Si le chant grégorien avait été composé pour la première fois dans le diocèse de Metz à la fin du , ses immenses développement et raffinement furent parachevés auprès des monastères du royaume carolingien durant le siècle suivant, au temps de la Renaissance carolingienne. Dès lors, les abbayes d'Occident demeurent les principaux défenseurs et exécutants de ce chant, premier sommet de la musique occidentale.
Avant la création du chant grégorien
Auparavant, le rite romain, celui du Saint-Siège, n'était autre que le rite de Rome et alentour, car chaque région conservait son propre rite et ses traditions. En outre, celui des monastères, qui étaient aussi plus indépendants, était très différent de celui des paroisses. L'Église n'autorisa jamais l'hymne ambrosienne jusqu'au Daniel Saulnier, Le chant grégorien, p. 108, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003 alors que saint Benoît de Nursie l'avait adoptée dans sa règle de saint Benoît vers 540Chapitre XIII, Comment célébrer l'office du matin aux jours ordinaires : « responsorium, ambrosianum, versus, canticum de Evangelio ... ».
À cette époque-là, l'abbaye pouvait altérer sa règle monastique. La première communauté auprès de l'abbaye royale de Saint-Denis fut établie, par exemple, vers 600 avec la règle de saint ColombanBernard-Jean Berger, Saint-Denis, Un prêtre raconte sa cathèdrale, p. 17, Les Éditions de l'Atelier, Paris 1999. Sous le règne de Dagobert I († 639), celle-ci fut brutalement remplacée par la Laus perennis, louange perpétuelle, priant que la dynastie mérovingienne soit toujours protégée par Dieu et continuée.
Charlemagne et l’uniformité du chant grégorien
Pour la naissance du chant grégorien, il faut remarquer la contribution de l'évêque de Metz Chrodegang, grand animateur du rite romain, en raison duquel ce rite fut déjà adopté dans son diocèse en 754..
Tout comme d'autres grands chefs d'État, Charlemagne était capable de sélectionner proprement ses ministres afin de régner sur son vaste territoire. Si celui-ci réussit à achever sa réforme liturgique pour l'intégration de son royaume, c'était grâce à un moine originaire du Yorkshire, Alcuin († 804). Une fois invité par Charles le Grand il devint collaborateur de celui-ci en faveur de la perfection de la pratique de la liturgie. De fait, en tant que recteur et défenseur de l'Église., le roi inaugura en 785 l'unification de la liturgie selon le rite romain dans tout le royaume en chargeant cette mission à Alcuin.. Puis en 789, avec son Admonitio generalis, il ordonna qu'y soit -sans exception- chanté le chant romain pour l'unicité de l'Église. Dorénavant, tous les chants gallicans devaient être remplacés par ceux de Rome. Pour la première fois dans l'histoire de l'Église d'Occident, une centralisation de la liturgie commença. Comme Alcuin pouvait répondre à cette charge, la liturgie romaine fut certainement implantée dans ce royaume vers 800 à l'exception du chant.. De plus, pour la perfection, ce moine corrigea les méprises du texte latin de la liturgie de Rome y compris celui du chant, avant l'usage en Gaule, durant vingt ans. Si la mélodie du chant vieux-romain devait encore être remplacée par le chant grégorien, une hybridation entre la tradition gauloise et celle de Rome, l'uniformité de la liturgie était désormais assurée par Charlemagne. Ce dernier nomma finalement le moine britannique abbé de l'abbaye royale de Tours en 796 ou 797. Aussitôt, Tours devint l'une des capitales de la Renaissance carolingienne..
Alcuin est également l'auteur de l'hymne Luminis fons initialement dédiée à Charlemagne. Oubliée longtemps, cette hymne fut retrouvée. Elle est de nos jours en usage dans les monastères pour la célébration des vêpres du lundi des semaines II et IV, d'après la nouvelle liturgie des Heures éditée après le concile Vatican II. Donc, il n'existe pas de version en grégorien de la Luminis fons ; il s'agit d'une hymne de mètre saphique dans les Carmina d'Alcuin. Quelques modifications furent effectuées dans la version actuelle en usage. Avant le concile Vatican II, aucun manuscrit liturgique n'existait. :
{| class="wikitable" |- ! texte en latin !! traduction
Luminis fons, lux et origo lucis, tu pius nostris precibus faveto, luxque peccati tenebris fugatis, nos tua adornet (original, nos petat alma). || Source de clarté, lumière et origine de la lumière, dans votre bonté, accueille favorablement nos prières, et qu'en faisant fuir les ténèbres du péché votre lumière vienne nous parer.
Quoique sa contribution sur le chant grégorien ne soit pas certaine, un moine espagnol Théodulf aussi soutenait Charlemagne, en tant que collaborateur d'Alcuin ainsi qu'évêque d'Orléans, abbé du monastère de Fleury..
Distinctions :
un des premiers manuscrits sans neumes, publiés en 1935 dans l'Antiphonale missarum sextuplex : abbaye royale de Corbie (actuellement en France, après 853) premier neume restant : abbaye de Saint-Amand (France, au milieu du ) les meilleurs manuscrits grégoriens (voir ci-dessous) : abbaye de Saint-Gall (Suisse, ) notation d'Hermann Contract : abbaye de Reichenau (Suisse, ) Tous ceux qui concernent étaient situés loin de Rome.
Certaines abbayes célèbrent encore les offices en grégorien : abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle (France, bénédictine, ruinée, donc église contemporaine) abbaye de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) (France, bénédictine, messe uniquement) abbaye territoriale du Mont-Cassin (Italie, abbaye territoriale bénédictine soumise au Saint-Siège, messe dominicale et des fêteshttp://www.abbaziamontecassino.org/abbey/index.php/en/mass-hours-and-general-opening-hours)
Conservation du chant grégorien au sein des monastères Le Moyen Âge ne fut jamais une période sans culture raffinée. Les études récentes approfondies sur les documents liturgiques des IX ainsi que s révèlent une magnifique conjonction entre une haute pertinence de célébration et une extraordinaire sophistication esthétique dans les monastères. Il s'agissait d'un véritable sommet de la musique sacrée.. Manuscrits sangalliens ()
Issus des graphies de l'écriture littéraire, plus précisément des accents, les neumes employés dans les manuscrits de la famille de l'abbaye de Saint-Gall se développèrent aisément afin de préciser le raffinement de la mélodie grégorienne. Aujourd'hui, sauf le manuscrit 376, ces manuscrits sont les plus importants en faveur de l'interprétation authentique du chant grégorien, avec le manuscrit Laon 239, en raison de leur qualité de précision de la mélodie correcte et originale.. Pour cet objectif, les neumes de certains manuscrits sont publiés dans le Graduale triplexGraduale triplex, Avant-propos p. i (liste des manuscrits) (1979) ainsi que le Graduale novum (depuis 2011) : Cantatorium de Saint-Gall (manuscrit 359, vers 922 - 925) Antiphonaire de Hartker (Saint-Gall, manuscrits 390 et 391 (initialement un seul volume), vers 1000) ; fondement de la rédaction de l'Antiphonale monasticum (depuis 2005) D'ailleurs, en préparant les neumes requis du Graduale triplex, Dom Rupert Fischer, en qualité de membre de l'AISCGre, choisit également le manuscrit 339 de Saint-Gall .
Graduale Albiense ()
Ce manuscrit méconnu est un grand témoignage de la tradition du chant grégorien au sein de monastère au . Attribué auparavant à la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, il fut en fait, avec certitude, copié en faveur de, puis, était en usage auprès de l'abbaye Saint-Michel de Gaillac au sein du diocèse d'Albi, selon les études approfondies et récentes.. Ce monastère subit, à vrai dire en 1079, le changement de son supérieur : de l'abbaye Saint-Pierre de Moissac sous Cluny à l'abbaye de la Chaise-Dieu dirigée par l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac. De sorte qu'il est certain que le livre contient, concernant la liturgie locale ajoutée, deux éléments, ceux de la première et ceux de la deuxième. Pourtant, le manuscrit conservait toujours et parfaitement le chant grégorien traditionnel et authentique duquel il y eut peu de modification ainsi que d'addition. En résumé, l'abbaye ne subit aucun changement de la pratique du chant grégorien, en dépit du bouleversement de la gestionhttp://aedilis.irht.cnrs.fr/liturgie/03_1.htm Colette Marie-Noël (École pratique des hautes études), Le graduel de Gaillac (BnF, lat. 776) et le tropaire de Moissac (BnF, nouv.acq.lat. 1871), Deux manuscrits aquitains contemporains ( du ).
Celui-ci est certainement un graduel grégorien typique et respectait complètement la forme traditionnelle. Avec quelques chants rendant hommage à saint Grégoire , le manuscrit se commence à partir du trope Gregorius præsul suivi de l'introït Ad te levavi du premier dimanche de l'Avent, annonçant le commencement du calendrier liturgique de l'année (folio 4v en bas, 5r et 5v).
Une vraie valeur du manuscrit, découverte par Dom Eugène Cardine de Solesmes, est tellement immense que le Graduale Albiense devint indispensable, de nos jours, en faveur de la restauration de la mélodie authentique en grégorien. Au , à la suite de l'invention de la notation en quatre lignes par Gui d'Arezzo, la mélodie grégorienne n'était plus authentique, afin d'adapter à ce nouveau système. Ce manuscrit Latin 766 est toutefois une précieuse exception, car, grâce à la qualité de ses neumes, sa mélodie est quasiment identique à celle des meilleurs manuscrits sans ligne, manquant de précision de degrés, tels le manuscrit Laon 239, le cantatorium de Saint-Gall, le manuscrit Einsiedeln 121..
Cluny, manuscrits perdus
L'importance de l'abbaye de Cluny, dite la seconde Rome, est indiscutable même dans l'histoire du chant grégorien.. Surtout, cela était les moines de Cluny qui remplacèrent entièrement la pratique du chant mozarabe dans la péninsule Ibérique par celle du chant grégorien, au Jacques Hourlier, La notation musicale des chants liturgiques latins, p. 30, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 1996. Une difficulté considérable, c'est la disparition de manuscrits dans son ancienne bibliothèque. La Bibliothèque nationale de France conserve certes un manuscrit, Latin 1087, dont la qualité n'est malheureusement pas suffisante pour les études ; en effet, ce manuscrit se compose de 16 éléments très variés, et copiés ainsi qu'ajoutés par de nombreux copistes.. Il n'en reste que des fragments :
Vérité des réformes cisterciennes
Dans de nombreux documents au regard de la réforme cistercienne dans le domaine liturgique, on a tendance à expliquer, avec la discipline de Cîteaux, la suppression du mélisme du chant grégorien, vraisemblablement inspiré par son architecture simple. Cependant, si l'on consulte ceux que saint Bernard de Clairvaux écrivit, il est difficile de soutenir cette légende. Au contraire, il rédigeait en employant le terme « orner » : « nous avons conservé le texte de plusieurs répons parce qu'il est saint et tirés des Évangiles, et nous les avons ornés d'un chant aussi beau que convenable, tout n'en employant partout qu'une musique sobre et décentehttp://fr.scribd.com/doc/58813264/Saint-Bernard-Oeuvres-completes-Charpentier-Trad-1865-Volume-2 p. 533 - 544, texte en latin et traduction par les abbés Dom Alfred-Louis Charpentier et Dom P. Dion, en 1865. » Lettre ou prologue de saint Bernard sur l'antiphonier de l'ordre de Cîteaux Après avoir remanié l'antiphonaire de l'ordre vers 1147 selon l'intention de ses supérieurs, saint Bernard de Clairvaux adressa une lettre à ceux qui concernaient. Il s'agissait directement du sujet de la deuxième réforme cistercienne, chargée à saint Bernard :
La lettre était donc suivie d'une longue, et non petite, préface précisant en détail la modification de l'antiphonaire :
Préface ou traité du chant ou de la correction de l'Antiphonier