Les aspects économiques et logistiques des guerres napoléoniennes sont des aspects qui décrivent l'ensemble des facteurs économiques qui concoururent à la gestion matérielle et financière des guerres menées sous le Consulat et le Premier Empire et par conséquent les causes et conséquences économiques de ces conflits. Ils couvrent également la gestion des ressources industrielles en vue de la production des armes et équipements militaires et l'organisation de celle-ci ou encore la logistique militaire et l'intendance militaire en vue de l'approvisionnement des armées en campagne.
vignette|upright=1.5|alt=Une colonne de soldats traversant un pont.|L'armée napoléonienne en campagne, d'après Jacques Swebach.
Lors de tout conflit d'envergure, la gestion des ressources économiques et logistiques des belligérants en vue de l'équipement et de l'approvisionnement de leurs forces armées est l'un des aspects majeurs de la « conduite de la guerre », tout autant que la tactique et la stratégie militaires sur les théâtres d'opérations et champs de bataille, et les guerres napoléoniennes n'y font pas exception.
Napoléon s'intéressa personnellement aux questions de logistique et d'« économie militaire » dès l'époque du Consulat et fut efficacement secondé par Pierre Daru, intendant général de la Grande Armée dès 1806 et qui occupa encore par la suite différents postes-clés dans l'administration et l'intendance militaires des armées napoléoniennes. Les deux hommes furent à l'origine de la réforme ou de l'organisation de différents corps et services chargés de ces missions logistiques et administratives comme ceux des « commissaires-ordonnateurs de guerre », des « inspecteurs aux revues » ou des services du train.
En ce commencement du , qui voit les débuts de la révolution industrielle, la France, nettement moins engagée dans ce processus que son principal adversaire le Royaume-Uni, doit avant tout compter sur l'artisanat et la petite industrie - les manufactures - pour la fourniture de matériel et d'équipements à ses armées. Avec les conquêtes militaires du Consulat et de l'Empire, qui viennent s'ajouter à celles de la Révolution (notamment l'Italie et la Belgique), c'est presque toute l'Europe qui, de gré ou de force, se retrouva impliquée jusqu'en 1813 dans l'« effort de guerre » napoléonien, y compris dans son financement par le biais d'indemnités de guerre imposées aux nations vaincues.
À la veille de la campagne de Russie de 1812, l'armée napoléonienne aligne quelque français et étrangers. Si ces chiffres restent « modestes » par rapport aux millions d'hommes mobilisés au cours des guerres mondiales du , armer, équiper et nourrir une telle force armée représente un effort économique et logistique considérable pour l'époque.
Napoléon et l'économie de guerre
vignette|alt=Portrait en pied de Napoléon en costume rouge, posant en chef d'État.|Bonaparte, Premier Consul, par Jean Auguste Dominique Ingres. vignette|alt=Carte de l'Europe.|Nations européennes impliquées par le blocus continental en 1811.
Bien qu'adepte du « dirigisme économique », que désapprouvait son ministre du Trésor Nicolas François Mollien., Napoléon n'interféra que fort peu dans la production « industrielle » militaire, s'en remettant à son ministre Pierre Daru en qui il avait toute confiance et dont il dressera l'éloge lors de son exil à Sainte-HélèneLe Mémorial de Sainte-Hélène cité par Bernard Bergerot dans .. Cela ne signifie toutefois pas qu'il se désintéressa des aspects économiques et logistiques de ses campagnes militaires ainsi que des problèmes d'intendance. Dès l'avènement du Consulat, Bonaparte marque le début de l'ère post-révolutionnaire par une refonte générale du système d'armement, les productions, parfois plus ou moins improvisées, des années 1790 n'ayant pas toujours été satisfaisantes et les armes à feu offrant un trop grand nombre de calibres (notamment dans l'artillerie). Beaucoup d'armes sont ainsi remplacées ou modifiées en l'An IX (1800)..
Dans la biographie qu'il consacre à son père Auguste, Napoléon-Joseph de Colbert souligne le souci du détail et la « prévoyance en quelque sorte surhumaine » (sic) avec laquelle Napoléon préparait ses opérations : .
On retrouve encore de nombreuses interrogations ou instructions relatives à ces aspects des opérations militaires dans sa volumineuse correspondance publiée plus tard dans le siècle sur ordre de Napoléon III, de nombreux décrets impériaux attestant également de ce souci des questions d'économat militaire. Ainsi en est promulgué un décret impérial portant sur les « subsistances » de l'armée (cfr infra) et l'organisation de leurs distributions. En , à la veille de la campagne de Belgique, l'Empereur donne à son ministre de la Guerre Louis Nicolas Davout différents ordres concernant notamment la fabrication des armes. et l'implantation des dépôts et magasins d'armement..
L'importance des facteurs économiques et financiers dans le cadre d'une stratégie militaire globale n'échappa pas non plus à Napoléon et elle lui inspirera la mise en place en 1806 du « système économique continental » et notamment du blocus contre l'Angleterre, principale bailleuse de fonds des coalitions qu'il eût à affronter dès l'époque du Consulat dans le cadre de la Deuxième Coalition (1798-1802). Toutefois, à l'inverse de sa rivale, il ne put s'appuyer sur un empire colonial pour soutenir son effort de guerre, le seul profit qu'il put tirer de l'« espace colonial français » de l'époque étant le fruit de la vente de la Louisiane aux États-Unis le contre la somme de de francsPrix et chiffres dans cet article sont donnés en Francs germinal. Le taux de conversion en Euro d'un Franc Germinal de l'époque napoléonienne est de , voir Le pouvoir d'achat sous le Consulat et l'Empire..
L' « industrie militaire » au début du
vignette|alt=Gravure représentant un ensemble de bâtiments avec des rangées d'arbres et un jardin, au milieu d'imposantes collines.|La manufacture d'armes de Klingenthal en 1830. L'industrie de l'armement française n'a guère évolué de manière significative sous le Premier Empire, en dépit des besoins énormes en armes des armées napoléoniennes, les prises de guerre venant compléter en quantités la production nationale.
Au tournant des , l'industrie métallurgique française .
Avec l'avènement de l'Empire, les « manufactures nationales d'armes » - pour la plupart anciennes « manufactures royales » - deviennent les « manufactures d'armes impériales » avec, pour les armes blanches, la fameuse manufacture de Klingenthal, qui connaît son apogée sous l'Empire en employant plus de . et pour les armes à feu, la manufacture impériale de Versailles, qui façonne aussi des armes blanches d'apparat, la manufacture d'armes de Saint-Étienne, celles de Charleville, de Tulle, Maubeuge, Mutzig, Roanne, Culemborg, Liège (Départements réunis) puis plus tard celle de Châtellerault.. Les pièces d'artillerie sont coulées notamment à la fonderie de canon de Douai, au Creusot, à la fonderie d'Indret ou encore à la fonderie de canons de Liège établie par le Premier Consul en 1803.. L'industrie de guerre travaillait sous la tutelle du ministère de l'armement et des fabrications de guerre.
Armes à feu individuelles
vignette|alt=Pistolet à silex du , vu de profil.|Pistolet de cavalerie, modèle 1766, fabriqué vers 1800-1810 par la manufacture de Charleville.
La France du début du ne s'est pas encore à proprement parler lancée dans la révolution industrielle qui a déjà commencé en Angleterre et : ainsi, la Manufacture d'armes de Charleville est-elle constituée de divers ateliers dispersés dans la région de Charleville, différents bourgs de la vallée de la Meuse ou au fond de celle de la Goutelle.. Dans l'armurerie liégeoise, une des plus réputées et des plus importantes de l'époque et qui passe au service de l'effort de guerre français à la suite de la seconde annexion française des États de Belgique, . La fabrication des armes est organisée en une cascade de sous-traitances qui .
Artillerie
vignette|alt=Canon obusier de profil.|Obusier de Système An XI (1810).
Depuis la fin des années 1770, l'artillerie française est organisée selon le système mis en place par Jean-Baptiste Vaquette de Gribeauval. Outre les avantages strictement militaires, le « système Gribeauval » permet également une certaine standardisation dans la fabrication des pièces d'artillerie, qui permet d'accroître la quantité et la qualité des pièces produites. Le système assure également une standardisation des calibres permettant là aussi de rationaliser la production et l'approvisionnement.. . En 1803, à la suite des travaux d'études réalisés par le « Comité de l'artillerie » qu'il a institué le , présidé par le général François Marie d'Aboville, Napoléon décide de simplifier le système Gribeauval en limitant encore le nombre de calibres utilisés.. Il établit la même année la fonderie de canons de Liège, qui se spécialise notamment dans la production de pièces d'artillerie navale et côtière (cfr infra). L'artillerie anglaise ayant introduit l'usage du shrapnel en Espagne, Napoléon, artilleur de formation, mit ce nouveau type de munition à l'essai à la suite de la capture de caissons britanniques.
En 1794 paraît, sous la plume de Gaspard Monge, une « Description de l'art de fabriquer des canons : faite en exécution de l'arrêté du Comité de salut public, du 18 pluviôse de l'an II de la République française, une et indivisible ». Dans cet ouvrage technique, l'auteur décrit très précisément la fabrication des pièces d'artillerie à l'époque des guerres napoléoniennes, depuis la fonte des métaux destinés à leur fabrication - le fer pour l'artillerie de marine et le bronze, plus léger, pour les canons de l'armée - jusqu'au banc d'épreuve avant la réception des pièces, en passant par la fabrication des poudres depuis le lavage des terres à salpêtre destiné à en extraire ce sel constituant la base de la poudre noire. Comme pour les armes individuelles, les pièces sont fabriquées à partir d'un modèle en laiton fourni au fabricant. .
La fonte des pièces se fait sur base de deux types de moules. Le système le plus ancien et le plus long est celui du moule en terre, qui nécessite la fabrication d'un maître-modèle (« master ») centré sur une tige de bois autour duquel la forme du tube est façonnée en foin et en argile et à usage unique puisqu'il doit être détruit avant la coulée du métal. L'autre, plus moderne et productif, est le moule en sable, utilisant pour master un assemblage démontable et réutilisable de pièces détachées. Les pièces rapportées, comme les pour les pièces terrestres ou le bouton de culasse (boule située à l'arrière du canon), sont vissées sur les moules de fûts. Les pièces sont ensuite coulées « pleines » puis les tubes sont forés, le canon tournant autour d'un foret fixe, système plus précis mis au point par le mécanicien suisse Jean Maritz, assurant que l'âme de la pièce est parfaitement centrée et alésée, la limaille de bronze étant immédiatement rechargée dans le fourneau tandis que celle de fer doit être refondue. Vient ensuite le perçage de la « lumière », orifice par lequel on boute le feu à la charge de poudre. Les pièces sont ensuite inspectées puis passées au « banc d'épreuve » où l'on teste sa résistance à la poudre avant réception..
« Description de l'art de fabriquer des canons »
Armes blanches et armes d'apparat
vignette|alt=Photo d'un sabre dans son fourreau.|Sabre d'apparat d'officier de hussards.