René Mardochée Guastalla, né le à Nice, mort le à Lyon (2e arrondissement), est un helléniste français.
Biographie De nationalité française mais d'origine italienne et niçoise, fils d'Enrico (Henri) Samuel Guastalla (1859-1926) et d'Esther Guastalla (1875-1962) née Sazias (Saadia), René Guastalla fit la Première Guerre mondiale de 1916 à 1918, tout comme la « drôle de guerre » de 1940.
Il épousa l'illustratrice Marguerite M. Lehmann (1898-1958), de la famille du rabbin Joseph Lehmann. Le couple aura deux enfants : Germaine Guastalla, née en 1923 à Tain-l'Hermitage (Drôme), morte le 4 août 2010 à Paris (14e arrondissement) ; Claude Guastalla, né en 1924 à Tournon-sur-Rhône (Ardèche), est résistant, et meurt le 11 juin 1944 à Pinols (Haute-Loire) lors de la bataille du mont Mouchet.
Sous l'Occupation, René Guastalla est frappé par la loi portant statut des juifs instaurée par le régime de Vichy et radié de l'enseignement. Il en mourut le — « de douleur » d'après le témoignage de sa fille Germaine, recueilli par Hugues-Jean de Dianoux. Il est enterré au vieux cimetière juif de Nice.
Ángelos Sikelianós participa, avec plus de 300 autres intellectuels grecs, à la commémoration en souvenir de l'helléniste français à l'Institut français d'Athènes, le , en prononçant un bel hommage : « La leçon de René Mardochée Guastalla. Judaïsme et hellénisme », allusion au dernier article de Guastalla, achevé le : « Judaïsme et hellénisme, la leçon de Philon d'Alexandrie »Revue des études juives, t. 7, 1946-1947, .
Ángelos Sikelianós rend aussi hommage à Guastalla, « en passant », dans Ελληνογαλλικά: αφιέρωμα στον Roger Milliex για τα πενήντα... : « […] un homme à qui il est juste de rendre le grand hommage qu'il mérite, René Mardochée Guastalla, professeur au Lycée Saint-Charles, agrégé des Lettres. »Athènes, Hetaireia Hellēnikou Logotechnikou kai Historikou Archeiou, 1990, .
Opinions politiques Lazare de Gérin Ricard et Louis Truc écrivent dans leur Histoire de l'Action françaiseFournier-Valdès, 1949, à propos de la journée de la Crise du 6 février 1934 :
Dans Le Colonisateur colonisé, Louis Sanmarco précise une certaine évolution des convictions de R. GustallaFavre, 1983, . : Mais l'Occupation allait .
Carrière En 1922, René Guastalla est reçu, le troisième, à l'agrégation d'italien. En 1927, il est reçu, le quatrième, à l'agrégation de lettres. Il devient membre de la Revue des études grecques à partir de 1928, sur une présentation due à Robert Cohen, professeur au lycée Henri-IV (1889-1939), et à Marcel Espy, son collègue à Marseille.
Guastalla fait carrière : comme professeur d'italien (1922-1926) au lycée de Tournon, ville où il fonde en 1922 un Comité de l'Alliance française ; au lycée Saint-Charles (Marseille) comme professeur de lettres (1926-1933), résidant alors au 3, rue du lycée Périer à Marseille ; au lycée Charlemagne (1933-1937) comme professeur de première, résidant d'abord au 115, boulevard Jourdan en 1934 puis au 1, rue Monticelli, à Paris en 1935 ; au lycée Lakanal (1937-1939) comme professeur de première supérieure ; au lycée Thiers de Marseille (1940-1941) comme professeur de première supérieure.
L'enseignant apporte à son métier une grande convictionPage 18 de Louis Bodin, « Allocution », Revue des Études Grecques, t. 55, fasc. 261-263, juillet-décembre 1942, . :
Membre du Collège de sociologie à la fin des années 1930, Guastalla écrit un livre remarqué, Le Mythe et le livre, paru en chez Gallimard, reprise d'une conférence au Collège initialement intitulé « Naissance de la littérature ».
Après le début de la guerre, Guastalla refuse de solliciter l'article 8 de la loi du concernant les exceptions et dérogations à l'exclusion professionnelle imposée aux personnes juives. Révoqué, il est contraint de cesser son enseignement et refuse de demander sa réintégration même si le Ministre de l'Instruction publique lui-même, l'historien Jérôme CarcopinoLettre de René Guastalla à Jérôme Carcopino (Lyon, 23 octobre 1941, AIU, CC-22). Cf. Claude Singer, Vichy, I'Universite et les Juifs, op. cit., ., lui a proposé son aide, et il assume avec dignité son destin.
Ce sont donc ses derniers enseignementas que décrit Wladimir RabinovitchClaude Singer, Vichy, l'Université et les juifs, Les Belles Lettres, 1992, . Le texte cité est tiré du Journal de l'Occupation de Wladimir Rabi. La première citation en italiques se trouve dans Le Mythe et le Livre, Gallimard, 1940, ; la deuxième provient de Platon, Gorgias 469c, et en même temps, il s'agit d'un proverbe yiddish ; la troisième est la « devise » d'Antigone dans la pièce éponyme de Sophocle (v. 523). :
Guastalla consacre son dernier cours à la traduction commentée du passage du Phédon où Platon raconte la mort de Socrate et rapporte ses derniers propos (115a-118a).
Dernier métier
Avait-il vraiment « salué avec espoir le régime du maréchal Pétain » dans Rivarol. Hebdomadaire d'opposition nationale, Déterna, 2003, : « [Maurice Gaït] avait une infinie sympathie pour toutes les victimes, déplorant, par exemple, le sort de Guastalla (dont le nom resta longtemps connu par un excellent recueil de versions grecques), professeur juif d'Action française, qui avait salué avec espoir le régime du maréchal Pétain, et, bientôt chassé de l'Université par le statut des Juifs, mourut en déportation. » . ? Quoi qu'il en soit, Guastalla devient en secrétaire général adjoint du Consistoire central israélite de France, alors replié à Lyon. Il échafaude un projet de centre de rééducation professionnelle pour juifs, lorsque le terrasse le malheur. Il se serait suicidéMichel Surya, Georges Bataille. La mort à l'œuvre, Gallimard, 1992, ; de Jean Paulhan, « Correspondance », NRF, , mai 1969, ..
Œuvre
Souvent dénommé René M. Guastalla par discrétion religieuse et parfois renommé en René Manlius Guastalla par amour du latinGustalla est l'objet de l'étude de Roger Milliex : « Mémoire d'un mystagogue de l'Hellénisme, René M. Guastalla (1897-1941) », Praktika tês Akadêmias Athênôn, t. 61, Athènes, 1986, ., il a utilisé le pseudonyme René Riquier pour signer par exemple Sous le signe de l'olivier. Poèmes (Maison du livre, 1924) :
Outre quelques poèmes et conférences, Guastalla publie des livres aux éditions Hachette, et plus particulièrement des manuels scolaires de grec et de latin qui vont de la troisième à la première. Bon nombre de ses manuels ont été refondus par Jean Lescale à partir de 1950 (correction de quelques erreurs, mise au point de certaines notes, réadaptation aux programmes, compléments).
1. Les Textes grecs Les Textes grecs, classe de (1935)
Les Textes grecs, classe de (1933)
Les Textes grecs, classe de et de philosophie (1934)
Les Textes grecs. Classe de . Compléments. Extraits de Xénophon, Diodore de Sicile… (1952)
Les Textes grecs. Classe de . Compléments. Extraits de Xénophon, Euripide, Isocrate et Plutarque (1952)
Les Textes grecs, classe de . Compléments : Extraits de Platon (1951)
2. La Vie antique La Vie antique, versions et thèmes. Série grecque, classe de (1937)
La Vie antique, versions et thèmes. Série grecque, classe de , traductions et corrigés (1937)
La Vie antique, versions et thèmes. Série latine, classe de (1936)
La Vie antique, versions et thèmes. Série latine, classe de (1936)
3. En collaboration avec Peter Sammartino Survey of French Literature, Longmans, Green and Co, 1937
Notes et références
Liens externes
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