Le Commandement de l'espace (CDE) est un organisme à vocation interarmées de l'Armée de l'air et de l'espace française.
Créé le , il doit permettre à la France de et d'une autonomie stratégique spatiale. Dans le cadre de la stratégie spatiale de défense et avec l'évolution des technologies disponibles et la montée des menaces dans l'espace, le CDE doit être en mesure d'y mener des opérations spatiales militaires.
Cette nouvelle organisation interarmées est confiée à l'Armée de l'air qui prend à cette occasion le nom d'Armée de l'air et de l'espace (AAE).
Cette évolution vient concrétiser la montée en puissance des capacités militaires de la France dans l'espace, entamée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle marque le passage d'un développement progressif des technologies en liaison étroite entre les organismes civils et militaires à une meilleure coordination au sein des forces armées jusqu'à la mise en place d'une nouvelle arme au sein de l'Armée de l'air.
La montée en puissance de la France dans l'Espace (1946-2019) Après la Seconde Guerre mondiale et la mise au point des V2 par l'Allemagne, la France a voulu maîtriser la technologie des fusées et des missiles, à des fins civiles et militaires. À partir de 1980, l'espace et les satellites sont entrés dans le domaine militaire, à des fins défensives et d'appui aux trois armées, en particulier dans le domaine des communications et du renseignement.
Disposer de lanceurs En , le Laboratoire de recherches balistiques et aérodynamiques, installé à Vernon dans l'Eure, est chargé de mettre au point les premiers moteurs-fusées, en réunissant des ingénieurs allemands du programme V2 mobilisés par l'Armée française. Ces développements, qui aboutiront au lancement de fusées-sondes, dont la fusée Véronique en 1952, intéressent à la fois les scientifiques et les militaires responsables de la force de frappe française.
vignette|left|La fusée Diamant A dans son bâtiment d'assemblage.
En 1959, le Comité de recherches spatiales est chargé de coordonner les activités spatiales françaises. L'industrie aérospatiale française (Sud Aviation et Nord Aviation) crée alors la Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques (SEREB). Les recherches dans le domaine militaire (le programme Pierres précieuses) doivent créer les moteurs de fusées balistiques pour la force de frappe, dont le premier missile - le missile S2 - sera opérationnel en 1968 et aboutissent à la fusée Diamant-A, le premier lanceur spatial français, qui mettra en orbite le satellite Astérix, le , depuis le champ de tir d'Hammaguir, en Algérie.
Pour animer la recherche et le développement industriel des lanceurs, le Général de Gaulle décide la création du Centre national d'études spatiales (CNES), le Journal officiel de la République française du 20 décembre 1961, . Sa première priorité porte sur le développement de lanceurs spatiaux autonomes.
Le CNES dans le cadre des accords européens créant l'ESRO en 1964, devenue en 1975 l'Agence spatiale européenne (ESA), contribue au développement de tous les programmes de lanceurs jusqu'au programme Ariane, qui peut placer en orbite les charges utiles de la Défense française.
Concevoir et utiliser des satellites
La France a développé tardivement des applications spatiales militaires. N'ayant pas les moyens de financer l'ensemble de la panoplie déployée par la Russie, la Chine et surtout les États-Unis, elle en a progressivement bâti les briques technologiques. Elle dispose de satellites opérationnels dans trois domaines : les télécommunications militaires (tactiques et stratégiques), l'observation optique et l'écoute.
Les télécommunications militaires vignette|Véhicule de l'avant blindé avec une station de télécommunications par satellite du programme Syracuse III du de transmissions en 2011. Les télécommunications militaires spatiales françaises sont prises en charge dans un premier temps par des équipements de télécommunications spécialisés emportés par des satellites de télécommunications civils nationaux de la série Telecom (charges utiles Syracuse I et II) lancés entre 1984 et 1996 (7 satellites en tout) et placés sur une orbite géostationnaire.
Le premier satellite de télécommunications entièrement destiné à l'activité militaire est lancé en 2005. Ce premier exemplaire de la série Syracuse III est suivi d'un deuxième satellite lancé en 2006. Deux satellites complètent cette série en coopération avec l'Italie : Sicral 2 (38 % de la capacité réservée pour la France, lancé en 2015) et Athena-Fidus (2014).
En 2021 et 2023, deux satellites Syracuse IV assurent la relève de la génération précédente..
La reconnaissance optique vignette|gauche|Maquette d’un satellite CSO à l’échelle 1/4e. En utilisant les connaissances technologiques accumulées dans le cadre du programme spatial d'observation civil Spot, la France a déployé des satellites de reconnaissance optique en orbite héliosynchrone. Les premiers sont les satellites Hélios dont le premier exemplaire Helios 1A est lancé en 1995 et qui dispose d'une résolution spatiale de 1 mètre. Un autre satellite de la même famille est lancé en 1999, puis les 2 satellites de la seconde génération d'Hélios, avec une meilleure résolution, sont lancés en 2004 et 2009. Grâce à l'« accord de Turin » signé en 2001 avec l'Italie, ce pays dispose d'un droit d'accès aux images produites par ces satellites en échange de la possibilité pour les militaires français d'accéder aux images radar produites par la série des 4 COSMO-SkyMed lancés par les Italiens entre 2004 et 2010. De la même manière, l'« accord de Schwerin» permet à l'Allemagne d'obtenir des droits d'accès à l'imagerie Hélios en échange de droits sur l'imagerie radar des 5 satellites SAR-Lupe.
Deux satellites Pléiades à usage mixte civil et militaire sont lancés en 2011 et 2012 (Pléiade 1-A et 1-B).
La relève des satellites d'observation optique français est assurée par les trois satellites de la composante spatiale optique (CSO) du programme MUSIS (lancement en 2018 de CSO 1, en 2020 de CSO 2 et en de CSO 3) qui doivent fournir des images avec une résolution spatiale pouvant atteindre 20 cm.
Le renseignement électromagnétique
Dans le domaine du renseignement d'origine électromagnétique ELINT la France a développé de petits prototypes destinés à valider les technologies nécessaires. Ce sont d'abord les petits satellites Clémentine (lancement en 1994) et Cerise (lancement en 1995) puis les constellations Essaim (lancement en 2004) et Elisa (2011).
Le premier système opérationnel CERES, constitué d'une constellation de trois satellites, a été déployé en orbite basse en .
2010 : Mise en place d'un Commandement interarmées à l'état-major des armées vignette|Logo du Commandement interarmées de l'espace.
La mise à disposition de nouvelles technologies, la montée des risques poussent les armées françaises à créer un organisme coordonnant l'ensemble des moyens dans le domaine de l'espace.
Un service interarmées de l'état-major Un Commandement interarmées de l'espace (CIE) est créé en pour répondre à la dimension stratégique croissante du milieu extra atmosphérique et placer sous un commandement unique les divers éléments de la stratégie spatiale. Le CIE est un organisme interarmées placé sous l’autorité du major général des armées, ce qui ne sera plus avec la création du CDE et un rattachement organique auprès de chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace.
Mission et organisation du CIE
L’action du CIE porte sur l’ensemble des capacités spatiales nationales intéressant la défense, qu’elles soient patrimoniales, duales ou commerciales. Le CIE élabore pour le chef d'état-major des armées la politique spatiale militaire et contribue à sa mise en œuvre.
Le CIE est organisé en trois échelons :
l’échelon de commandement est exercé par l’officier général CIE, l'échelon de synthèse est composé de quatre bureaux à vocation transverse pour les fonctions de politique spatiale et coopération, préparation de l’avenir, emploi et coordination, maîtrise de l’environnement, l’échelon technique est composé de six sections pour l’observation, l’écoute, la surveillance de l’espace, l’alerte, les télécommunications et le domaine positionnement-navigation-datation.
2019 : création du Commandement de l'Espace
Contexte stratégique Au tournant des années 2020, la France comme les autres puissances militaires érige en priorité nationale la stratégie de défense spatiale. La mise en place de ce commandement a pour but Antony Dabila, L’émergence des « Armées de l’Espace » et la « martialisation » des programmes spatiaux, article extrait des pages 121 à 136 de la Revue Stratégique sur cairn.info, (N° 126-127) : Deuxième âge spatial : concurrence et complémentarité des acteurs stratégiques à l’ère du New Space et par la même occasion de permettre Ibid..
Le , la ministre des Armées, Florence Parly, annonce par voie de presse que le satellite russe a tenté d'espionner le satellite franco-italien Athena-Fidus en 2017"Paris dénonce une tentative d'espionnage russe sur un de ses satellites en 2017", Europe 1, le 7 septembre 2018. Ce satellite semble en effet s'être placé près du satellite Athena-Fidus, dans ses « cônes d'émission », pour tenter de capter des communications. Cet acte est qualifié par la ministre d'« acte d'espionnage ».
La stratégie spatiale de défense Le président de la République, Emmanuel Macron, annonce ensuite la volonté de la France de mettre en place une stratégie spéciale de défense. Un groupe de travail est créé au ministère des Armées pour étudier le projet et rendre des conclusions à l'automne 2018.
Cette Stratégie spatiale est rendue publique à l'été 2019 dans un document public du ministère des Arméeshttps://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/194000642.pdf.
De plus, face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine, qui développent également des stratégies de défense, d'espionnage voire d'attaque dans le milieu spatial.., la France entend pouvoir répondre à ces potentielles menaces et protéger ses intérêts militaires et civils, ainsi que ceux des projets spatiaux européens (satellite Copernicus, système de positionnement Galileo) dans l'espace..
Le , Emmanuel Macron annonce la création en du Commandement de l'espace (alors désigné sous le nom « Grand Commandement de l'espace »)., lors d'un discours à l'hôtel de Brienne. Ce commandement sera créé au sein de l'Armée de l'air, qui deviendra alors l'Armée de l'air et de l'espace..
Parallèlement, en 2019 aux États-Unis, le président Donald Trump annonce la création d'une Space Force., déclarant que ..
Mise en place du CDE La ministre Florence Parly, le , annonce que cette force sera mise en place suivant trois axes : Un « grand commandement de l'espace » sera basé à Toulouse, capitale européenne de l'aérospatial, le premier septembre, sous l'autorité de l'Armée de l'air. Il comptera un effectif de départ de 220 personnes, pour atteindre sa taille nominale en 2025. Il aura pour but de . Un deuxième axe légal, avec une évolution législative afin de rester dans le cadre des lois française et internationales. La loi française sera adaptée à cette nouvelle force opérationnelle, afin d'assurer la capacité d'action de la France en son sein, que ce soit du point de vue militaire ou civil. Un troisième axe technologique qui devra permettre concrètement à la France de se protéger et se défendre contre les actes malveillants d'autre puissances spatiales. Ainsi, il sera prévu de renouveler les capacités spatiales, que ce soit en matière de surveillance ou de défense active.