Ar-Rûm (arabe : , français : Les Romains) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 60 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période mecquoise.

Origine du nom

Le titre de la sourate provient du verset 2. Al-Rûm désigne généralement les Byzantins. Jan Van Reeth nuance cette interprétation hâtive, le terme arabe provenant du syriaque et désignant aussi simplement les soldats (puisqu'aux yeux des Syriens les soldats sont identifiés aux Byzantins, qui contrôlent la région)J. Van Reeth, "Sourate 30", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1071 et suiv..

Historique

Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins, selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq (VIIIe siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.R. Blachère, Introduction au Coran, p.244., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période mecquoise, c'est-à-dire schématiquement durant la première partie de l'histoire de Mahomet avant de quitter La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le XIXe par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus n°95, 2011, p. 247-270.E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13., pour qui cette sourate est la .

Selon NeuwirthLes islamologues ont utilisé plusieurs approches pour tenter de dater les différentes sourates du Coran. Paret et Neuwirth appartiennent à l’« école allemande » qui, à la suite de Nöldeke, s’appuie sur la chronologie traditionnelle et sur un récit « laïcisé » des traditions musulmanes. Autrefois dominant dans les études islamologiques, ce paradigme nöldekien n'est plus qu'« en partie présent ». Les auteurs du Coran des historiens appartiennent davantage à l’autre courant (dit « sceptique ») qui prend davantage en compte une critique des sources traditionnelles. Voir : Historiographie de l'islam et du Coran, cette sourate daterait de la troisième période mecquoise. Cet avis est suivi par Bell qui y voit aussi de nombreuses additions médinoises. Néanmoins, cette sourate posant un problème textuel important, lui-même nuance sa position. En effet, les premiers versets s’expliquent davantage dans un contexte plus tardif. Ceux-ci semblent, en outre, pour des raisons stylistiques, une addition tardive. L’attribution à la période mecquoise est donc vaine. Une étude plus approfondie du texte permet de mieux mettre en valeur certaines révisions tardives et les influences nombreuses (syriaque, biblique...).

Interprétations Cette sourate appartient au groupe des sourates 27 à 36 qui se trouvent presque au milieu du Coran. Hétérogène, en particulier en raison de leur style concis et allusif, cet ensemble se compose principalement d’histoire de prophètes et de prescription en lien avec les fins dernières. Elles ne sont pourtant qu’allusives, ce qui appuie l’hypothèse selon laquelle le Coran est construit comme un commentaire midrashique de textes bibliques connus de la communauté recevant cet enseignementJ. Van Reeth, « Introduction aux sourates 27-36 », Le Coran des historiens, 2019, p.976..

Versets 1–7 : la défaite des Romains Dye considère cette sourate comme « extrêmement ambigu[e] ». Comme « il n’existe pas de tradition orale fiable et ininterrompue qui [...] garantirait l’exactitude » de l’ajout des voyelles sur le rasm consonantique, Dye le remet en question. L’aspect des verbes dans leur composante consonantique ne permet de savoir s’il s’agit d’un texte qui se veut prophétique, d’une malédiction (point de vue de KroppM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 29 Q 30:1–7) ou d’un simple encouragement. Dye se dit tenté de suivre la première hypothèse et de dater la rédaction d’après 629. Pregill s’interroge sur l’évènement historique qui pourrait être évoqué dans la sourate, plusieurs étant en contradictions avec le récit traditionnel des débuts de l’islam.

Tesei, qui place un terminus post quem en 628 pour la rédaction de ce texte fait une comparaison avec l’Histoire de Maurice de Théophylacte Simocatta (daté du règne d’Héraclius). Ce texte, comme d’autres de cette période, donne aussi une dimension eschatologique à la victoire romaine. Dye et Hawting associent les réjouissances de « croyants » à une espérance eschatologique.

Imbert relève qu’un graffiti coranique trouvé à Gabal ‘Usays (Syrie) est décontextualisé et s’interroge sur le sens de cette réjouissance. Hawting se demande si la mention de la défaite byzantine « dans le pays proche » (traduction approximative) pourrait nous renseigner sur l’origine géographique des matériaux intégré au Coran.

Voir aussi

Articles connexes

Islam, troisième religion abrahamique Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran

Bibliographie

J. Van Reeth, "Sourate 30", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, 1071 et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate.

Liens externes Texte de la sourate 30 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783. Texte de la sourate 30 en français, d'après la traduction d’Albin de Kazimirski Biberstein, 1869 Librairie Charpentier, 1869 ().

Notes et références

Notes

Références

Rum Catégorie:Vocabulaire religieux du haut Moyen Âge