Rocco Verduci ou Verducci, né Rocco Pietro Virduci le à Caraffa del Bianco et mort fusillé à l'âge de 23 ans le à Gerace, est un révolutionnaire, patriote de l'unification italienne et martyr de l'insurrection dans le royaume des Deux-Siciles de 1847.

Né dans une famille de petits propriétaires terriens traditionnellement proche du carbonarisme, Verduci est éduqué à l'université de Naples, où il adhère aux idéaux républicains et libéraux. En , il prend la tête de l'insurrection dans le district de Gerace, plus tard appelée révolte de Gerace et dont il est nommé commandant militaire suprême, prônant la naissance d'une monarchie constitutionnelle ou d'une république ainsi que l'unification de la péninsule italienne, alors divisée en une multitude de royaumes indépendants. Les chefs de la révolte, qui parviennent à soulever de nombreux villages et petites villes côtières, sont rejoints par plusieurs centaines d'insurgés, mais l'arrivée de l'armée royale précipite la fin du soulèvement et ses chefs se voient forcés de fuir dans les montagnes. Dénoncés, ils sont finalement arrêtés puis jugés par une commission militaire. Rocco Verduci et quatre autres insurgés, dont il est le plus jeune, sont fusillés le sur la plaine de Gerace. Ils passent à la postérité sous le nom des « Cinq Martyrs de Gerace ».

Origines familiales Ascendance Rocco Verduci est le fils du propriétaire terrien Antonio Verduci (son nom de famille est fréquemment orthographié Virduci dans les actes de l'époque) et d'Elisabetta Mezzatesta...

Les Verduci sont une famille de la petite bourgeoisie terrienne et foncière de Caraffa del Bianco (administrativement, la commune ne s'appelait à l'époque que Caraffa), descendants de paysans, fermiers et gardiens de bœufs de la région. Le père de Rocco, Antonio Verduci (1794-1858), est comme son fils un activiste politique libéral, s'opposant à la monarchie absolue et proche du carbonarisme, un mouvement politique qui contribuera au processus de l'unification de l'Italie. Il participe notamment à l'insurrection dans le royaume des Deux-Siciles de 1820, à Naples, aux côtés de Guglielmo Pepe, de Giustino Fortunato et des autres révolutionnaires qui voient le roi Ferdinand des Deux-Siciles signer la Constitution le , abolissant par cet acte, mais pour une période de seulement quelques mois, la monarchie absolue. Une décennie plus tard, en 1833, il appartient à la secte secrète des Nuovi Europei Riformati siégeant à Sant'Agata del Bianco. Il serait dans ces années entré en conflit avec le Père Bonaventura, de son vrai nom Giuseppe Nicita da Casignana, confesseur de la reine Marie-Christine de Savoie. Le religieux aurait notamment accusé Antonio de blasphèmes et ce dernier, par vengeance, aurait attaqué le Père Bonaventura en justice pour plantation de tabac illégale, ce qui aurait envoyé le confesseur en prison pour sept ans.. En 1847, lorsque son fils devient un des meneurs de la Révolte de Gerace, Antonio Verduci exerce la fonction de chef de la Guarde nationale de Caraffa del Bianco.. Par ailleurs, Antonio Verduci est lui-même le fils d'un autre révolutionnaire, Rocco Virduci (1753-1814). Ce dernier a été, bien que vivant à Caraffa, un des patriotes, promoteurs et fondateurs de l'éphémère République parthénopéenne, république sœur de la République française qui avait renversé la royauté pour quelques mois en 1799 à Naples...

La mère de Rocco Verduci, Elisabetta Mezzatesta (parfois appelée Maria), est la nièce d'un archiprêtre.. Son frère, Pietro Mezzatesta, est également un des principaux notables de Caraffa, où une rue porte d'ailleurs le nom de Via Mezzatesta. Pietro a notamment été maire de la commune de 1847 à 1849 et ses deux fils, Giulio et Francesco, participent à la Révolte de Gerace en 1847 aux côtés de leur cousin Rocco Verduci..

Naissance de Rocco Verduci vignette|alt=Photographie d'un acte rédigé en italien avec inscrit en majuscule en haut Atto di Nascita et avec les prénoms Rocco Pietro au centre.|Photographie de l'acte de naissance de Rocco Verduci. Antonio Verduci et Elisabetta Mezzatesta se marient le à Caraffa del Bianco.. Ensemble, ils ont huit enfants dont au moins trois meurent en bas âge. Outre Rocco Verduci, on compte Francesco Vincenzo Verduci qui participe également à la Révolte de Gerace en 1847 et est encore vivant en 1913, date à laquelle il dicte une partie de ses mémoires sur son frère aîné à l'historien Vittorio Visalli, auteur du livre Lotta e Martirio del Popolo Calabrese 1847-1848 (en français : Lutte et martyr du peuple calabrais 1847-1848).

Parmi la fratrie de Rocco Verduci, Felicia est la seule à avoir une descendance.. Elle a en effet épousé Francesco Ielasi, un notaire dont le père a été maire du village voisin de Casignana de 1819 à 1822, et qui ensemble auront quatre enfants dont Giovambattista et Angela Ielasi qui perpétuent la descendance de Rocco Verduci.

Rocco Verduci naît sous le nom de Rocco Pietro Virduci le à Caraffa del Bianco, comme indiqué sur son acte de naissance.. (bien que des sources plus récentes indiquent par erreur la date du ). Il est ensuite enregistré à l'état civil le en présence de deux témoins, le propriétaire terrien Giulio Mezzatesta et le cultivateur Domenico Minnici, puis baptisé dans l'église Santa Maria degli Angeli le jour suivant.

Jusqu'à ce qu'il parte faire ses études universitaires, Rocco Verduci naît, grandit et réside au de Caraffa del Bianco, demeure familiale bâtie au et encore en bon état de conservation. C'est d'ailleurs toujours un des principaux hôtels particuliers du village de Caraffa del Bianco..

Biographie Jeunesse et études Rocco Verduci reçoit ses premières leçons de l'archiprêtre Pietro Paolo Mezzatesta (1765-1846), son grand-oncle maternel. Il continue ensuite ses études au séminaire de Gerace, où il fait notamment la connaissance de Domenico Salvadori qui sera tout comme lui un des chefs et martyrs de la Révolte de Gerace, puis auprès du lycée de l'Oratoire des Philippins de Reggio de Calabre. Il conserve de ses études une maison à Reggio, qui lui sert probablement à entreposer des armes ou des documents compromettants en préparation de l'insurrection de 1847Chapitre 5 : « Le conseguenze del moto negli anni successivi »..

Il part ensuite habiter à Naples et s'inscrit à l'université de Naples - Frédéric-II où il étudie à la faculté de droit, se préparant à devenir magistrat. C'est à cette période qu'il commence à s'inscrire à des cercles culturels clandestins. Il est expulsé de l'université en , âgé de 20 ans, par la police bourbonienne car il est suspecté de conspiration antigouvernementale.

Rocco Verduci, de retour dans son village natal en Calabre, reste en contact avec les milieux libéraux et républicains, qui sont alors classés à l'extrême gauche de l'échiquier politique et considérés comme très dangereux par le gouvernement monarchiste. Il se réunit ainsi avec d'autres jeunes de la région de tendance libérale, souvent avec le soutien de notables et bourgeois fonciers de la région, ce qui leur permet de se rassembler en secret dans des grandes demeures de la zone. Le souvenir de leur passage est parfois resté dans les mémoires, comme dans la « chambre verte » du Palais Barletta, à Caraffa, ou dans le Palais Borgia, à Sant'Agata del Bianco. Un foyer révolutionnaire se développe alors dans les villages voisins de Caraffa et de Sant'Agata, ainsi qu'à proximité dans la commune de Casignana, et dans une moindre mesure à Bianco. Rocco y retrouve ainsi ses cousins Giulio et Francesco Mezzatesta, ainsi que son frère Francesco Vincenzo Verduci, qui fait du prosélytisme parmi les paysans et les ouvriers de Caraffa et de Sant'Agata.. C'est aussi à peu près à cette époque que Rocco Verduci gagne un de ses principaux appuis parmi les personnes les plus influentes de la région : le comte Domenico Antonio Grillo, qui soutiendra le futur insurgé jusqu'à sa mort ; un an après, en 1848, il écrira ses Mémoires historiques en son honneur.

Cependant, Verduci est arrêté en pour ses idées libérales, ainsi que le cordonnier Giuseppe Scimone de Bianco et Domenico Pizzinga de Sant'Agata del Bianco.. Il est inculpé par le juge Giuseppe Parandelli, mais relâché faute de preuvesPassages divers (non numérotés)..

Préparation de l'insurrection de 1847 vignette|alt=Carte de la région Calabre et de la pointe est de la Sicile avec localisées les villes de : Messine en Sicile, Reggio de Calabre dans la pointe sud-ouest de la péninsule et le District de Gerace sur la côte sud-est. Les villes de Palmi, Catanzaro et Cosenza sont aussi indiquées.|Carte de l'insurrection de 1847 avec :10px les lieux où l'insurrection a débuté.10px les villes que les insurgés prévoyaient de prendre. Considéré comme un des principaux représentants politiques du libéralisme dans l'est de la Calabre, il assiste en tant que tel aux réunions secrètes du Comité libéral de Naples, comité dirigeant tous les réseaux libéraux du royaume des Deux-Siciles et réunissant des révolutionnaires de Sicile, de Calabre et de Naples, aux côtés de l'historien et futur député napolitain Carlo Gemelli ainsi que d'Antonino Pultino et de Domenico Romeo, révolutionnaires calabrais originaires de Reggio de Calabre..

Au début de l'année 1847, Verduci est brièvement arrêté après avoir été dénoncé à nouveau à la police pour trafic et possession d'armes. En effet, il exerce alors activement un trafic de munitions et d'armes en accord avec un autre patriote calabrais : Domenico Romeo. En , il est encore une fois dénoncé à la police par un chancelier communal qui l'accuse notamment de lire et de posséder chez lui des ouvrages de Pietro Colletta, un général emprisonné puis condamné à l'exil pour ses positions républicaines.

Une insurrection de grande ampleur et simultanée, devant avoir lieu à la fois à Messine (en Sicile), à Reggio de Calabre et dans le district de Gerace, commence ainsi à se préparer. Si celle-ci était parvenue à son but, elle aurait ensuite dû s'étendre en Calabre aux villes de Palmi, Catanzaro et Cosenza pour remonter ensuite jusqu'à la capitale Naples, et de l'autre côté s'emparer de la Sicile occidentale. Sa date est fixée par le Comité libéral de Naples lors d'une réunion dans la maison de Carlo Gemelli, en présence de futures grandes personnalités politiques comme Carlo Poerio, Mariano d'Ayala et Domenico Piraino, ce dernier étant le représentant du Comité de Messine. Domenico Romeo est ainsi chargé de diriger l'insurrection à Reggio de Calabre tandis que Rocco Verduci est nommé chef de l'insurrection dans le district de Gerace, qui restera connue des historiens sous le nom de Révolte de Gerace.. Rocco Verduci et Carlo Gemelli viennent alors chercher de grandes quantités de poudres à Reggio de Calabre et les cachent dans la campagne aux alentours de Gerace, en préparation du soulèvement..

Toutefois, des divergences d'opinions sur l'avenir du royaume après l'insurrection subsistent entre les chefs de la Révolte de Gerace. Ainsi, Rocco Verduci est un fervent républicain qui souhaite voir l'abolition de la monarchie et l'unification de l'Italie sous la forme d'une grande république (l'avènement de la République n'adviendra en Italie que le , soit presque 99 ans plus tard), tandis que Gaetano Ruffo et Michele Bello, deux autres grands chefs de la révolte, qui sont fusillés aux côtés de Verduci après l'échec de l'insurrection, sont plutôt des partisans d'une monarchie constitutionnelle (le pouvoir royal ne serait alors pas renversé, mais un parlement démocratique serait mis en place).

La Révolte de Gerace

vignette|alt=Carte du Royaume des Deux-Siciles, composé de l'actuel sud de l'Italie, avec la point sud de la Calabre divisée en trois parties (de couleur beige) pour les trois districts, et le district à l'est coloré en rouge foncé.|Carte du district de Gerace (en rouge foncé).