Le est une organisation allemande mise en place à partir de . Piloté par Richard Walther Darré, le a pour objectif d'exercer un contrôle non seulement sur les prix agricoles et les volumes de production du secteur primaire, mais aussi de jouer un rôle d'organisation de l'industrie agro-alimentaire allemande.

Au départ destiné à organiser les paysans et leurs productions au sein du Troisième Reich, le cherche progressivement à étendre son contrôle sur l'ensemble du secteur primaire, y compris sur les industries de fabrication de matériel agricole, dans l'L' désigne le Reich dans ses frontières de 1937, avant les premières annexions. comme dans les territoires annexés et les territoires occupés et promis à l'ouverture à la colonisation germanique.

Création Les paysans dans le Dans un contexte marqué par la conquête précoce du milieu agricole par les militants nazis, fortement influencés par Richard Darré, la mise en place d'une organisation unique destinée à organiser le monde agricole, annoncée dès le , commence le par l'ouverture de négociations entre les représentants des différentes organisations regroupant les paysans allemands.

Des mouvements paysans rapidement soumis

Puis, parallèlement à ces négociations, Darré s'impose, dès le , à la tête du mouvement des coopératives agricoles, rétif jusqu'alors à l'influence du NSDAP.

De plus, le conseil de l'agriculture allemande, regroupant la majorité des chambres d'agriculture du , fait allégeance au gouvernement mis en place le , mais, dès le mois d'avril, ses principaux dirigeants se trouvent écartés au profit de Richard Darré et de ses proches.

Enfin, le , officialisant le cumul de ses nouvelles fonctions, Richard Darré, bénéficiant à la fois de la clarté du programme agraire du NSDAP et de l'absence de véritable concurrent, se fait nommer , chef des Paysans, du . À la tête de cette nouvelle organisation, Darré évince rapidement les ministres nationaux-allemands, nommés ou maintenus en vertu de l'accord de gouvernement entre les conservateurs et les nazis.

La loi du Le , dans un contexte de l'attente d'une bonne récolte, une loi est promulguée, complétée le par une autre loi et les mesures de régulation des prix et du marché pour les productions agricoles organisant la nouvelle structure.

Organisation interne vignette|Plaque du bureau d'un .|gauche|alt=plaque d'une personnalité locale.

En vertu de la loi du , le , contrôlant l'agriculture, la pêche et les industries de transformation du secteur agro-alimentaire, est à la fois et une organisation corporative régie par le Führerprinzip et un syndicat de droit public.

Structuration nationale vignette|Richard Darré pendant son discours au congrès du de 1937|alt=photographie d'un responsable nazi à une tribune. Ce maillage local est appuyé sur une structure nationale, organisée en trois sections : la section de l'homme, la section de la ferme, la section du marché. La première est responsable de la propagande en destination des paysans et des ouvriers agricoles, elle doit aussi gérer la main d’œuvre à l'échelle du , ce qui recouvre également la mise en place du cadre législatif auquel sont soumis les ouvriers agricoles, le seconde doit veiller à l'amélioration technique des exploitations agricoles, la troisième doit organiser le marché des productions agricoles.

Tous les ans, à l'automne, un congrès est organisé, le , durant lequel Darré prononce un discours dans lequel il annonce les priorités de l'organisation pour l'année à venir. ce congrès est couplé avec la fête des récoltes, à la chorégraphie minutieusement réglée par Albert Speer, au cours de laquelle sont annoncées des mesures relatives au ravitaillement des populations allemandes : lors de celle qui se tient en 1942, Göring annonce une hausse des rations allouées aux Allemands du .

Maillage territorial L'organisation interne de la nouvelle structure est basée sur le principe d'une forte hiérarchie et un maillage territorial étendu à l'ensemble du rendu possible par l'existence de près de , présents dans chacun des du .

Ainsi, dans chacun de ces villages, un suit les activités agricoles au jour le jour ; il n'est cependant pas le seul représentant du sur place : chaque branche des activités couvertes par le compte un représentant local, souvent choisi parmi les hobereaux locaux. Le doit rendre compte de ce suivi au , son supérieur hiérarchique direct (on en compte 500 dans tout le ), puis ce dernier doit lui-même rendre compte au compétent.

Un acteur de premier plan dans le Supposée représenter les paysans dans l'édifice institutionnel du hitlérien, le , l', selon la traduction de Jean-Pierre Faye, est censé jouer un rôle actif dans la mise en place de l'État corporatif, au service du .

Budget et rôle dans l'économie du vignette|gauche|Symbole du sur un bâtiment public.

Exerçant un contrôle sur près de 25 % du PIB du , salariant , le dispose d'un budget de de , financé par une taxe annuelle de 0.2% sur la valeur de la propriété agricole.

Dégageant un chiffre d'affaires estimé à de Reichsmarks, contrôlant près de 40 % de la main d’œuvre du , cette organisation constitue l'un des piliers de la politique alimentaire menée par le , et ses dirigeants aspirent à renforcer l'influence de l'organisation dans la vie économique : ainsi, en 1933, Darré tente de prendre le contrôle de l'industrie des machines agricoles, en dépit de l'opposition de Hjalmar Schacht, ministre de l'économie.

Un acteur des plans d'expansion européens du Troisième Reich

Dans le cadre de la préparation de la conquête de l'espace vital, le , par sa politique de rationalisation du secteur agricole, constitue un acteur important dans l'élaboration des projets coloniaux en Europe.

En effet, dès le milieu des années 1930, les experts agraires de l'organisation estiment pouvoir parvenir à l'autosuffisance alimentaire dans le Reich à la condition d'adjoindre aux d'hectares de terres situés dans le d'hectares pour l'agriculture. Dès 1936, Darré, dans ses discours internes, donne une large publicité aux projets modernistes et expansionnistes du régime.

De plus, les documents internes du lient modification de la structure foncière dans le et colonisation agraire hors du . Konrad Meyer-Hetling, le concepteur du , associe expressément, dès l'été 1940, politique agraire et création d'un surplus démographique pour la colonisation. Ainsi, appuyés sur les services de ce dernier, l'administration du se livre à une vaste enquête sur la répartition de la propriété foncière dans le , évaluant les fermes et leur propriétaires en fonction de la qualité de leur travail, les fermiers les mieux évalués étant favorisés dans la redistribution des terres agricoles ou recrutés pour les projets coloniaux orientaux. En , cette enquête conclut à la possibilité de remembrer, sur l'ensemble du , , jugées trop petites pour être viables, rendant leurs propriétaires disponibles pour la colonisation à l'Est.

Politique vignette|Visite d'un groupe d'enfants à une exposition du à Munich en .|alt=Groupe d'enfants Appuyés sur les cartels de ce secteur et les différents groupes d'intérêts, les dirigeants du mettent rapidement en place, en plus d'un certain nombre de mesures d'urgence de soutien économique à destination du monde agricole, une planification visant à l'augmentation significative de la production agricole : cette hausse de la production s'appuie sur une politique de quotas, de fixation des prix à l'achat différents d'une région à l'autre, sur le contrôle de la production et de la commercialisation des produits agricoles et sur une politique commerciale visant à limiter les importations dans le domaine agricole.

La mise en place d'une planification autoritaire

Cette planification s'appuie notamment sur un strict contrôle des prix, mis en place par Herbert Backe. Cette politique aboutit à placer certains secteurs d'activité dans une position intenable : en , par exemple, les responsables du décident de l'augmentation des prix de vente des denrées agricoles, sans les répercuter dans le commerce de détail, à l'image du prix d'achat du lait, finalement augmenté de 2 pfennig au litre durant l'été 1938 au terme de d'intenses négociations. Cette politique de contrôle des prix s'avère un échec sur la durée.

En 1933, la bonne récolte permet de lancer une politique d'achats massifs de surplus auprès des paysans, mais, dès 1934, marquée par une récolte moins abondante, cette politique s'avère désastreuse, et pour tenter d'y remédier, Darré et Backe amorcent, sur le modèle de la bataille du blé, lancée en Italie, une politique destinée à retrouver les résultats records de la moisson de 1933.

L'autarcie dans le domaine agricole

La politique tendant à limiter la dépendance des producteurs allemands à l'égard des importations se matérialise par la volonté d'imposer une transformation de l'agriculture.

Ainsi, les bases de l'alimentation animale se trouvent modifiées par une politique volontariste. Par exemple, les responsables du encouragent l'utilisation de la betterave pour l'alimentation des bovins et des porcins : cette utilisation est alors rendue possible la construction de silos de fermentation, d'une capacité totale de 8 millions de pour l'ensemble du Reich, destinés à nourrir les bovins, tandis que la filière porcine doit aussi adapter l'alimentation de son cheptel en augmentant la proportion de pommes de terre, produites dans le Reich, dans l'alimentation de ses animaux.

Lutte contre la pénurie de main d’œuvre

De plus, à partir de 1936, la pénurie de main d’œuvre dans l'agriculture oblige les responsables du à multiplier les actions d'urgence. En 1937, par exemple, sont ainsi mobilisés pour la moisson des appelés, des incorporés au Front du Travail, des condamnés de droit commun et des écoliers.

Dès 1933, pour faire face efficacement à la pénurie de main d’œuvre, des mesures sont mises en place, reprises par la loi du , interdisant l'emploi dans les usines des ouvriers agricoles durant les trois premières années de leur arrivée en ville.

Devant la désaffection de la population issue du monde rurale pour la reprise des exploitations (en raison notamment de la baisse des rendements), le tente de mettre en place des contre-feux, qui se révèlent tous plus inefficaces les uns que les autres, notamment par des créations d'écoles spécialisées. En effet, entre 1933 et 1939, employées dans l'agriculture quittent les exploitations agricoles pour l'industrie ou les services.

En outre, afin d'encourager les installations sur des terres laissées à l'abandon ou le recrutement d'ouvriers agricoles, un coûteux programme de prêts, destinés à la construction de logements neufs, est mis en place, censé octroyer à ses bénéficiaires des conditions favorables pour leur installation à la campagne. Cependant, si les responsables du s'opposent à la mise en place du jardin ouvrier, il se montrent partisans de la résurrection de la tenure, installant un paysan sur une exploitation en échange d'un nombre important de journées de travail au bénéfice du propriétaire.

L'organisation se montre vigoureusement opposée à la mise en place de jardins ouvriers, envisagés par Gottfried Feder, et obtient l'adoption d'une législation restrictive dans ce domaine.

Une organisation critiquée

vignette|Erich Koch, de Prusse-Orientale, est l'un des principaux opposants à l'influence du .|alt=photographie d'un dignitaire nazi

Mais, soutenus par les cartels, défendant leurs intérêts propres, les responsables du se heurtent fréquemment aux Gauleiter, comme Erich Koch, aux cadres de la SA, aux responsables du Front du Travail, aux représentants des milieux d'affaire ou encore à certaines branches du monde agricole.

Luttes d'influence

Une lutte sourde oppose ainsi Richard Darré à Robert Ley, chef du Front du Travail, les deux organisations se livrant à une opposition dans tout le Reich qui se prolonge jusqu'à la fin des années 1930.