Claude-Henri Chouard, né le à Paris, est un médecin français et chirurgien spécialisé en oto-rhino-laryngologie. Il est membre titulaire de l'Académie nationale de médecine depuis 1999 et du Collegium International d’O.R.L. depuis 1982. Il a été Directeur du Laboratoire d’Audio-Phon-Prothèse de l’AP-HP et Directeur du Laboratoire de Recherche d'Oto-rhino-laryngologie du Centre Hospitalier Universitaire de Paris-Saint-Antoine de 1967 à 2001 ; simultanément, il a été Chef du service O.R.L. du même établissement de 1978 à 1998.
Les travaux des membres de l'équipe multidisciplinaire de son laboratoire parisien lui ont apporté, dès la fin des années 1970P. Pialoux, Ch. Chouard, B. Meyer, C. Fugain, Indications and results of the multichannel cochlear implant, Acta Otolaryngol, mars-avril 1979, 87(3-4):185-9, une renommée internationale à propos de l'implant cochléaire multiélectrodes. Ce système auditif électronique implanté a été mis au point à Saint-AntoineCh. Chouard, C. Fugain, B. Meyer, H. Lacombe, Long-term results of the multichannel cochlear implant, Ann N Y Acad Sci, 1983, 405:387-411.ISTEX.. Il permet de pallier la surdité totale bilatérale et surtout, lorsqu'il est placé précocement chez le jeune enfant, la surdi-mutité et ses troubles du langage oralCH. Chouard, B. Meyer, P. Josset, JF. Buche, The effect of the acoustic nerve chronic electric stimulation upon the guinea pig cochlear nucleus development, Acta Otolaryngol, mai-juin 1983, 95(5-6):639-45..
Claude-Henri Chouard a épousé Isabelle Sainflou, l'ainée des quatre filles de Pierre Sainflou (1917 – 2007) Polytechnicien X- 37, réalisateur de films scientifiques : ils ont eu quatre enfants.
Biographie
Claude Henri Chouard est issu d'une lignée de médecins et d'universitaires. Son père, Pierre Chouard (1903 – 1983), a été Professeur de physiologie végétale à la SorbonnePierre Chouard, par Paul Champagnat, in Biologistes et Naturalistes français du , sous la direction de Daniel Girard, préface de François Gros. 2012, 61-102 ; Hermann edit. Paris, initiateur et Directeur du Phytotron de Gif-sur-Yvette.. Il était membre du Tiers Ordre dominicain et a été longtemps président de la Société internationale de Saint-Vincent-de-Paul. Son grand-père, Jules Chouard, était journaliste et écrivain. Son arrière-grand père Martin-Jules Chouard était instituteur et artiste-peintre.
Sa mère, Denise Petit-Dutaillis, était la fille du docteur Paul Petit-Dutaillis, chirurgien militaire de la marine, puis gynécologue de l'hôpital Saint Michel à Paris. Elle était la nièce du Professeur Charles Petit-Dutaillis, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et président de l'Institut. Elle était la sœur du professeur Daniel Petit-Dutaillis, neurochirurgien de l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière et membre de l'Académie nationale de médecine.
Formation thumb|Claude Henri Chouard en de classe de médecine (1950) et Patrick Mac Leod juste à gauche. Élève avant tout, comme externe des Hôpitaux, de Raymond Garcin et Noël Peron, neurologue et neuropsychiatre de la Salpêtrière, il se retrouve, après trente mois de service militaire dont une partie en Algérie, Interne des Hôpitaux de Paris dans les services de chirurgie générale de Pierre Guénin et de Daniel Morel-Fatio, puis ceux de Paul Pialoux et Maurice Aubry, chirurgiens ORL des Hôpitaux de Paris et membres de l'Académie de médecine. Pendant son internat, il acquiert une formation politique et administrative en suivant les cours de l’Institut d’études politiques de la rue Saint-Guillaume et entame des recherches de neuroanatomie dans le laboratoire d’André Delmas avec Charles EyrièsCharles Eyriès, chirurgien ORL, deviendra le président de l'institut Arthur Vernes de 1975 à 1993.. Claude-Henri Chouard se passionne depuis plus d’un demi-siècle pour la complexité de la relation du médecin avec le malade, dont il a fait la pièce maîtresse de tout son enseignement clinique : c’est pour cela qu’il n’a jamais cessé d’exercer son métier de médecin.
Apports scientifiques Dans trois domaines successivement abordés, Claude-Henri Chouard a apporté une contribution originale et personnelle : deux d'entre eux l’ont conduit souvent à faire appel à son expérience chirurgicale et à son empathie clinique.
L’implant cochléaire multiélectrodes thumb|Claude Henri Chouard (au centre), Bernard Meyer (à droite) et Caroline de Monaco à l’Hôpital St Antoine (1993) Cette prothèse a été définie et mise au point dès 1975 à l’Hôpital Saint-Antoine par l’équipe multidisciplinaire constituée dans ce but par Claude-Henri Chouard et Patrick Mac LeodCh. Chouard, P. MacLeod, Implantation of multiple intracochlear electrodes for rehabilitation of total deafness: preliminary report, Laryngoscope, novembre 1976 (11):1743-51ISTEX. Pendant plus de huit ans ces auteurs ont été très loin devant toutes les autres équipes internationalesCH. Chouard, The early days of the multi channel cochlear implant: Efforts and achievement in France, Hearing Research, 2014 ; la faillite de l’industriel, la Société Bertin, a temporairement troublé ce développement. Mais les principes essentiels définis par ces auteurs dans les brevets. pris par Bertin Technologies en 1977, sont toujours appliqués par tous les constructeurs d’implants auditifs multi-électrodes, qu’ils soient cochléaires ou du tronc cérébralCh. Chouard, Technical survey of the French role in multichannel cochlear implant development, Acta Otolaryngol, décembre 2014, 10:1-9..
En 1957, à Paris, André Djourno, professeur de physique médicale et Charles Éyriès, otologiste parisien, redonnent les premiers de l'audition à un sourd total atteint de cholestéatome bilatéral, en stimulant électriquement les fibres nerveuses acoustiques encore présentes dans son oreille interne.
Même si ce système, développé quelques années plus tard par William F. House à Los Angeles, sortait les patients du silence et de l'isolement dans lesquels les tenait enfermés leur surdité totaleW. F. House, J. Urban, Long term results of electrode implantation and electronic stimulation of the cochlea in man, Ann. Otol., 1973, 82, 504-517., ce qui était déjà un progrès énorme, cet appareillage n'a jamais pu apporter aux patients une discrimination de la parole sans l'aide de la lecture labiale : après une dizaine d'années d’essais, tous les chercheurs s'accordaient sur une certitude : pour obtenir cette performance capable de redonner une vie sociale facilement possible, l’implant cochléaire devait avoir plusieurs électrodes, afin qu'il puisse stimuler les différentes zones fréquentielles du clavier cochléaire, dont Georg von Békésy, Prix Nobel de médecine 1961, avait démontré l'existence. Mais tous les chercheurs hésitaient devant la crainte de l’échec et des complications vitales.
En 1973 après avoir étudié de près les résultats des différentes tentativesRP. Michelson, MM. Merzenich, CR. Pettit et al., A cochlear prosthesis: further clinical observations ; preliminary results of physiological studies, Laryngoscope 1973;83(7): 1116 - 22.ISTEXAA. Eshraghi, R. Nazarian, FF. Telischi, SM. Rajguru, E. Truy , C. Gupta, The cochlear implant: historical aspects and future prospects, Anat Rec (Hoboken) 2012 ; 295 : 1967-80.ISTEX jusque-là effectuées, C.H. Chouard et P. Mac Leod, qui avaient fait leurs études médicales ensemble, décidèrent de s'attaquer au problème.
P. Mac Leod était devenu un chercheur spécialiste de la physiologie sensorielle ; C.H. Chouard avait acquis une expérience chirurgicale personnelle portant sur les nerfs facial et vestibulaire. Forts de cette double compétence, ils décidentCH. Chouard, P. Mac Leod, La réhabilitation des surdités totales: essai de l'implantation cochléaire d'électrodes multiples, La Nouvelle Presse Médicale, 1973, 44: 2958 de constituer au sein du Laboratoire de Recherches ORL du CHU St-Antoine à Paris, une équipe multidisciplinaire. En 1975, ils démontrent, dans de parfaites conditions éthiquesCH. Chouard, P. Mac Leod, Implantation of multiple intracochlear electrodes for rehabilitation of total deafness: preliminary report, Laryngoscope, 1976, 86:1743-51ISTEX, chez trois patients atteints de surdité totale unilatérale traumatique récente avec une paralysie faciale totale rendant l’opération indispensable, que la stimulation électrique sélective de chacune de 8 à 12 électrodes, isolées les unes des autres, et placées dans différents endroits de la rampe tympanique de la cochlée, fournit des perceptions fréquentielles différentes.
Puis, après avoir mis au point un test de stimulation électrique de la fenêtre ronde destiné à être certain de la présence de fibres auditives encore fonctionnellesB. Meyer, M. Drira, D. Gegu, Ch. Chouard, Results of the round window electrical stimulation in 460 cases of total deafness, Acta Otolaryngol Suppl, 1984 ; 411:168-76., l’équipe parisienne applique sa technique de mise en place des électrodes chez 5 patients atteints de surdité bilatérale totale ancienne. Dans les suites post-opératoires, après avoir bénéficié d’un entraînement orthophonique relativement bref, tous ces patients, totalement sourds, ont pu reconnaître un pourcentage variable de mots sans lecture labiale.
Sous la direction scientifique de P.Mac Leod, la fabrication industrielle d’un système implantable fonctionnel est alors confié à la Société Bertin. L’appareil de table fut vite construit ; mais la mort prématurée de Jean Bertin (ingénieur) à la fin de 1975 entraîna une restructuration de la Société, obligeant les français à attendre l'été 1976 pour recevoir enfin les six premiers appareils.
La première implantation eut lieu à Saint-Antoine le mercredi . Elle fut réalisée par C.H. Chouard assisté de Bernard Meyer. Les cinq autres patients furent très vite opérés, devant l’audition revenue dès le lendemain. La société Bertin dépose le le brevet /07824. Ce brevet, issu des exigences physiologiques de Mac Leod, comportait deux revendications simultanées : la transmission séquentielle à la cochlée d’un nombre indéterminé de bandes de fréquence. la transmission de la totalité de l'information sonore audible.
Les premiers résultats furent présentés le lendemain au XIth World Congress of O.R.L., qui se tenait alors à Buenos-Aires, puis rapidement publiésCh. Chouard, P. Mac Leod, B. Meyer, C. Fugain, P. Pialoux, Réhabilitation chirurgicale des surdités totales et des surdi-mutités, Ann. Oto-Laryng (Paris) 1977 ; 94 : 364-372.
Pendant près de vingt ans, ce document va conditionner toutes les procédures et les recherches utilisées par les autres équipes internationalesCh. Chouard, The early days of the multi channel cochlear implant: Efforts and achievement in France, Hear Res, 10 décembre 2014. pii: S0378-5955(14)00197-X. doi: 10.1016/j.heares.2014.11.007., qui seront obligées de le contourner, le plus souvent en n'envoyant qu'une partie de l'information sonore de la parole, jusqu'à ce que ce brevet tombe dans le domaine public en 1997.
En 1983, lors de la réunion organisée pour faire le point sur l’implant cochléaire multiélectrodes par la New York Academy of SciencesCh. Chouard, C. Fugain, B. Meyer et H. Lacombe, Long term results of the multi channel cochlear implant. Cochlear Prostheses : an International Symposium, Annals of the New York Academy of Sciences, Vol 405, 1983, , Chouard et son équipe présentent les résultats obtenus sur 48 patients, (45 d’entre eux étant implantés depuis plus d’un an), accompagnés de multiples innovations pratiques, qui seront adoptées ensuite par les autres équipes internationales, dont les résultats en nombre de sourds totaux implantés présentés lors de ce Congrès se limitaient à moins de huit patients au total.