Claude Chabrol, né le à et mort le à , est un réalisateur français, également producteur, scénariste, dialoguiste et à l'occasion acteur.
Membre de la génération de la Nouvelle Vague, il est d'abord critique de cinéma, puis producteur, avant de passer à la réalisation. Se signalant par son style volontiers sarcastique et son érudition cinéphilique, il alterne, en plus de cinquante ans de carrière, comédie de mœurs, drames, films noirs, films de genre, documentaires et adaptations cinématographiques littéraires. Il a réalisé au total plus de 70 films pour le cinéma et la télévision.
Admirateur d'Alfred Hitchcock, Howard Hawks, F. W. Murnau, Jean Renoir, Ernst Lubitsch et Fritz Lang, amateur de romans policiers et d'humour grinçant, Claude Chabrol adore décrire l'hypocrisie et les turpitudes de la bourgeoisie, souvent provinciale, avec ses vices et ses scandales camouflés sous une façade respectable. Son œuvre est une condamnation d'une bourgeoisie avide d'argent ou de pouvoir et crispée sur les apparences. Avec notamment Hitchcock, il est l'un des rares metteurs en scène dont le style et l'esprit ont donné naissance à un adjectif fondé sur son patronyme (« chabrolien ») passé dans le langage courant et reconnu par certains dictionnaires et encyclopédies.
Ses films et interprètes ont remporté de nombreux prix dans les festivals internationaux. Sa carrière a été couronnée par le prix René-Clair de l'Académie française en 2005, la Caméra de la Berlinale en 2009 et le grand prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques en 2010.
Sa devise, maintes fois proclamée, est : ..
Biographie Jeunesse Fils unique.. de Madeleine Delarbre et Yves Chabrol., pharmacien, Claude Henri Jean Chabrol naît malgré les conseils de médecins qui recommandent à sa mère alors enceinte de trois mois d'avorter, les époux Chabrol ayant été trouvés inanimés à la suite d'une asphyxie due à un chauffe-eau défectueuxClaude Chabrol traitera le sujet de l'avortement dans plusieurs de ses films par la suite.. Il est élevé dans un milieu catholique « assez strict ».. Grandissant dans le petit appartement vétuste de l'avenue d’Orléans à Paris arrondissement, situé au-dessus de la pharmacie paternelle, puis dans un appartement plus spacieux en duplex se trouvant en face de la pharmacie, il fréquente les salles de cinéma parisiennes à partir de l'âge de . et est à l'école primaire avec Michel Rocard. Son père, résistant de la première heure, envoie son fils, durant la Seconde Guerre mondiale, dans la maison de famille de sa grand-mère maternelle, à Sardent, dans la CreuseMarie-Noëlle Tranchant, « Claude Chabrol, le charme indiscret de la bourgeoisie », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », 16-17 février 2019, .. Passionné de lecture, il lit tout ce qui lui tombe sous la main.
À l'âge de onze ans, il aide Georges Mercier, passionné de cinéma originaire de la région, à la création et l'exploitation d'une salle de cinéma à Sardent. Il reçoit les bobines, assiste le projectionniste, tient la caisse, participe au choix des films. C'est pour lui une aventure palpitante, qui prend fin à la Libération lorsque la fréquentation du cinéma baisse au profit des bals populaires de nouveau autorisés et qu'il doit retourner à Paris en .
Études et premiers contacts avec le monde du cinéma thumb|Claude Chabrol en 1959. De retour à Paris, il est inscrit au lycée Louis-le-Grand où il se lie notamment d'amitié avec Gilles Jacob et Jacques Friedman, futur journaliste sous le nom de Frémontier. Il obtient son baccalauréat en avec « l'extrême indulgence du jury ». Il fait ensuite des études de lettres et de droit (au cours desquelles il côtoie Jean-Marie Le Pen..). Il fait également un bref passage de huit jours à Sciences Po, où il ne voit qu'un et dont il retire une sorte de haine de la classe politique. Il suit ensuite, sous l'influence paternelle et sans conviction, des études de pharmacie, qu'il abandonne après avoir quadruplé sa première année..
Il fréquente la rédaction des Cahiers du cinéma à partir de 1952 et y publie son premier article Que ma joie demeure en . Il est aux côtés de Jean-Luc Godard, François Truffaut, Éric Rohmer et Jacques Rivette, ses collègues aux Cahiers du cinéma. De 1953 à 1957, dans la revue fondée par André Bazin et Jacques Doniol-Valcroze, il participe à la défense de la politique des auteurs. Ses maîtres sont alors Fritz Lang, Jean Renoir, Howard Hawks..
Il entre à l'automne 1955 à la Fox comme attaché de presse. Il publie en 1957, avec Éric Rohmer, un livre sur Hitchcock, le maître du suspense et celui qui a su imposer son style au système hollywoodien. Une autre rencontre est également déterminante : celle du romancier Paul Gégauff, son futur scénariste. Il aura une profonde influence sur Chabrol, lui permettant de s'éloigner de l'éducation bourgeoise qu'il a reçue bien que, de son propre aveu, il en ait gardé des traces profondes et indélébiles.. résume le cinéaste. Jusqu'en 1981, depuis Les Cousins jusqu'au Système du docteur Goudron et du professeur Plume, Gégauff fut le scénariste ou dialoguiste de quinze films de Chabrol.
Vie privée vignette|gauche|redresse|Claude Chabrol au festival international du film d'Amiens en 2008. Il épouse à Marseille, le ., Agnès Goute, fille d'un haut fonctionnaire et petite-fille du banquier et caricaturiste Paul Goute. Ils ont un premier enfant qui meurt dès sa naissance.
Sa femme reçoit en héritage de sa grand-mère 32 millions de francs, ce qui permet au couple de créer sa maison de production qu'il appelle AJYM (1956-1961). Le sigle est formé des initiales du prénom de l’épouse de Chabrol, Agnès et de celles de leurs deux fils, Jean-Yves (né en 1954 et futur architecte) et Matthieu (né en 1956 et futur compositeur).
Il divorce en 1964 et convole en secondes noces le avec l'actrice Stéphane Audran (née Colette Dacheville), qu'il connaît depuis 1958. et avec qui il entretient une relation depuis septembre de l'année suivante. Elle est la mère de son troisième fils, Thomas (né en 1963, futur acteur). Avec elle, il poursuit une fructueuse coopération, jusque très au-delà de leur séparation définitive en 1976.
À partir de 1971, Chabrol entretient une relation avec Aurore Pajot (aussi dite « Aurore Paquiss » ou « Maistre »), qui est sa scripte sur presque tous ses films depuis Les Biches (1968). En 1983, il se marie, en troisièmes noces, avec elle. La fille de celle-ci et de l'acteur François Maistre, Cécile Maistre (née en 1967), sera son assistante sur de nombreux films.
Il donne régulièrement des rôles à son fils cadet Thomas, tandis que son fils Matthieu est compositeur de la musique de ses films à partir de Les Fantômes du chapelier (1982).. Des quatre enfants de la famille recomposée, il n’y a donc que son fils aîné Jean-Yves, architecte, qui ne travaille pas à ses côtés..
Carrière Les débuts Agnès et Claude Chabrol coproduisent un court métrage écrit par Chabrol et Jacques Rivette et réalisé par ce dernier, Le Coup du berger (1956), avec Jean-Claude Brialy. Et, dès la fin de 1957, Claude Chabrol tourne son premier film, Le Beau Serge à Sardent, puis Les Cousins, sur un scénario écrit avec Gégauff. Sortis en janvier et , les deux films deviennent les premiers longs métrages — — de la Nouvelle Vague. Ils se caractérisent par leur petit budget, de jeunes acteurs peu connus (Brialy, Gérard Blain, Bernadette Lafont puis Juliette Mayniel) et des décors naturels. Ils obtiennent un grand succès public. Le Beau Serge obtient le prix Jean-Vigo ainsi que la Voile d'argent au Festival de Locarno. Les Cousins est récompensé par l'Ours d'or à la Berlinale.
Chabrol adapte ensuite un roman policier de Stanley Ellin, À double tour. Le film sort en et met pour la première fois en vedette Jean-Paul Belmondo. Il est présenté au Festival de Venise. L'accueil est mitigé., cependant Madeleine Robinson obtient la Coupe Volpi pour son interprétation d'épouse trompée, odieuse et pitoyable. Chabrol réalise ensuite Les Bonnes Femmes, sur un scénario de Gégauff, qui décrit le quotidien banal de quatre vendeuses. Le film n'obtient pas le succès escompté. Pour ses films suivants, Chabrol se voit contraint d' Il réalise Les Godelureaux, d'après un roman d'Éric Ollivier, un film qui parle du « plaisir qu'éprouvent les gens à vivre leur inutilité et vivre d'inutilités ». Après l'échec commercial de L'Œil du malin, Françoise Sagan contacte le producteur Georges de Beauregard et lui fait part de son souhait de travailler avec Chabrol. Au départ, l'idée d'une biographie de George Sand est envisagée, puis Sagan et Chabrol choisissent le personnage de Landru, traité sur le ton de la satire. Charles Denner incarne le personnage, entouré notamment de Michèle Morgan et Danielle Darrieux. Landru sort sur les écrans en : c'est un succès, suivi le mois suivant par un échec notable, Ophélia, qui est un hommage à Hamlet.
Dans le creux de la vague, Chabrol fait la connaissance de la productrice Christine Gouze-Rénal et de son mari Roger Hanin, qui croient en lui. Il qualifie cette rencontre de « providence ». Le couple lui propose de monter Macbeth au théâtre de Versailles, avec Hanin et Stéphane Audran. Après quoi, il tourne deux films d'espionnage parodiques avec Roger Hanin (qui a écrit les scénarios), produits par Christine Gouze-Rénal : Le Tigre aime la chair fraîche et Le Tigre se parfume à la dynamite. Avec Georges de Beauregard, Chabrol réalise une autre variation dans le même genre : Marie-Chantal contre Dr Kha, avec Marie Laforêt. Ces trois films lui permettent de renouer avec le succès et sa carrière est relancée. Chabrol tourne ensuite dans le Jura un film sur la résistance d'après le colonel Rémy (La Ligne de démarcation). C'est une commande des producteurs Raymond Eger et Georges de Beauregard. Chabrol considère que, parmi tous ses films issus d'une adaptation, c'est le seul qui ne représente pas son univers.. Ce sera cependant l'un de ses plus grands succès.
Sur un scénario de Paul Gégauff, il tourne Le Scandale, avec Anthony Perkins et Maurice Ronet, un film placé sous le signe de l'alcool et qui montre .
Les années Génovès En 1967, Chabrol cherche un partenaire qui puisse le dégager des soucis administratifs et financiers qui se posent à tout réalisateur. Daniel Boulanger lui présente André Génovès, un jeune producteur. Leur coopération débute par La Route de Corinthe, d'après un roman d'espionnage de Claude Rank dont Boulanger détient les droits. C'est le début d'une « belle histoire » de treize films qui va durer jusqu'en 1975. Génovès « salarie » Chabrol douze mois sur douze, avec un salaire moyen englobant l'écriture, la préparation, le tournage et la postproduction. Le réalisateur adopte le rythme d'un film tous les neuf mois.
Selon Jean Tulard, cette époque est « la meilleure peut-être dans l'œuvre de Chabrol ». Certains critiques qualifient de « pompidoliens » les films Les Biches, La Femme infidèle, Que la bête meure, Le Boucher, La Rupture, Juste avant la nuit, Les Noces rouges, auxquels on attache parfois Le Scandale et Nada.. Les films sont marqués par l'observation de la bourgeoisie, souvent provinciale, sous la présidence de Georges Pompidou. Chabrol se fait spécialiste de l'analyse féroce de ce milieu social, dont l'apparent conformisme sert de couvercle à un bouillonnement de vices et de haines. Ses acteurs fétiches (Michel Bouquet, Jean Yanne, Michel Duchaussoy et Stéphane Audran, dont les personnages portent souvent les mêmes prénoms d'un film à l'autre) sont indissociables de ce cycle.