Les commandos de chasse sont des unités militaires créées en 1959, pendant la guerre d'Algérie, pour mener des opérations de contre-guérilla et démanteler les katibas hostiles à la présence française en Algérie. Il s'agit, dans le cadre du Plan Challe, de mettre sur pied des unités mobiles, héliportées, capables d'exploiter sur le champ des renseignements pour harceler, traquer et mettre hors d'état de nuire les groupes rebelles déjà affaiblis par la bataille des Frontières. Les commandos de chasse seront dissous en avril et .
L'expérience de l'Indochine (1951-1954) Le général Challe qui succéda le au général Salan, comme commandant en chef de l'armée française en Algérie, avait été favorablement impressionné par les résultats obtenus en Indochine par le Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés (GCMA). Ces unités, créées en et qui relevaient des services spéciaux (SDECE), avaient opéré sur les arrières de l’ennemi, notamment en zone montagneuse. Les commandos mixtes aéroportés, qui comptaient plus de , encadrés par quelques gradés européens, étaient tous composés d'autochtones (Hmong, Thaï, Nung, Méo et Laotiens pour la plupart). La condition même de leur succès avait été d’évoluer au milieu de la population « comme des poissons dans l’eau » et de retourner les méthodes de leurs adversaires à l’avantage de l’armée française.
Le général Challe avait également été impressionné par les résultats des commandos Nord Vietnam, créés en et opérant dans le Nord Vietnam (ex-Tonkin) et au Laos. Le rôle de ces unités, qui avaient compté plus de , était le renseignement et la tactique de contre-guérilla en riposte à la guerre non conventionnelle menée par le Viet-Minh. Le format retenu pour ces commandos, au nombre de 45, était d'environ de troupes, tous recrutés localement, certains étant parfois d'anciens soldats du Viet-Minh « retournés » par les Français.
Ces expériences, selon le général Challe, pouvaient se renouveler en Algérie, sur une échelle beaucoup plus grande.
Contexte de création (1959) En 1958, ce sont plus de français qui sont en permanence sur le terrain en Algérie. Ils se répartissent en deux grands types d'unités. D'une part, les “troupes de secteur” qui reçoivent la responsabilité d’un territoire au sein duquel elles doivent assurer la protection des populations, tout en luttant contre les éléments rebelles dans la mesure de leurs moyens. D'autre part, pour les opérations plus importantes, elles reçoivent le renfort d’unités de “réserve générale” constituées de parachutistes et de légionnaires ( DP, DP, etc.). Mais les différentes opérations d’envergure menées avec des moyens importants au sol appuyés par l’aviation ne donnent pas toujours les résultats escomptés, car les bandes rebelles sont très bien renseignées et aménagent de nombreuses caches et abris dans le djebel.
C’est alors que le général Challe met en place une série de mesures appelées par la suite “plan Challe” et destinées à redynamiser la lutte contre la rébellion. Outre le renforcement de la ligne Morice par l’aménagement d’un large glacis en arrière du barrage, sa principale décision porte sur la création d’unités légères de contre-guérilla à base de supplétifs musulmans, privilégiant la rapidité et le secret, et appuyées dès que nécessaire par les "troupes de secteur", par l’aviation et par des détachements héliportés des unités "de réserve générale". Ces unités légères de contre-guérilla d’un genre totalement nouveau sont destinées à traquer sans relâche, de jour comme de nuit, les bandes rebelles sur leur terrain. Elles porteront le nom de “commandos de chasse”.
Missions des commandos de chasse La directive du définit précisément leurs missions : « Ce sont des unités légères spéciales, à base de harkis » constituées pour « donner la chasse aux bandes rebelles en collant aux katibas » et bénéficiant autant que de besoin des appuis des unités de secteur, des détachements héliportés et de l’aviation. La mission principale des commandos de chasse est donc de “marquer” une katiba, c’est-à-dire la rechercher, la repérer, la poursuivre et la harceler en permanence dans ses zones refuges en vue de la détruire avec l’aide de renforts des "troupes de secteur" ou des unités héliportées de "réserve générale".
Les missions secondaires qui en découlent sont le renseignement (observation à partir de postes dissimulés, reconnaissance dans la profondeur) ; le harcèlement (embuscades préparées de nuit sur les axes fréquentés) ; le choc et enfin l’action psychologique sur les villageois lors des patrouilles dans les douars (division administrative rurale) les plus isolés. Les commandos de chasse doivent bénéficier d’une grande liberté d’action de la part des commandants de secteurs pour agir selon les trois principes de la guérilla : secret, surprise et rapidité.
Recrutement et moyens L'instruction provisoire du fixe à 157 l'effectif d'un commando, à partir du modèle d'une compagnie d'infanterie type 107. Mais ce nombre reste largement théorique. Entre le tiers et la moitié de l'effectifs des commandos de chasse est constitué de harkis et de Français de souche nord-africaine (FSNA). Certains des membres des commandos sont d'anciens "prisonniers internés-militaires" (PIM) ralliés à l'armée française, comme c'est le cas par exemple au commando Georges. L'autre partie des effectifs des commandos de chasse est constituée d'appelés du contingent, issus des "troupes de secteur", tous obligatoirement volontaires. gauche|vignette|209x209px|Ecusson d'épaule des commandos de chasse Le général Challe décide en outre de doter les commandos de chasse issus des "troupes de secteurs" de moyens ordinairement dédiés en priorité aux unités de "réserve générale". Ainsi, par rapport à une compagnie d'infanterie classique "de secteur", les commandos de chasse reçoivent de l'armement plus moderne et en plus grande quantité : pistolets mitrailleurs MAT-49 et fusils semi-automatique FSA 49/56 supplémentaires, ainsi que les nouveaux pistolets MAC-50. Des postes radios de dernière génération PRC 10 sont également fournis en dotation. Les commandos de chasse sont également renforcés en jeeps, véhicules 4x4 et camions.
Les hommes des commandos de chasse se distinguent également de leurs camarades des "troupes de secteur" par leur tenue. Ils portent des vestes camouflées, des rangers, des casquettes Bigeard comme celles portées dans les unités paras, de nouveaux anoraks et aussi des kachabias.
Les commandos de chasse portent par ailleurs le béret noir, ainsi qu'un écusson d'épaule en tissu représentant un trident.
Les instructions du général Challe provoquèrent l’enthousiasme de certains commandants de "troupes de secteurs" et l’incompréhension d’autres. Elles dérangeaient des habitudes prises depuis déjà plusieurs années. En effet les commandos de chasse constituaient un « écrémage » des meilleurs éléments, notamment sur le plan des cadres. Tous ceux des commandos de chasse devaient être volontaires et les chefs "d’unités de secteur", notamment les commandants de compagnie, n’aimaient guère voir partir leurs meilleurs soldats pour le commando de chasse du régiment.
Malgré les risques indéniables que comportait ce mode d’action, l’attrait d’une vie rude et l’intérêt de la mission provoquèrent de nombreuses vocations. De nombreux appelés trouvèrent dans « les bérets noirs » une ambiance de liberté et de camaraderie qu’ils n’avaient jusqu’alors jamais rencontrée en Algérie. Ces jeunes Européens trouvèrent dans les commandos de chasse des frères d’armes musulmans, qu’ils soient harkis ou ralliés, particulièrement aguerris et combatifs. Beaucoup avaient déjà lutté auparavant dans les rangs de l’Armée de libération nationale et connaissaient parfaitement le terrain qu’ils avaient à parcourir et les méthodes de combats et ruses de l’adversaire. Dès leur création, les commandos de chasse furent souvent jalousés.
Au total, plus de 175 commandos de chasse furent créés et environ (FSE et FSNA) ont servi dans leurs rangs entre 1959 et 1962.
Centres d'entraînement des commandos de chasse vignette|178x178px|Insigne du CEPCC En s’ouvre près du Grand Barrage de l'Oued Fodda (Orléansville) un centre d’instruction, devenu en le Centre d’Instruction des Commandos de Chasse de la Zone Ouest Algérois (ZOA). Il prend ensuite les appellations successives de Centre d’instruction des commandos de chasse du Corps d’armée d’Alger en , puis de Centre d’entraînement à la contre guérilla (CECG) du Corps d'armée d‘Alger en , et enfin de Centre d'entraînement et de perfectionnement des commandos de chasse (CEPCC ) en , où viennent se perfectionner périodiquement les commandos de ce corps d’armée.
Le Corps d'armée de Constantine ouvre le sien (CEPCC ) en à la Grande Plage, à de Philippeville, suivi par le Corps d'armée d’Oran (CEPCC ) à Sassel près d’Er-Rahel en .
Bilan Selon l'historien David Rey, « les commandos de chasse vont, en quelques mois, mettre à mal la rébellion et considérablement réduire l’envergure des actions de l’ALN dont les unités ne peuvent plus se déplacer de nuit en sécurité et ne trouvent plus de zones refuges pour se reconstituer. Le bilan de ces commandos de chasse, surnommés les “têtes chercheuses” du général Challe en raison de leur capacité à localiser les bandes rebelles, est éloquent. Leur action a été essentielle dans la neutralisation des bandes rebelles de l’ALN qui trouvaient encore refuge dans les zones montagneuses très difficiles à contrôler par les unités conventionnelles, généralement employées dans des opérations de grande envergure peu efficaces. Les commandos de chasse ont su découvrir les caches d’armes et de vivres, traquer sans relâche les groupes armés difficiles à localiser pour les détruire ou obtenir leur reddition. Leur redoutable efficacité était directement liée à leur mode d’action, semblable à celui des unités rebelles, et à la parfaite connaissance du terrain par les harkis, recrutés directement dans les villages proches des zones d’engagement ou anciens hors-la-loi (HLL) retournés ».
Le commando de chasse le plus célèbre est le commando Georges qui a mis hors de combat, entre 1959 et 1962, près de maquisards du FLN.
Les commandos de chasse de la gendarmerie L'Armée de Terre, qui dispose de ses propres commandos de chasse depuis le début de l'année 1959 (comme le commando Georges), sollicite dans les mois suivants la gendarmerie pour constituer des forces supplémentaires. gauche|vignette|161x161px|Insigne de béret des commandos de chasse de la gendarmerie C'est en quelques mois (d'octobre à ) que six commandos de chasse, dénommés "Partisans", sont alors organisés sous le commandement du capitaine de gendarmerie Pierre Schaefer. Bien que ces commandos soient placés sous la responsabilité de l'Armée de Terre, il s'agit de forces de gendarmerie, supervisées par un officier de gendarmerie. Pour marquer la différence avec les commandos de chasse de l'Armée, le groupement des commandos de chasse gendarmerie adopte le principe suivant : « allier la valeur militaire du para avec la valeur morale du gendarme ». La mission de contre-insurrection compterait de fait parmi les missions de la gendarmerie : « Prendre avec soi des volontaires recrutés dans “la partie saine de la population” ayant des lieux une connaissance complète, aller avec eux, en vivant leur vie, dans les plaines et dans les montagnes, mettre hors d’état de nuire des hors-la-loi qui ne respectent ni les personnes ni les biens, n’est-ce pas là une des missions fondamentales et traditionnelles de la Gendarmerie nationale ? Les commandos de chasse “gendarmerie” ne font pas autre chose avec leurs harkis originaires des montagnes de l’Ouarsenis, du Dahra et de la plaine du .