Granchain, dénommée jusqu'au GrandchainLa commune a changé de nom par décret -1021 du 3 octobre 2008 portant changement de nom de communes, après délibération du conseil municipal de Grandchain du 8 avril 2005 et du conseil général de l'Eure du 20 juin 2007., est une ancienne commune française, située dans le département de l'Eure en région Normandie, devenue le une commune déléguée au sein de la commune nouvelle de Mesnil-en-Ouche.
Géographie Granchain se situe dans le département de l'Eure à la limite nord du pays d'Ouche..
Entouré par les communes de Sainte-Marguerite-en-Ouche, Saint-Aubin-le-Vertueux, Saint-Clair-d'Arcey, Corneville-la-Fouquetière et Saint-Aubin-le-Guichard, Granchain est à mi-chemin entre Bernay (au nord) et Beaumesnil (au sud).
200px|thumb|left|Paysage de Granchain C'est un petit village avec un habitat dispersé en hameaux sur un plateau où se succèdent des bois et des champs voués à l'agriculture et l'élevage, paysage traditionnel du pays d'Ouche qui « n’a rien changé à ses mornes étendues entre l’orée des bois, et seul y compte la magnificence du nuage, sur l’outremer atmosphérique » (La Varende).
Ses habitants sont appelés les Granchinois et les Granchinoises. 200px|left|thumb| Village de Granchain
Toponymie Granchain est attesté sous les formes Grant Kahin vers l'an 1000 (dotalitium de la reine Judith)Le texte du dotalitium porte (...) Sanctus Albinus, Laubias, Maigrant, Kahin, (...) où Auguste Le Prévost (Mémoire pour l'Histoire de l'Eure , ), Louis-Étienne Charpillon (Dictionnaire historique de l'Eure , ) et Ernest de Blosseville (Dictionnaire topographique de l'Eure ) voient une erreur dans le texte qui doit être corrigé en Grant Kahin qui représente Granchain.; Grantchain en 1391 (titre); Granchehen en 1400 (dans des archives notariales de Bernay)Paul Rateau et J. Pinet, Histoire et géographie du département de l'Eure, 1870, et suivantes.; Grancheen en 1419 ; Granchan en 1469Toutes les formes anciennes de Granchain se retrouvent à la page 101 du Dictionnaire topographique du département de l'Eure comprenant les noms de lieu anciens et modernes / rédigé sous les auspices de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Eure par M. le Marquis de Blosseville; publié en 1878 par ordre du ministre de l'Instruction publique et sous la direction du Comité des travaux historiques et sont en majorité le fruit des recherches d'Auguste Le Prévost signalé (L.P.) sur le document..
L'élément Kahin semble se retrouver au féminin dans Cahaignes (Cahainnes 1134) et Chaignes (Cahaniis sans date), autres communes de l'Eure. En outre, on note dans l'Ouest : Cahagnes (Calvados, Chaaines 1135, Kahaignae 1203, une famille de Cahaignes / Cahagnes a donné les Keynes de Grande-Bretagne) et Chahaignes (Sarthe, Chahannae ).
Jean Adigard des Gautries (1889-1974), Fernand Lechanteur (1910-1971) et à leur suite René Lepelley (1925-2011) ont proposé le bas latin catanus « genévrier » avec le suffixe collectif -eus, précédé de l'adjectif roman grand, d'où le sens global de « grand bois de genévriers »René Lepelley, Dictionnaire étymologique des noms de communes de Normandie, Presses Universitaires de Caen, 1996 , p. 138b.. Ernest Nègre (1907-2000) reprend la même explication en mentionnant l'origine « préceltique » de catanusErnest Nègre, Toponymie générale de la France, volume I, Librairie Droz, 1990, . Le mot latin tardif cata a donné l'ancien provençal cada « genévrier », dont est issu le français cade (huile de cade). Albert Dauzat n'a pas traité ce toponyme, mais considère les types Cahaignes, Chaignes, Cahagnes et Chahaignes comme semblables et issus du latin Cadanea, alors que Cadenet (Vaucluse, Cadaneto, Cadenato fin ) basé sur le même nom d'arbre serait construit avec le suffixe -etum, qui a donné la terminaison -ey, -ay / -oy dans le nord de la France et dont la forme féminine -eta a donné le suffixe français -aie servant à la formation de collectif d'arbres (cf. chênaie, hêtraie).
François de Robillard de Beaurepaire (1928-2020) reste sceptique sur ces explications. En effet, aucune forme ancienne des différents Cahaignes; Chaignes; Cahagnes et Chahaignes n'est du type *Catanea, *Cadenea. En outre, le suffixe collectif féminin -ea / -ia, masculin -eus / -ius n'a guère été utilisé dans la toponymie du nord de la France dans les formations toponymiques basées sur un nom d'arbre et ce, contrairement à la toponymie occitane ( occitan : La Fage « la hêtraie » / La Cassagne « la chênaie » correspondants des , / Le Queney, Le Quesnoy, Le Chesnay du nord de la France.
Les recherches sur la botanique régionale montrent que les junipéraies occupent de façon primaire les corniches et les vires rocheuses calcicoles ou siliceuses qui surplombent la Seine et quelques rares sites en Basse-Normandie et que l'habitat secondaire des junipéraies est associé aux systèmes pastoraux extensifs hérités des traditions de parcours (ovin et caprin) et de pâturage maigre (bovin)Inventaire National du Patrimoine Naturel - INPN - code UE 5130 et code CORINE 31.88. On peut donc en déduire compte tenu de la situation géographique de Granchain, de la nature de ses sols et des pratiques d'élevage que la probabilité pour que des genévriers aient été présents avant l'an 1000 y est très faible.
La forme Grant Kahin, qui s'oppose à la forme *Grant Chahin (non attestée) d'où Grandchain, révèle une fluctuation de la ligne Joret dans cette partie du pays d'Ouche qui est mise en évidence par la toponymie.
Histoire Granchain et la Gaule romaine À l'époque gauloise, le site de Granchain faisait probablement partie du domaine des Lexovii car, selon le Raoul DoranloRaoul Doranlo (1875 - 1958), médecin et archéologue, fut vice-président (1923 et 1948), président (1924 et 1949) et enfin directeur (1958) de la Société des antiquaires de Normandie, société fondée en 1824 par Arcisse de Caumont, reconnue comme établissement d'utilité publique par décret du 14 février 1855 avec pour vocation l'étude de l'histoire et de l'archéologie de la Normandie toutes périodes confondues., archéologue, sa limite R. Doranlo considère ces limites plus comme des zones de contact que des frontières au sens moderne du terme. Philippe Lannier in « Les voies de communication antiques de la cité des Lexovii », Annales de Normandie, 1985, volume 35, numéro 35-3, . orientale devait passer à l'Est de Fontaine-l'Abbé, de Saint-Clair-d'Arcey et de Granchain et serait restée stable jusqu'au « Les limites de la civitas des Lexovii » in Bulletin de la Société normande d'études préhistoriques, tome XXVII, 1927-1929, et suivantes..
Des hachettes de pierre trouvées dans les parages du chemin avoisinant les lieux-dits Le Beuron et La Tringale situés sur la commune de GranchainLe Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, tome XXXIX, 1930-1931, . rapporte qu'elles figuraient dans la collection de M. Eugène L'Hommet qui fut adjoint au maire de Saint-Germain-la-Campagne de 1908 à 1921 et membre correspondant de la Société historique de Lisieux. tendent à prouver l'origine gauloise de l'axe antique qui reliait l'ancienne cité d'Uggade à Lisieux et Sées passant par Beaumont-le-Roger et Les Jonquerets. Mais c'est la découverte de nombreuses briques, tuiles, poteries et médailles romaines au long du parcours de cette routeIl s'agit aujourd'hui de la route départementale (RD 34), elle-même bordée de buttes, mottes, vigies ou castelliers, qui en atteste l'antiquitéAlexandre-Auguste Guilmeth, Histoire de la ville et des environs d'Elbeuf 1842, . Le lieu-dit La TringaleSelon Louis Du Bois dans son Glossaire du patois normand, 1856, la Tringale (parfois orthographiée Trigalle) est la rencontre de trois chemins (tres calles) et marque probablement un ancien bureau de péage. conserve par ailleurs le souvenir d'une construction antiqueJean Mathière, La Civitas des Aulerci Eburovices, édition 1925, ..
Granchain et le Moyen Âge Avant le , la localité de Granchain était attachée à un moulin, sans qu'on connaisse l'époque à laquelle elle s'est constituée en paroisse.
Lors de la cession de la Neustrie occidentale à Rollon, devenu comte de Rouen, en 911, la Carentonne et ses localités voisines dont Granchain (globalement la région de Bernay) sont passées sous son contrôle. Vers les années 995-1008, Granchain, mentionné comme Maitgrant Kahin, est détaché du domaine ducal pour former la dotation de la reine Judith de Bretagne (982-1017) lors de son mariage avec Richard II de Normandie (963-1026). Pour des raisons inconnues, Judith ne disposa pas de sa dotation en faveur de son abbaye de Bernay.
En regard des successions, au , le domaine de Granchain appartenait très probablement à la famille Alis ou Alys. Guillaume Alis, premier du nom, aurait participé à la conquête de l'Angleterre à partir de 1066. Son petit-fils, Guillaume Alis, troisième du nom, étant mort sans enfants, c'est Guillaume de Sacquenville qui hérita de ses fiefs.
Vers 1119, Éloi Le Blanc, chevalier et seigneur d'un fief à Granchain, donne à l'abbaye du Bec par l'entremise de Luc, archidiacre d'Évreux, les deux tiers de la dîme qui lui appartient. En 1199, Jean de Sacquenville, suzerain du lieu, et son frère Gilles approuvent les largesses faites à l'abbaye du Bec par Éloi Le Blanc et ils renoncent à toutes prétentions sur la dîme donnée aux religieux. Cette famille a donné son nom au Fief-Au-Blanc, qui appartint au moins entre 1403 et 1709 à la famille Le Gras, laquelle posséda par ailleurs les fiefs de La Chouquetière et Orville (ou Auréville) à Granchain, Le Rosay à Courbépine, ainsi que Le Hazay-Piquet et Le Moulin-Anchère à Saint-Aubin-le-Vertueux.
À la fin du , messire Raoul d'Harcourt, seigneur de Carentonne, hérite du domaine de Granchain par son mariage avec Jeanne de Sacquenville. Devenu sire de Granchain, son fils Jean d'Harcourt mourut vers 1390 sans laisser de descendance de son mariage avec Jeanne d'Estouteville. Sa sœur et héritière, Isabeau d'Harcourt, épousa en premières noces Pierre de Mauvoisin, chevalier, seigneur de Serquigny. À la mort de son mari, elle épousa en secondes noces Jean d'Achey ou d'Aché, dit « le Grand Gallois », dont elle eut trois fils et une fille. L'aîné, Jean d'Achey dit « le Petit Gallois » pour le distinguer de son père, devint seigneur de Granchain. En 1420, le roi d'Angleterre Henri V retira le manoir de Granchain au « chevalier rebelle » Jean d'Achey, et le donna à sir Thomas Walton (ca 1370 – ca 1450), anobli par lettres patentes données en , qui devint en 1425 speaker de la Chambre des Communes du roi Henri VI, et qui portait : "d'argent, à un chevron de sable accompagné de trois annelets du même". Quelques années plus tard, « le Petit Gallois »Jean d'Achey, du nom, dit Le Petit Gallois, épousa en premières noces Marie de Tournebu, dont il eut Jacques et Simon, et en secondes noces Jeanne de Courtremblay, qui lui donna deux filles : Marie, femme de Hue d'Avoise et Colette, femme de Jean Pigace récupéra finalement Granchain.
Avec le mariage de Marie d'Achey, fille du "Petit Gallois", avec Hue d'Avoise, la seigneurie de Granchain passe à la famille de ce dernier. Ainsi, c'est en tant que seigneur de Granchain, du Homme et du Val-Jardin que le chevalier Jehan d'Avoise († après 1478) fut signalé comme absent lors de la Montre tenue les 17 et à Beaumont-le-Roger par Louis, bâtard de Bourbon († en 1487), comte de Roussillon en Dauphiné, amiral de France et lieutenant-général de Normandie Théodose Bonnin (1807-1871), Monstres générales de la noblesse du bailliage d’Évreux en 1469, Paris, 1853 ; Louis-Étienne Charpillon et l’abbé Anatole Caresme, Dictionnaire historique, géographique et statistique de toutes les communes du département de l’Eure, Les Andelys : Delcroix, tome , 1879, article "Grandchain"..
Granchain à l’Époque moderne