vignette|Exemple classique de la chute d'un domino causé par la chute d'un autre.
En science, en philosophie et dans le langage courant, la causalité désigne la relation de cause à effet entre deux ou plusieurs phénomènes. la cause, corrélat de l'effet, c'est Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard, 2004, . C'est ce qui produit l'effet ; la causalité est le .
Autrement dit, la causalité est l'influence par laquelle un événement, un processus, un état ou un objet (une cause) contribue à la production d'un autre événement, processus, état ou objet (un effet) considéré comme sa conséquence. Cette cause est un facteur responsable en partie ou totalement de l'effet, et l'effet dépend en partie ou totalement de cette cause. Dans les cas concrets, un processus dépend souvent de nombreux facteurs. Un effet peut à son tour être la cause ou le facteur causal de nombreux autres effets se produisant dans son avenir, ou l'un de ses avenirs possibles dans le cas de l'Interprétation d'Everett. La relation de causalité, contrairement à celle d'immanence, se produit donc dans le temps. Là où le temps n'intervient pas, par exemple en mathématiques, on parle plutôt de raison que de cause, puisque toute contingence est absente. Certains écrivains scientifiques, tels Alfred Robb, Alfred North Whitehead ou David Malament ont ainsi soutenu que la causalité est antérieure aux notions de temps et d'espace.
Dans tous les cas, le principe de causalité suppose , ce qui signifie que [Jacques Bouveresse, « Déterminisme et causalité », Les Études philosophiques, vol. 58, no. 3, 2001, p. 335-348, https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2001-3-page-335.htm], deuxième paragraphe.
La causalité suggère comment le monde progresse. A contrario, des principes comme ceux de Fermat, de Hamilton et Maupertuis, ainsi que la téléonomie ont suggéré quelque temps l'hypothèse d'explications finalistes, envisagées par Lamarck, puis Bergson.
Histoire de la notion Le concept de causalité est au cœur de la tradition philosophique depuis des siècles. Cependant, les philosophes antiques n'ont pas posé cette question dans les mêmes termes que les modernes ; il faut donc éviter un certain nombre d'anachronismesJacques Follon, compte-rendu du livre La Conception stoïcienne de la causalité de Jean-Noël Duhot, Revue Philosophique de Louvain, 1990, p.110.
Antiquité grecque Platon Platon revient souvent sur le principe de causalité. Il critique Anaxagore qui, après avoir mentionné l'Esprit universel, en reste aux causes matérielles, Phédon 98 c. Dans le Philèbe (27 b)Platon, Œuvres complètes, 2008, 1317. et Le Sophiste (254-256)Platon, Œuvres complètes, 2008, pages 1857-1860., il distingue quatre genres : la cause de la décomposition (l'Autre), la cause mélangeante (le Même et le Repos), l'illimité (le mouvement), la limite (l'être). Dans le Timée (46 e)Platon, Œuvres complètes, 2008, 2005., il développe sa pensée : . (57 e). (69 a).
Aristote
Dans le système aristotélicien, le principe de causalité est central. Savoir, c'est savoir la cause (aitia). Seconds Analytiques, I, 3, 71 b 10.
Pour Aristote, causes ( / ) et effets sont simultanés. Pour tout être ou toute chose, il distingue quatre causes qui agissent ensemble. Le chapitre 3 du livre II de sa Physique leur est entièrement consacré. « On appelle cause, en un premier sens, la matière immanente [la cause matérielle] dont une chose est faite : l'airain est la cause de la statue... Dans un autre sens, la cause, c'est la forme et le paradigme [la cause formelle], c'est-à-dire la définition de la quiddité [l'essence qui se devait d'être réalisée]... La cause est encore le principe premier du changement ou du repos [la cause efficiente ou encore la cause motrice] : l'auteur d'une décision est cause de l'action, et le père est la cause de l'enfant... La cause est aussi la fin, c'est-à-dire la cause finale ; par exemple, la santé est la cause de la promenade » (Aristote, Métaphysique, Livre Δ (Delta), 2, 1013 a 24).
La cause matérielle et la cause formelle sont immanentes ; le moteur et la fin sont des causes extérieures. Par exemple, pour une maison : Cause matérielle : le bois et les pierres ou les briques ; Cause formelle : la disposition particulière de ces matériaux, le plan ; Cause efficiente (ou cause motrice) : l'architecte et les ouvriers qui l'ont construite ; Cause finale : la fonction que cette maison est destinée à remplir. Mais la fin c’est la forme (la maison à bâtir et l’idée de maison) et c’est aussi celle qui agit dans le moteur (l’idée de maison dans l’esprit de l’architecte)Léon Robin, Aristote, P.U.F., 1944, 150.. Dans l’Éthique à Nicomaque et dans La Physique, Aristote met l'accent sur la cause finale, et montre comment toutes les autres s'y ramènent : la finalité est d'atteindre son essence propre (sa forme) et les causes efficientes servent à rendre réel ce dessein. Seule la cause matérielle ne peut se réduire à la finalité. On reproche souvent à Aristote d'avoir confondu la « cause » au sens physique (que ne recouvre que partiellement la notion de cause efficiente) avec la « raison », au sens éthique et métaphysique, qui correspond à la cause finale.
La scolastique accepte les quatre causes d'Aristote, en les regroupant en "causes intrinsèques" (matérielle, formelle) et "causes extrinsèques" (efficiente, finale). Elle en ajoute d'autres.
« cause première » et « cause seconde ». Thomas d'AquinPhilippe-Marie Margelidon et Yves Floucat, Dictionnaire de philosophie et de théologie thomistes, Parole et Silence, 2011, . distingue : toute cause créée est seconde par rapport à Dieu cause première (prima causa) et universelle, car « la cause première est Dieu ». « cause universelle » et « cause particulière ». Une cause particulière (par ex. une planète) est subordonnée à une cause universelle (par ex. le ciel)Thomas Litt, Les corps célestes dans l'univers de saint Thomas d'Aquin, Louvain, 1963.. « cause principale » et « cause instrumentale » : la cause instrumentale (causa instrumentalis) n'agit que par et sous la notion de la cause principale (causa principalis), dont elle transmet l'efficience à l'effet produit. L'ouvrier est cause principale, l'outil cause instrumentale. « cause par soi » et « cause par accident ». La causa per se produit l'effet propre auquel elle est ordonnée, alors que la causa per accidens produit un effet qui s'ajoute de façon accessoire. Les causes sont cause par soi ou cause par accident. La cause par soi est cause de l’effet en tant que tel : l’architecte cause efficiente de la maison, le bois cause matérielle de l’escabeau. La cause par accident est un accident de la cause par soi : si un grammairien bâtit une maison, le grammairien est bien cause efficiente de la maison, mais cause par accident, car ce n’est pas en tant que grammairien qu’il bâtit la maison : c’est en tant que le constructeur est, par accident grammairienThomas d'Aquin, Les principes de la réalité naturelle, chap. V : Diverses manières d'être des causes, trad., Nouvelles éditions latines, 1963.. « cause en acte » et « cause en puissance ». « cause prochaine » et « cause éloignée ». Dans la « cause prochaine », l'effet produit est immédiat, alors que dans la « cause éloignée » il y a une série causale. causa fiendi et causa essendi. La causa fiendi (cause de devenir) fait qu'une chose devient ce qu'elle est, sans produire par elle-même l'être ; et la causa essendi (cause d'être) est celle dont l'effet ne peut subsister quand la cause disparaît. Gilson note :
La remise en question de la notion de cause physique coïncidera avec la constitution des sciences physiques en tant que science indépendante de la métaphysique, et avec la révolution copernicienne.
Période romaine Les sceptiques, dont Sextus Empiricus, ont critiqué la notion de cause. Hypotyposes, I, 180. On ne saurait conclure des phénomènes aux causes, comme des signes aux choses signifiées, car, pour comprendre un signe, il faut déjà connaître la chose signifiée. On ne peut conclure que des phénomènes aux phénomènes, des apparences aux apparences. On ne peut saisir que leurs rapports de succession ou de simultanéité dans le temps.
Époque moderne David Hume dit que nous voyons le mouvement d'une bille, puis le mouvement d'une seconde bille rencontrée par la première, mais nous ne voyons pas l'énergie active, la puissance efficace, la cause qui produit le mouvement. « Tous les événements semblent entièrement détachés et séparés. Un événement suit l'autre, mais nous ne pouvons jamais observer aucun lien entre eux. Ils semblent être liés par conjonction, mais jamais par connexion »Enquête sur l'entendement humain, VII, 2.
Cause et raison
Pour un rationaliste, cause et raison sont identiques. Causa sive ratio : la cause, ou raison. La causalité donne de l'intelligibilité. On trouve l'équivalence peut-être chez Descartes, certainement chez Spinoza, Leibniz.
Spinoza : Leibniz aboutit au principe de raison suffisante : On ne trouve jamais la cause exacte de vérités contingentes, non nécessaires, mais on peut en trouver une raison suffisante, qui suffit à justifier l'existence de telle chose plutôt que telle autre.
Époque contemporaine À la causalité linéaire, le a ajouté la causalité circulaire.
Edgar Morin reprend les différentes formes de causalité utilisées en diverses sciences et annonce l'émergence de la causalité complexe. Il évoque la causalité circulaire comme une causalité, à la fois, auto-générée et générative. .
Philosophie
Principe de causalité
Le principe de causalité s'énonce ainsi : . Comme l'écrit Spinoza : . Kant, pour sa part, affirme : . Cette vision est remise en cause par des phénomènes sans "cause" apparente dans le domaine quantique : désintégration d'un noyau instable, apparition de paires particule-antiparticule, fluctuations quantiques, sauf à faire intervenir d'hypothétiques variables cachées (voir inégalités de Bell).
Sciences Sciences naturelles
Sciences humaines
Articles connexes Cause Causalité (physique) Cause première Cause finale Finalité Principe de raison suffisante Régression à l'infini Corrélation Déterminisme Paralogisme Cum hoc ergo propter hoc Post hoc ergo propter hoc Non causa pro causa Inférence causale
Notes et références
Bibliographie Ouvrages de philosophie classique
(Livre I, chap.3.) Gottfried Wilhelm Leibniz, Discours de métaphysique, 1686 (lire sur Wikisource). David Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748), trad. A. Leroy, Aubier, 1947. Jules Lachelier, Du fondement de l'induction (1871), in Œuvres, PUF, 1933, t. I. Émile Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique (1895), chap. V. Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire (1971), Seuil, coll. "Points Histoire", 1991. (Fragilité de l'explication causale). .
Littérature secondaire en philosophie J. Bettremieux, Notes sur le principe de causalité, Revue néo-scolastique de philosophie. année, , 1920. pp. 310-330. Louis de Raeymecker, Les causes et la causalité absolue,Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, tome 55, , 1957. pp. 153-170. Rudolf Eisler, Kant-Lexikon, Gallimard, 1994, p. 123-131. Michel Malherbe, Qu'est-ce que la causalité ? Hume et Kant, Paris, Vrin, 1994. . Bruno Gnassounou, « Causalité, puissance et lois de la nature chez Leibniz », Revue d'histoire des sciences, 2013/1 (Tome 66), p. 33-72.
Sur la causalité dans les sciences Logique et connaissance scientifique, dirigé par Jean Piaget,¨Paris, Gallimard, coll. "Encyclopédie de la Pléiade", 1967. Robert Franck, Faut-il chercher aux causes une raison ? L'explication causale dans les sciences humaines, Paris, Vrin, 1994. Daniel Courgeau, Réflexions sur la causalité en sciences sociales, Recherches et Prévisions, , 2000. Chômage et famille. p. 49-60.
Liens externes
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