Moulay RachidMoulay est un titre marocain porté par les descendants de Hassan et Hussein. (en arabe : , en tamazight : ⵎⵓⵍⴰⵢ ⵕⴰⵛⵉⴹ), ou Moulay Rachid ben Chérif, né vers dans la région du Tafilalet et mort le à Marrakech, est sultan du Maroc de 1667 à 1672.
À la mort de son père Moulay Chérif, il se révolte contre son frère Moulay Mohammed, alors chef du Tafilalet. Il réussit à le tuer puis à prendre sa place en tant que souverain alaouite contrôlant un vaste territoire. Il s'empare ensuite de Fès le , se proclame sultan et devient le premier sultan alaouite du Maroc.
Il installe son frère, le futur sultan Ismaïl ben Chérif, comme khalifa (délégué du sultan) à Fès et part renforcer son pouvoir au sud. Il détruit la zaouïa de Dila, s'empare de Marrakech, puis chasse le chef de la zaouïa d'Illigh du Souss. Jusqu'à sa mort en 1672, Moulay Rachid reconstruit un pouvoir central au Maroc et est considéré comme le véritable fondateur de la dynastie alaouite. Son frère Moulay Ismaïl lui succède à la tête du pays.
Biographie Contexte et origines gauche|thumb|alt=|Le Tafilalet, région où les Chérifs alaouites se sont installés à partir du . Né vers 1631 à Sijilmassa., Moulay Rachid est le fils de Moulay Chérif, premier chef du Tafilalet. À l'instar des Saadiens, les Alaouites s'établissent au Tafilalet au ., précisément en 1266.. Le premier de ses ancêtres originaire de Yanbu., dans le Hedjaz à s'être installé dans le Tafilalet est Hassan ben al-Qassim, dit ou ., qui s'établit à Sijilmassa, capitale de la région. Hassan ad-Dakhil est le de Mahomet. et d'al-Zakiya.
Au début du , le contexte du Maroc est tendu, la mort du célèbre sultan saadien Ahmed al-Mansour provoque le déclin de la dynastie saadienne, et le début d'une longue période d'anarchie caractérisée par une lutte intestine entre Saadiens pour le trône, par le morcellement du pays, et par le danger de puissances étrangères, avec notamment des ingérences provenant de l'Empire ottoman ou de l'Espagne... En effet, un conflit éclate entre Saadiens à la suite de la mort d'Ahmed al-Mansour entre les fils de celui-ci, provoquant l'affaiblissement du pays et l'émergence de chefs tribaux et militaires ainsi que de pouvoirs politico-religieux. Pendant de nombreuses années, plusieurs prétendants se battent pour le trône, et pendant un certain temps, plusieurs sultans saadiens se succèdent à Fès d'une part, à Marrakech de l'autre.. Zaidan el-Nasir réussit finalement à réunifier le pays, mais à sa mort, la guerre civile continue toujours entre les fils de Moulay Zaidan, qui provoquent l'écroulement de la dynastie saadienne en 1659..
Au début du règne de Zaidan el-Nasir, le sultanat saadien est très affaibli. La zaouïa de DilaUne zaouïa est un édifice religieux musulman autour duquel toute une confrérie ou communauté se rassemble. Certaines zaouïas telles que Dila et Illigh ont joué un rôle prépondérant dans la vie politique. contrôle le centre du Maroc, celle d'Illigh établit son influence du Souss jusqu'au Drâa, le marabout el-Ayachi prend possession des plaines du nord-ouest, des côtes atlantiques jusqu'à Taza, la République de Salé se transforme en État indépendant à l'embouchure du Bouregreg et la ville de Tétouan devient une cité-État gouvernée par la famille Naqsis..
Au Tafilalet, les Alaouites sont nommés par les filaliensLes habitants du Tafilalet sont appelés les Filaliens. pour repousser l'influence des zaouïa d'Illigh et de Dila. Chérif ben Ali devient le chef du Tafilalet, et le premier souverain de la dynastie alaouite. Le règne de Moulay Chérif bien que court, permet au Tafilalet d'échapper à l'influence de la puissante zaouïa de Dila.. Moulay Chérif abdique en 1636 et son fils aîné, Moulay Mohamed ben Chérif, lui succède. Sous le règne de ce dernier, le domaine alaouite s'étend jusqu'au nord-est du pays, à la Tafna. et au sud-est, dans le Draâ.. Cependant, la défaite de Mohammed ben Chérif à Fès et les représailles dilaïtes qui ont provoqué le saccage de Sijilmassa en 1649, ne sont pas appréciées par ses frères, dont Rachid ben Chérif.. Entre-temps, après avoir commandité l'assassinat d'El-Ayachi en 1641., la zaouïa de Dila étend son influence sur les villes de Fès, Tétouan et Ksar el-Kébir et sur l'embouchure du Bouregreg, ainsi que sur les plaines du nord-ouest et le couloir de Taza jusqu'à la Moulouya, avant que n'émergent Khadir Ghaïlan dans le Habt, qui s'empare peu à peu des villes d'Assilah, Tétouan et Ksar El Kébir., le Cheikh Arass dans le Rif, et les Chebânat dirigés par Kerroum al-Hajj qui se rendent maîtres de Marrakech et sa région à la suite de l'assassinat du dernier sultan saadien Ahmad al-Abbas, dont ils sont pourtant les oncles paternels, en 1659..
Révolte après la mort de Moulay Chérif Le survient la mort de Moulay Chérif, premier souverain alaouite à Sijilmassa, au Tafilalet.. Moulay al-Rachid s’impose dans un contexte de rivalités internes entre les branches de la famille alaouite et face aux puissances locales du Maghreb. Après la mort de leur père en 1659, il refuse de reconnaître l’autorité de son frère aîné, Mohammed ben Chérif, et quitte le Tafilalet pour chercher des appuis extérieurs.. Pour Aboulqâsem ben Ahmed Ezziâni, Rachid a fui par peur de son frère.. Mais selon l'orientaliste Michel Abitbol, c'est l'intervention de Mohammed ben Chérif à Fès et les représailles dilaïtes qui ont provoqué le saccage de Sijilmassa en 1649, qui ont poussé Moulay Rachid et d'autres de ses frères à se séparer de Moulay Mohammed.
Il séjourne successivement à la zawiya de Dila, à Azrou, à Fès, puis chez les Beni Snassen, où il acquiert prestige et ressources, notamment en s’emparant du trésor d’Ibn Mishʿal, un riche négociant juif établi dans la région de Taza. Selon la tradition, Rachid s’introduit chez ce dernier déguisé en femme pour le tuer et confisquer ses biens. Une autre version indique qu'il parvient à s'introduire chez lui en lui demandant l'hospitalité.. Chez les Béni-Snassen, il est suggéré qu'il partage son butin avec eux.. Moulay Rachid établit par la suite son influence sur les Arabes du ChergLe Cherg regroupe plusieurs tribus se situant dans l'actuelle frontière algéro-marocaine., qu'il oblige à le reconnaître sultan..
Lorsque son frère Mohammed ben Chérif apprend ces événements, il réunit ses contingents arabo-berbères et quitte Sijilmassa pour aller affronter son frère dans la plaine de l'Angad.. Une bataille décisive se déclenche alors, et oppose Mohammed et Rachid, le . Moulay Rachid compte sur son armée qui dispose d'une artillerie grâce au concours de négociants marseillais, et fait notamment des Chéraga son fer de lance.. Moulay Mohammed meurt dès le début du combat et, après avoir mis en déroute l'armée de son frère, Rachid ben Chérif s'impose comme chef de la dynastie alaouite.
Premières conquêtes et prise de Fès Après sa victoire contre son frère Moulay Mohammed, Moulay Rachid devient souverain de la dynastie alaouite. Endeuillé par la mort de son frère, il l'enterre dans la maison d'Ibn Mechaal, puis retourne ensuite à Oujda, pour y recruter des hommes, organiser son armée et recevoir les serments d'obéissance et les présents des tribus.. Après avoir terminé ses préparatifs, Moulay Rachid envoie des émissaires dans toutes les contrées du Maroc, où il avertit toutes les populations du pays qu'il compte faire la conquête du pays. De plus, il sécurise et contrôle le stratégique itinéraire marocain du commerce transsaharien, qui relie la Méditerranée aux confins sahariens et permet de financer l'armement de ses troupes. Moulay Mohammed es-Seghir, fils de Mohammed ben Chérif, tente alors de succéder à son père et s'empare de Sijilmassa. Moulay Rachid s'installe sur les bords de la Moulouya, espérant y recevoir les serments des tribus de la région tels que ceux du Rif.. Ne recevant aucun serment d'obéissance des tribus de la région, il décide de marcher sur Taza, dont il s'empare en 1665 après une « longue lutte ». Les habitants de la ville, et les tribus voisines, finissent par apporter leurs serments de fidélité...
En apprenant les massives soumissions des tribus envers Moulay Rachid, les « gens de Fès » (Ahl Fas), se réunissent aux côtés des « gens de Séfrou », des Hyayna, et des autres tribus du HouzHouz est un terme qui désigne la banlieue de la ville. Il est surtout utilisé pour les villes de Fès et Marrakech.. Ils s'engagent ainsi à ne pas prêter serment à Moulay Rachid et à le combattre. Le pillage et les ravages causés dans le territoire Hyayna par Mohammed ben Chérif lors d'une de ses expéditions, qui avaient causé une famine, ont poussé ces citadins et tribus à se coaliser contre cette nouvelle menace. La ville de Fès prépare ses défenses, au point que les chefs de la ville ordonnent aux habitants d'acheter en grande quantité, des armes et des chevaux. Moulay Rachid prend connaissance de tous ces faits seulement après son retour à Taza. Pendant ce temps, Mohammed es-Seghir, le fils de son défunt frère, se trouve toujours à Sijilmassa. Moulay Rachid se lance alors à l'attaque de celle-ci, puis l'assiège pendant neuf mois avant que Mohammed ne prenne la fuite, en pleine nuit. Moulay Rachid s'empare ainsi de la ville, y restaure ses remparts et organise sa défense, pacifie la région, puis retourne à Taza...
thumb|upright=1.5|Carte représentant les deux parties de Fès au : Fès el-Bali et Fès el-Jadid.
Lorsque les habitants de Fès et leurs alliés apprennent le retour de Moulay Rachid à Taza, ils s'organisent et décident de s'attaquer à Taza en . Les coalisés qui atteignent Taza et qui se retrouvent en face de l'armée de Moulay Rachid, prennent la fuite sans combattre. Rachid les poursuit jusqu'au fleuve du Sebou. Une paix est demandée par les habitants de Fès que Moulay Rachid refuse. En août, Moulay Rachid assiège la ville de Fès, connue pour son esprit d'autonomisme urbain., ce qui explique qu'elle a su se libérer des Dilaïtes dès 1663.. À cette époque, la ville de Fès était coupée en deux : Fès el-Bali et Fès el-Jedid. La ville qui était en pleine anarchie était divisée en trois quartiers rivaux ayant chacun leur chef : le quartier des LemthiensLes Lemthiens sont originaires du Yémen. Ils prétendent descendre directement des princes himyarites. commandé par Ibn Seghir, le quartier des Andalous commandé par Ahmed ben Salah, dans la partie de Fès el-Bali, puis Fès el-Jedid, parfois considéré comme une ville à part entière, était commandée par Abou Abdallah Elddoraïdi.
Après de violents combats qui ont duré trois jours, les Alaouites se retirent. Moulay Rachid est touché par une balle à l'oreille. Le mois suivant, Moulay Rachid décide de reprendre le siège de Fès, il le lève quelque temps après, notamment car le chérif alaouite n'avait pas l'intention d'y rester. Occupé par les agissements du cheikh Abou Mohammed Abdellah Arass qui contrôle le Rif, Moulay Rachid se dirige en direction du nord du Maroc. Le cheikh Arass est alors proche des Espagnols d'Al Hoceïma, et noue des contacts avec les Anglais, possédant Tanger depuis 1661.. De nombreux affrontements se sont alors déroulés entre les armées des deux chefs militaires. Arass cerné dans une de ses citadelles, est battu et capturé par Moulay Rachid, en plein mois de ramadan. Celui-ci lui accorde le pardon et lui laisse la vie sauve. Le Rif est conquis. Parallèlement à ces conquêtes, Rachid engage des négociations avec des commerçants marseillais, qui débarquent des vaisseaux chargés d'armes et de munitions à Ghassassa, près de Melilla. Ces équipements permettent ainsi à Moulay Rachid de remporter de nombreuses batailles, notamment celle face à son frère, Mohammed ben Chérif.