vignette|Carte postale représentant l’eunuque du sultan ottoman Abdülhamid II, au Palais impérial. Le Qizlar Agha était l’un des plus puissants et parfois des plus riches de l’Empire ottoman jusqu’en 1908. Servant comme chambellan du sultan auprès duquel il contrôlait l’accès, il supervisait le harem du sultan, les princes, les affaires financières du palais, les mosquées de la capitale et celles des villes saintes de la Mecque et de Médine (photographie de 1912).

L’esclavage dans l’Empire ottoman constitue une importante partie juridique de l’économie et de la société de l’Empire ottoman Supply of Slaves. jusqu’à l’interdiction de l’esclavage des peuples du Caucase au début du , bien que l’asservissement d’autres groupes soit resté autorisé.

Synoptique vignette|Deux Turcs de haut rang et leur esclave noir par Dürer (1514). La société ottomane peut être qualifiée de « société esclavagiste ».

Entre 1360 et 1920, en moyenne esclaves arrivaient dans l'Empire ottoman chaque année, soit environ quatre millions de personnes sur cette période. Si l'on considère que 80 % des quatre millions d'esclaves, hors ceux libérés par rançon, échange de prisonniers ou mukatabe (accord), étaient des jeunes femmes et des enfants, on peut mesurer l'importance du système esclavagiste dans la croissance démographique des OttomansNihat Engin, « Slavery in the Ottoman State », sur Osmanlt Devletinde Kölelik, İstanbul, 1998. En 1609, environ un cinquième de la population de Constantinople, le centre administratif et politique de l’Empire ottoman, était composée d’esclaves. Même après plusieurs mesures visant à interdire l’esclavage à la fin du , la pratique a continué largement sans discontinuer jusqu’au début du . Pas plus tard qu’au début du , les femmes étaient encore vendues comme esclaves dans l’Empire ottoman.. L’esclavage sexuel a d'ailleurs constitué un élément central de l’esclavagisme durant toute l’histoire du système ottoman.Madeline C. Zilfi, Women and slavery in the late Ottoman Empire, New York, Cambridge University Press, 2010, 281, . Aperçu en ligne.

« Les termes consacrés pour désigner les esclaves, tels que ‘abd, mamlûk, esîr, ghulâm et, pour les femmes, djâriye, restent usités, d’autres appellations seront également mises en avant : kul ou köle pour les hommes ; oglan pour les jeunes garçons. On trouvera encore un équivalent persan plus recherché : bende ».

Il était possible pour un membre de la classe ottomane d’esclaves, appelée « kul » en turc, d’obtenir un statut élevé. Les gardes (bachis) des harems et les janissaires sont parmi les postes les plus connus auxquels un esclave pouvait accéder. Une partie des esclaves étaient en fait souvent à l’avant-garde de la politique ottomane. Achetés comme esclaves, élevés affranchis, la majorité des fonctionnaires du gouvernement ottoman ont fait partie intégrante du succès de l’Empire ottoman du .

Beaucoup de fonctionnaires étaient propriétaires d’un grand nombre d’esclaves, et le sultan lui-même en possédait de loin la plus grande quantité. Les pages du sultan, destinés à devenir des administrateurs civils et militaires, étaient formés dans l'école du palais de Topkapı (Enderun-i Hümayun Mektebi, couramment appelée Enderûn, « intérieure») : ils y acquéraient une connaissance approfondies du gouvernement et une forte loyauté au sultan.

Base juridique de l'esclavage Selon la charia, on peut réduire en esclavage (Kölelik) les personnes achetées, en prenant comme esclaves les survivants de la guerre et en les distribuant comme butin de guerre à ceux qui participent au djihad, et en considérant les enfants de ces esclaves et captifs comme des esclaves ou des concubines (câriye)..  

En termes de transactions, les esclaves sont comparables à des biens : ils peuvent être achetés et vendus, offerts, loués ou partagés en propriété. Ce qu'ils gagnent appartient à leur maître. Ce dernier reçoit les compensations obtenues pour l'acte illicite commis à son encontre. En cas d'acte illicite commis à l'encontre d'autrui, le maître indemnise les dommages ou transfère l'esclave à la personne lésée.

Selon l'islam, un musulman peut avoir plusieurs concubines, autrement dit des esclaves femmesSourate An-Nisa, 3. Selon la loi islamique, une esclave ou une concubine peut être libérée à condition de payer un certain prix à son maître pour sa liberté. La libération d'une esclave ou d'une concubine moyennant le paiement d'une somme à son maître est appelée mukatebe, et cette question est partiellement détaillée dans le Coran au verset 33 de la sourate An-NurSourate An-Nur, 33.

Début de l’esclavage ottoman

vignette|Marché aux esclaves de Constantinople, fondé vers 1460 par le sultan Mehmed II (gravure de 1684). L'Empire ottoman a adopté des pratiques similaires à celles d'autres sociétés esclavagistes, notamment celles des États islamiques antérieurs, tels que les califats abassides (750-1258) d'al-Mu'tasim (796-842) et le sultanat mamelouk.

Au milieu du , a mis sur pied une armée d’esclaves, dénommée Kapıkulu. Cette nouvelle force armée était fondée sur le droit du sultan à un cinquième du butin de guerre, comprenant, selon lui, les soldats capturés au cours des batailles. Les esclaves captifs sont convertis à l’islam et formés au service de personnel du sultan. Le système du devchirmé (recrutement forcé de jeunes garçons) était également une forme d’esclavage dans la mesure où le sultan avait un pouvoir absolu sur les captifs à qui le statut de « kul » ou « esclave du sultan » procurait une position élevée dans la société ottomane. Tous les enfants capturés étaient bien rémunérés (mais pas leurs parents) et pouvaient devenir les plus hauts dirigeants de l’État et de l’élite militaire.

Les esclaves étaient vendus dans des marchés spéciaux appelés « Esir » ou « Yesir ». Le marché aux esclaves féminines est le Avret Pazarları (signifiant « marchés privés » ), situé à Constantinople (Empire ottoman) / Istanbul (Turquie moderne) (voir infra)White, Joshua (2012-01-01). "Catch and Release: Piracy, Slavery, and Law in the Early Modern Ottoman Mediterranean". https://www.researchgate.net/publication/295262678. La création du premier marché d’esclaves à Constantinople, dans les années 1460, est due au sultan Mehmet II le ConquérantFischer W. Alan, The sale of slaves in the Ottoman Empire : Markets and state taxes on slave sales, some preliminary considerations, Bogazici Universitesi Dergisi, Beseri Bilimler - Humanities, vol. 6, 1978, ..

Bien que la population esclave de Constantinople ait généralement fluctué, diverses sources permettent d'en déterminer l'ampleur à différentes époques, principalement les documents de chancellerie. L'historien Halil İnalcık démontre que la population totale d'esclaves, de prisonniers de guerre et de butins à Constantinople s'élevait à 60 000 personnes en 1568 et à 100 000 en 1609, soit 1/ de la population de la ville.

Esclavage ottoman en Europe de l’Est

upright|vignette|Peinture ottomane des enfants des Balkans capturés comme soldats-esclaves dans le système du devchirmé (v. 1558). Dans le « devchirmé », qui signifie « ramassage » ou « récolte » (d’enfants), les jeunes chrétiens des Balkans et d’Anatolie étaient pris à leurs familles, convertis à l’islam et enrôlés dans la plus célèbre branche des Kapıkulu, les janissaires, classe spéciale de soldat de l’armée ottomane qui est devenue une faction décisive dans les invasions ottomanes en EuropeJanissary.. La plupart des commandants militaires des forces ottomanes, les administrateurs impériaux, dirigeants de facto de l’Empire, comme Pargalı Ibrahim Pacha ou Sokollu Mehmet Pacha, ont été recrutés de cette façon Lewis. Race and Slavery in the Middle East. The Turks : History and Culture.. En 1609, les forces Kapıkulu du sultan furent augmentées à environ In the Service of the State and Military Class.. vignette|Esclave enchaîné dans l'Empire ottoman (1783). L’esclavage domestique n’était pas aussi commun que l’esclavage militaire. Une liste de domaines appartenant à des membres de la classe dirigeante conservée à Edirne entre 1545 et 1659, fait apparaître que 41 domaines sur des esclaves.. Le nombre total d’esclaves dans les plantations était de 140 : et . eux portaient des noms musulmans, l’une était chrétienne, sont pas définis. Certains de ces esclaves semblent avoir été employés dans les fermes. En raison de l’utilisation massive des esclaves guerriers et à cause de sa propre capacité d’achat élevée, la classe dirigeante est sans contredit le plus grand groupe qui ait conservé le marché d’esclaves en activité dans l’Empire ottoman.vignette|Seigneur turc avec son esclave, Auguste de Henikstein (1825).|gaucheL’esclavage rural était en grande partie un phénomène endémique à la région du Caucase qui a fourni les marchés d'Anatolie et de Roumélie jusqu'à la grande déportation des Circassiens par les Russes en 1864.. Les Ottomans intervenaient de façon parfois sélective dans les conflits qui apparaissaient souvent au sein de la communauté immigrée ..

Le khanat de Crimée a entretenu un immense commerce d’esclaves avec l’Empire ottoman et le Moyen-Orient jusqu’au début du . Les Tatars de Crimée se livraient à la chasse aux esclaves parmi les paysans slaves dans des opérations appelées « récolte de la steppe ». La république des Deux Nations et la Russie subirent une série d'invasions tatares, dont le but était de razzier, piller et capturer des esclaves dans « jasyr ». La zone frontalière au sud-est fut dans un état de guerre semi-permanent jusqu’au . On estime que jusqu’à 75 % de la population de Crimée se composait d’esclaves ou d'affranchis et une grande partie de la population libre était impliquée dans la traite. D'autres étaient revendus sur les marchés méditerranéens : sur esclaves délivrés par les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem entre 1652 et 1661, 65,3 % venaient de Pologne, Russie et UkraineDaniel Panzac,La marine ottomane, CNRS, 2009, p. 70-71.

Razzias barbaresques vignette|Illustration d’un capitaine britannique horrifié en voyant les chrétiens travailler comme esclaves dans Alger en 1815. Entre le , des centaines de milliers d’Européens ont été capturés par les pirates barbaresques et vendus comme esclaves en Afrique du Nord et l’Empire ottoman When Europeans were slaves : Research suggests white slavery was much more common than previously believed. British Slaves on the Barbary Coast.. Ces raids d’esclaves ont été réalisés en grande partie par les Arabes et les Berbères plutôt que les Turcs ottomans. À la belle saison, les corsaires opéraient des razzias à terre ou capturaient les vaisseaux chrétiens. Les pirates « mettaient les marins et les passagers nus sur le pont, ne reculaient devant aucune indiscrétion pour découvrir les bijoux, et inspectaient leurs vêtements et leurs mains pour deviner leur position sociale »Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, Payot, 1994, p. 659-661 gauche|vignette|Marché aux esclaves, Alger, 1832. Au plus fort de la traite des esclaves de Barbarie aux , les États barbaresques étaient soumis à l’Empire ottoman et gouvernés par des pachas ottomans. En outre, de nombreux esclaves capturés par les corsaires barbaresques ont été vendus à l’est dans les territoires ottomans avant, pendant, et après la période de domination ottomane de la côte des Barbaresques. Au marché aux esclaves, les clients sont souvent des armateurs de navires corsaires en quête de rameurs (galériens) et des propriétaires terriens : « Les chalands examinaient les captifs comme des bêtes au foirail, inspectaient leurs dents, leurs yeux et leurs mains, tâtaient leurs chairs et les faisaient marcher, sauter et cabrioler à coups de bâton ». La valeur variait selon l'usage ou le bénéfice qu'espérait en tirer l'acheteur : jeunes filles et jeunes garçons sont les plus côtés, et les gens de qualités dont on espère tirer une rançon sont particulièrement recherchés.