vignette|Une femme touchant la tête d'un cheval.|alt=Tête d'un cheval marron sur laquelle est posée une main de femme avec une bague.
La communication intuitive, ou communication animale par la télépathie, est une pratique pseudoscientifique présentée par ses pratiquants comme une forme de communication de type télépathique, intra et inter-espèces, en particulier entre l'homme et les autres animaux. Elle est parfois étendue à une communication avec le règne végétal et le minéral. Quelques études para et pseudo-scientifiques évoquent la possibilité d'une communication télépathique entre les animaux, notamment chez les lapins, les chiens et les perroquets. La communication intuitive rejoint parfois le concept parapsychologique de « résonance morphique » créé par l'auteur britannique Rupert Sheldrake.
Popularisée en Californie à la fin du par Pénélope Smith, la communication intuitive fait l'objet d'un engouement aux États-Unis et en Europe, notamment à travers des émissions de télévision et l'organisation de stages, dont la finalité est d'apprendre à communiquer par télépathie avec les animaux. Les pratiquants travaillent tout particulièrement avec des chevaux et des chiens. La communication intuitive implique un « contact télépathique » avec un animal, qui peut se traduire par des visions, la perception de sons ou de sensations diverses chez l'être humain. Selon les témoignages, la perception du monde et des animaux après une expérience de communication intuitive peut être considérablement modifiée. Les pratiquants peuvent s'orienter vers différentes spécialités, telles que le soin aux animaux, l'aide psychologique, la recherche des animaux disparus ou le deuil de l'animal de compagnie. La communication intuitive est souvent proche dans son concept et ses idées d'un néo-chamanisme écologique et du New Age, faisant intervenir l'animal-totem, ou encore le reiki.
La communauté scientifique réfute ce concept de communication : les études ayant testé ses postulats ont démenti les affirmations des défenseurs de la communication intuitive, et déplorent que ceux-ci ne s'appuient sur aucun élément vérifiable pour étayer leurs assertions. Les scientifiques sceptiques tiennent les stages de communication intuitive et les interprètes animaliers pour une auto-illusion, ou pire une escroquerie, Joe Nickell estimant par exemple que la lecture à froid est à l'origine de ces résultats.
Dénomination La pratique a plusieurs noms, parmi lesquels « communication animale », « communication avec les animaux par la télépathie », « communication intuitive », « dialogue intuitif » ou encore « communication de cœur à cœur ». Les pratiquants qui affirment communiquer aussi avec le règne végétal et le minéral nomment parfois ce qu'ils font de la « communication inter-espèces ». Jean-Luc Janiszewski emploie le terme d'« effet Mowgli », par analogie avec le personnage du Livre de la jungle qui parle avec les animaux. La vétérinaire Anna Evans a popularisé le nom de « communication intuitive ».
Histoire vignette|redresse|Pour Temple Grandin, les animaux pensent « en images ». La notion de télépathie chez les animaux n'est pas nouvelle. Au début du , lors de recherches sur le sujet, des personnes ont affirmé être capables de contacter des animaux vivants ou morts de cette manière. Depuis le , de nombreuses exhibitions d'animaux « intelligents » mettent en scène des chiens, des chevaux et même des oies qui répondent à des questions, tirent des cartes et résolvent des opérations arithmétiques, en tapant au sol avec l'un de leurs membres. Les premières recherches sur ce phénomène remontent au cas de Hans le Malin, en 1904. Ce cheval allemand est capable de résoudre des opérations complexes en l'absence de son maître. Les études concluent qu'il décrypte des micro-mouvements chez son public. En 1929, le Joseph Banks Rhine prend en charge une jument réputée télépathique, Lady Wonder. Rhine estime que Lady a de réels pouvoirs psychiques, mais un prestidigitateur démontre en 1956 que Lady se trompe si un faux nom lui est épelé, et conclut que l'animal est simplement entraîné avec une technique aboutie.
Bien qu'elle n'emploie pas le mot de « télépathie », Temple Grandin, une femme autiste connue pour ses actions en faveur du bien-être animal, évoque l'analogie entre sa façon de penser « en images » et celle des animaux. Elle s'affirme aussi capable de « se mettre à leur place », de ressentir leurs émotions et leurs souffrances. Son expérience du psychisme des animaux rejoint celle dont témoignent plus tard des pionnières de la communication intuitive, Laila del Monte et Anna Evans.
En 1988, une étude de parapsychologie défend l'existence d'une communication télépathique du stress entre les lapins.
Production de Rupert Sheldrake vignette|redresse|gauche|Rupert Sheldrake a mené des expériences sur la communication télépathique intra et inter-espèces.
Bien que la possibilité d'une forme de télépathie intra- et inter-espèces, chez les animaux, ait été évoquée avant lui, le pionnier des recherches dans ce domaine est le Britannique Rupert Sheldrake. En 1981, il publie Une nouvelle science de la vie, ouvrage dans lequel il envisage l'existence de champs morphogénétiques qui donneraient à la nature une conscience et un but. Il détaille le protocole de ses recherches sur la télépathie animale, dans son ouvrage Ces chiens qui attendent leur maître, en y affirmant que les chiens changent de comportement au moment où leur maître prend la décision de rentrer au domicile, laissant supposer un lien de nature télépathique entre le maître et le chien. Des exemples similaires sont rapportés par des propriétaires de chats, de chevaux et de perroquets. En 1994, avec la publication de Sept expériences qui pourraient changer le monde, Sheldrake exhorte son public à réaliser des expériences pour aider à découvrir si les animaux de compagnie sont en mesure de déterminer le retour de leurs propriétaires à la maison grâce à un lien psychique. Les publications de Sheldrake sont globalement mal accueillies par la communauté scientifique, des critiques visant notamment la manière dont ces expériences sont menées. Pour Rupert Sheldrake, la télépathie animale est victime d'un tabou scientifique hérité de la pensée du siècle des Lumières.
Dans le cadre d'une enquête débutée en , le journaliste français Érik Pigani rencontre Rupert Sheldrake. Il recueille des centaines de témoignages de personnes qui, en côtoyant des animaux, disent avoir repéré des comportements inexplicables autrement que par la parapsychologie. Le plus commun est celui des chats et des chiens qui manifestent de la joie ou de l'excitation dans les heures ou le quart d'heure qui précèdent le retour de leur maître, ou bien lorsque ce dernier téléphone. Sheldrake pense que . La compréhension de ce phénomène permettra selon lui de mieux pénétrer les cultures chamaniques, parmi lesquelles il est naturel de communiquer au quotidien avec la nature et les animaux, tout en resserrant les liens entre l'homme et la nature. En 2003, il mène la première expérience de communication télépathique entre l'humain et l'animal, avec un perroquet. Il en conclut que les résultats , et que l'oiseau a été influencé par l'activité mentale de sa propriétaire..
Engouement populaire vignette|redresse|L'écrivain Jean Prieur est l'auteur de L'âme des animaux (1986). L'engouement populaire autour de la communication intuitive débute en Californie. Pénélope Smith entre en relation avec les animaux de ses amies et en fait officiellement son métier en 1977. Elle publie Animal Talk l'année suivante, ouvrage dans lequel elle affirme communiquer de manière télépathique avec ces animaux, soutenant que sa technique est à la portée de tous. Elle dit aussi soigner des animaux malades par ce procédé, ce dont leurs propriétaires témoignent en construisant sa popularité. En 1986, Jean Prieur publie L'âme des animaux, un ouvrage régulièrement réédité dans lequel il cite des exemples de communications télépathiques entre animaux et humains.
Aux États-Unis, les interprètes animaliers (), d'abord pionniers et peu nombreux jusqu'aux années 1990, en font leur métier et deviennent très recherchés. Les premiers stages organisés en Europe affichent complet avec des mois d'avance. La communication intuitive suscite en particulier l'intérêt de femmes, à travers l'organisation de séances de thérapie et de communication homme-animaux. Certaines, comme Laila del Monte, sont sollicitées dans le monde entier. L'Allemande cite de nombreux cas de guérisons ou de « révélations » lors de séances de communication intuitive entre l'homme et le cheval. Une vétérinaire qui en pratique, Anna Evans, voit dans cette une occasion unique d'améliorer le bien-être des animaux.
Lors de son enquête publiée en 2007, Érik Pigani donne une liste d'une trentaine d'« interprètes animaliers » connus ayant leur propre site web, basés pour la plupart aux États-Unis. Quelques-uns exercent en Suisse, en France, en Allemagne et au Canada. Les visées mercantiles sont évidentes, avec entre autres la commercialisation de cartes de tarot dédiées aux prévisions pour les animaux de compagnie. Le nombre d'« interprètes animaliers » a explosé, mais cette activité est complètement déréglementée. La plupart des services proposés restent scientifiquement invérifiables. Les pratiques connaissent des influences diverses, notamment celle du chamanisme, qui fait appel aux concepts d'âme animale et d'animal-totem. La communication intuitive avec les animaux n'est alors qu'une facette de la communication spirituelle avec des « forces de la nature », qui comprennent également les minéraux, les végétaux, et même des entités telles que les fées et les elfes, voire les angesVoir entre autres l'ouvrage .
Présentation dans les médias La diffusion de reportages « sensationnels » à la télévision a amplifié l'engouement autour de cette pratique. En 2001, Arte diffuse un documentaire sur les tentatives de l'homme pour communiquer avec les animaux, dans lequel interviennent des biologistes et des scientifiques reconnus, comme Jane Goodall et Boris Cyrulnik, mais aussi Pénélope Smith. La fondation d'amis popularise le phénomène de la « communication intuitive » et sonde son public, révélant une acceptation très mitigée entre ceux qui y croient et ceux qui n'y croient pas.
L'émission de télévision américaine la plus connue pour son rôle de popularisation est , diffusée sur Animal Planet, pendant laquelle a fait des démonstrations de ses talents en direct pendant plus de six mois, chaque lundi jusqu'en 2003. Elle intervient ensuite à la radio sur Sirius Satellite Radio. Elle organise notamment le podcast de Oh No, Ross and Carrie! qui interroge sur l'efficacité des pet psychics. Hilary Renaissance s'est spécialisée dans l'aide à la recherche d'animaux volés ou perdus. Ses talents ont été mis à contribution par le journaliste sceptique John Sharify sur ABC TV Seattle pendant le journal matinal, dans une nouvelle émission intitulée Meet the Amazing Pet Psychic. L'émission contient plusieurs témoignages de personnes qui disent avoir retrouvé un animal volé grâce à Hilary, dont celui d'un chef de la police dans le Mississippi. Dans un autre journal télévisé sur WRCB TV, le journaliste d'investigation Jonquil Newland crédite la Pet Psychic Hilary Renaissance de l'aide à une famille du Tennessee pour retrouver son chien disparu.