Louis Marie Desprez, né le à Chaumont en Haute-Marne, et mort le à Rouvres-sous-Lignol dans l'Aube, est un écrivain naturaliste français..
Biographie Jeune écrivain, il débute tout juste sa carrière quand il fait l'objet de poursuites judiciaires à la publication d'Autour d'un clocher (1884) par l'éditeur belge Henry Kistemaeckers. Son procès soulèvera de nombreuses contestations et indignations de la part d'écrivains et notamment d'Émile Zola qui rédigera un article sur cette affaire Louis Desprez, Le Figaro, 9 décembre 1885. . Le procès de Louis Desprez prit une ampleur considérable au où la question de la morale et de la liberté d'expression ont été remises en cause de nombreuses fois. Mais c'est surtout la mort tragique de cet écrivain, à la suite de son incarcération en prison, qui suscita la polémique à l'époque Voir La morale et les lettres , par Elémir Bourges, Le Gaulois, 9 décembre 1885, sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k525596s.langFR (consulté le 10 janvier 2014). et qui valut cette inoubliable phrase de Zola : Ceux qui ont tué cet enfant sont des misérables ! Le Figaro, op.cit.
Enfance et jeunesse Louis Marie Desprez naît le à Chaumont, de Claude Desprez, éminent professeur, et de Marie-Jeanne-Antoinette Sarazin qui mourra en couche en 1864 Voir René-Pierre Colin et Jean-François Nivet, Louis Desprez (1861-1885). Pour la liberté d’écrire, biographie suivie de « Pour la liberté d’écrire » et de « Mes prisons, par un naturaliste », Tusson, Éditions du Lérot, coll. « D’après nature », 1992. . Durant son parcours scolaire Louis Desprez montre déjà certaines qualités rédactionnelles puisqu’il reçoit diverses récompenses, par exemple un prix d’excellence. Lorsqu’il atteint l’âge de 10 ans, Desprez fait une chute grave qui va le rendre infirme tout le reste de sa vie. Les circonstances de cet accident varient selon les témoignages Ibid. puisqu’Henry Fèvre explique que Louis Desprez a glissé sur la neige alors qu’une autre version de l’histoire parle d’un mauvais coup porté par une vache, mais quoi qu’il en soit il s’agit d’un accident grave. Il souffre d’une coxalgie Il s’agit d’une tuberculose de l’articulation de la hanche. qui va évoluer vers l'ankylose Au , la médecine n’avait pas encore tous les moyens et connaissances requises pour soigner les malades, ce qui explique que l’état de Desprez se soit aggravé. L’ankylose est une maladie qui rend difficile voire impossible dans certains cas le mouvement d’une articulation. Dans son cas Louis Desprez parvient toujours à marcher, mais avec difficulté et avec l’aide d’une canne. . Cette maladie le fait terriblement souffrir et est à l’origine de sa démarche claudicante qui le caractérise dans de nombreux portraits faits de lui par ses amis Voir Emile Zola, Le Figaro, op.cit. . Immobilisé durant trois ans environ il se réfugie dans les livres et développe un goût certain pour le monde des lettres et de la représentation D'après René-Pierre Colin et Jean-François Nivet dans op.cit, pour passer le temps, Louis Desprez s’amuse à monter des pièces de théâtre dans sa chambre en compagnie de son ami Fèvre et du frère de ce dernier. . Par ailleurs, c’est durant cette période d’immobilisation qu’il rencontre son grand ami Henry Fèvre, fils d’une amie de Claude Desprez, venu alors lui rendre visite avec son frère Ibid.. .
Rencontre L'une des rencontres les plus importantes dans la vie de Louis Desprez reste sans conteste celle avec Émile Zola. Très admiratif de celui qui est considéré comme le père du Naturalisme, Louis Desprez se dit lui-même appartenir à cette école. C'est d'ailleurs à cette occasion que Louis Desprez rencontre Emile Zola pour la première fois. Ayant en tête d'écrire un ouvrage sur le naturalisme, il vient demander les conseils de l'écrivain afin d'être sûr d'écrire une critique juste et fiable sur ce mouvement littéraire. Dans une lettre datée du Lettre citée par Guy Robert dans Lettres inédites de Louis Desprez à Emile Zola, Paris, Les Belles Lettres, 1950, . , il lui demande donc un entretien qui lui est accordé le . À partir de ce moment, Louis Desprez et Emile Zola entretiendront une longue correspondance puisque l'élève n'aura de cesse de demander les conseils du maître Voir Ibid. .
Œuvres Une critique du naturalisme En 1882, Louis Desprez rédige alors une étude critique sur le naturalisme intitulée L'Évolution Naturaliste Voir https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61980d . Après un premier refus de l'éditeur Charpentier qui explique que « la critique ne se vend pas » René-Pierre Colin et Jean-François Nivet, op. cit., . , cette étude sera publiée par Pierre-Victor Stock. Cet ouvrage ne sera qu'un « demi-succès » Louis Desprez cité par Guy Robert dans Lettres inédites de Louis Desprez à Émile Zola, op. cit., . pour Louis Desprez qui reçoit de très bonnes critiques, notamment de la part de Zola Voir P.-V. Stock, « Le Mémorandum d’un Éditeur. Louis Desprez anecdotique. Lettres inédites », Mercure de France, , octobre 1934, . En ligne sur : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202193g/f75.tableDesMatieres (consulté le 01 novembre 2013). , mais aussi une très mauvaise critique d'Henry Fouquier qui reproche au jeune auteur son manque de clarté Voir « La poésie moderniste », Gil Blas, 19 mars 1884. .
Collaboration
Louis Desprez a écrit un premier recueil de poèmes intitulé La locomotive en collaboration avec Henry Fèvre. L'ouvrage est publié en 1883 par Marpon et Flammarion. Malheureusement, la réception reste quasi nulle et les jeunes auteurs ne parviennent pas à acquérir une quelconque notoriété Voir Lettres inédites de Louis Desprez à Emile Zola, op.cit.. Louis Desprez garde néanmoins espoir d'être reconnu pour ses écrits et notamment pour son premier roman intitulé Autour d'un clocher. La rédaction de cet ouvrage débute le toujours avec la collaboration de son ami Henry Fèvre. Ce dernier expliquera à ce propos : « J'étais fort gai alors, encore très gamin de caractère [...]. Louis Desprez cependant me donnait le sujet du roman projeté, qui devait être naturaliste et d'observation. Une histoire de curé qu'il avait rapportée des environs de Chartres, ferait le fond principal, mais servirait surtout de prétexte à peindre les mœurs du village de l'Aube qu'il habitait » Fèvre cité par Guy Robert dans Ibid., . . C'est à l'occasion de la rédaction de son ouvrage critique sur le naturalisme que Louis Desprez a l'idée d'écrire un roman de mœurs rurales Voir Lettre de Louis Desprez à Stock du 17 octobre 1883 citée par Guy Robert, Ibid., note 78, . . Mais très vite quelques problèmes se posent. Henry Fèvre et Louis Desprez ont écrit séparément leurs passages du livre et le texte final manque d'unité. Louis Desprez, conquis par le ton jovial et burlesque de Fèvre, décide alors de confier la nouvelle rédaction du roman à son ami.
Le roman est officiellement terminé le et Autour d'un clocher est publié en par l'éditeur belge Henry Kistemaeckers (père). Il présente une étude des mœurs rurales avec un personnage central dénommé l'abbé Chalindre et autour duquel se déroule l'action. Dans le village de Vicq-les-deux-Églises, l'abbé et les autres personnages sont mis en scène. Le roman présente en partie la liaison illégitime entre l'abbé et une institutrice laïque, Irma Delafosse, arrivée depuis peu au village pour remplacer deux religieuses précédemment révoquées.
Publication difficile La publication dAutour d'un clocher n'a pas été une tâche facile à entreprendre pour les deux amis. Alors même que Louis Desprez comptait sur l'appui de Pierre-Victor Stock qui avait précédemment accepté de publier son Evolution, l'éditeur refuse cette fois-ci la publication du roman qu'il trouve trop osé Voir P.-V. Stock, « Le Mémorandum d’un Éditeur. Louis Desprez anecdotique. Lettres inédites », op.cit.. . Desprez esquisse également le refus d'Ollendorf qui lui explique que « [p]ar son genre, Autour d’un clocher s’éloigne entièrement de celui qu'[il] a adopté et [qu’il] ne dispos[e] pas du public nécessaire pour assurer le succès de cet ouvrage » Lettre du 29 janvier 1884, Guy Robert, op.cit., . . Après plusieurs refus, c'est donc auprès de Kistemaeckers que les jeunes auteurs trouveront refuge. Emballé à la lecture de l'ouvrage, l'éditeur ne fait aucune difficulté à sa publication Voir Henry Kistemaeckers, « Un procès littéraire. Louis Desprez. Souvenir d’un Éditeur », Mercure de France, , 15 octobre 1921, . .
Le critique Henri Mitterand qualifie l'ouvrage de breughélien, Pour lui, ce exprime, dans les meilleures pages du roman, un humour roboratif qui ne manque pas d'un talent de composition. Par exemple, les scènes de procession ou de cabaret, dans lesquelles sont organisés des groupes animés et colorés, sont vues à la fois avec un regard distancié et une attention portée aux premiers ou aux gros plans des faces et des gestes.
Poursuites À peine un mois après la publication de l'ouvrage, Louis Desprez et Fèvre sont poursuivis. Le style cru du roman choque, ce qui n'est pas une surprise pour Louis Desprez qui s'attendait déjà à créer la polémique avec ce roman. Lors de sa demande de publication à Stock, il écrit : « [...] je compte sur le scandale abominable qu' Autour d'un clocher va produire, peut-être une intervention policière, pour faire vendre l' Evolution naturaliste Cet ouvrage critique n'a pas encore été publié au moment où Louis Desprez écrit. à deux mille. Il est inutile de vous dire après ça que je tiens à conserver toutes les crudités, toutes les violences de style dont le roman est semé. Je ne vous cache pas que vous risquez une saisie : si cela vous arrête, dites-le-moi franchement, j'aurai recours, à mon regret, à la Belgique » Lettre du 17 octobre 1883 cité par P. V. Stock dans « Le Mémorandum d’un éditeur. Louis Desprez anecdotique. Lettres inédites », op. cit., . .
Le , un réquisitoire introductif est délivré par Eugène Duval et tous les exemplaires de l'ouvrage sont saisis Voir René-Pierre Colin et Jean-François Nivet, op.cit. . L'origine des poursuites reste encore inconnue à ce jour.
Rapidement, l'affaire prend davantage d'ampleur et d'importance puisque Louis Desprez est cité à comparaître devant la cour d'assises de la Seine le à onze heures pour y répondre du délit d'outrage aux bonnes mœurs. Dans cette affaire, Henry Fèvre est épargné puisque Louis Desprez décide alors de prendre en charge toute la faute sur lui.
Polémique L'audace de Desprez lui est reprochée. Ses propos crus, mais surtout le sujet du roman n'est pas apprécié. En présentant une liaison illégitime entre un curé et une institutrice laïque, l'institution religieuse est mise à mal. En outre, cinq passages du roman Voir Fèvre-Desprez, Autour d'un clocher. Mœurs rurales, Bruxelles, Kistemaeckers, 1884. sont relevés comme portant directement atteinte à la morale de la société : Le premier passage, situé au début du roman, met en scène deux personnages, Quilgars et Irma Delafosse, dans une posture provocatrice où ceux-ci tentent de se séduire l'un l'autre. Le second est centré sur la nuit de noces entre les deux époux Gasteboy. Les trois autres extraits retenus décrivent tous, quant à eux, des actes sexuels entre le curé de Vicq et Irma Delafosse.
Avec ces extraits, les censeurs relèvent alors le caractère pornographique et du fait immoral du roman. Cette affaire ne tarde pas à prendre de l'ampleur allant jusqu'à remettre en cause la liberté de l'écrivain à cette époque. Dès lors un long débat s'engage entre les défenseurs de cette liberté et l'opposition qui défend avant tout la morale de la société. La question de la morale reste alors intimement liée à la liberté d'expression.