényans. Du côté des officiels des instances du ski, certains voient d'un mauvais œil ce genre d'entreprise, s'inquiétant d’assister au développement d’un tourisme olympique dans des compétitions de haut niveau avec l'arrivée de sportifs possédant de faibles compétences en ski

Les en style classique d'Habuka vignette|center|Affiche des Jeux olympiques de Nagano, Japon. Le , sur le site olympique de Snow Harp, à Hakuba, des Jeux olympiques de Nagano, la course du en style classique est lancée. Boit part sur la ligne de départ avec deux semaines sans entrainement à la suite de précédents problèmes stomacaux pour lesquels il a été hospitalisé. Les conditions de courses sont difficiles du fait de la météorologie qui, par la présence persistante de la pluie, rend la neige de la piste de ski très collante. Boit, n'étant pas accoutumé à une neige humide et lente, tombe plusieurs fois tout au long de la course. Les observateurs notent qu'il donne plus l'impression de courir avec des skis que de glisser grâce à eux :

Dans une montée il va jusqu'à ne plus respecter le style classique pour changer de style et skier en pas de skating; ce qui peut le mener à la disqualification.

Alors que le champion norvégien Bjørn Dæhlie, considéré comme une légende dans le ski nordique, a déjà remporté la course, soit sa sixième médaille d'or aux Jeux olympiques à ce moment-là., celui-ci n'accepte pas de se rendre à la cérémonie de remise des médailles avant que Boit, le dernier coureur, ne finisse sa course. De fait il l’attend sur la ligne d'arrivée pour le féliciter ., retardant ainsi le protocole olympique. Boit se classe à la et dernière place de la course dans un temps de mais il est chaleureusement accueilli par Bjørn Dæhlie, arrivé plus tôt, dans une scène d'esprit sportif pour l'un et de ténacité pour l'autre qui est télévisée et qui marque en émotion ces Jeux olympiques de ..

La scène est ressentie comme . Ce jour-là Philip Boit gagne autant en publicité que le champion olympique.

vignette|upright=0.8|alt=Le pape Jean-Paul II|Le pape Jean-Paul II.

Quelques jours plus tard, le pape Jean-Paul II fait référence dans un discours à ce moment olympique en le citant comme exemple d'humanité :

Cette expérience est si marquante pour Boit qu'il donne le prénom de Dælhie à son fils né quelques semaines après la fin des Jeux de Nagano et qu'une grande amitié nait entre les deux hommes, au point qu'après cette expérience de vie ils s'entraineront souvent ensemble en Norvège comme au Kenya.

L'après Nike Après les Jeux de Nagano Philip Boit perd son support offert par Nike. Il continue toutefois à s'investir dans la pratique du ski de fond dans les compétitions de haut-niveau et participe à plusieurs autres éditions des Jeux olympiques d'hiver.

Jeux olympiques de Salt Lake City, vignette|center|alt=Logo des Jeux de Salt Lake City.|Emblème des Jeux de Salt Lake City.

En Nike abandonne le sponsoring de son athlète , mais Boit n'abandonne pas le ski de fond et souhaite poursuivre sa carrière de skieur pour participer aux Jeux olympiques d'hiver de 2002 à Salt Lake city aux États-Unis d'Amérique. Au Kenya il s'entraine sur ski-roues et se finance en vendant des vaches de son troupeau pour atteindre son objectif . Nike le sponsorise à nouveau en , un an avant les Jeux.

Jusqu'à présent il pratiquait à la fois la course à pied et le ski nordique; à partir de il se consacre exclusivement au ski. Il participe à différentes compétitions internationales en Finlande, en Suède, et participe aux championnats du monde à Ramsau, en Autriche, en où il s'aligne sur le en style classique et termine à la place sur ..