Aferim! est un film roumain dramatique et historique, coproduction roumano-bulgaro-franco-tchèque, sorti en 2015, réalisé par Radu Jude. Son scénario est le résultat d’une collaboration entre le réalisateur et le prosateur Florin Lăzărescu, qui ont introduit dans les dialogues des fragments de nombreuses œuvres littéraires. Le tournage a eu lieu en Roumanie, en Bulgarie et en Tchéquie. Les rôles principaux ont été interprétés par les acteurs Teodor Corban, Mihai Comănoiu et Cuzin Toma.

L’action du film a lieu en Valachie, dans la première moitié du . Ayant les caractéristiques d’un road movie et utilisant des éléments du western classique, il met en scène un zapciu « policier »Personne qui ramassait les tributs et avait aussi des fonctions de police dans une petite division territoriale comparable à un canton français. et son fils. Ceux-ci cherchent un esclave rom évadé, le trouvent et le ramènent à son maître, qui le punit avec cruauté.

Le film est considéré comme important dans le cinéma roumain., parce qu’il aborde la question de l’esclavage des Roms et attire l’attention sur des problèmes sociaux et des mentalités avec lesquels la société roumaine continue de se confronter, telle l’attitude anti-Roms entre autres.. Grâce à son sujet, le film a été promu au Parlement européen en , en présence d’un nombreux public et de plusieurs officiels, à l’occasion de la Journée internationale des Roms..

La réception critique du film a été bonne en général, aussi bien en Roumanie, que dans d’autres pays. Il a obtenu plusieurs prix, dont le plus prestigieux est l’Ours d'argent du meilleur réalisateur à la Berlinale 2015. Il a également été sélectionné comme entrée roumaine pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère 2016.

Synopsis

L’action du film a lieu en 1835Section d’après le contenu d’image et textuel du film.. Il commence par l’image du zapciu Costandin et de son fils, le jeune Ioniță, qui chevauchent dans un paysage de collines. Le père raconte au fils les horreurs d’une épidémie de peste de son passé.

Les deux hommes rencontrent une vieille paysanne qui conduit une carriole délabrée tirée par un âne fatigué. Costandin lui demande qui elle est, si elle a payé son tribut et où elle va. La vieille est en train d’emmener son mari très malade à un monastère. Costandin s’effraye, en pensant que le vieillard a peut-être la peste ou le choléra, et menace la vieille de la battre, parce qu’elle ne le lui a pas dit dès le début.

Le père et le fils arrivent à un monastère. Dans la cour il y a quelques dizaines d’esclaves roms d’aspect misérable qui sont en train de travailler. Les deux hommes entrent dans l’église et allument des cierges, puis, dehors, l’abbé rassemble les esclaves et leur annonce que les deux hommes cherchent un esclave s’appelant Carfin qui s’est évadé du domaine du boyard Iordache Cândescu. La sœur de Carfin est là, à qui le policier demande où est son frère, mais la femme ne le sait pas, ne l’ayant pas vu depuis trois ans. Le policier la tire par les cheveux mais en vain, puis il promet de l’argent à celui qui le lui dira. Un esclave dit que Carfin est allé dans la forêt, chez des Roms orpailleurs, puis il réclame son argent mais ne le reçoit pas.

Costandin et Ioniță font une halte dans la forêt, au bord d’une rivière. Le père prend un goûter et le fils s’exerce à des coups de sabre que le policier ne trouve pas assez virils.

En reprenant leur chemin, ils arrivent au groupe d’orpailleurs. Un jeune homme prend la fuite et Ioniță le poursuit à cheval. Le premier traverse la rivière à la nage mais à son bord il glisse dans l’eau et on l’attrape. Ce n’est pas Carfin, il fait partie du groupe. On ne sait pas pourquoi il a voulu s’enfuir. Ioniță lit avec difficulté aux Roms un mandat de la part du boyard, où il est écrit que le policier est chargé de chercher un esclave évadé qui a aussi volé 40 florins en or. Le chef du groupe questionne ses gens, puis dit que Carfin est passé par là mais il est parti. Le policier et Ioniță reprennent leur chemin après que le chef leur a donné un peu d’or. Pendant qu’ils chevauchent, le père apprend à son fils qu’il faut procéder avec les Tsiganes comme ils viennent de le faire.

En continuant leur chemin, ils aperçoivent un prêtre assis près d’une carriole. Costandin fait un geste censé chasser les démons, car, comme il dit, il y a beaucoup de diables auprès des popes. En arrivant à celui-ci, ils remarquent que l’une des roues de la carriole est tombée de son axe et, respectueux, ils offrent leur aide. Pendant qu’ils travaillent, ils causent sur les Tsiganes, qui sont devenus insolents, et sur ce que deviendra le pays. En repartant tous les trois, ils discutent sur l’importance de la foi et des bonnes actions. À un moment, le policier pose la question si les Tsiganes sont des humains. Le pope commence un petit exposé. Selon lui, les Tsiganes sont des humains, étant chrétiens, mais les Juifs ne le sont pas. Il débite une série de stéréotypes antisémites et manifeste sa haine des Juifs, puis il égrène d’autres stéréotypes sur les coutumes de plusieurs peuples.

Le soir, le père et le fils arrivent dans une forêt et se préparent à passer la nuit. Assis près d’un feu, Ioniță émet des réflexions sur ce que le pope de leur village a dit à l’église, que la Terre a une fin, que tout a une fin, sauf Dieu, qui n’a ni début ni fin. Le policier dit qu’il y a autre chose qui pèse sur son cœur, à savoir que l’homme n’est rien, seulement une étincelle s’envolant d’un brasier par rapport au monde, puis il chante une brève chanson triste et il larmoie un peu.

Le lendemain matin, en continuant de chevaucher, le père demande au fils si une fille du leur voisinage, Aspra, lui plaît, à quoi le garçon dit que non, mais il hésite plutôt. À cela, le policier lui demande s’il n’est pas sodomite par hasard. Ioniță ne connaît pas le mot, et son père le lui explique, en ajoutant qu’il le tuerait lui-même s’il l’était.

Dans la forêt, ils tombent sur une calèche détruite et des cadavres déshabillés. Costandin suppose qu’il s’agit d’un méfait de haïdouks et ils quittent rapidement l’endroit, bien que Ioniță dit avoir vu bouger l’un des corps.

Sur le chemin étroit de la forêt, une calèche vient du sens opposé au leur à une vitesse telle, qu’ils réussissent à peine à l’éviter. La calèche arrête et son cocher et le policier s’injurient copieusement. En reprenant leur chemin, le policier dit que le passager doit être un Grec richeQuelque temps auparavant, les princes régnants de Valachie, pays vassal de l’Empire ottoman, étaient choisis par le sultan parmi des Grecs d’Istanbul, qui étaient suivis par nombre de leurs compatriotes. et il manifeste sa haine contre lui.

Ils arrivent sur les bords inondés d’une rivière et tombent sur un paysan qui attrape des poissons à la main. Ils le questionnent sur le fugitif, mais il ne sait rien. Ils lui achètent quelques poissons mais payent très peu, au mécontentement de l’homme.

Ils passent à travers une roselière dense, pendant que le policier se plaint de leur vie difficile. Il regrette d’être déjà trop vieux pour être recruté dans la nouvelle armée organisée par les RussesÀ l’époque de l’action du film, la Valachie et la Moldavie étaient officiellement sous domination turque, mais à la suite de la guerre russo-turque de 1828-1829 terminée avec la victoire des Russes, ceux-ci ont réussi à faire accepter aux Turcs des lois organiques pour les deux principautés. Ces lois prévoyaient entre autres la création de leurs propres armées, qui ont été organisées par les Russes., mais le garçon pourra y être accepté, dit-il, s’il en est digne, et devenir même colonel.

Un autre zapciu avec ses hommes les rattrape, leur demande leur mandat et leur dit que celui-ci n’est pas valable à cet endroit-là, parce que c’est un autre canton, et leur enjoint de retourner dans le leur. Alors Costandin lui offre de l’argent, ils marchandent et finalement ils s’entendent pour quatre thalers. Le policier local lui dit même où et chez qui est l’esclave évadé, en lui expliquant aussi par où y aller.

Les deux hommes arrivent chez l’homme indiqué par le policier local, un vannier. Celui-ci nie que l’esclave est chez lui, mais le policier trouve un enfant rom caché sous un bac, puis, en bousculant violemment ceux de la maison, qui protestent, les deux se mettent à fouiller. Ioniță monte au grenier où Carfin se jette sur lui mais au cours de la bousculade, il tombe du grenier, est attrapé et ligoté. Les deux hommes l’emmènent, ainsi que l’enfant. Carfin, les jambes prises dans une entrave en bois, est porté couché sur le ventre devant le policier à cheval, et l’enfant assis devant Ioniță, sur le cheval de celui-ci. L’enfant dit qu’il s’est enfui de chez un marchand qui le battait et qui avait tué son frère. Costandin décide de faire un détour pour le ramener chez son maître, bien que l’enfant le supplie de ne pas le faire.

En chemin, Carfin dit pourquoi il s’est enfui. Il n’a pas volé, mais dame Elenca, la femme du boyard, avait depuis quelque temps jeté son dévolu sur lui et, une fois, elle l’a suivi dans l’écurie, s’est jetée sur lui, et il ne s’est pas opposé. Un valet les a vus et les a dénoncés au boyard, qui a voulu le tuer. Ioniță met en doute ce qu’il dit mais son père pense que c’est possible, car à sa connaissance, la femme a déjà eu des liaisons adultères.

Une calèche vient à leur rencontre et s’arrête. Son passager est un marchand turc. Un dialogue en turc a lieu entre lui et le policier. Avant de repartir, le Turc sert du halva à Ioniță. Ensuite, Costandin dit que le Turc a demandé son chemin vers une certaine localité et que lui, il lui a indiqué une fausse direction. Il espère que les haïdouks vont le tuer, car il hait les Turcs.

En sortant de la forêt, ils s’arrêtent pour cueillir des framboises. Ils en donnent à l’enfant aussi. En même temps, Costandin se ravise. Il décide de ne plus faire le détour décidé avant, mais de vendre l’enfant dans une foire qui est en train de se tenir à proximité. L’enfant l’implore de le prendre plutôt chez lui.

En chemin, Carfin raconte qu’il a mené la belle vie autrefois. Il était l’esclave d’un boyard à Bucarest, il s’occupait des chevaux de celui-ci et il a parcouru avec lui l’Europe occidentale, en passant par Vienne, Leipzig et Paris, mais plus tard il a été offert et vendu plusieurs fois, pour être finalement acheté par le boyard Cândescu. Ioniță et son père se renseignent sur le monde et les villes qu’il a vues. Aux yeux de Carfin, le monde est grand et beau, et il parle de la grandeur, des palais, des foules et des beautés des villes, en contraste avec ce qu’il y a en Valachie. Ensuite Carfin demande qu’on le laisse libre, à quoi le policier dit qu’il ne peut pas, mais qu’il dira au boyard que ce n’est pas Carfin le coupable, et alors le boyard fera enfermer sa femme dans un couvent et lui, il ne le tuera pas, mais seulement le fera battre un peu.

À la foire, ils s’arrêtent d’abord devant un théâtre de marionnettes où les spectateurs s’amusent à la vue de scènes violentes. Une famille de Roms libres s’offre elle-même à être achetée, parce qu’elle a faim. Le policier les pousse au second plan et met l’enfant en vente. Celui-ci doit se faire de la publicité lui-même, en criant qu’il est travailleur et obéissant. Un marchand vient, qui examine ses dents, le met sur une balance pour le peser et marchande longuement avant de l’acheter. Le policier doit se contenter du prix que l’autre lui propose, parce qu’il n’a pas de document pour l’enfant. Avant qu’ils repartent, Ioniță monte sur ce qui était à l’époque le précurseur de grande roue, pour s’amuser un peu.