vignette|Armoiries d'Abbeville :Le roi Charles V accorda à Abbeville, par lettres patentes du 19 juin 1369, datées de Vincennes, de porter sur son blason le chef de France et lui attribua sa deviseJacques Estienne et Mireille Louis, Armorial du département et des communes de la Somme, préface de Pierre-Marcel Wiltzer, préfet de la région Picardie, préfet de la Somme, Abbeville, 1972, Imprimerie F. Paillart. Les armoiries d'Abbeville se blasonnent ainsi : D'azur aux trois bandes d'or, à la bordure de gueules, au chef d'azur semé de fleurs de lys d'or..
Support : branche de laurier et branche de chêne nouées d'un ruban où s'inscrit la devise.
Devise : Fidelis (Je suis fidèle)
Ornements extérieurs : croix de la Légion d'honneur (1948), Croix de guerre 1914-1918 avec palme, Croix de guerre 1939-1945 avec palme.
220px|vignette|Collégiale Saint-Vulfran d'Abbeville. vignette|220px|Monument La Barre.
L’histoire d'Abbeville commence au Paléolithique ancien, d’après les silex taillés mis au jour depuis le qui démontrent que le site d’Abbeville était occupé par l'homme, il y a . Mais ce n’est qu’au que le nom d’Abbeville apparaît pour la première fois dans un document écrit. La ville se développa au Moyen Âge et à l'époque moderne. Elle subit d'importantes destructions au cours de la Seconde Guerre mondiale et fut reconstruite dans les années 1950.
Historiographie
Les travaux de Charles Léopold Louandre et d'Ernest Prarond, historiens locaux du siècle qui ont beaucoup consulté les archives de la ville, sont incontournables pour étudier l'histoire d'Abbeville avant la Révolution française. En effet, les archives anciennes de la ville ont été en grande partie détruites, lors du bombardement d'Abbeville par l'aviation allemande, 20 mai 1940, selon Léo Noyer Duplaix et Romain Zechser, et Sébastien Drolet (En 1941, selon Raphaël Clotuche et Tahar Ben Redjeb).
En 1902, Alcius Ledieu avait publié un inventaire des archives conservées dans les séries AA et BBSelon l'arrêté du 31 décembre 1926 portant règlement des Archives communales, la série AA correspond aux actes constitutifs et politique de la commune et à la correspondance générale, et la série BB, à l'administration communale. des Archives municipales d'Abbeville, ce qui permet de disposer d'un bon aperçu des documents disparus.
Des archives pré-révolutionnaires ne subsistent que quelques plans et représentations de la ville, un cartulaire, le Livre blanc (1147-1521), et le Livre rouge (≈ 1280-1516), un recueil d'actes de procédures civiles et criminelles de l'échevinageSelon , certains historiens ne considèrent pas le Livre rouge comme un cartulaire, par exemple : , mais aussi , et surtout qui en fait un registre criminel..
Si le Livre blanc est un véritable outil de défense des privilèges de la commune d'Abbeville, dont le choix des actes, leur présentation, et la langue utilisée pour les transcrire, participe à la création d'une mémoire collective du pouvoir communal, le Livre rouge illustre ., afin de fournir la preuve de cet exercice par les maires et échevins.
Le rôle du Livre blanc dans l'historiographie de la ville fut essentiel : au siècle, pour écrire l'histoire d'Abbeville, les érudits locaux appuyaient leur démonstration sur le narratif imposé par le cartulaire, sans approche globale du document et en ne s'intéressant qu'au contenu des chartes. Ils mirent ainsi en exergue la réintégration du comté de Ponthieu dans le royaume de France, mais éludèrent la domination bourguignonne sur la région entre 1435 et 1477.
Raphaël Clotuche, dans un article destiné à recontextualiser historiquement les découvertes réalisées lors de l'opération archéologique menée en 1994 et 1995 dans le centre-ville historique, déplorait l'absence d'une étude récente sur l'histoire globale de la ville, excepté une publication de Micheline Agache-Lecat sur les origines d'Abbeville. Pour pallier ce manque, et retracer l'histoire de la ville, Raphaël Clotuche dut s'appuyer sur les écrits de Charles Léopold Louandre et d'Ernest Prarond, avec les biais que ces sources de seconde main supposent : ainsi, celles-ci sont muettes pour la fin du siècle, et très loquaces à partir de la seconde moitié du siècle. Selon Raphaël Clotuche, ce silence pour la fin du siècle s'explique par l'absence de matériau archivistique à disposition de ces érudits.
En 2008, Raphaële Jaminon-Boinet, avec sa thèse consacrée au comté de Ponthieu entre les et siècles, dans laquelle la ville d'Abbeville occupe une place importante, a renouvelé les travaux d'Ernest Prarond. En 2020, Romain Telliez propose pour la première fois une édition du Livre rouge. En effet, jusqu'à présent, malgré la publication d'actes dans plusieurs recueils, ce manuscrit n'avait fait l'objet que de deux études globales : un inventaire par Ernest Prarond du Livre rouge et du Livre blanc, et en 1930, une analyse par Jean Boca de la justice criminelle à Abbeville au Moyen Âge.
Préhistoire Paléolithique inférieur thumb|Biface du quartier Menchecourt à Abbeville, exposé à l’Exposition universelle de 1867 - Muséum de Toulouse.
Le sous-sol d’Abbeville renferme de nombreux vestiges du Pléistocène. Jacques Boucher de Perthes fut le premier à découvrir une industrie lithique datant de l’Acheuléen sur le site du Moulin Quignon. Cette découverte passe pour être un élément fondateur de la préhistoire en tant que science..
L’abbé Breuil proposa de remplacer le terme chelléen désignant une industrie lithique, antérieure à l'Acheuléen, caractérisée par des bifaces grossiers et irréguliers, par le terme « Abbevillien », en référence aux sites de la haute terrasse de la Somme à Abbeville dont les sédiments n'étaient pas remaniés. Cependant cette appellation est tombée en désuétude aujourd’hui et les silex abbevilliens considérés comme partie intégrante de la civilisation acheuléenne..
Les deux principaux sites étudiés par l’archéologie sont la carrière Carpentier et la carrière de Menchecourt tous deux .
En 2016-2017, des sondages archéologiques effectués sur le site du Moulin Quignon ont permis de mettre au jour des silex taillés bifaces datant de 670 000 à 650 000 ans avant notre èreLe Courrier picard, jeudi 10 octobre 2019 p. 3.
Antiquité Pour la période de l’Antiquité, les sources littéraires antiques sont muettes. Les fouilles archéologiques, menées dans le centre-ville d'Abbeville à la fin des années 1990, n'ont pas mis au jour l'existence d'une implantation humaine permanente durant l'Antiquité. Tahar Ben Redjeb précise toutefois qu'une couche stratigraphique antérieure au siècle n'a pu être étudiée lors de la campagne de fouilles.
Les sources littéraires des et siècles mentionnent la mise au jour de mobiliers antiques à Abbeville, en particulier, lors des travaux de réfection ou de démolition des murailles de la ville, mais sans toujours préciser le lieu exact de la découverte. En 1844, un gisement archéologique gallo-romain, situé entre le fleuve Somme, la Porte Marcadé et le bois de Campanelle, a été découvert lors des travaux d'implantation d'un gazomètre. Ce gisement contenait de très nombreuses amphores, des restes de haches et des ossements d'animaux.
A la fin du siècle, deux cimetières mérovingiens ont été retrouvés : un situé en bas de la côte de la Justice, et un autre à la jonction de la rue de Thuison et du chemin vers le cimetière de la Chapelle .. Ces deux cimetières sont situés en dehors de la ville proprement dite.
De nombreux vestiges des époques gauloises et gallo-romaines ont été découverts dans les alentours de la ville. C'est ainsi qu'en 1808, Laurent Joseph Traullé, procureur impérial, découvre un chaland fluvial gallo-romain du siècle dans l'ancien lit de la Somme, à Fontaine-sur-Somme. Les vestiges de ce navire ont aujourd'hui disparu, mais il est possible de le reconstituer grâce aux descriptions précises de Laurent Joseph Traullé, publiées dans des lettres adressées à Antoine Mongez..
Le territoire d'Abbeville était situé sur la civitas des Ambiens. La Baie de Somme n’avait pas à cette époque la configuration qu’elle a aujourd’hui. Elle était plus reculée à l’intérieur et formée de plusieurs îles et îlots. Le site de ce qui devint Abbeville était un espace marécageux entouré de forêts, situé à l’écart de la voie romaine allant de Samarobriva (Amiens) à Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) : il est ainsi très probable qu'aucun ensemble urbain d'importance ne se trouvait sur le territoire d'Abbeville. Toutefois, les nombreuses découvertes archéologiques laissent penser à l'existence d'un habitat dispersé, voire de petits hameaux.
Moyen Âge Haut Moyen Âge Période mérovingienne : fondation de l’abbaye de Saint-Riquier En 625 Riquier de Centule fonda un monastère à Centule (aujourd’hui Saint-Riquier) en latin Centula, qui suivit la règle de saint Colomban.
Le roi des Francs Dagobert attribua à Riquier une partie de la forêt de Crécy, dont l'ermitage devint l'abbaye de Saint-Riquier : c'est l'acte de naissance du domaine abbatial d'AbbevilleAline Magnien (sous la direction de), Saint-Riquier - Une grande abbaye bénédictine, Paris, Éditions Picard, 2009 p. 19.
Période carolingienne : naissance d’Abbeville Abbeville est mentionnée pour la première fois dans un inventaire des biens de l'abbaye de Saint-Riquier. Ce document, réalisé à la demande de l'empereur Louis le PieuxHariulf, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier III, 3, traduit par Louis-Augustin Le Ver dans .Selon Hariulf, Louis le Pieux avait confirmé par une charte les donations et les privilèges accordés par Charlemagne à l'abbaye. Ceci fait, (Hariulf, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier III, 3, traduit par Louis-Augustin Le Ver dans )., a été recopié dans la Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier, rédigée par Hariulf au . Il signale parmi les domaines que possédait l’abbaye de Saint-Riquier en 831, celui d'Abbatis Villa, la villa de l’abbé (Abbeville)Hariulf, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier III, 3, traduit par Louis-Augustin Le Ver dans . :
Dans ce document, Abbeville est considérée comme une villa, c'est-à-dire, un domaine rural. Mais sans plus de détails de la part de Hariulf, il est impossible de connaître la localisation exacte de ce domaine, ni son apparence. Peut-être était-il en partie constitué par une île située au milieu de la Somme. Selon Micheline Agache-Lecat, la villa, de peu d'importance, était dépourvue de la moindre défense, car en 844, les envahisseurs vikings parvinrent à s'établir à quelques kilomètres de là, à Laviers, et lancèrent des raids dans la région.
Il est difficile de savoir quand ce territoire entra en possession de l’abbaye, ni quelles étaient son étendue et sa population. Hariulf affirme qu'Abbeville était propriété de l'abbaye depuis l'époque de saint RiquierHariulf, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier III, 2, traduit par Louis-Augustin Le Ver dans .. Le domaine n'est ainsi pas mentionné dans la charte de Louis le Pieux, que Hariulf reproduit consciencieusementHariulf, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier III, 2, traduit par Louis-Augustin Le Ver dans ..
Moyen Âge classique Hugues Capet sépare Abbeville de l’abbaye de Saint-Riquier