Alcooliques anonymes (), abrégé sous le sigle AA, est une organisation d'entraide mondiale présente dans plus de , avec et près de au . Son unique but est d'aider des personnes ayant un problème avec l'alcool ou se reconnaissant alcooliques, qu'elles soient des alcooliques chroniques ou cycliques, et désireuses d'arrêter de boire, à devenir et rester abstinentes.
La démarche proposée aux membres de la des Alcooliques anonymes est un programme de rétablissement en douze étapes. Ces étapes se référent à une notion de Puissance Supérieure qui peut être Dieu ou toute autre Puissance Supérieure à lui-même qui permet à celui qui les travaille de puiser sérénité, courage et sagesse. Chacun est libre de croire en ce qu’il veut… ou de ne croire en rien. En effet, le programme de rétablissement en douze étapes n'est pas imposé en AA, mais seulement suggéré, les membres gardant la liberté de prendre ce qui les intéresse et de laisser le reste.
En France, en Suisse, en Belgique, au Québec, les Alcooliques anonymes ont une influence déterminante parmi les organisations néphalistes francophones. Avec la Croix-Bleue, le Mouvement Vie Libre, Alcool Assistance ou encore Alcool écoute joie et santé, AA fait partie des associations d'aide aux malades de dipsomanie les plus importantes du monde francophone.
Fondation des AA vignette|Panneau indiquant une salle de réunion des Alcooliques anonymes (en allemand). La fondation des AA a été précédée de l'appartenance de ses fondateurs aux Groupes d'Oxford, au sein desquels ils parvinrent à rester ou à devenir abstinent. Tout remonte à une tentative de psychothérapie d'un patient alcoolique américain : venu en Suisse pour se faire traiter par le psychanalyste suisse Carl Gustav Jung pendant plus d'un an. À la suite de plusieurs rechutes qui émaillèrent cette tentative de cure, Jung se déclara impuissant à traiter ce patient alcoolique, et lui conseilla de . Suivant ce conseil, Rowland Hazard III à son retour aux États-Unis adhéra aux Groupes d'Oxford, grâce aux principes et aux réunions desquels il parvint à devenir abstinent. Il consacra alors une partie de sa vie à transmettre le message des Groupes d'Oxford comme ceux-ci le préconisaient, entre autres à d'autres alcooliques, dont un certain .
Ebby devint lui aussi abstinent, du moins pendant un temps, pendant lequel il rendit visite à un de ses amis: William Griffith Wilson, dit Bill Wilson ou , futur cofondateur du mouvement AA, à qui il fit part de son accession à l'abstinence d'alcool grâce à son appartenance aux Groupes d'Oxford.
Bill W. vint aux réunions des Groupes d'Oxford et, devenu abstinent après une cure à l'hôpital Towns de sa ville, New-York, il le resta à partir de . En , alors que son enthousiasme à amener exclusivement des alcooliques aux Groupes d'Oxford de New-York avait commencé à le mettre en délicatesse avec ces derniers, Bill W. rencontra à Akron (Ohio) le Bob, lui aussi membre des Groupes d'Oxford, et qui cherchait en vain à arrêter l'alcool. Avec l'aide de Bill W, le Bob prit son dernier verre d'alcool le , date qui a été retenue officiellement comme date de naissance des Alcooliques anonymes.
La naissance des AA eut lieu en fait quand, à New-York, Bill Wilson et un certain nombre d'ex alcooliques devenus abstinents dans les Groupes d'Oxford quittèrent ceux-ci et commencèrent à se réunir à part ceux-ci, et quand semblable événement se produisit à Akron, ville du Bob.
A noter que le nom "Alcooliques anonymes" est aussi le nom légal des auteurs du livre dit Le Big Book des AA, dont le titre original était : , (en français L'histoire de comment plus d'une centaine d'alcooliques se sont rétablis de l'alcoolisme) et que les premiers membres écrivirent, puis publièrent en 1939.
Joseph Kessel, par son ouvrage Avec les alcooliques anonymesJoseph Kessel, Avec les alcooliques anonymes, Éditions Gallimard, coll. « L'air du temps », Paris, 1960 ; rééd.1985 et 1996 ., un reportage sur les AA aux États-Unis, contribua à les faire connaître en France et dans le monde francophone. Son livre rapporte son voyage aux États-Unis à la rencontre des alcooliques, autrefois en perdition, devenus abstinents avec les AA, et qui s'emploient désormais au sein du mouvement à s'entraider à le rester et à en aider d'autres à le devenir.
C'est en 1960 que le premier groupe francophone de France fut ouvert à Paris où des groupes anglophones existaient depuis 1949.
En Belgique, le premier groupe s'était réuni en 1953.
Fonctionnement des AA L'anonymat est la base des traditions des AA. Ainsi tous ses membres sont égaux. Aucun ne peut être médiatisé ou stigmatisé plus qu'un autre. Tout ce qui est dit en confiance ne doit pas sortir des salles de réunions. Il n'y a ni thérapeute ni encadrement d'aucune sorte. La méthode repose sur un programme de rétablissement en 12 étapes, le partage d'expérience, de force et d'espoir, le partage d'émotions :
En France, comme dans la plupart des pays (ou parties de pays), il existe un conseil d'administration de l'association, dont les membres sont régulièrement renouvelés, qui constitue la représentation légale du mouvement. Il existe par ailleurs des services généraux chargée de services aux membres, aux alcooliques auxquels le mouvement veut tendre la main, et aux groupes.
Chaque groupe est autonome sauf pour ce qui touche les autres groupes ou le mouvement AA dans son ensemble. Les groupes contrôlent le conseil d'administration et les services généraux par l'intermédiaire de délégués régionaux élus par des délégués des groupes, réunis lors de « conférences nationales de service » périodiques.
Des délégués des conseils d'administration des différentes régions ou pays partagent leurs expériences de service dans des conférences mondiales tenues tous les deux ans.
Afin de préserver leur indépendance, les AA n'acceptent pas de subventions. Ils s'autofinancent par les contributions volontaires de chacun de ses membres. L'argent donné sert à payer les loyers du local où il se réunit, à régler les frais d'intendance ou de secrétariat, mais aussi à financer les actions du conseil d'administration et des services généraux, tant au niveau national qu'international. Dans le cas où des mairies ou des structures médico-sociales prêtent gratuitement leurs locaux pour la tenue de réunions, les AA offrent une somme d'argent généralement destinée à une œuvre sociale afin de garder leur indépendance. De même, les AA refusent d'être reconnus d'utilité publique.
Les AA n'ont pas vocation et ne prétendent pas se substituer à la médecine qui figure parmi leurs « alliés naturels ». À ce titre, ils participent à des réunions d'information dans les centres d'alcoologie des établissements hospitaliers au profit des malades mais aussi des soignants.
La seule condition requise pour devenir membre des AA est le désir d'arrêter de boire. Le malade alcoolique peut alors participer aux réunions, qui sont le plus souvent hebdomadaires. Dans les villes et régions où existent plusieurs groupes, il est ainsi possible d'assister à plusieurs réunions par semaine. Il n'y a ni inscription, ni cotisation : chacun est libre d'assister au nombre de réunions qu'il souhaite, de se présenter ou non, de parler ou non.
Il arrive que les réunions des AA soient ouvertes aux non-alcooliques.
Prière de la Sérénité
Cette prière, composée par un pasteur américain dans les années 1930 était considérée par l'écrivain Kurt Vonnegut comme l'une des plus fortes jamais émises dans l'histoire de l'humanité. Elle a par ailleurs un aspect très stoïcien.
Bill W., cofondateur des AA, a dit de la prière de la sérénité : Dans le livre Le mouvement des AA devient adulte, Bill raconte qu’au début de 1942, la première secrétaire nationale des AA, Ruth Hock lui a montré, à lui et à d’autres, dans leur petit bureau encombré de New York, un avis de décès dans le Herald Tribune de New York qui se terminait ainsi :
Quelqu’un a eu l'idée d’imprimer ce quatrain sur des cartes format portefeuilles pour l’inclure dans la correspondance du bureau, et c’est ainsi que la prière de la sérénité a commencé son chemin pour devenir partie intégrante de la vie AA.
Depuis, elle a été traduite dans les nombreuses langues parlées dans les pays où AA existe. Dans tous les groupes et à la fin de chaque réunion, elle est récitée à haute voix, par les participants qui le souhaitent et qui se prennent pour cela par la main et forment un cercle en signe de fraternité.
Malgré des années de travail par des chercheurs sérieux, et beaucoup d’hypothèses par des chercheurs amateurs, l’origine exacte de la prière de la sérénité demeure un mystère. Toutefois, une chose semble incontestée : c’est la revendication de paternité de Reinhold Niebuhr qui a dit dans une interview qu’il l’avait écrite comme conclusion à un sermon qu’il avait prononcé, cette phrase aurait été empruntée à Marc Aurèle à l'origine en ces termes : Aussi Reinhold Niebuhr a-t-il ajouté : Avec sa permission, la prière a été imprimée sur des cartes pendant la Seconde Guerre mondiale et distribuée aux troupes. Elle avait aussi été déjà reprise par le et par les AA..
Les AA, sans être un mouvement religieux, font souvent référence à une et la référence à Dieu est très souvent présente dans leur littérature, à commencer par cette fameuse prière de la sérénité.
Pour les Catholiques l'intercession auprès de Dieu de Saint-Matthias, apôtre ayant remplacé Judas parmi les douze, est invoquée dans la communion des Saints en qualité de patron des alcooliques repentis.
Réunions AA En France, les réunions AA qui se tiennent dans environ proposent à ses quelque de suivre un programme de rétablissement en douze étapes, et ce dans le respect des douze traditions qui organisent le fonctionnement harmonieux du mouvement.
Il y a essentiellement deux types de réunions, animées par un « modérateur » qui invite chacune des personnes présentes à prendre la parole, à tour de rôle : les réunions fermées, qui sont réservées aux membres des AA ou à toute personne qui pense avoir un problème d'alcool. Le désir d'arrêter de boire étant la seule condition requise pour devenir membre des AA ; les réunions ouvertes (généralement une par mois dans chaque groupe), au cours desquelles les participants racontent comment ils ont bu, comment ils ont connu AA et comment le programme les a aidés à arrêter de boire et à vivre abstinents. Chacun peut y amener des parents ou des amis. Toutes les personnes intéressées par AA sont les bienvenues à ces réunions, particulièrement les membres des professions médicales, enseignantes ou socio-éducatives.
Une réunion dure en principe cinq quarts d'heure plus un sixième dit « thérapie du café », réservé à une discussion informelle. Ce dernier temps donne aux membres l'occasion de discuter entre eux des problèmes liés à leur ancienne habitude de consommation d'alcool et des efforts qu'ils ont faits pour parvenir à une abstinence durable. C'est au cours de ce moment que se tissent des liens privilégiés qui amènent au « parrainage ». Elles permettent aussi d'explorer en détail les divers éléments du programme de rétablissement en douze étapes.
Abstinence et sobriété à la fois Les AA proposent un programme d'abstinence totale de .
En effet, les membres s'abstiennent de prendre un verre, un jour à la fois. S'ils ne reprennent pas un premier verre, il n'y en aura ni un deuxième, ni d'autres… C'est la méthode des . Il est suggéré aux nouveaux membres des AA de décider chaque jour de rester abstinent pour . Si c'est trop difficile, ils peuvent fractionner leur journée en périodes plus courtes : matinée, déjeuner, après-midi, dîner, soirée, nuit… Et ils répètent l'opération chaque jour…
L'abstinence consiste à ne pas consommer une goutte d'alcool. Avec le temps, l'envie de boire de l'alcool diminue progressivement jusqu'à disparaître.