Pikelot (en puluwat, chuuk et satawal ) est une petite île inhabitée des îles Carolines, dans le Sud-Ouest de l'océan Pacifique nord, au nord et au nord-est de la Nouvelle-Guinée. Elle est rattachée administrativement à la municipalité de Satawal dans l'État de Yap dans les États fédérés de Micronésie. Cette île est la plus orientale de l'État de Yap. Pikelot, entourée de récifs de coraux, constitue la partie émergée d'un petit mont sous-marin à l'extrémité ouest d'une formation montagneuse sous-marine. Celle-ci est depuis longtemps pour les habitants des îles et atolls voisins un lieu de chasse à la tortue, qui se pratique en avril et mai. Pikelot est également un point de repère en mer pour les Micronésiens effectuant de longs trajets entre les îles.

Géographie Localisation et géologie L'île inhabitée de Pikelot, appartenant aux îles Carolines dans l'océan Pacifique, est localisée à à l'est de Piagailoe, à au nord-est de Satawal, à respectivement et au nord-ouest de Polowat et de Pollap et à plus de à l'est des îles Yap, siège de la capitale de l'État de Yap.

L'île a une longueur de pour une largeur de et une altitude maximale de trois mètres. Elle s'est formée à l'Holocène et comporte un sédiment d'origine corallienne, pour partie amené par des tempêtes.. Elle est située au sommet d'un petit mont sous-marin qui se trouve à l'extrémité ouest de la chaîne sous-marine de . Pikelot est de forme ovale et entourée de récifs. Au nord et au sud, les récifs sont situés à quelques centaines de mètres du rivage en pente raide, ce qui crée un petit environnement de lagune. Les récifs frangeants du côté ouest sont moins développés et plus près du rivage. Une plate-forme peu profonde d'un maximum de de large s'étend au nord-ouest, à l'est et au sud. Elle crée un vaste écosystème en eau peu profonde..

Environnement Le climat de Pikelot est tropical humide. L'île est couverte d'une forêt de cocotiers et d'un épais sous-bois de broussailles. Des arbres à pain et du tabac ont été plantés par des habitants des îles des environs. Pikelot abrite une colonie d'oiseaux de mer, dont des sternes et des noddis, et une aire de nidification de tortues... La présence de tortues attire des visiteurs temporaires depuis les atolls et îles voisines. Cependant, le manque d'eau douce rend impossible une occupation humaine continue.. La constitution d'une réserve de tortues a été recommandée en 1986 dans un rapport de l'Union internationale pour la conservation de la nature, mais elle n'a pas reçu de suite de la part du gouvernement des États fédérés de Micronésie.. Pikelot est listée comme une dans une étude menée par The Nature Conservancy. La pollution liée aux déchets et aux quelques épaves qui y ont échoué est considérée comme un risque majeur.

Histoire

vignette|Le Français Louis Isidore Duperrey voit Pikelot en 1824 à bord de La Coquille.|alt=Dessin en buste au crayon d'un homme mûr en uniforme, au col montant couvrant les joues, aux cheveux courts et bouclés. Les débuts de la présence humaine sur Pikelot ne sont pas documentés. Des opérations archéologiques réalisées aux îles Truk, à au sud-est, et à Lamotrek, à au sud-ouest, attestent d'occupations humaines remontant respectivement aux - et aux - .. Toutefois, ces dates ne préjugent pas de l'époque à partir de laquelle Pikelot reçut des visites.

En 1787, Luito, navigateur et chef de Lamotrek, indique aux Espagnols présents à Guam que Pikelot est inhabitée..

La première observation de Pikelot par un Occidental est attribuée au marchand américain Samuel Boll, qui navigue dans les parages en 1804, en compagnie de l'Espagnol Don Luis Torres, vice-gouverneur de Guam... L'île est de nouveau vue le par le Français Louis Isidore Duperrey..

À la fin du , Pikelot est sous le contrôle des îliens de Lamotrek, jusqu'à ce que les hommes de Polowat, reconnus comme de redoutables guerriers, avec le chef Bunuluk à leur tête, en revendiquent la possession et le droit exclusif de pêche... Mais ceci ne semble avoir été que temporaire puisque, vers 1908-1910, un voyageur allemand du nom de Krämer a l'impression que les marins de Polowat demandent l'autorisation à ceux de Lamotrek de pouvoir y venir. Par la suite, l'île est possession des habitants de Satawal..

Les îles Carolines, dont fait partie Pikelot, sont sous domination espagnole depuis le . En 1885, à la suite d'un conflit entre l'Espagne et l'Allemagne, l'arbitrage du pape Léon XIII confirme la possession de l'archipel par l'Espagne contre des avantages commerciaux pour l'Allemagne.. Cette dernière acquiert cependant les Carolines en 1899 et les intègre à la Nouvelle-Guinée allemande.. Au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, l'empire du Japon occupe la zone.. Cette occupation est légalisée dans le cadre du mandat des îles du Pacifique créé en 1919 par la Société des Nations.. En 1944, les îles Carolines passent sous le contrôle des États-Unis, qui les administrent en tant que Territoire sous tutelle des îles du Pacifique, dans le cadre d'un mandat de l'ONU reçu en 1947. Les États fédérés de Micronésie accèdent finalement à l'indépendance en 1986..

Début avril 2015, des pêcheurs sont bloqués sur l'île quelque temps à cause du typhon Maysak.. Cinq ans plus tard, le , trois pêcheurs partis de l'atoll de Polowat avec pour destination l'atoll de Pollap, dérivent sur après une panne de carburant et s'échouent sur l'île. Ils sont secourus après trois jours de recherche grâce à l'inscription "SOS" inscrite sur la plage.. vignette|Trois marins naufragés sur Pikelot sont secourus par les gardes-côtes américains, le 9 avril 2024. En avril 2024, trois marins en provenance de Polowat sont bloqués sur l'île après que leur embarcation a été endommagée. Ils sont secourus après une semaine d'attente par la marine et les garde-côtes américains, notamment grâce au signal "HELP" qu'ils ont écrit sur la plage avec des feuilles de palmier. Ils sont en bonne santé et disent avoir eu accès à de l'eau douce et de la nourriture.

Toponymie vignette|Carte espagnole. Pikelot ou Coquille (selon Krusenstern). 1886.|alt=Page d'un ouvrage représentant une île et, indiquées au-dessus, son nom et ses coordonnées. Don Luis Torres nomme l'île Pigouelao dans ses écrits.. et le Français Louis Isidore Duperrey lui donne le nom de Bigali. Dans la première moitié du , l'Allemand Johann Adam von Krusenstern lui donne le nom du navire de l'explorateur français, La Coquille, dans ses ouvrages, et l'Allemand Friedrich von Lütke écrit Pigali ou Pyghella. Elle a également été nommée Biguela, Bikelot ou Lydia., ou encore Pigerotto, Pigoualao, Piguelao, Pigouelao, Pij, Pihg, Pikala., Pikela, Pokela, Pigelot. et même Faliao..

Pikelot est nommée en puluwat. et en langue chuuk., ou en langue satawal. et en woléaïen.. Le mot qui se retrouve dans la plupart des dénominations de l'île a la signification de dans de nombreuses langues micronésiennes... constate des dissemblances entre des noms donnés par les Polowatais et des appellations européennes des : respectivement pour Gaferut, pour , pour Pikelot. Il présume que ceci est la conséquence d'une incompréhension entre les Micronésiens et les navigateurs européens qui, d'une part, ont pris le nom de , un lieu mythique, pour un lieu réel, et qui d'autre part n'ont pas su attribuer les trois autres toponymes aux bonnes îles. Le nom de Pikelot serait même le résultat d'une fusion entre et .. Selon et , le toponyme serait dérivé de celui d'une île nommée ayant disparu lors d'un typhon et qui aurait été appliqué par erreur à Pikelot sur les cartes.

Administration Pikelot est rattachée traditionnellement et administrativement à la municipalité de Satawal. dans l'État de Yap des États fédérés de Micronésie. Elle est la possession la plus orientale de l'État de Yap. Ce rattachement administratif ne limite cependant pas la venue sur l'île et la chasse à la tortue aux seuls habitants de Satawal, ainsi qu'il apparaît dans un accord signé en 1986 entre chefs traditionnels d'îles des environs.

Une présence humaine intermittente Une terre d'évasion vignette|Vue de la chapelle en bois de Pikelot. 2009.|alt=Photo d'un bâtiment en bois, sans mur sur le devant avec à l'entrée une grande croix en bois, à l'arrière-plan la forêt. Pikelot constitue un lieu d'évasion et de relaxation pour les hommes de Polowat qui viennent y échapper pour un temps à leurs responsabilités familiales et profiter de bains de mer, de discussions, de repos et de la viande de tortue. Le cri des nombreux oiseaux et l'odeur de guano lorsque le vent s'arrête les gênent parfois.. Il est rare que les séjours durent moins de trois jours : ils sont généralement de l'ordre d'une semaine ou plus. Les Polowatais s'y rendent sur l'inspiration du moment, parfois sur une proposition effectuée lors d'une soirée arrosée, mais seulement si le ou les capitaines sont aptes à diriger les bateaux. Ils embarquent alors un peu de matériel, de la nourriture et s'en vont en chantant et en criant. Depuis le rivage, leurs femmes et d'autres membres de la communauté restés sobres expriment habituellement leur désapprobation.. La chasse à la tortue réalisée sur Pikelot est donc en partie un prétexte.. Généralement, les Polowatais viennent à deux ou trois pirogues pour tirer plus facilement les bateaux sur la plage dont la pente est très raide et parce que les vagues poussent fortement vers les récifs.. Des bûches de pandanus sont mises sous la coque des pirogues pour les faire glisser et éviter qu'elles ne s'enfoncent dans le sable, particulièrement meuble.. Au milieu des années 1980, l'île comporte des abris pour le couchage, des hangars de stockage et une petite chapelle., ainsi qu'un puits d'eau douce dans les années 2020.

Un lieu de chasse à la tortue

Des chasseurs d'origines diverses alt=Photographie en couleur d'une pirogue à balancier sur laquelle se trouvent six hommes qui manœuvrent l'embarcation|vignette|Pirogue satawalienne, 2000. L'île est depuis longtemps un lieu de chasse à la tortue verte (Chelonia mydas) pour la consommation humaine. Sa viande est très appréciée.. Les œufs sont également consommés. jusqu'en 1986, date de la signature d'un accord entre les chefs des îles environnantes interdisant leur prélèvement. L'éloignement de l'île des principaux centres de population humaine explique le nombre important de tortues qui viennent y nidifier.. Les oiseaux et les poissons sont également chassés et pêchés..

Durant tout le , la plupart des Micronésiens qui débarquent à Pikelot sont originaires de Polowat. Au début du siècle, les hommes y viennent, avec femme et enfants, pendant une durée pouvant atteindre une quinzaine de jours et se nourrissent de tortues et de noix de coco. Plus tard, ce sont les hommes seuls qui traversent l'océan en pirogue à balancier malgré la distance () et donc la durée du voyage. Durant les seize mois que passe l'ethnologue Thomas Gladwin à Polowat, en 1966-1967, il enregistre vers Pikelot d'une durée aller-retour moyenne de deux semaines.. Le trajet jusqu'à Pikelot dure en lui-même généralement deux jours depuis Polowat..

Les hommes des îles de Tamatam et de Pollap appartenant à l'atoll de Pollap viennent également attraper des tortues sur Pikelot., quoique moins fréquemment. Les îliens de l'atoll considèrent que l'île de Tamatam est un lieu pauvre et sans grande importance. Les habitants de Pollap ont l'habitude d'envoyer de la nourriture ou des biens matériels à ceux de Tamatam. Ceux-ci, en contrepartie, partagent avec eux les tortues qu'ils attrapent sur Pikelot ou leur envoient de petits cadeaux..