Les fortifications de la Rhune à l’époque contemporaine sont des ouvrages militaires, situés sur la montagne de la Rhune, à proximité immédiate et à l'ouest de la frontière entre l'Espagne et la France. Ils ont été construits pour certains d’entre eux lors de la campagne de 1793 - 1794 et réutilisés par la suite pour contenir l'avancée des troupes de la coalition anglo-hispano-portugaise du futur duc de Wellington. Plus de vingt redoutes se répartissent sur le territoire des communes d'Ascain, de Sare et d'Urrugne et partiellement sur ceux de Saint-Pée-sur-Nivelle et de Biriatou.
Les combats de la fin du se sont déroulés principalement sur la commune d’Urrugne. Les forces révolutionnaires sont alors déployées dans les redoutes , de Bertuste, de la Bayonnette et des Émigrés situées sur la frontière et surveillant la Bidassoa ainsi que la route qui vient de Vera de Bidassoa. Le dispositif parvient à contenir l’avancée des assaillants espagnols. Théophile de La Tour d'Auvergne, « premier grenadier de la République », s’illustre particulièrement durant ces affrontements.
Toute autre est la situation du début du . Wellington s’avance en conquérant et essaie avec succès de faire sauter le verrou de Sare, en partant à l’assaut des pentes de la Rhune, avant de se diriger vers Bayonne. Sous les ordres du maréchal Soult, l’armée française résiste vaillamment en défendant les redoutes de Zuhalmendi, de Grenada ou de la chapelle de la Madeleine. La faiblesse du dispositif, mal adapté à des actions de contre-attaque, alliée à l’inexpérience des défenseurs des redoutes d’Ermitebaïta et de Mendibidea, permet aux troupes de la coalition anglo-hispano-portugaise de pénétrer le dispositif de défense et, finalement, de repousser les forces françaises vers Saint-Pée-sur-Nivelle.
Les redoutes, perchées sur les hauteurs, sont construites selon deux plans principaux, adaptés à la topographie. On trouve ainsi des redoutes en étoile, comme celle de Santa-Barbara, celle dite « de la borne frontière 29 » (BF 29), ou encore celle de la Bayonnette. D’autres forment des quadrilatères assez réguliers, telle la redoute de la chapelle de la Madeleine, ou des pentagones, comme la redoute des Émigrés ou celle de la chapelle d’Olhain. Un troisième type regroupe des formes moins usitées, comme l’ovoïde redoute de Sare, qui est probablement une réutilisation d’un ouvrage protohistorique. Treize de ces fortifications font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques.
Présentation générale du dispositif thumb|upright=1.8|alt=Carte montrant des emplacements d’ouvrages militaires.| La Rhune est l’ultime sommet de la chaîne des Pyrénées avant l’océan Atlantique. Elle culmine à , son sommet et ses pentes étant partagés par quatre communes, Vera de Bidassoa sous administration espagnole et Ascain, Sare et Urrugne sous administration française. Elle domine un chapelet de collines qui s’étend sur les territoires de ces quatre localités. Ainsi les hauteurs de Biscarzun () et d’Esnaur () se dressent sur Ascain ; celles de Saint-Ignace (), de Suhamendy (), d’Ibantelly (), de Santa-Barbara () et de Faague () sont situées sur Sare ; San Benito () pointe sur la commune de Vera de Bidassoa et enfin le Mendalé () domine le sud d’Urrugne.
Les fortifications de la Rhune se présentent sous la forme de redoutes de forme étoilée polygonale ou ovoïde, juchées sur des positions élevées de crêtes ou de mamelons. Leur construction peut avoir été plus ou moins sommaire, certaines étant protégées par de simples fossés, ou adossées à des ruines existantes, comme la redoute de l'ermitage de la Rhune, à Sare. Certaines d'entre elles, comme la redoute de Sare, possèdent une origine protohistorique.
Il s’agit de petites fortifications isolées, destinées à former un refuge pour les fantassins, condamnés autrement à se former en carré en terrain découvert. Les tranchées, généralement non couvertes, augmentaient la mobilité de l’infanterie, lui permettant de se déplacer, tout en demeurant partiellement à l’abri.. En contrepartie, ces ouvrages offraient peu de capacité de contre-attaques, compte tenu du faible nombre de soldats qu’ils pouvaient abriter et de la difficulté de s’extraire des tranchées. Seule une intervention extérieure pouvait dégager une redoute assaillie. Certaines d’entre elles disposaient de pièces d’artillerie, qui, étant donné les fortes pentes de la Rhune, étaient souvent exposées aux tirs ennemis.. Cette configuration s’est vérifiée en particulier lorsque les Alliés se sont emparés de la redoute de l’Ermitage, au sommet de la Rhune ; la crête fortifiée d’Alchangue s’est alors retrouvée sous le feu de leurs canons.
Histoire Les combats de 1793 - 1794 L’exécution de Louis XVI, le , dramatise le conflit latent entre la France et l’Espagne, et le de cette même année, la Convention nationale déclare la guerre à Charles IV.. Pour ce qui concerne le Pays basque, les combats se concentrent dans les vallées de la Bidassoa et de la Nivelle. En 1793, le Comité de salut public fait construire une redoute au sommet de la Rhune, sur l’emplacement de l’ermitage préalablement détruit..
Les forces en présence opposent, du côté français, que le général Servan installe sur les communes de Sare, d’Hendaye et d’Urrugne, à sous les ordres du général Ventura Caro ; ces derniers sont renforcés par l’armée des émigrés du marquis de Saint Simon.
Les forces françaises sont disposées de façon à contrôler trois secteurs principaux. La route de Vera de Bidassoa à Ciboure, qui passe par le col d’Insola, puis suit la voie actuelle qui traverse le quartier d’Olhette (Urrugne), est protégée par le camp de Belchenea et un réseau de redoutes qui occupent les sommets de la zone . De même, des ouvrages fortifient le passage de la Bidassoa entre Biriatou et Béhobie. Ils sont répartis sur les flancs de la Croix des Bouquets, du Xoldokogaña, du mont du Calvaire, du rocher des Perdrix et de Lumaberde. Enfin, l’embouchure de la Bidassoa nécessite l’établissement ou le renforcement des redoutes des Sans-culottes, d’Ihartzecoborda et d’Etsail, depuis la Croix des Bouquets, ainsi que le creusement de tranchées pour protéger le village d’Hendaye, depuis la colline de Socorri.
Une grande partie des combats se déroule sur le territoire d'Urrugne, qui accueille en son château d'Urtubie une partie de l'état-major français , alors que les troupes révolutionnaires sont basées à Béhobie, à Biriatou ou dans les redoutes qui défendent les crêtes..
Le premier engagement est provoqué par une attaque espagnole, le ., alors que l’armée française n’est pas totalement organisée . L’offensive espagnole est pointée sur le fort d’Hendaye et la redoute d’Urrugne, qui essuient des tirs de canons. Les volontaires français doivent alors se replier jusqu’à la Croix des Bouquets.
La redoute située au sommet de la Rhune est prise par les troupes espagnoles, qui s’y installent le . Le , une nouvelle attaque espagnole sur Hendaye est repoussée au-delà de la Bidassoa par les troupes françaises, au sein desquelles La Tour d'Auvergne se distingue par sa bravoure. Le , les troupes françaises, sous les ordres du même La Tour d’Auvergne, tentent à nouveau de s’emparer de l’ouvrage de la Rhune, mais doivent bientôt se retirer, malgré une résistance farouche sur les hauteurs de Santa-Barbara , colline située sur le territoire de la commune de Sare..
Une nouvelle offensive espagnole est repoussée le , et les troupes ennemies prennent alors position à Biriatou et le long de la Bidassoa ; l’état-major français se retire alors au nord de la Nivelle et renforce ses troupes par de nouvelles recrues, formées jusqu’au début de 1794 dans un camp d’entrainement situé à Bidart. Les combats reprennent le , provoqués par une colonne de et de espagnols qui pénètre en France par la route provenant de Vera de Bidassoa. Le mont du Calvaire puis le Mendalé sont occupés par les assaillants, puis repris par les Français.
Les combats d’octobre et de Après la défaite de Vitoria, le suivie de celles de Sorauren, le , et de San Martzial, le , les troupes d’Arthur Wellesley se trouvent sur les rives de la Bidassoa. Le duc de Wellington, dans une lettre à William Carr Beresford datée du , indique ainsi ses intentions : . Le maréchal Soult, à la tête des troupes françaises, ayant en partie fortifié les hauteurs et les abords de la Bidassoa, semble alors n’être préoccupé que du sort de Pampelune dont le siège, mené par les troupes espagnoles du général Enrique José O'Donnell, a débuté le ..
Les deux armées se trouvent alors face à face. Du côté français, le maréchal Soult répartit ses forces en trois groupes. À l'ouest, les deux divisions de Reille, commandées respectivement par Boyer et Maucune, couvrent le flanc droit, entre Urrugne et Ciboure. Le centre est tenu par les trois divisions de Clauzel qui gardent les hauteurs de la Rhune, de Sare et d’Ascain, épaulées sur le secteur d’Ascain-Serres par quelques éléments de la division Darricau. Enfin, à l’est, entre Amotz et le Mondarrain, sont postées les divisions d’Erlon et d’Abbé.. Le maréchal Soult réside, quant à lui, à Saint-Jean-de-Luz.
La coalition anglo-hispano-portugaise menée par Wellesley s’étale sur une même ligne de front, avec à l’est, entre Zugarramurdi et Echalar, les divisions anglaise de Ramsay et espagnole de O’Donnell, alors qu’Alten tient le col de Lizuniaga, en provenance de Vera de Bidassoa. Enfin, le flanc ouest, qui fait face aux divisions de Reille, est occupé par les troupes de Longa et de Freyre.
La Bidassoa est franchie le sur un assaut de des troupes alliées, et Urrugne est le théâtre du combat dit de « la Croix des Bouquets ». La surprise est totale du côté français, les pluies orageuses de la nuit précédente ayant caché les préparatifs des assaillants qui traversent la Bidassoa en trois gués distincts, en amont de Fontarabie, alors que Soult s’attend à ce que l’attaque principale ait lieu dans la zone d’Ainhoa, c’est-à-dire à l’est de Sare.. Les positions de Reille sont culbutées par la colonne de Graham ; ni Reille, ni Clauzel ne parviennent à engager leurs réserves à temps, les brigades Montfort et Boyer se trouvant alors au mont du Calvaire et au col des Poiriers à Biriatou, et la brigade Gauthier à Bordegain..
Ce même , à , supplémentaires s’élancent sur les fortifications de la Rhune. Les combats cessent à la tombée de la nuit, laissant les Français toujours maîtres de la Rhune, au prix de pour chacun des antagonistes. Wellington décide alors de contourner les positions françaises d’Olhain, et s’empare de la redoute de Santa-Barbara (ou Sainte-Barbe). La journée du voit les troupes françaises abandonner l’ermitage de la Rhune (Ermitebaita), et se replier sur la crête d’Alchangue. Les journées des et s’achèvent sur des pertes de du côté français, contre pour les Alliés..
Durant la nuit du au , les troupes françaises de Conroux reprennent la redoute de Santa-Barbara et la tiennent malgré un assaut des Espagnols qui coûte à ces derniers. À l'issue des combats qui se déroulent du au , les Alliés détiennent une tête de pont sur la crête frontalière, qui compte la redoute de la chapelle d'Olhain, le sommet de la Rhune, ainsi que la totalité de la crête qui domine la Bidassoa, englobant les redoutes urrugnares des Émigrés, de la Bayonnette et de . Le front se stabilise alors, et une sorte de paix tacite s’instaure entre les deux camps, amenant Français et Anglais à neutraliser certaines zones sur le versant sud de la Petite Rhune.
Wellington apprend le que la défense de Pampelune ne pourrait pas tenir plus d’une semaine . Considérant également les revers français en Allemagne , le général en chef des Alliés décide alors de céder aux pressions des souverains alliés et d’envahir la France par le sud.