Al-Ahzab (arabe : , français : Les Coalisés) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 73 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période médinoise.

Origine du nom

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate Les coalisés, en référence aux versets 20 et 22 :

Le terme al-ahzab est le pluriel de hizb. Ce mot arabe proviendrait de l’éthiopien. Pour Horovitz, il conserve le sens de « païen » tandis que Jeffery lui fait désigner un peuple, une faction. L’introduction de ce terme pourrait provenir d’une réflexion théologique en lien avec la doctrine qu’a voulu introduire le rédacteur dans le texteJ. Van Reeth, "Sourate 33", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1119 et suiv..

Historique

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq (VIIIe siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.R. Blachère, Introduction au Coran, p.244., cette sourate occupe la 90e place. Elle aurait été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le XIXe par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus n°95, 2011, p. 247-270.E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13., pour qui cette sourate est la .

À première vue, les différentes parties de cette sourate suivent la bataille de la Tranchée. Toutefois, la forme de la sourate interroge les chercheurs. En effet, plusieurs auteurs anciens évoque cette sourate et la considérait comme beaucoup plus longue. S'il est impossible de d’évaluer réellement ce raccourcissement, un « remaniement substantiel » a certainement eu lieu après la mort de Mahomet, cela afin de changer le discours coranique.

L’interprétation de cette sourate est complexifiée par le fait que le contexte auquel la sourate fait allusion a été modifié et manipulé. Cette sourate est unique par le fait qu’elle évoque un événement historique et un personnage réel, non biblique. L’unité de cette sourate a donc été fabriquée, comme cela a été prouvé par Powers, par un ou plusieurs rédacteurs « qui ont ainsi voulu prouver une thèse, en développant implicitement une doctrine ».

Interprétations Cette sourate appartient au groupe des sourates 27 à 36 qui se trouvent presque au milieu du Coran. Hétérogène, en particulier en raison de leur style concis et allusif, cet ensemble se compose principalement d’histoire de prophètes et de prescription en lien avec les fins dernières. Elles ne sont pourtant qu’allusives, ce qui appuie l’hypothèse selon laquelle le Coran est construit comme un commentaire midrashique de textes bibliques connus de la communauté recevant cet enseignementJ. Van Reeth, « Introduction aux sourates 27-36 », Le Coran des historiens, 2019, p.976..

Versets 9-27 : la bataille de la Tranchée Si certains éléments de la sourate dateraient d’après les événements de la bataille de la Tranchée (également appelée « bataille du Fossé »), la rédaction finale de la sourate est bien postérieure. Le texte possède des ambiguïtés, en particulier en raison des liens littéraires formés entre cet épisode et celui, plus tardif, de la fitna. Cet élément renvoie donc à une datation, soit sous les premiers califes (première fitna), soit sous Abd al-Malik (deuxième fitna).

Un parallèle est créé par le Coran entre les factions d'« hypocrites » et ceux qui critiquent la vie personnelle de Mahomet, afin de les associer dans la même réponse qui est d’affirmer que la volonté de Dieu est avec Mahomet.

Cette sourate évoque la soumission complète des opposants de Mahomet et a été associé, par la tradition islamique, au massacre de la tribu juive des Banu Qurayza. Si certaines objections ont été levées quant à l’historicité de cet épisode, il semble que celui-ci soit avant tout une altération de l’histoire. Une partie des captifs ont été probablement expulsés. Cet épisode semble une rétroprojection du règne d’Umar dans la vie de Mahomet afin de ratifier sa politique par le texte coranique.

Verset 37 : Zayd ibn Harithah Le verset 37 de cette sourate est le seul du Coran à évoquer Zayd ibn Harithah, identifié comme le fils adoptif de Mahomet. Néanmoins, cette sourate a connu certainement un « remaniement substantiel du texte », après la mort de Mahomet. La compréhension du contexte de la sourate en est complexifiée. Elle est particulière en ce qu'elle évoque un événement historique précis et par l'évocation d'un contemporain de Mahomet. David S. Powers considère ainsi que les versets 36-40 sont des ajouts « de la génération suivant la mort du Prophète ».

Selon les islamologues, ce passage a été élaboré à partir de plusieurs récits bibliques. La trame du récit autour de Zaynab et de Zayd est ainsi fournie par le récit de David et de Bethsabée. Pour Powers, la majeure partie de l'histoire de Zayd appartient au monde des légendes. Les hadiths qui permettent la contextualisation de cette sourate « n'ont pas pu être fabriqués plus tôt que la fin du premier siècle de l'hégire, c'est-à-dire sous le califat de Abd al-Malik »Van Reeth J., "Sourate 33", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, p.1119 et suiv..

Verset 40 : « Muhammad n’a jamais été le père de l’un de vos hommes... » Pour l'islamologue Guillaume Dye, ce passage s’inscrit dans la volonté de Mahomet de se présenter comme le dernier des prophètes. Or, après la mort de Mahomet et la déception des espoirs eschatologiques, la prophétie aurait dû revenir aux descendants mâles de Mahomet et donc aux alides. « En d’autres termes, ce verset pourrait être, dans son état actuel, une addition tardive, destinée à contrer les prétentions des alides. »M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 30 Q 33:40. Hawting remarque qu’il est compliqué de lire ce passage sans se référer à la Sîra.

L’expression « sceau des prophètes » est une expression apparaissant chez Tertullien et désignant Jésus. L’idée apparaît dans le Livre de Daniel où l’aspect de fin de la prophétie est développé. Dye remarque que Daniel est appelé « « [l’homme] des prédilections » (iš-ḥamudot), ce qui ressemble beaucoup au surnom Muḥammad ». Contrairement à Stroumsa, Pregill associe l’usage de l’expression « sceau des prophètes » au manichéisme qui l’utilise aussi pour désigner Mani. Dans ce courant et certaines approches musulmanes, cette expression évoque l’idée de valider les prophéties anciennes. Pour Stefanidis, cette expression pourrait être une polémique anti-juive critiquant leur attente messianique. Winitzer associe plutôt ce terme à l’idée d’empreinte divine.

De nombreux récits se sont développés sur la famille de Mahomet. Pour Dye, « Il me semble à peu près impossible de retrouver la réalité historique derrière tous ces récits, mais l’idée traditionnelle selon laquelle le Prophète aurait eu sept enfants (un chiffre qui n’est pas anodin dans la culture biblique) ne paraît pas être une information historique. » De même, pour lui, Maria la Copte est une fiction littéraire.

Voir aussi

Articles connexes Islam, troisième religion abrahamique Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran

Bibliographie J. Van Reeth, "Sourate 33", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1119 et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.

Liens externes Texte de la sourate 33 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783.

Notes et références Notes

Références

Ahzab