La base antarctique Concordia est une station de recherche franco-italienne permanente gérée par l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor (IPEV) et le , installée au , dans le territoire antarctique australien. Avec la base américaine Amundsen-Scott au et la base russe Vostok, Concordia est l’une des trois stations à l’intérieur du continent antarctique à fonctionner toute l’année.

Active depuis 1997, elle permet l’hivernage depuis 2005. Durant cette période, elle peut accueillir une quinzaine de personnes contre une soixantaine durant l’été.

Concordia est située sur le plateau Antarctique à une altitude de ; elle est distante d’environ de la base française Dumont-d’Urville et de de la base italienne Mario-Zucchelli. La station la plus proche est Vostok à environ . Le pôle Sud géographique est distant de .

Histoire Les premiers travaux de recherche commencent au dôme C en 1978. En 1982, la France émet l’idée d'établir une base permanente sur cette zone avant d'être rejointe dans ce projet par l’Italie quelques années plus tard. En 1993 l’Institut français pour la recherche et la technologie polaires (IFRTP) et l'agence italienne (ENEA) signent un accord visant à la construction d’une telle station et les travaux débutent deux ans plus tard..

Les bâtiments d'été sont opérationnels en 1997 avec la réalisation du forage EPICA. La construction de la station d'hiver débute en 1999 et se termine en 2004.. Le premier hivernage débute l’année suivante où, durant neuf mois, les treize premiers hivernants sont en autonomie totale.

La base a connu les visites officielles notables de Michel Rocard (alors ambassadeur des pôles) en 2012 et de la ministre de la recherche en exercice, Frédérique Vidal, en (accompagnée d'Antoine Petit, président-directeur général du CNRS et Jérôme Chappellaz, directeur de l'IPEV)Sylvie Rouat, « Expédition d'une ministre en Antarctique », Sciences et Avenir, 7 novembre 2019..

Station vignette|Le camp d'été en .

Deux grandes zones d'habitation existent : celle utilisée durant l’été et qui peut héberger une soixantaine de personnes ; deux bâtiments d'hiver où peuvent résider en totale autonomie durant neuf mois une quinzaine de personnes.

Les bâtiments d'hiver ont une forme polygonale à dix-huit côtés et montés chacun sur six pilotis qui montent ou descendent grâce à des vérins hydrauliques pour compenser les variations du niveau du sol gelé. Ils sont sur trois niveaux et reliés par une passerelle couverte au premier niveau. La surface habitable totale de ces deux bâtiments est de . L'un est consacré aux activités « calmes » (l'hôpital, la salle radio, la station météo, les chambres et les laboratoires) et l'autre aux activités « bruyantes » (les ateliers, les bureaux techniques, les magasins, la salle de sport et de vidéo, la cuisine, le restaurant, la bibliothèque et la salle de réunion) ..

L'hiver, les communications avec le monde extérieur se font par liaisons satellite (Inmarsat et Iridium).

Le centre technique se trouve juste à côté des bâtiments d'hiver, relié à ceux-ci par un autre tunnel. Là, se trouvent. : la centrale électrique composée de groupes électrogènes ; la chaufferie qui réutilise la chaleur produite par la centrale électrique ; la réserve d’eau potable, assurée par un fondoir ; l’unité de traitement des eaux usées qui a pour objectif de recycler plus de 90 % des eaux grises grâce à un prototype de l’Agence spatiale européenne (ESA) qu’elle pourrait utiliser pour des vols spatiaux de longues durées..

Climat La base antarctique Concordia connaît un climat extrêmement froid tout au long de l'année. La température moyenne annuelle est de -50,6°CPhilippe Ricaud, Aude Sonneville. Concordia : une station scientifique dans le froid extrême de l’Antarctique. La Météorologie, 2023, 123, pp.059. ff10.37053/lameteorologie-2023-0095ff. ffhal04297097f .

Températures Été (décembre-janvier) : Les températures varient entre -35,4°C et -21,7°C. Hiver (avril-septembre) : Les températures peuvent descendre jusqu'à -80°C, avec un record de -84,7°C enregistré en .

Précipitations Les précipitations sont très faibles, avec une accumulation annuelle équivalente à environ 25 mm d'eau. Elles se produisent principalement sous forme de poudrin de glace, de minuscules aiguilles de glace qui peuvent se former même par temps clair.

Vent Le vent à Concordia est généralement faible comparé aux zones côtières de l'Antarctique, avec des vitesses maximales de 8 à 10 m/s.

Moyens de transport vignette|Un convoi de ravitaillement en provenance de la base Dumont-d'Urville en . vignette|Déchargement d'un approvisionnement par avion.

Des moyens de transport terrestres et aériens sont utilisés pour rallier la base et assurer son approvisionnement.

Le gros du matériel (environ ) arrive par trois ou quatre convois terrestres organisés durant la campagne d'été. Composés de deux dameuses et de six à huit tracteurs à chenilles, ces convois (appelés « raids ») sont composés de neuf à dix personnes qui dorment dans deux caravanes (dénommées « Vie » et « Énergie ») conçues à cet effet. En partance de la base Robert Guillard (sur le site du cap Prud'homme, sur le continent Antarctique), la durée du trajet est de vingt à vingt-cinq jours aller-retour. Le voyage de retour ne se fait pas à vide, car il transporte, entre autres, les déchets de la station et les matériels à retourner vers l’Europe. En raison des conditions antarctiques particulièrement difficiles, le trajet est préparé à l’aide d’images SPOT et par guidage via le réseau satellitaire GPS ..

Un convoi (à vocation scientifique) partant de la base antarctique Concordia et à destination de la base antarctique Vostok fut effectué pour la première fois entre le et le .. Le convoi du retour quitta la base Vostok le et arriva à Concordia le . ..

La voie des airs est utilisée par des avions de type Twin Otter et Basler BT-67. En raison de leur faible capacité, les assurent principalement le transport des personnes. Basés sur la base italienne Mario-Zuchelli durant la période de novembre à début février, les effectuent la plupart de leurs vols dans le triangle formé par les bases Mario-Zuchelli-Concordia-Dumont-d'Urville. La durée moyenne d’un vol entre ces stations est d’environ quatre heures. Les viennent quant à eux de la base antarctique McMurdo pour le transport des personnes et du matériel.

Travaux de recherche

Glaciologie et chimie de l'atmosphère

Programmes français (ex LGGE - IGE) L'Institut des géosciences de l’environnement (IGE), créé par regroupement de laboratoires en 2017, rassemble environ cent cinquante personnes autour de recherches sur la neige et la glace, les glaciers, le climat (atmosphère, glace et océan) et l’environnement. L'IGE est donc l’un des principaux laboratoires à exercer en Antarctique et notamment sur le site du . C’est une unité mixte de recherche du CNRS et de l’université Grenoble-Alpes. Parmi les nombreux programmes de recherches ou services d’observations (SO) menés au , on retrouve les et CESOA ainsi que d’autres programmes de recherches comme , CALVA, GMOStral et GLACIO902. Mais tout a commencé avec le programme EPICA ().

Les études de chimie de l’atmosphère menées en régions polaires par l'IGE visent à comprendre le rôle joué par les surfaces glacées (manteau neigeux continental et glace de mer) sur la capacité oxydante inhabituelle rencontrée dans la basse atmosphère de ces régions et son impact sur les cycles biogéochimiques qui sont étudiés par ailleurs. Ces études se font avec une approche intégrée allant des mécanismes physico-chimiques régulant l’aptitude des surfaces glacées à générer des oxydants jusqu’aux conséquences sur le cycle du soufre, de l’azote, des composés organiques, et du mercure, en passant par l’établissement du bilan des différents oxydants. Cette approche intégrée associe souvent mesures de terrain en Arctique (OASIS) et en Antarctique (IPEV), études en laboratoire et simulations numériques. Ces études aident à l’interprétation des profils de concentrations dans les carottes de glace. Elles sont également importantes pour les services d’observations atmosphériques comme celui qui documente le cycle du soufre et sa réponse via le phytoplancton de l’océan Antarctique au changement climatique global (CESOA) ou encore le futur observatoire arctique où les bouleversements du changement climatique sont actuellement les plus visibles. Enfin l’activité des microbes dans la neige est explorée car ayant des conséquences importantes sur le cycle de certaines espèces comme les composés azotés ou encore des contaminants toxiques comme le mercure. EPICA : Dans le cadre du programme européen de recherche EPICA, le site du dôme C a été choisi car les strates de glace ne s’y sont que peu déplacées et des carottages y sont effectués dans la calotte glaciaire. Les prélèvements réalisés jusqu’à de profondeur permettent de retracer l’histoire du climat sur une période de plus de . Les carottes (d’un diamètre de et d’une longueur maximale de ) passent d’une température de au fond à en surface, et le laboratoire à permet des études sur place. Une carothèque à permet de conserver pour le patrimoine mondial l’état de l’air pour une période qui couvre (, , poussières).

EPICA était un projet multinational (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Suède, Suisse et Royaume-Uni) pour des forages profonds en Antarctique. Son objectif principal était d’obtenir une documentation complète sur les données climatiques et atmosphériques en Antarctique en forant et en analysant deux carottes de glace pour les comparer avec celles du (GRIP et GISP). L’évaluation de ces données a permis d’obtenir des informations sur la variation naturelle du climat et les mécanismes d’un rapide changement climatique durant la dernière ère glaciaire. Le projet EPICA fut un énorme succès, à la fois technologiquement et scientifiquement. En 2008, le projet reçut le prix Descartes de la Recherche.

En 2013 : GLACIOCLIM : GLACIOCLIM, Les GLACIers, un Observatoire du CLIMat, est un service d’observation de la thématique « Océan-Atmosphère » portant sur l’étude des glaciers et du climat. Trois composantes forment ce SO : GLACIOCLIM-ALPES, GLACIOCLIM-ANDES et GLACIOCLIM-ANTARCTIQUE. L’évolution des glaciers est l’un des indicateurs importants sélectionnés par le Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (IPCC) pour situer la variabilité et les tendances climatiques au cours du dernier siècle. Les glaciers constituent désormais un indicateur climatique essentiel pour le passé comme pour l’avenir. GLACIOCLIM a pour but de constituer une base de données glacio-météorologiques sur le long terme. Il s’agit du volet antarctique de l'Observatoire de Recherches en Environnement (ORE) GLACIOCLIM, destiné à détecter, surveiller et comprendre l'évolution du climat en milieu glaciaire. Le programme prévoit la mise en place et la maintenance, pour la durée de l’ORE, d’un réseau de mesure du bilan de masse de surface à Concordia (un relevé par an au minimum). Des instruments météorologiques sont également déployés à proximité de Concordia et des campagnes spéciales d’observation météorologiques et glaciologiques sont organisées.vignette|Abri Glaciologie — prélèvements atmosphériques à la station Concordia en 2013. CESOA :