Le château des Hauts est un château français situé à La Chapelle-Saint-Mesmin dans le département du Loiret en région Centre-Val de Loire.

Géographie

Le château des Hauts se situe sur le territoire de la commune de La Chapelle-Saint-Mesmin dans le département du Loiret en région Centre-Val de Loire, dans la région naturelle du Val de Loire, à l'Ouest d'Orléans.

L'édifice s'élève à environ de la rive nord de la Loire, à l'angle de rue des Hauts et de la rue du Château, à de la (ancienne route nationale 152).

Histoire vignette|gauche|Une vue du château des Hauts au , sur une gravure de Charles Pensée. Selon l'abbé Patron, avant l'édifice actuel, au , le domaine n'était qu'un simple manoir habité par le capitaine Pierre de La Chapelle qui mourut glorieusement lors de l'attaque du fort des Tourelles d'Orléans le . Le château aurait été ensuite restauré sur ordre du roi de France Charles VII et selon la tradition plusieurs rois y auraient séjourné : Henri II, Charles IX. En 1572, ce dernier l'aurait fait restaurer pour sa maîtresse Marie Touchet. Selon Charles-François Vergnaud-Romagnesi, auteur d'une notice rédigée en 1832 sur le château de Chambord, le roi Charles IX aurait, lors d'une visite à Marie Touchet au château de Mixi (Saint-Mesmin), chassé un cerf de dix cors, au cours d'une vénerie. À la mort de Marie Touchet en 1638, sa fille Henriette de Balzac d'Entragues marquise de Verneuil et maîtresse d'Henri IV, aurait hérité du château.

Au , le château devient le lieu de rencontre de l'aristocratie orléanaise et les jardins sont dessinés, dit-on, par André Le Nôtre.

En 1735, à l'occasion de la vente du château, sa description correspond à peu de chose près à celle de l'annonce de mise en vente de l'année 1844 (voir note 5), dans laquelle il est précisé en sus que, de part et d'autre de l'allée des tilleuls, on compte « quatre arpents et demi de vignes et de bois-garenne ensuite ».

À partir de 1767, Étienne Fleureau de Guillonville, qui vit habituellement à Orléans, s’installe au château à la belle saison. S'y retrouve une société brillante d'intellectuels, d'artistes et de beaux esprits, comme le poète, dessinateur et graveur Charles-Michel Campion, le dessinateur Aignan-Thomas Desfriches, l’éditeur Martin Couret de Villeneuve, l’écrivain Laurent Pierre Bérenger. On y joue de la musique et des fêtes se tiennent dans le jardin à la française : tout l’art de vivre au siècle des Lumières y fleurit.

En 1785, un acte le qualifie de « Maison des Vignes » et le représente comme étant « en la censive et mouvance de la seigneurie de La Chapelle Saint-Mesmin, membre dépendant de l'abbaye de Saint-Mesmin ».

thumb|gauche|Catalogue des plantes cultivées au château de La Chapelle Saint-Mesmin.

Après son installation en 1801 au château, pour lequel elle bénéficie d'un bail à vie de la nouvelle propriétaire, son amie Marie-Henriette Simonnot-Ponty, la tragédienne Mademoiselle Raucourt le garnit de meubles raffinés, l’ornant de sculptures et de tableaux. Cette résidence secondaire devient un lieu de jeu, de réception et de plaisirs. Elle y reçoit régulièrement le tragédien François-Joseph Talma, le comédien Lafont ainsi que les comédiennes Mademoiselle George et Mademoiselle Mars.. Selon les mémoires de George, Françoise Raucourt pratique régulièrement, sur les terres de son domaine, munie d'un fusil et accompagnée de son chien, la chasse au lapin. Elle fait élever dans le parc, un monument funéraire en mémoire de son ancien amant et protecteur le Prince d'Hénin, guillotiné à la Révolution française. L'auteur Michel Faul rapporte qu'en avril 1809, lors d'une ouverture aux visiteurs que son magnifique parc attire en grand nombre, après qu'une dame de la haute société orléanaise se fut extasiée sur la beauté des fleurs et sur la richesse de la serre en commentant à haute voix : « A-t-on jamais vu des choses pareilles à une comédienne ; mais c'est scandaleux ! », Raucourt, présente dans un bosquet voisin et ayant tout entendu, se montre, prend la pose et d'une voix tragique lui rétorque : « Cette comédienne est chez elle ; elle voulait bien vous y recevoir ; vous n'en êtes pas digne : sortez ! ». Vers 1810, le parc est vaste de douze hectares et contient de nombreuses plantes rares et exotiques que l'actrice élève dans une remarquable serre chaude et une orangerie qu'elle fait installer pour l'occasion. Certaines de ces plantes provenant d’échanges entre Mademoiselle Raucourt et le jardin du château de Malmaison de son amie l'impératrice Joséphine de BeauharnaisJoséphine de Beauharnais était passionnée de botanique.. Elle consacre beaucoup de temps à son jardin en s'occupant elle-même de ses plantations : semis, boutures et greffes.. Sa collection de roses était remarquable. Le catalogue des fleurs et plantes édité après sa mort en 1815, comporte pas moins de Dont notamment un baobab et un frangipanier.. Peu avant sa mort, c'est de son château qu'elle écritArchives de la Comédie-Française, dossier Raucourt. en à ses camarades de la Comédie-Française pour leur faire part de son souhait d'arrêter définitivement la scène. En 1816René Biémont mentionne l'année 1818 pour cette acquisition par la ville d'Orléans in réédité en 2018 par Forgotten Books, London, la ville d'Orléans se rend adjudicataire des serres, des plantes rares et de la collection de roses du château pour aller enrichir les collections du Jardin des plantes d'Orléans.

En 1816, le château est acheté conjointement par Étienne Jean Désiré Chemin (1770-1836), sa future épouse Françoise Pierrette Le Pileur de BeuvryIls se marieront à Paris en 1818 ayant comme témoin, entre autres le futur roi Charles X. Son père Guillaume Le Pileur, marquis de Beuvry est originaire du Nord. Par ordonnance royale du 24 mars 1819, Jean Étienne Désiré Chemin est autorisé à ajouter à son nom de famille le patronyme aristocratique de sa femme : De Beuvry. (1770-1842) ainsi que Marie Sophie Lolive (1763-1847), tous les trois ex-associés d'un commerce de lingerie Lolive, de Beuvry et Cie situé à Paris. Cette entreprise créée en 1796, jusqu'à sa vente en 1818, fournissait notamment la famille de l'Empereur Napoléon Ier puis celle du roi Louis XVIII. Le trio emménagent à La Chapelle Saint-Mesmin la même année. Après la mort du couple Chemin de Beuvry, Sophie Lolive viendra s'installer dans le château voisin le Petit-Château (actuel hôtel de ville de la commune) mis à sa disposition par son ami vaudevilliste parisien Louis-Émile Vanderburch que celui-ci avait quitté peu après la mort de sa 1ère épouse en 1841.

En 1844, Jean-Jacques Fayet, évêque d'Orléans, décide de faire l'acquisition de ce domaine de afin d'y faire édifier le petit séminaire, et de faire du château sa résidence épiscopaleAlors que Mademoiselle Raucourt, célèbre actrice, avait précédemment habité le château, on lui demanda : « Vraiment, Monseigneur, vous allez bâtir un séminaire dans ce parc et habiter vous-même le château qui ont été souillés par la présence de la comédienne ? » - « Oh, rassurez-vous », dit l’évêque, « on a changé les draps !… » (). Celui-ci sera désormais connu sous le nom de « Château des Évêques »Texte intégral de l'annonce de mise en vente du château en juin 1843 par Me Bigot, notaire à Orléans (mise à prix: Francs): « On arrive à cette propriété par une longue avenue bordée de très beaux tilleuls, donnant sur la grande route d’Orléans à Blois et aboutissant à une grille en fer avec sauts-de-loup. Cette grille donne entrée à une superbe cour d’honneur, bordée également de beaux tilleuls et d’arbres de Judée.

Ce château, élevé sur caves, de deux étages, dont le second est en mansardes, couvert en ardoises, fut bâti sous Charles IX pour Marie Touchet : il est flanqué de quatre tourelles, dont deux rondes sur la cour d’honneur, et deux carrées sur le parc. Il se compose de :

Au rez-de-chaussée. Un corridor ou vestibule régnant dans toute la longueur du bâtiment : une salle à manger d’été, ayant deux entrées, l’une par la cour d’honneur et le vestibule, l’autre par le parc. - À gauche de ladite salle à manger, cage du principal escalier ; office où se trouve l’entrée des caves ; cuisine et garde manger, avec pompe, lavoir, grande chaudière, ladite cuisine ayant son entrée sur la cour d’honneur. Dans la cour d’honneur, près de ladite cuisine, sortie sur une rue de la Commune. - À droite de la susdite salle à manger, petit appartement composé d’une antichambre ouvrant par le vestibule sur la cour d’honneur, d’une chambre à coucher avec alcôve et deux cabinets de toilette, d’un boudoir ouvrant sur le parc. - À droite dudit appartement, salle de bain avec baignoire en marbre blanc d’un seul bloc, entrée sur le vestibule et sur le parc, réservoir de la salle de bain avec fourneau, chaudière, etc. - Lieux d’aisances à l’anglaise. Cage d’un petit escalier dérobé.

Au premier. À droite de la cage de l’escalier principal, corridor où s’ouvrent deux chambres à coucher séparées, ayant chacune un cabinet de toilette et un autre grand cabinet pouvant contenir un lit. - Au bout du corridor, lieux à l’anglaise. - À gauche de la cage de l’escalier, grande salle à manger ayant deux croisées, l’une sur la cour, l’autre sur le parc ; grand salon avec quatre croisées, deux sur la cour et deux sur le parc, quatre belles glaces. - Une chambre à coucher avec un cabinet de toilette et une antichambre ouvrant sur le petit escalier. - Cabinet de travail avec deux grands corps de bibliothèque en acajou, ouvrant également sur le petit escalier. - Boudoir peint à fresque.

Au deuxième étage. Corridor régnant dans toute la longueur du bâtiment. À droite du grand escalier, quatre chambres de domestiques et un cabinet. - Lieux d’aisance. À gauche dudit escalier et à gauche du corridor, cinq chambres à coucher, dont une avec deux cabinets et une autre avec un seul cabinet. - Autre chambre sans cheminée. Toutes ayant vue sur le parc. - À droite dudit corridor, cinq cabinets ayant vue sur la cour.

Parc ayant une sortie sur une rue de la commune et deux autres donnant à l’autre extrémité sur un bois de peupliers ; superficie du parc 12 hectares environ; verger, potager, jardin anglais, quinconces, charmille, terrasse sur la Loire, égale pour la longueur à celle des Tuileries sur la Seine, salle de billard sur cette terrasse, espaliers, serre chaude, orangerie, superbe melonnière, cinq bassins dont un en marbre avec une très belle statue de Cléopâtre en marbre blanc et apportée d’Italie.

Communs. - Logement de jardinier, deux écuries pouvant contenir sept chevaux, deux remises, une étable pour trois vaches, grand pressoir avec tous ses accessoires, menuiserie, forge, grange, laiterie, fruitier, buanderie avec chaudière pour lessive, four, etc., vaste grenier à fourrage et à grains. - Toits à porcs en pierre et couverts en zinc, cabanes à lapin, poulailler. - Manège fournissant de l’eau par des tuyaux de conduite en plomb aux cinq bassins, à la laiterie, au pressoir, à la buanderie, à la cuisine du château et à la salle de bain. - Au-dessus du manège, beau Colombier. - Lesdits communs ouvrent sur une vaste basse-cour, située à droite de la cour d’honneur, près de la grille.

Le chemin de fer qui doit être en activité au mois de mai, donnera les moyens de se rendre de Paris à cette belle propriété en moins de quatre heures.

La propriété est entièrement entourée de murs.

L’acquéreur aura la faculté de garder sur estimation, tout le mobilier du château. ».

thumb|gauche|Félix Dupanloup entouré des professeurs du petit séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin en 1861/1862 (cliché d'Eugène Disdéri, lui-même visible à l'extrême gauche, pris devant la façade ouest du château des Hauts).