Eugène-Napoléon Bey, né à Corbeil le État civil de Corbeil-Essonnes, acte de naissance n 108 du 11 juin 1897. et mort à Paris () le État civil du de Paris, acte de décès n 1761., est un syndicaliste et militant d'extrême droite français.

Biographie

Jeunesse et syndicalisme Eugène-Napoléon est le fils de Philippe-Marin Bey, meunier à Corbeil. Après la Première Guerre mondiale, à laquelle il a participéJean-Claude, « Un grand calomnié », L'Humanité, 8 décembre 1934, ., Eugène-Napoléon Bey travaille comme domestique ou concierge à Paris. En , il y épouse Yvonne-Isabelle-Betsy de Wogan, petite-fille de l'aventurier et écrivain Émile de Wogan.

Il adhère à une organisation professionnelle fondée en 1922Montarron, « Chez les gens de maison. Ils ont maintenant leur association et leur journal », Le Populaire, 6 avril 1923, ., l'Union libre pour le bien-être des gens de maison, dont il rédige le périodique, L'Escalier de service. En , il prend le contrôle de cette association aux côtés de J.-E. Lavigne en évinçant les anciens dirigeants jugés trop modérés« Différend entre gens de maison », L'Homme libre, 14 avril 1924, .« La guerre chez les gens de maison », Le Gaulois, 13 avril 1924, .. Sous la direction des « camarades Bey et Lavigne »« Les gens de maison et la réaction », L'Humanité, 12 mai 1925, ., qui font exclure les opposants aux nouvelles « tendances révolutionnaires » de l'organisation« Exclusions chez les gens de maison », L'Humanité, 30 mai 1925, ., l'Union des gens de maison s'oriente nettement à gauche par son opposition au Bloc national« Le Bloc national à l’œuvre », L'Humanité, 8 mars 1924, . et par le soutien des communistes à ses revendications sociales. En , c'est d'ailleurs le groupe communiste du Parlement qui relaie directement les doléances de l'association en proposant de remplacer officiellement le terme « domestique » par celui d'« employé de maison », d'abroger un paragraphe de la loi du qui rendait les domestiques inéligibles au conseil municipal, et, enfin, d'accorder à ces employés les mêmes droits sociaux qu'aux autres salariés« Pour les employés de maison : proposition de loi présentée par le groupe communiste au Parlement », L'Humanité, 24 décembre 1924, .. En 1925, Bey représente l'Union au congrès des ouvriers de la région parisienne et promet le concours des gens de maison « dans la lutte contre la bourgeoisie aux côtés des ouvriers et paysans, leurs frères de classe »« Au congrès ouvrier », L'Humanité, 6 juillet 1925, ..

En 1926, dénonçant un manque de démocratie au sein de l'association, une grande partie des adhérents de l'Union décide de fonder le Syndicat général des employés de maisons bourgeoises« Chez les gens de maisons. Pour la constitution d'un syndicat », L'Humanité, 6 mars 1926, .. Cette scission, qui provoque une bagarre au mois de décembre« Un meeting mouvementé des gens de maison », L'Humanité, 16 décembre 1926, ., culminera dix ans plus tard, quand le « syndicat Napoléon », qui se veut indépendant, sera vivement critiqué par ses concurrents cégétistes« Les cégétistes boycottent une réunion des gens de maison », Le Figaro, 8 avril 1937, .. En attendant, elle marque une rupture aussi bien syndicale qu'idéologique entre Bey et ses collègues et ex-camarades communistes.

Au mois de février de cette même année 1926, Bey s'est en effet lancé en politique. Président d'un « comité indépendant des intérêts locaux du quartier de la Maison-Blanche », il a pris la défense de locataires pauvres de la rue de la Fontaine-à-Mulard menacés d'expulsionSam Harry, « La grande pitié des locataires de la rue Fontaine-à-Mulard », La Presse, 5 février 1926, . puis s'est présenté comme « républicain indépendant » ou « socialiste indépendant »Journal des débats, 23 février et 2 mars 1926, . lors de l'élection municipale partielle organisée dans ce quartier à la suite du décès du conseiller municipal Henri Rousselle. Avec seulement 480 voix au premier tour et 231 au second, Bey est arrivé loin derrière le communiste Louis Gélis (élu avec 4.309 voix) et trois autres candidatsLe Radical, mars 1926, .. Malgré cet échec, il se représente dans le même quartier lors des législatives de 1928. Investi par les radicaux et radicaux-socialistes unionistes« Chronique électorale », Le Rappel, mars 1928, ., il n'obtient que 203 voix, très loin derrière le député communiste sortant, Alexandre PiquemalLe Petit Parisien, 23 avril 1928, .. Lors des législatives de 1932, il se présente dans le quartier des Ternes, où il résideEugène-Napoléon Bey réside au 52 de l'avenue des Ternes., en se déclarant « candidat de défense sociale ». Avec 210 suffrages, il est très largement devancé par le député sortant, Georges Scapini, réélu dès le premier tour avec près de 10.000 voix, et par cinq autres candidatsLe Petit Parisien, 2 mai 1932, ..

Parti national prolétarien vignette|Affiche antisémite du PNP en 1935« Un "métier" qui rapporte », Le Journal juif, 16 octobre 1935, .|340x340px Au terme d'une évolution politique qui l'a porté de la gauche (il a fait partie de l'ARAC, organisation proche des communistes, avant de fonder sa propre association, l'Union nationale indépendante des combattants, en 1930) au centre (en tant que candidat radical unioniste en 1928) puis à la droite (en tant que candidat de « défense sociale » en 1932), Napoléon Bey achève son basculement idéologique à l'extrême droite vers 1933.

Au cours de l'année suivante, marquée par les événements du 6 février 1934, Bey fonde le Parti national prolétarien (PNP), une formation politique prônant le rapprochement avec l'Allemagne et ouvertement influencée par le national-socialisme hitlérien. L'organe officiel de ce groupuscule est Le Gant d'acier, une feuille mensuelle ronéotypée créée par Bey quelques années auparavant (pour servir de support à une association patriotique homonyme) et comportant également les signatures de J.-E. Lavigne, acolyte de Bey à l'Union libre des gens de maison, et de Pierre GardieRaoul Monmarson, « Sur un nouveau journal », Les Annales coloniales, 6 novembre 1934, .. Le , lors d'une réunion à la salle Pleyel, les partisans du PNP, peu nombreux, saluent leur chef aux cris de « Vive Hitler ! » et « À bas les juifs »« Hitler à Paris », Le Journal juif, 22 février 1935, .

Affichant sans vergogne son antisémitisme virulent (en déclarant notamment que « derrière la franc-maçonnerie et le marxisme, on aperçoit toujours la face diabolique et ricanante du youpin » et comparant les juifs à des « vampires »), le PNP de Bey présente un candidat sous l'étiquette d'« antijuif » en dans le quartier de la Muette à l'occasion d'une élection municipale partielle provoquée par la mort du conseiller sortant Fortuné d'Andigné. Face à cette violente campagne raciste menée également par deux autres agitateurs antisémites, Jean Boissel et Clément Serpeille de Gobineau, un « comité d'entente des associations d'anciens combattants et volontaires juifs de France » réplique en révélant les liens des trois hommes avec l'Allemagne nazie. Il souligne notamment que, dans son édition du , l'Angriff de Goebbels a salué la participation de Bey au congrès du parti nazi à Nuremberg. Le candidat du PNP, Stoppani, n'obtient finalement que 13 voix« Les treize voix du candidat antijuif », Le Journal juif, 11 octobre 1935, .

En 1939, peu de temps avant l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne, deux militants d'extrême droite, Roger Cazy et Raymond Geckisch, sont arrêtés dans le Nord du pays pour avoir diffusé la propagande pro-nazie du Deutscher Fichte-Bund. L'enquête révèle que Geckisch, membre du PPF de Doriot, avait été chargé par Bey de noyauter ce parti au profit du PNP et de l'influence hitlérienne en FranceLéon Groc, « La propagande hitlérienne dans le Nord », Le Petit Parisien, 30 juillet, ..

Notes et références

Notes

Références

Bibliographie Ralph Schor, L'antisémitisme en France dans l'entre-deux guerres, prélude à Vichy, Bruxelles, Éditions Complexe, 2005, .

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