Cet article traite des paragrêles électriques. Les paragrêles sont des équipements développés au début du pour se protéger de la grêle.
Le paragrêle électrique, puis, sa forme moderne, le niagara, et enfin, le canon anti-grêle (qui est traité par ailleurs), ont été mis en œuvre avec des succès limités.
Historique Au Moyen Âge, notamment à Villars-les-Moines, les religieux conjurent la grêle au moyen d’un rituel liturgique Contra grandinemG. Schnürer, Das Necrologium des Cluniacenser-Priorates Münchenwiler (Villars-les-Moines) (Collectanea friburgensia), Fribourg 1909, p. 108.. Sous l’Ancien Régime, les cloches sonnaient à l’approche d’un orage. Les décharges d’artillerie étaient censées dissiper les orages naissantsPierre Zweiacker, Fluide vital. Contes de l’ère électrique, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne 2005..
Benjamin Franklin découvre l’électricité atmosphérique et la met en évidence en France en 1752, lors d’une expérience à Marly. Cette force est désignée comme source de bon nombre de manifestations naturelles. La foudre, la pluie, la grêle, et même les tremblements de terre et les éruptions volcaniques lui sont attribués, notamment par l’abbé Bertholon en 1787.
Le physicien genevois Ami Argand propose en 1776 à l’Académie des sciences de Paris un rapport, intitulé Mémoire et observations sur la cause de la grêle attribuée à l’électricitéProcès-verbaux de l'Académie royale des sciences, Paris, 31 août 1776 (comm. René Sigrist).. Il est aujourd'hui perdu.
Le paragrêle électrique
Au début du , aux États-Unis, en France, en Italie, en Allemagne et en Suisse romande, les paragrêles électriques deviennent une mode. Ce sont en fait des paratonnerres disséminés sur le territoire à protéger.
Ils se présentent comme des perches en bois, longues de 10 à 15 mètres, équipées d’une pointe de laiton mise à terre par un fil métallique ; quelquefois, une corde en paille de froment ou de seigle, au centre de laquelle court un cordon de lin écru sert de mise à la terrePierre Zweiacker, Sacrée foudre ! ou la scandaleuse invention de Benjamin F., Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne 2011..
La notion de paragrêle est introduite en 1807 à la Société d’émulation du canton de Vaud : une lettre arrive de Bâle et décrit un « préservatif contre la grêle » essayé depuis peu en Allemagne. Des rapports positifs arrivent d’Italie, plus exactement du Bolonais et d'Émilie-Romagne ; le pasteur et professeur de zoologie à l’Académie de Lausanne Daniel-Alexandre Chavannes soutient cette nouvelle technique, au début des années 1820. Se constitue alors une « Société des paragrêles » qui mobilise les vignerons vaudois. Ils implantent des milliers de paragrêles tout au long de la rive du Léman entre Nyon et Montreux.
Des projets similaires se développent autour de Besançon et surtout de Chambéry, sous l’influence notammen d’Alexandre-Ferdinand Lapostolle. À Genève, la Société des Arts veut s’associer à l’expérience, elle en est retenue par le savant botaniste Augustin Pyrame de Candolle.
Des scientifiques, comme Gaspard Monge, se montrent sceptiques. L’ Académie des sciences à Paris, section physique, conteste l’efficacité des paragrêles ; la Société linnéenne de Paris les soutient.
Les paragrêles sont défendus plutôt par des amateurs enthousiastes, agronomes, inventeurs, pasteurs, professeurs, ou encore vignerons et agriculteurs. Des controverses naissent sur le risque que les paragrêles puissent attirer la foudre sur les édifices élevés, surtout après l’incendie de la cathédrale de Lausanne en 1825.
Dans le canton de Vaud, la ferveur retombe en 1826 : des chutes de grêle ont dévasté des territoires que l’on croyait protégés. Perches et fils métalliques sont arrachés et vendus aux enchères.
Niagaras électriques
En dépit des échecs, l’idée d’une influence électrique sur la grêle subsiste.
En France, vers 1900, deux propriétaires terriens dans la Vienne ont l’idée de construire des pylônes métalliques hauts de 40 m et pourvus d’un équipement censé décharger l’électricité atmosphérique. Ces pylônes se multiplient dans les régions viticoles telles que le Beaujolais, le vignoble de Saint-Emilion, le Sauternais. Ces structures seront abandonnées avant 1920, au profit du canon anti-grêle.
Bibliographie
Paul Bissegger, Paratonnerres et paragrêles. Expériences pionnières et mirages scientifiques autour d’Adrien Pichard (1790-1841), premier ingénieur cantonal vaudois, Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, 2014/94.2, pp. 131-154.
Pierre Zweiacker, Fluide vital. Contes de l’ère électrique, Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne 2005.
Pierre Zweiacker, Sacrée foudre ! ou la scandaleuse invention de Benjamin F., Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne 2011.
Références Paul Bissegger, «Paratonnerres et paragrêles. Expériences pionnières et mirages scientifiques autour d’Adrien Pichard (1790-1841), premier ingénieur cantonal vaudois», Bulletin de la Société vaudoise des sciences naturelles, 2014/94.2, pp. 131-154.. P.-N. Bertholon, De l'électricité des météores, Lyon 1787. A.-F.-L Lapostolle, Traité des parafoudres et des paragrêles en cordes de paille, Amiens 1820..
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