Claude Debussy est un compositeur français né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à Paris.
En posant en avec Prélude à l'Après-midi d'un faune le premier jalon de la musique moderne, Debussy place d'emblée son œuvre sous le sceau de l'avant-garde musicale. Il est brièvement wagnérien en 1889, puis anticonformiste le reste de sa vie, en rejetant tous les académismes esthétiques. Avec La Mer, il renouvelle la forme symphonique ; avec Pelléas et Mélisande, l’opéra français sort des ornières de la tradition du drame lyrique, tandis qu’il confère à la musique de chambre, avec son quatuor à cordes, des accents impressionnistes inspirés.
Une part importante de son œuvre est pour le piano et utilise une palette sonore particulièrement riche et évocatrice. Claude Debussy laisse l’image d’un créateur original. Son influence sera décisive dans l’histoire de la musique.
Biographie Enfance vignette|gauche|upright=0.8|Maison natale datée du , devenue Office de tourisme au rez-de-chaussée et Musée Claude Debussy à l’étage (Saint-Germain-en-Laye). Achille-Claude Debussy naît dans la maison familiale au , rue au Pain à Saint-Germain-en-Laye, le « Du vingt-deux août mil huit cent soixante deux onze heures du matin. Acte de naissance de Achille Claude, du sexe masculin, né ce matin à quatre heures et demie, chez ses père et mère à Saint-Germain rue au pain , fils du Sieur Manuel Achille Debussy, marchand faïencier, âgé de vingt-sept ans, et de Dame Victorine Manoury, même profession, âgée de vingt-six ans. Mariés au village Levallois (Seine). Les témoins ont été les sieurs André François Mallet, menuisier, rue au pain , âgé de cinquante et un ans et Ambroise Fabre, marchand de parapluies, même rue , âgé de trente-quatre ans. L’enfant nous a été présenté et la déclaration faite par le dit sieur Debussy, son père, qui a signé avec les témoins et avec nous, Jules-Xavier Saguez de Breuvery, maire de cette ville, officier de l’état civil, après lecture faite. » Cf.. Ses parents, Manuel-Achille, un ancien militaire, et Victorine Manoury, sont vendeurs de céramiques et de poteries (« marchands faïenciers »). Onze mois plus tard, le , sa sœur Adèle vient au monde, également au 38, rue au Painacte (), registre des naissances de l'année 1862 (cote 1139097), état civil de Saint-Germain-en-Laye sur le site des Archives départementales des Yvelines.. Claude Debussy est baptisé le en l’église Saint-Germain ; son parrain est le banquier Achille Arosa, sa marraine est Clémentine Debussy., tante de Claude et maîtresse d’Arosa, qui signe le registre du nom d’Octavie de la Ferronière afin de rendre sa liaison plus discrèteAriane Charton, Debussy, coll. « Folio biographies », Folio-Gallimard, Paris, 2012, ..
Les Debussy quittent leur boutique de Saint-Germain-en-Laye vers la fin de 1864, faute de rentabilité. Ils passent un moment à Clichy chez la grand-mère maternelle d’Achille-Claude, Edme Manoury, avant de revenir s’installer à Paris même, en , au 11, rue de Vintimille, où naît le troisième enfant de la famille, Emmanuel, le . Le père Debussy travailla d’abord comme courtier en ustensiles de ménage avant d’entrer en 1868 à l’imprimerie Paul Dupont, ce qui lui permit de déménager à nouveau avec sa femme et ses enfants, cette fois au 69, rue Saint-Honoré.
Au début de l’année 1870, Achille-Claude part avec sa mère enceinte, son frère et sa sœur chez Clémentine Debussy (sa tante paternelle et également sa marraine), à Cannes, où naît le quatrième enfant de la famille, Alfred, le . Le père reste à Paris, où la guerre éclate en juillet. L’imprimerie Dupont licencie son personnel le , et Manuel-Achille se retrouve sans emploi, avant d’accepter un poste au service des vivres de la mairie du , un des futurs foyers de la Commune.
Par l'intermédiaire de sa tante, Claude Debussy prend ses premières leçons de piano, avec un modeste violoniste italien de quarante-deux ans habitant Cannes, du nom de Jean Cerutti. Ce dernier n’aurait rien remarqué de particulier chez Achille-Claude. À Paris, l’insurrection de la Commune éclate ; Manuel-Achille s’engage dans la garde nationale, où, promu, après maintes péripéties, capitaine puis se retrouvant à la tête d’un bataillon, il est arrêté, puis libéré deux jours plus tard, et emprisonné à nouveau, le , par les troupes de Mac-Mahon. Il se trouve interné avec d’autres communards dans le camp de Satory, et doit subir plusieurs interrogatoires suivis d’un procès pour lequel son jugement par le Conseil de guerre est sans appel : quatre ans de prison. Après une année d’incarcération, la peine est commuée en quatre ans de suspension des droits civiques et familiaux. Le reste de la famille, demeuré à Cannes pendant ces événements, rentre à Paris, où Victorine Debussy et ses quatre enfants louent un petit deux-pièces rue Pigalle..
Manuel-Achille rencontre dans les prisons versaillaises un autre prisonnier, Charles de Sivry, musicien autodidacte (il était notamment chef d’orchestre), et beau-frère de Paul Verlaine. Les deux hommes se lient d’amitié et échangent leurs soucis. Sivry propose de confier le jeune Debussy à sa mère, Madame Antoinette-Flore Mauté de Fleurville. Cette dernière, qui avait alors quarante-huit ans, est une excellente pianiste, elle avait même reçu quelques leçons de Frédéric Chopin.. Achille-Claude devint ainsi l’élève de Madame Mauté. Madame Mauté prenait ces leçons très à cœur, et elle fut convaincue des talents de Debussy, ce dernier progressant de manière significative. Debussy lui-même en gardera un bon souvenir, affirmant plus tard : A. Joly Segalen et A. Schaeffner, Segalen et Debussy, 1962, 107.. La fille de Madame Mauté, Mathilde, est l’épouse de Paul Verlaine avec qui elle s’installe rue Nicolet, au côté des Mauté, non loin de la rue Pigalle où logent les Debussy.
Le jeune Achille-Claude, âgé de dix ans, put envisager l’entrée au Conservatoire de Paris. Madame Mauté l’encourage dans cette voie et conseille à ses parents de lui faire tenter le concours d’entrée. Pour cela, il lui faut une relation pouvant appuyer sa candidature. Le père, Manuel-Achille, parvient à joindre le compositeur Félicien David, membre des comités d’examens de chant, d’orgue et de déclamation lyrique. Celui-ci accepte de parrainer le jeune Debussy, et envoie le billet suivant au secrétaire du Conservatoire, Émile Réty :
Claude Debussy est admis au Conservatoire le ; sur les cent cinquante-sept candidats, seuls trente-trois avaient été retenus.
Années d’apprentissage vignette|Portrait par Marcel Baschet (1884).
Debussy a passé plus de dix ans au Conservatoire de Paris. Lors de son entrée, cela ne faisait qu’un an qu’Ambroise Thomas en était le directeur. Il fut inscrit dans la classe de piano d’Antoine Marmontel le et le dans la classe de solfège d’Albert Lavignac.
Avant 1879 Tout le monde s’accorde à dire que Debussy était un élève dissipé, arrivant souvent en retard, et subissant en cela le courroux de sa mère, très sévère sur ce pointSa mère Victorine, exaspérée, aurait déclaré : . Cf. Victor Seroff Claude Debussy, Buchet-Chastel, Paris, 1957, .. Cela ne changea pas grand-chose. Debussy était aussi vu par ses professeurs comme un enfant intelligent et plutôt talentueux. À propos d’une toccata de Bach jouée par Debussy en chez Marmontel, Alphonse Duvernoy écrira : Archives nationales, cote AJ37 238.. À Marmontel d’ajouter un an plus tard dans un jugement d’ensemble : .. En revanche, dans la classe de Lavignac, Debussy fut jugé très en retard sur la théorie. Il ne tarda cependant pas à s’améliorer, si bien que Marmontel écrira en : . Ces progrès, aussi bien en piano qu’en théorie, l’amenèrent tout naturellement à concourir ; il obtint un de piano (après l’interprétation du Concerto en fa mineur de Chopin) et la de solfège. Ses parents étaient présents lors de la remise des prix, et furent très fiers de lui. Son père était sorti de prison depuis presque deux ans, et avait retrouvé un emploi comme auxiliaire aux écritures à la compagnie Fives-Lille ; toute la famille avait déménagé au 13, rue Clapeyron.
En 1875, Debussy était, à treize ans, le plus jeune élève de la classe de Lavignac, qui se montrait satisfait, ayant cependant toujours quelques réserves sur les principes théoriques. En piano, Marmontel était, quant à lui, tout à fait enthousiaste au sujet de son élève. Lors de nouvelles épreuves, Debussy obtint cette fois la en solfège. En piano, il partagea les premiers accessits avec deux autres candidats, il n’y eut pas de premier prix, mais deux seconds (l’épreuve comptait en tout quatorze candidats et comportait notamment la première Ballade de Chopin). Un critique de L'Art musical, présent ce jour-là, écrivit sur Debussy qu’il était François Lesure, Claude Debussy : biographie critique, Paris, Klinkscieck, 1994, 28.. D’ailleurs, du point de vue d'Satie, personne n’a jamais mieux joué Chopin que Debussy.
Cependant, 1876 fut pour Debussy une année qui, d’un point de vue scolaire, ne tint pas ses promesses. Changement qui, selon certains, est à mettre au compte de l’adolescence. Cela n’empêcha pas Marmontel d’envoyer Debussy comme accompagnateur d’une élève de classe de chant, Léontine Mendès, lors d’un concert en province (à Chauny, dans l’Aisne). Ce concert-spectacle organisé par la fanfare des manufactures de glaces se tint le . C’était la première prestation publique de Debussy hors conservatoire, il y accompagna Léontine sur un air de La Juive d’Halévy, ainsi que sur un air de Mignon d’Ambroise Thomas. Il interpréta également une Fantaisie pour violoncelle et piano de Donizetti en compagnie du violoncelliste Samary, suivi, entre autres, d’un Trio pour piano, violon et violoncelle de Haydn. C’était sans compter qu’après le concert, il fut encore sollicité pour tenir le piano dans une opérette d’Offenbach donnée par la troupe de théâtre locale. La presse locale également fut enthousiaste à son égard, , et, dans La Défense Nationale, le critique écrit .
À la suite de cette prestation remarquée, Debussy fut appelé à donner un concert à Chauny le , organisé par la Musique municipale. Les professeurs du conservatoire se montraient moins enthousiastes. Marmontel écrit dans une note du : . Lavignac est plus complaisant () : . Comme un fait exprès, ces deux tendances se vérifièrent dans leurs épreuves respectives. En solfège, ce fut la consécration, Debussy obtint la première médaille avec deux autres candidats ; mais, en piano, aucune récompense. Il faut dire que l’œuvre imposée n’aidait pas vraiment, l’allegro op. 111 de Beethoven, qu’un critique de l’Art musical commente . Ceci explique pour certains que Debussy ait par la suite gardé ses distances avec les œuvres de Beethoven. Dans le jury, on peut noter la présence entre autres de Saint-Saëns et Massenet. En ce qui concerne la technique pianistique de Debussy, ses camarades l’ont toujours considérée comme peu académique. Comme le décrit Gabriel Pierné, un de ses camarades de classe : . Opinion contrastant avec celle de ses professeurs ; hormis le « joli son » (cité précédemment) accordé par Duvernoy, celui-ci ajoute : , en nuançant toutefois : , . Néanmoins, Pierné reconnaît que .