La schizophrénie est un spectre de troubles mentaux plus ou moins sévères, chroniques, dans le groupe des troubles psychotiques. Elle apparaît généralement au début de l'âge adulte et affecterait près de 0,3 % à 0,72 % de la population, à un moment donné de la vie.

Les premiers symptômes repérés par l'entourage concernent l'altération du processus sensoriel (hallucinations pouvant se manifester dans tous les domaines sensoriels) et du fonctionnement de la pensée (délire ou idées délirantes, par exemple des idées de référence, de grandeur, de persécution, ou une désorganisation de la pensée), souvent accompagnés par des troubles du comportement. La personne peut entendre des voix qui la critiquent ou qui commentent ses actions (hallucinations auditives). Elle peut voir des objets ou des entités en réalité absents (hallucinations visuelles). Elle peut accorder à des éléments de l'environnement des significations excentriques ou croire qu'ils ciblent sa personne, hors de tout lien logique. Typiquement, la personne schizophrène a l'impression d’être contrôlée par une force extérieure, de ne plus être maîtresse de sa pensée ou d'être la cible d'un complot à la finalité mal circonscrite. Moins évidents mais également invalidants sont les symptômes de type négatif, surtout l'avolition et la réduction de l'expression émotionnelle.

La schizophrénie s'accompagne généralement d'une altération du fonctionnement cognitif (troubles de l'attention, de la mémoire de travail, des fonctions exécutives), affectif et social (réduction des émotions, inversion affective ou labilité émotionnelle avec fortes répercussions dans les relations aux autres). Les troubles atteignent le rapport à son corps, la régulation des émotions, la capacité à entreprendre ou planifier des actions centrées sur des buts, la volonté.

Symptômes vignette|, un film muet de 1938. La schizophrénie se manifeste le plus souvent entre la fin de l'adolescence et le début de la vie adulte, période durant laquelle se développe le comportement social d'un individu. Chez 40 % des hommes et 23 % des femmes schizophrènes, la maladie se déclare avant l'âge de Cullen KR, Kumra S, Regan J « » 2008 (lien)..

Comme les autres psychoses, la schizophrénie se manifeste couramment par une perte de contact avec la réalité et une anosognosie, c'est-à-dire que la personne peut refuser de se définir ou faire percevoir comme malade, ou considérer qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit soignée au long cours, ce qui rend difficiles l'adhésion et l'observance médicamenteuses.. La majorité des personnes schizophrènes développent des troubles de l'humeur, anxieux ou obsessionnels compulsifs..

Classification des symptômes Les schizophrénies sont des troubles psychotiques.. Elles sont caractérisées cliniquement par la dissociation psychique et la présence, en proportion variable, de symptômes dits positifs et négatifs, et d'une désorganisation du fonctionnement psychique Sims A. , W. B. Saunders 2002, .. Cette classification a été introduite par la neuropsychiatre américaine Andreasen dans les Andreasen NC. . ; 1984. Andreasen NC. . ; 1983..

Les symptômes de la schizophrénie sont connus depuis le début du . Cependant, grâce aux travaux importants de Andreasen N.C. Andreasen, « », dans , 1982, , . N.C. Andreasen, « », dans , 1982, , ., il est aujourd'hui convenu de distinguer les symptômes positifs productifs (hallucination, délire, agitation) des symptômes négatifs déficitaires (apathie, anhédonie) de cette maladie. La recherche sur les causes et le pronostic de la maladie montre qu'il est même pertinent de distinguer les formes de schizophrénie à prédominance de symptômes négatifs (déficitaires) de celles à prédominance de symptômes positifs (productifs) N.C. Andreasen, M. Flaum, V.M. Swayze, (1990) « », dans , 1990, , . T.D. Cannon, S.A. Mednick, J. Parnas, « », dans , 1990, , ..

Symptômes cognitifs thumb|Carte de déficits des tissus neuronaux à travers le cerveau humain chez un patient avec une schizophrénie. Les zones les plus déficientes sont magenta, alors que les zones les moins déficientes sont bleues Les troubles cognitifs sont souvent les premiers symptômes qui apparaissent chez la personne atteinte de schizophrénie. Ce sont des symptômes annonciateurs Amminger GP, Leicester S, Yung AR « » 2006;84(1):67–76. . : troubles d’attention, de concentration, manque de tolérance à l’effort : la personne atteinte prend du temps à répondre aux questions, à réagir aux situations demandant une réponse rapide. Elle n’est plus capable de suivre ses cours, de se concentrer sur un film ; troubles de mémoire : la personne atteinte de schizophrénie oublie de faire des tâches de la vie quotidienne (faire ses devoirs, aller à ses rendez-vous). Elle a de la difficulté à raconter ce qu’elle lit, à suivre une conversation. Sa mémoire autobiographique est affectée : elle oublie plusieurs moments de son histoire personnelle. La mémoire de travail de l'individu fonctionne plus difficilement : il est incapable d'effectuer plusieurs tâches en même temps en se souvenant où il en est dans chacune d’elles ; troubles des fonctions exécutives : les fonctions exécutives sont essentielles à tout comportement dirigé, autonome et adapté, comme préparer un repas. La personne atteinte a de la difficulté à organiser et anticiper les gestes nécessaires à la réalisation d’une tâche, à anticiper les conséquences. Elle manque de planification, d’organisation des séquences d’actions pour réaliser un but et manque également de flexibilité, de discernement, de vérification, d’autocritique.

Ces premiers troubles entraînent progressivement des difficultés de socialisation chez la personne atteinte, provoquant un retrait social (repli autistique, la notion d'autisme dans ce contexte est discutée et ne se réfère pas à la variation neurodéveloppementale mais au symptôme psychiatrique, qui ne sont pas souvent liés mais ne sont pas non plus dépourvus de toute corrélation). Ils entraînent également le développement de signes moins spécifiques de la schizophrénie, comme une irritabilité, une dysphorie Parnas J, Jorgensen A. « » 1989;115:623–7. . ou une maladresse harv Coyle Joseph, George J Siegal, R. Wayne Albers, Scott T Brady, Donald Price. . , , ., durant cette phase prodromique.

Ces symptômes annonciateurs peuvent être présents de façon isolée ou associée et, bien qu’ils se présentent en premier, ils persisteront plus longtemps que les symptômes aigus.

70 % des personnes atteintes de schizophrénie présenteraient des déficits cognitifs, et ceux-ci sont plus prononcés dans les cas de maladie à début précoce ou tardif. Ces symptômes sont souvent évidents bien avant le début de la maladie au stade prodromique et peuvent être présents dès l’enfance ou au début de l’adolescence. Il s’agit d’une caractéristique essentielle, mais elles ne sont pas considérées comme des symptômes essentiels, comme le sont les symptômes positifs et négatifs.. Cependant, leur présence et leur degré de dysfonctionnement sont considérés comme un meilleur indicateur de fonctionnalité que la présentation des symptômes principaux. Les déficits cognitifs s’aggravent lors du premier épisode psychotique, mais reviennent ensuite à leur niveau de base et restent relativement stables tout au long de la maladie..

Les déficits cognitifs peuvent être d'ordre neurocognitif (non sociaux) ou liés à la cognition sociale. La neurocognition est la capacité à recevoir et se souvenir de l'information, et inclut la fluence verbale, la mémoire, le raisonnement, la résolution de problèmes, la vitesse de traitement ainsi que la perception auditive et visuelle. La mémoire verbale et l'attention sont les plus affectées. Le déficit de mémoire verbale est associé à un niveau diminué du traitement sémantique (lié au sens des mots). D'autres déficits de la mémoire incluent la mémoire épisodique. Une déficience de la perception visuelle que l’on retrouve avec constance dans la schizophrénie est celle du masquage visuel rétrograde. Les déficits de traitement visuels incluent une incapacité à percevoir les illusions visuelles complexes. La cognition sociale s’intéresse aux opérations mentales nécessaires pour interpréter et se comprendre soi-même ainsi que les autres dans le monde social. Il s’agit également d’une déficience associée, et la perception des émotions faciales s’avère souvent difficile. Les troubles cognitifs ne répondent généralement pas aux antipsychotiques, mais un certain nombre d'interventions psycho-sociales sont utilisées pour tenter de les améliorer ; la remédiation cognitive est particulièrement utile.

Des signes neurologiques légers de maladresse et de perte de motricité fine sont souvent observés dans la schizophrénie, qui peuvent disparaître avec un traitement efficace du premier épisode psychotique..

Symptômes déficitaires Les symptômes déficitaires (négatifs) sont ainsi dénommés car ils reflètent le déclin des fonctions cognitives normales et se traduisent par une altération des fonctions cognitives complexes d'intégration (altération des fonctions mnésiques, difficultés de concentration, pauvreté du langage spontané), du comportement moteur (aboulie, amimie, apragmatisme) et du fonctionnement social ou émotionnel (altération de la vie en relation, abrasion des affects et de la motivation (athymhormie), absence de plaisir (anhédonie).

À l'inverse des symptômes productifs, les symptômes déficitaires sont beaucoup plus résistants aux traitements médicamenteux actuels.

Ces symptômes déficitaires ont des conséquences beaucoup plus délétères et handicapantes sur la qualité de vie des personnes schizophrènes que les symptômes productifs et affectent plus fortement leur entourage Velligan DI et Alphs LD. « » ;25(3). Smith T, Weston C, Lieberman J. « » 2010;82(4):338–9. ..

On recense comme symptômes déficitairesFranck N. « Clinique de la schizophrénie » EMC-Psychiatrie. 37-282-A-20, 16 : l'aboulie ou avolition, qui peut être décrite comme un déficit de la volonté, une perte de la motivation causés par la maladie et à ne pas confondre avec une paresseAvec ou sans rendez-vous : « la schizophrénie »], émission d’Olivier Lyon-Caen sur France Culture du . ; l'anergie ou perte d'énergie ; l'anhédonie ou incapacité à éprouver du plaisir, qui se manifeste dans les activités de loisir et également dans la sexualité ; l'apathie ou incapacité à réagir ; l'apragmatisme qui est un déficit dans la capacité à entreprendre des actions ; l'incurie qui est consécutive à l'impossibilité à s'occuper de soi ; le désintérêt ; le retrait social qui se manifeste par une diminution marquée des relations interpersonnelles. Le malade est préoccupé essentiellement par ses pensées et sensations intérieures (introspection) et ne parvenant plus à s'intéresser à son environnement, ni à s'y adapter. Il parle tout seul, s'isole Hirsch SR, Weinberger DR. , 2003 Wiley-Blackwell, , . ; un habillement atypique Carson VB (2000). , W.B. Saunders. . ;