vignette|Portrait d'un jeune garçon nommé « Eutychès », , Metropolitan Museum of Art.
Les « portraits du Fayoum » sont un ensemble de peintures remontant à l'Égypte romaine exécutés à partir du (à la fin du règne de l'empereur romain Tibère) jusqu'au milieu du . Ce sont des portraits funéraires peints d'individus, adultes ou enfants, insérés dans les bandelettes au niveau du visage de la momie. Le défunt y est représenté en buste, le visage de face. Les découvertes sont nombreuses au (collections d'Henry Salt et Theodor Graf), mais les premières fouilles n'ont lieu qu'à partir de 1888 à Hawara, sous la direction de l'archéologue britannique Flinders Petrie. La dénomination de « portraits du Fayoum » se rapporte à un type d'abord trouvé dans le Fayoum, mais dont on a trouvé des exemplaires provenant de toute l'Égypte. En archéologie et en histoire de l'art, on utilise cette expression par commodité et entre guillemets.
Bien que semblant trancher par leur naturalisme, ces « portraits du Fayoum » poursuivent la tradition funéraire de l'Égypte antique, enrichie par les influences étrangères liées aux invasions et immigrations, grecque puis romaine notamment. Leur technique varie, tout comme la qualité de leur exécution.
Généralités vignette|Portrait de femme, , Metropolitan Museum of Art.
Technique
Lorsqu'on étudie la technique des « portraits du Fayoum »F. Morfoisse, Les « portraits du Fayoum », 1997-1998., on remarque que les supports et les techniques sont variés. Les « portraits du Fayoum » sont peints essentiellement sur panneaux de bois et sur lin, à l'encaustique ou à la détrempe. La palette des couleurs est réduite et semblable d’un portrait à l’autre.
Supports Les supports des « portraits du Fayoum », destinés à être adaptés à la forme de la momie du défunt, sont choisis en fonction de leur souplesse et de leur finesse, mais également de leur solidité et de leur résistance aux aléas du temps. Les dimensions sont légèrement plus petites que nature, mais il faut surtout noter une harmonisation entre la taille du support et la taille de la momie.
Bois vignette|gauche|Portrait de jeune femme habillée d'un vêtement pourpre. Fin du , Musée du Louvre. Le bois est le support du plus grand nombre des « portraits du Fayoum ». Son utilisation dans l'art égyptien n'est pas nouvelle, et celui-ci apparaît dès les premières dynasties. Matériau rare en Égypte, il est souvent importé. Le choix des essences se fait toujours en fonction de leur flexibilité et de leur finesse.
Le figuier sycomore est l'espèce la plus employée en Égypte, et ce depuis les époques les plus anciennes. Il pousse en effet en grande quantité en Égypte, et notamment plus particulièrement dans la région du Fayoum. C'est un bois souple et tendre. Le tilleul est la seconde espèce la plus fréquemment utilisée, toujours pour sa résistance et sa flexibilité. Il s'agit d'un bois importé en Égypte fort probablement par le conquérant romain, puisqu'il se développe dans les zones tempérées au Nord, et fait l'objet d'un commerce très florissant. Le chêne est lui aussi une espèce majeure, pour sa grande résistance aux chocs. Les panneaux de chêne sont généralement plus épais. D'autres espèces peuvent également être employées pour la fabrication des panneaux peints, mais leur emploi est moins fréquent. On peut ainsi citer le sapin, le cèdre, le cyprès, le pin, l'acacia et le hêtre.
C'est le traitement du bois, correctement effectué ou non, qui détermine la durée de vie du panneau peint. La plupart du temps, la coupe se fait selon le fil du bois, ce qui lui donne une meilleure résistance aux chocs. La coupe du bois donne au panneau une forme rectangulaire, cintrée ou non, dont la découpe varie selon les centres de fabrication. Si la hauteur diffère légèrement selon l'époque, l'épaisseur du panneau reste globalement la même, entre et .
Une fois découpé, le panneau de bois est préparé afin d'offrir à la peinture une adhérence maximale. Cette préparation varie en fonction du type de peinture choisi. Pour la peinture à la détrempe, on choisit une préparation soit à la colle de peau, soit à base de sulfate de calcium, soit au blanc de plomb. Pour une peinture à l'encaustique, on préfèrera une préparation soit au gypse, soit au sulfate de calcium additionné d'un autre élément (oxyde de fer, ocre, grains de quartz, charbon de bois), soit à base de colle protéique, soit à base de cire d'abeille pure. Exceptionnellement, la peinture à l'encaustique peut être appliquée pure, sans préparation.
Lin Comparativement au bois, le lin est particulièrement adapté par sa finesse, sa souplesse et sa légèreté. Pourtant, il est moins représenté et moins connu. Il est utilisé principalement comme simple portrait, alors inclus dans les bandelettes de la momie, comme véritable linceul, ou comme tenture funéraire. Une couche de peinture à la colle ou une fine couche de plâtre permet de le raidir.
Peinture Après la pose de la préparation et la réalisation de l'esquisse ou du dessin en rouge ou en noir, la peinture peut enfin être appliquée. Deux techniques de peinture peuvent être utilisées pour la réalisation de ces portraits peints. Certains auteurs notent cependant le caractère plus réaliste de la technique de l'encaustique dans la restitution des carnations contrairement à la technique de la détrempe, qui est caractérisée par quelque chose de plus plat et graphique.
Peinture à l’encaustique vignette|Portrait de femme peint à la cire d'encaustique sur bois de sycomore vers 120-150 ap. J.-C., Liebieghaus (Francfort). La peinture à l'encaustique est la peinture la plus connue de ces temps. Elle est le témoignage d'une longue tradition de peinture héritée des Grecs mais disparue aujourd'hui. Il s'agit d'une forme de peinture à base de cire d'abeille chaude ou froide.
La cire d'abeille chaude, utilisée pure ou ajoutée à d'autres substances, voit son emploi facilité par le climat égyptien. Elle reste en effet la plupart du temps dans un état semi-solide et n'a donc pas toujours besoin d'être chauffée artificiellement. La cire d'abeille chaude peut être mélangée à d'autres substances, comme des résines, des gommes ou des huiles, afin d'élever sa température de fusion et la rendre plus résistante.
La cire d'abeille froide, ou cire d'abeille punique, est un mélange de cire d'abeille et d'eau de mer additionnée de soude. Le résultat est un matériau cireux et bien coagulé qui est parfaitement adapté à la peinture. Il peut être obtenu par plusieurs méthodes : l'émulsion, la saponification et la saponification partielle. Le résultat serait plus calligraphique et le travail plus lent.
Peinture à la détrempe La technique de la peinture à la détrempe est moins étudiée, son utilisation étant moins importante. Cette peinture soluble dans l'eau peut être à base d’œuf, alors souvent associée à la tempera italienne, ou à base de colle de peau, de gomme arabique ou de résine.
Palette Les peintres ont surtout utilisé pour les « portraits du Fayoum » une peinture composée de quatre couleurs principales. Cette palette de base est complétée par d'autres couleurs, moins fréquentes, et par de la dorure.
Tétrachromie La palette de base est composée de quatre couleurs : le blanc, le noir, le jaune et le rouge. On parle alors de tétrachromie. Cette palette, qui peut être nuancée au besoin pour donner des tons plus subtils, est surtout utilisée pour représenter les traits du visage et les cheveux. Le système pileux (cheveux, barbe, sourcils et cils) est peint de larges traits de noir, exceptionnellement de marron foncé ou de blanc grisâtre.
vignette|Portrait de jeune femme couronnée, Metropolitan Museum of Art. Pour représenter les costumes et les bijoux, riches et variés, voire certains détails du visage comme les lèvres ou les joues, d'autres couleurs sont employées. La gamme de rouge et de rose est particulièrement développée, on peut ainsi utiliser du rose de garance pour les joues. Le bleu, dit « bleu égyptien », est un pigment synthétique. Enfin, le vert est utilisé pour les ombres et les représentations de feuillage, exceptionnellement pour les bijoux. Ces derniers sont caractérisés par du doré et de l'or, mais surtout par des couleurs chatoyantes des pierres précieuses ou semi-précieuses.
Enfin, le fond est systématiquement sobre, gris ou vert, parfois doré à la feuille.
Dorure La dorure, qui se trouve sur les bijoux, les vêtements et parfois les lèvres, relève de deux techniques différentes. La première possibilité est l'utilisation d'une peinture imitant l'or, à base d'ocre jaune mélangé à une faible quantité de blanc et de rouge. La seconde possibilité, plus coûteuse et donc plus exceptionnelle, est l'application de feuille d'or à l'aide de blanc d’œuf pour une meilleure adhérence.
Il est important de noter que l’or semble avoir eu, en plus de la simple fonction décorative, une fonction rituelle particulière.
Utilisation des couleurs Les couleurs ne sont pas appliquées partout sur le portrait de la même manière. La règle générale est de travailler du plus foncé au plus clair. Pour la détrempe, les pigments sont finement broyés et appliqués en une seule couche pour les chairs, mais grossièrement broyés et appliqués en deux ou plusieurs couches pour les autres éléments. Pour la peinture à l'encaustique, les couches sont fines et les grains généralement bien marqués. Cependant, les couches sont indistinctes pour les chairs tandis qu'elles sont bien différenciées avec des pigments épais et irréguliers pour le fond, le costume et les cheveux. Le visage est modelé par de petites touches rapprochées, les vêtements et le fond le sont à coups de brosse. Au-delà de l’usage esthétique, la présence de l’or semble manifester la divinité des défunts.
Outils Si les outils de la peinture à l'encaustique sont mieux connus, nous avons très peu de renseignements quant aux outils de la peinture à la détrempe. Quoi qu'il en soit, le choix de l'outil se fait en fonction de l'effet de matière souhaité.
L'usage du pinceau est généralisé, aussi bien pour la peinture à la détrempe que pour la celle à l'encaustique. En ce qui concerne les panneaux peints, sa touche plus large est favorisée pour les fonds, les draperies et les cheveux. Pour le lin, à cause de la finesse du support, le pinceau est employé pour réaliser l'ensemble de l'œuvre.
Le cestrum est un outil pointu et dur laissant des marques plus resserrées et plus marquées. Il est notamment utilisé pour le visage et le cou. La forme exacte de cet outil n'est pas précisée dans les traités de peinture de Pline l'Ancien, qui restent obscurs et traduits de différentes manières selon les versions. Il peut aussi bien s'agir d'un petit poinçon que d'une petite pique, d'une spatule, ou d'un pinceau renforcé par de la cire d'abeille coagulée.
Le cauterium, ou « fer chaud », est utilisé en dernier lieu pour égaliser la cire d'abeille. Il laisse des traces caractéristiques en forme de zigzags. Son utilisation reste cependant contestée, notamment par Étienne Coche de La Ferté, mais Klaus Parlasca évoque l'utilisation d'une spatule chauffée pour retravailler la surface pâteuse de la peinture à l'encaustique.
Pratique des « portraits du Fayoum »
Contexte de l’Égypte romaine
Depuis la défaite d'Actium (-31), l'Égypte est devenue une province romaine vitale pour l'Empire romain, dont elle est le grenier à blé. Alexandrie, fondée à la conquête macédonienne d'Alexandre le Grand, est alors un carrefour commercial de première importance. Le pays est dirigé par des élites hellénisées.