La est une expression adoptée par un certain nombre de psychanalystes français, qui repose la question de la psychanalyse appliquée (angewandte Psychoanalyse) hors la cure thérapeutique classique dans le cadre d'interactions de la psychanalyse avec d'autres disciplines du champ culturel.

Problématique

Lors des débats de la Société du mercredi, puis de la Société psychanalytique de Vienne, Freud et les premiers psychanalystes abordaient une multiplicité de sujets parmi lesquels il s'avère que la clinique était loin d'être le sujet majoritaire Cf. les Minutes de la Société psychanalytique de Vienne publiées dans la traduction française sous le titre « Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne », éditées par Herman Nunberg et Ernst Federn, Traduit de l'allemand par Nina Schwab-Bakman, Paris, Gallimard/nrf, quatre tomes : à partir de 1976 pour le tome des Minutes 1906-1908 (« Présentation de “La psychanalyse dans son histoire” » par l'éditeur, J.-B. Pontalis dans la collection « Connaissance de l'inconscient », préface de Michel Schneider pour le tome . 1912-1918, 1983)..

La psychanalyse appliquée « hors cure » pose un problème de définition, notamment quand la méthode psychanalytique s'applique à d'autres domaines que la clinique: la littératureCf. Pierre Bayard, Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ?, Paris, Les Éditions de Minuit, 2004;Paul-Laurent Assoun, Littérature et psychanalyse - Freud et la création littéraire, Paris, Ellipses poche, 2014, : « Une “psychanalyse appliquée” à la littérature ? Psychanalyse et “science de la littérature” » [P.-L. Assoun mentionne à la qu'on trouve ]., l'art, et les processus culturels en général. Elle soulève la question corollaire de « l'écriture de la psychanalyse ».

La psychanalyse appliquée hors cure évolue de plus en plus aujourd'hui, y compris dans sa désignation, vers une interdisciplinarité où la psychanalyse se trouve en « interaction » avec d'autres champs du savoir Présentée , la notion « Interactions de la psychanalyse » a été introduite par Sophie de Mijolla-Mellor par rapport à l'Association internationale Interactions de la psychanalyse.Voir Dictionnaire international de la psychanalyse (Dir. A. de Mijolla), à l'article de S. de Mijolla-Mellor expliquant cette notion. Cf. .

Sur la question de la terminologie, Guy Rosolato explique comment pour sa part, « après différentes suggestions, à la suite de Laplanche, comme [psychanalyse] “transportée” ou “exportée”, “extra-muros”, ou “hors cure” », après avoir lui-même proposé « en extension » et « psyché-analyse », il en est venu à préférer « psychanalyse exploratrice »Guy Rosolato, Pour une psychanalyse exploratrice dans la culture, Paris, PUF, 1993, ..

Jean Laplanche situe le problème de la psychanalyse appliquée hors cure par rapport à la « situation analytique » référentielle de la cure en ces termes :

Lieux et interactions de la psychanalyse hors de la cure La question que pose la psychanalyse dite « hors cure » prolonge celle de l'ancienne « psychanalyse appliquée » qu'elle interroge plus avant dans le champ culturel. Cependant, même si , la perspective des auteurs de textes psychanalytiques en interaction avec d'autres champs du savoir est en train de changer. La référence a contrario à la seule cure pour la définition du « hors cure » s'éloigne en faveur d'une parité interdisciplinaire plus reconnue:

Écriture de la psychanalyse En interrogeant celle de la psychanalyse appliquée au sens freudien, la question de la « psychanalyse hors cure » se posait déjà avant la mise en place de cette appellation d'ensemble du « hors cure » reprise après coup dans plusieurs milieux psychanalytiques français aussi bien d'obédience lacanienne que non. Dans les années 1970, elle se relie à la problématique de « l'écriture de la psychanalyse », dont discutent par rapport à la littérature des psychanalystes comme J.-B. Pontalis, Michel de M'Uzan, André Green et d'autres auteurs non psychanalystes cliniciens mais reliés à la psychanalyse, ne serait-ce qu'en tant que patients parfois devenus célèbres comme Georges PerecÉcrire la psychanalyse, dans la Nouvelle revue de psychanalyse 16 Automne 1977, Gallimard..

À la fin des années 1970 en effet, dans un « échange de vues » sur le thème « Écrire la psychanalyse », à J.-B. Pontalis qui émet et développe l'idée que « L'espace littéraire n'est pas très éloigné de l'espace analytique », puis en continuant son « petit survol historique », après avoir évoqué un « deuxième temps où la psychanalyse devenue savante, renie son lien originel avec la littérature », et abordé enfin « un troisième, dans lequel nous sommes, au moins en France » où « de leur côté, de nombreux psychanalystes — on aime ou on n'aime pas — font de la littérature », Michel de M'Uzan rétorque :

La psychanalyse s'écrit toujours « hors divan » et après-coup quand il s'agit pour l'analyste de rapporter une « histoire de cas » ou de présenter une « vignette clinique », ainsi que l'explique André Green, on est toujours en 1977, dans son texte intitulé « Transcription d'origine inconnue — L'écriture du psychanalyste : critique du témoignage ». Il y observe en effet à propos de ce qu'il nomme « l'absence analytique » que « Dans la situation analytique, l'analysant voit s'épanouir le transfert par la présence-absence de l'analyste ». Tandis que : « Dans l'écriture analytique, le rapport s'inverse. Si l'on admet que l'on écrit toujours en référence à la pratique analytique, le mouvement d'écrire est toujours celui où l'analysant est absent »Écrire la psychanalyse, dans la Nouvelle revue de psychanalyse 16 Automne 1977, Gallimard, .. Dans les années 1980, à propos de la psychanalyse appliquée André Green aura eu cette heureuse formule, souvent reprise depuis, du psychanalyste hors cure comme « analysé du texte »: la « critique psychanalytique est peut-être pour l'analyste — avec sa pratique — le moyen par lequel il poursuit son auto-analyse », explique-t-il A. Green, Hamlet et « Hamlet ». Une interprétation psychanalytique de la représentation , Paris, Balland, 1982, d'après la référence faite par Jean-Pierre Maïdani-Gérard dans son Léonard de Vinci. Mythologie ou théologie ?, Paris, PUF, « Voix nouvelles en psychanalyse », 1994, ..

En 2010, Michel Schneider, à la rubrique « L'écrivain psychanalyste » dans un numéro de la R.F.P. sur Écrire la psychanalyse — dont l'argument reprend celui du numéro 16 de la Nouvelle revue de psychanalyse en 1977, intitule son article « Le psychanalyste appliqué »Michel Schneider, « Le psychanalyste appliqué » dans Écrire la psychanalyse, Revue française de psychanalyse, tome 74 2, avril 2010..

Littérature et psychanalyse

Les textes de Freud et de ses successeurs sur la littérature sont nombreux. L'écrit modèle de Freud en psychanalyse appliquée à la littérature est celui sur La Gradiva de Jensen (1907)Freud, Le délire et les rêves dans la Gradiva de Jensen, 1907,OCF.P .. Si l'on se réfère au volume VIII des OCF.P (1906-1908), c'est justement en 1907 qu'apparaît la notion traduite en français par « psychanalyse appliquée » avec, cette année-là, l' « Annonce des Schriften zur angewandten Seelenkunde »« Annonce des Schriften zur angewandten Seelenkunde (Tr. P. Cotet), dans OCF.P VIII 1906-1908 « Gradiva » Autres textes, Paris, PUF, 2007, . . Note a en bas de page 174 sur la traduction littérale de Schriften zur angewandten Seelenkunde : « Écrits de psychologie appliquée ». par le directeur de publication de Freud.

Plusieurs titres d'ouvrages indiquent aujourd'hui le changement de perspective par rapport au temps de Freud où celui-ci appliquait d'une manière magistrale la psychanalyse à la Gradiva de Jensen : par rapport à l'étude de Jean Bellemin-Noël, Psychanalyse et littérature (1978), auquel Paul-Laurent Assoun rend d'ailleurs hommage, ce dernier inverse les termes et intitule son propre ouvrage: Littérature et psychanalyse (2014). Dans la mesure où la psychanalyse appliquée hors le cadre de la cure psychanalytique classique suppose dans le rapport qui en est fait son écriture « hors cure », elle se trouve interrogée d'une manière exemplaire dans le champ de son application à la littérature. « La conjonction "psychanalyse/littérature" suppose qu'il existe une "psychanalyse appliquée" [..] observe Paul-Laurent Assoun dans son ouvrage Littérature et psychanalyse - Freud et la création littéraire Paul-Laurent Assoun, Littérature et psychanalyse - Freud et la création littéraire, Paris, Ellipses poche, . . Ce psychanalyste considère que la « psychanalyse appliquée » a pris aujourd'hui une « connotation péjorative », alors que . Dans son , Assoun vise à ; selon lui, cette enquête a P.-L. Assoun, Littérature et psychanalyse, ..

Art et psychanalyse Depuis les écrits de psychanalyse appliquée de Freud dans les domaines de la sculpture et de la peinture, la perspective est aussi en train d'évoluer aujourd'hui plutôt vers l'interaction de la psychanalyse avec l'art. Témoin, un numéro de la revue Cliniques méditerranéennes qui prend pour thème: « La psychanalyse (sur)prise par l'art »La Psychanalyse (sur)prise par l'art, dans Cliniques méditerranéennes, , 2010..

Sculpture En sculpture, l'écrit modèle de Freud en psychanalyse appliquée est l'étude sur le Moïse de Michel-AngeFreud, Le Moïse de Michel-Ange, 1914, OCF.P, ..

La revue Topique a consacré l'un de ses numéros au thème « Psychanalyse et sculpture » en 2008Topique, 104, « Psychanalyse et sculpture », L'esprit du temps, septembre 2008 ..

Peinture

En peinture, l'écrit modèle de Freud en psychanalyse appliquée est Un souvenir d'enfance de Léonard de VinciFreud, Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, 1910, OCF.P, .. L'étude paraît dans le cahier des Écrits de psychologie appliquée chez l'éditeur Deuticke« Annonce des Schriften zur angewandten Seelenkunde, dans OCF.P VIII 1906-1908, . .

. Aujourd'hui, l'interprétation freudienne du « vautour » au lieu du « milan » de Léonard n'a pas fini de faire question justement au regard de la « méthode » d'analyse employée en psychanalyse appliquée hors cure. J.-P. Maïdani-Gérard, Léonard de Vinci — Mythologie ou théologie? , p. 10. , écrit J.-P. Maïdani-Gérard dans son livre Léonard de Vinci — Mythologie ou théologie? .

Musique Il est assez connu que Freud n'était pas mélomane. Dans le domaine de la musique classique, il appréciait seulement Don Giovanni de Mozart. « Remettre en question l'anhédonie musicale de Freud » amène d'ailleurs des psychanalystes d'aujourd'hui « à envisager ses rapports — libidinalisés et conflictuels — à la voix, à la Chanson et même à l'Opéra »Marianne Brody-Baudin, « Un amour de Freud ou les accordéons du Temps », Topique 129, L'Esprit du temps, 2014, .. On sait combien Freud aimait la chanteuse Yvette Guilbert qu'il eut l'occasion d'entendre et de rencontrerVoir un article de Jean Allouch sur Freud et Yvette Guilbert ainsi que l'article récent de Marianne Brody-Baudin, intitulé « Un amour de Freud ou les accordéons du Temps », dans la revue Topique 129, « Écouter la musique », 2014, ..

Les écrits psychanalytiques en interaction avec le domaine de la musique sont donc à chercher chez des auteurs contemporains comme Michel Schneider, ainsi que dans des revues comme Topique. Plusieurs numéros de cette revue sont consacrés à la musique; les deux numéros les plus récents font suite à un colloque de l'Association internationale Interactions de la psychanalyse qui eut lieu en 2014 axé sur l'écoute de Wagner: Topique, 129, « Écouter la musique », 2014-15. Topique, 128, « Entendre Wagner », 2014. Topique, 120, « La voix des passions », 2012. Topique, dans le 109 sur « L'acte poétique », 2010: « L'interprétation selon Glenn Gould ».

Psychanalyse et cinéma

Cinéma et psychanalyse naissent en même temps au début du .