Le campanile de Saint-Marc de Venise est une tour campanaire, de 98,6 mètres de haut, qui se trouve isolée sur un côté de la place Saint-Marc, près de la façade de la basilique Saint-Marc dont elle est le clocher. Il a été construit dans un premier temps entre les s, puis il a connu quelques modifications dans sa partie haute et à son pied dans les périodes suivantes, pour aboutir à sa forme actuelle au , mêlant ainsi l'architecture romane en brique typique du nord de l'Italie avec le style Renaissance. Cependant il s’effondre entièrement le à 9 h 53. Il a ensuite été scrupuleusement reconstruit à l'identique à partir de 1903. L'édifice actuel a été inauguré en 1912. Surnommé autrefois El parón de casa, il servait de tour de garde.
Architecture vignette|gauche|Plan de la place Saint-Marc : le campanile se trouve au point C. Ce campanile a une forme simple, avec une tour en brique, de base carrée de de large et de hauteur, au-dessus de laquelle se trouve le logement pour cinq cloches. Le haut est surmonté d'un cube, sur les faces duquel sont représentés des lions et des allégories féminines de Venise (La Giustizia : « La Justice »). La tour est surmontée d'une flèche pyramidale, au sommet de laquelle trône une girouette d'or sous la forme de l'archange Gabriel. Le campanile a atteint sa forme définitive en 1514.
Il est possible de monter au sommet de la tour par un ascenseur de grande capacité. Au sommet se trouve un observatoire et une boutique de souvenirs. Elle est l'ancien clocher de la place Saint-Marc.
Histoire vignette|gauche|Le campanile est représenté vers 1500~1510 sur une peinture de Giorgione. Il n'a plus de flèche entre l'incendie de 1489 et la rénovation de 1513. vignette|droite|Le campanile vu de la place Saint-Marc.
La construction initiale remonte au , initiée sous le règne du doge Pietro Tribuno, construite sur des fondations romaines. Elle a été utilisée comme tour de guet pour le port, qui occupait alors ce qui est maintenant la Piazzetta dei Leoncini. La construction a été terminée au , sous le règne de Domenico Morosini. La base du campanile fait partie de la logetta qui abritait la caserne de la garde pour le Palais des Doges. La logetta a été construite par Jacopo Sansovino, achevée en 1549 et étendue en 1663. Le campanile de Saint-Mercuriale à Forlì prit modèle sur le campanile de Saint-Marc.
Gravement endommagé par un incendie en 1489 qui détruisit sa flèche à charpente en bois, le campanile a pris sa forme définitive au grâce aux restaurations faites à la suite des dommages supplémentaires causés par le tremblement de terre de mars 1511.
Ces travaux, entrepris par l'architecte Giorgio Spavento, puis exécutés sous la direction de Bartolomeo Bon de Bergame, ont ajouté le sommet, réalisé en marbre, sur lequel ont été installées la sculpture du lion de saint Marc ainsi que la flèche en feuilles d'or. Les travaux ont été achevés le , avec le placement de la statue en bois doré de l'archange Gabriel au cours d'une cérémonie dirigée par Marin Sanudo.
Dans les siècles suivants, de nombreuses autres interventions ont été faites pour réparer les dégâts causés par les incendies. En 1653, Baldassare Longhena prit en charge les restaurations. Le plus gros travail a été fait après un incendie survenu le , qui a causé des fissures dans la maçonnerie et tué plusieurs personnes à la suite de chutes de pierres. Enfin, en 1776, le campanile fut équipé d'un paratonnerre. En 1820, la statue de l'ange a été remplacée par une autre de Luigi Zandomeneghi.
Écroulement et reconstruction Écroulement vignette|Le campanile en 1745 par Canaletto. vignette|redresse|Schéma de coupe du campanile en 1832 par Antonio Quadri. En 1873-1874, lorsque les stalles des appentis ont été retirées sur les côtés du clocher, on a découvert que la base de la tour était en mauvais état, mais les travaux se limitèrent à réparer les dommages de surface. De même, les fouilles de la place Saint-Marc en 1885 ont soulevé des inquiétudes quant à l'état des fondations et à la stabilité de la structure. Pourtant, les rapports d'inspection des ingénieurs et des architectes en 1892 et 1898 assuraient que la tour n'était pas en péril. La restauration qui s'est ensuivie était sporadique et impliquait principalement le remplacement de briques altérées.
En , des travaux étaient en cours pour réparer le toit du clocher. La poutre posée sur la tour et supportant le toit a été enlevée (celle-ci présentait une fissure d'environ 40 centimètres de hauteur sur 30 centimètres de profondeur). Le , on a observé des vibrations de la tour, alors que les ouvriers effectuaient la mise en place de la nouvelle poutre. Des témoins en verre ont été insérés dans les fissures afin de surveiller le déplacement de la tour. Plusieurs d'entre eux ont été retrouvés cassés le lendemain.
Le samedi , une grande fissure s'était formée sur le côté nord de la tour, couvrant presque toute la hauteur du puits en brique. Des témoins en plâtre plus sensibles ont été insérés dans les fissures. Bien qu'une commission technique ait été immédiatement formée, elle a déterminé qu'il n'y avait aucune menace pour la structure. Néanmoins, des barricades en bois ont été érigées pour éloigner les spectateurs à une distance de sécurité alors que des morceaux de mortier commençaient à se détacher de la crevasse grandissante et à tomber sur la place en dessous. L'accès à la tour a été interdit et seule la cloche signalant le début et la fin de la journée de travail avait été autorisée, afin de limiter les vibrations engendrées sur la structure. Le dimanche , le rassemblement habituel sur la place Saint-Marc a été annulé. Le concert de la fanfare du régiment d'infanterie a été interrompu peu après le début. Le lundi , les derniers témoins ont tous été découverts brisés. À 9h30, l'évacuation de la place a été ordonnée. Des pierres ont commencé à tomber à 9 h 47 et à 9 h 53, tout l'édifice s'est effondré.
Selon l'architecte-ingénieur responsable de la basilique et de l'édifice , la cause immédiate du désastre aurait été la fragilisation du mur de soutien extérieur, construit par Bernardino Zendrini pour stabiliser l'édifice après le foudroiement de 1745, au cours de travaux de renouvellement de la toiture de plomb de la logetta : les responsables du chantier auraient eu la malheureuse idée, sans lui demander son avisil était à ce moment malade et personne ne lui a signalé que des travaux de cette nature mettant en péril la structure de l'édifice étaient en cours sur le campanile., de créer une saignée à la base du mur, avec l'intention de la combler immédiatement, et ce faisant, ils auraient causé une fissure dans le mur extérieur sur plus des deux tiers de sa profondeur avec pour conséquence l'effondrement, à terme, du mur extérieur contre le mur intérieur de l'édifice, citant (sans le nommer) Saccardo, The Campanile of St. Mark's at Venice: An Authentic Account of the Circumstances That Led to Its Fall in The Architectural Record Vol. 12 , n°7, 1902 .. vignette|redresse|Logetta de Sansovino (vers 1891-1894). En raison de cette forme d'implosion et de la position isolée de la tour, les dégâts qui en ont résulté ont été relativement limités. Hormis la tour complètement détruite, seule la façade latérale adjacente de la bibliothèque marcienne a été détruite (reconstruite en 1904) ainsi qu'une grande partie de la Loggetta de Sansovino au pied du bâtiment, ne tuant qu'un chat. La basilique Saint-Marc, juste à côté, ne subira aucun dommage, car les éboulis ont été stoppés au niveau de la (pierre de l'avis), la colonne en porphyre en provenance de Saint-Jean-d'Acre, sur laquelle on proclamait les avis afin de montrer au peuple l'efficacité de la justice.
Le soir même, le conseil municipal réuni en urgence approuvait le déblocage d'une somme de plus de pour la reconstruction du campanile. Il a été décidé de reconstruire l'édifice à l'identique, avec quelques armatures internes pour éviter un nouvel effondrementL'ingénieur a utilisé le Système Hennebique pour le renforcement de l'ossature du nouvel édifice...
Reconstruction En plus des sommes allouées par la commune et la province, un don personnel est venu du roi Victor Emmanuel III et de la reine mère (). Des contributions sont arrivées d'autres communes et provinces italiennes ainsi que de citoyens privés. Partout dans le monde, la collecte de fonds a commencé, menée par les journaux internationaux. Le spécialiste allemand des échafaudages de Munich a été le premier philanthrope à participer et a financé l'échafaudage dès le .
Les travaux ont débuté le , le maire , lors du discours à l'occasion de la pose de la première pierre, le , prononça à plusieurs reprises la fameuse phrase, qui deviendra la devise de cette reconstruction : (« Comme il était, où il était »).. Les travaux de reconstruction placés sous la direction de l'architecte , disciple de l'architecte Luca Beltrami, vont durer jusqu'au .
Le rendu extérieur du nouveau campanile ne devait pas sembler différent du précédent. Cependant à l’intérieur, la structure devait être allégée et rendue plus résistante. L’appel d’offres et le projet des structures porteuses en béton armé ainsi que les calculs y afférents, ont été confiés à la société Porcheddu Ing. G.A. et en particulier à l'ingénieur , l’un des plus actifs dans le groupe de collaborateurs de l’ingénieur sarde. Le projet de reconstruction prévoit quatre grands piliers internes en béton armé, liés aux murs extérieurs. Par rapport à l’original, le beffroi doit être allégé et renforcé au moyen de structures métalliques appropriées et être capable de supporter le poids des cloches. L'audacieuse et élégante pointe pyramidale de de hauteur, doit être renforcée par des nervures verticales et des ligatures horizontales de liaison, toutes en béton armé. À la fin des travaux, l’ensemble de l’ouvrage, bien stabilisé et renforcé à la base par une large plate-forme de ciment reposant sur plus de , marque une importante diminution de poids, de à environ avec un abaissement sensible du barycentre de l'édifice..
L'ingénieur , ancien collaborateur de Porcheddu, nommé ingénieur en chef du bureau technique de la municipalité de Venise en 1904, a contribué au projet de reconstruction de 1905 à 1912. Il a continué à faire appel à la technique du béton armé permettant la réduction de la charge structurelle et a conçu un petit échafaudage mobile, facilitant la reconstruction de la tour..
L'ange girouette Au sommet du clocher se trouve la statue d'un ange, qui a pour fonction de girouette. Elle représente l'archange Gabriel et mesure plus de cinq mètres de hauteur. Le , la statue girouette a été remplacée par une autre statue conçue par le professeur de sculpture Luigi Zandomeneghi et réalisée par les sculpteurs Andrea Monticelli et Giovanni Casadoro. Lors de l'écroulement de 1902, la statue fut retrouvée très endommagée près du portail principal de la basilique Saint-Marc. Elle a été réparée par le sculpteur fondeur Emanuele Munaretti. L'ange a les bras et les pieds en bronze doré et il est recouvert de feuilles de cuivre dorées qui constituent le vêtement. Au centre de l'armature métallique est fixée une hampe verticale qui permet à l'ange de pivoter grâce à ses ailes et de servir de girouette. La statue a été replacée au sommet du campanile le ..
vignette|redresse|Le Campanile, photo de Paolo Monti, 1949. Fondo Paolo Monti, BEIC. Le nouveau campanile a été inauguré le , à l'occasion de la fête de la Saint-Marc, exactement après la fondation de l'édifice original..
Les cloches