Le séisme de 1117 à Vérone est un tremblement de terre survenu le à Vérone, capitale de la Marche du même nom du Saint-Empire romain germanique, aujourd'hui en Italie. Avec environ , c'est l'un des plus meurtriers de l'histoire de l'Italie. Il est ressenti de Milan à la mer Adriatique, de la Suisse à l'Apennin du Nord et dans une moindre mesure jusqu'à Pise et en France.
Les destructions les plus importantes se situent à Vérone, en grande partie détruite et dont le plan urbain actuel est un vestige de sa reconstruction, ainsi que dans un secteur délimité au nord par le lac de Garde, à l'est par Padoue, au sud par l'Apennin du Nord et à l'est par Plaisance.
Les sources de l’époque décrivent le séisme du à Vérone comme un seul tremblement de terre dont l’épicentre était situé dans le nord de l’Italie. Aujourd'hui, l'analyse des témoignages ainsi que les avancées sismologiques conduisent à conclure qu’il y a eu deux épicentres séparés d'environ 320 km et s'étant déclenchés avec un intervalle de 12 à 13 heures. Ces éléments sont calculés avec la méthode de Gasperini et al. et de Gasperini et Ferrari . Le premier tremblement de terre survient dans la nuit du , vers 02h00-03h00 TU, en Basse-Allemagne. Le deuxième tremblement de terre, beaucoup plus fort, se produit environ 12-13 heures plus tard dans l'après-midi, vers 1600 LT (environ 1500 UT) ; il a frappé la plaine du Pô, en particulier la plaine de Vérone, le long du cours moyen de l'Adige. Enfin, un troisième tremblement de terre a frappé la Toscane ; son épicentre serait probablement situé dans la haute vallée du fleuve Serchio, c'est-à-dire dans la région montagneuse de la Garfagnana.
Ce séisme n’est que le premier d’une série dévastatrice enregistrée dans une vaste zone s'étendant de la Slovénie à la France et du centre de l'Italie à la Basse-Allemagne, de fortes répliques s'étant produites tout au long de l'année 1117 : les , , , et .
Vérone vignette|L'Italie entre la plaque africaine et européenne.
Vérone est une ville située dans le nord de l’Italie au pied des monts Lessini sur le fleuve Adige. Sa première trace date de l’épode préhistorique : un petit secteur commença à se développer du pour devenir un municipium romain au Au cours du , elle fut occupée par le roi ostrogoth , puis par les Lombards et enfin, en 774, par Charlemagne. Au début du , elle devint une commune autonome sous la domination de la famille des Scaliger, notamment .
Avant le séisme À la fin du , l'Italie comptait près de dont la population était égale ou supérieure à . On dénombrait 4 « métropoles » : Milan, avec environ ; Venise et Florence avec environ chacune ; Gênes avec environ . En Europe, seule Paris avait une population comparable aux trois grands centres. On recensait ensuite un groupe de neuf villes de et plus : Vérone, Padoue, Brescia, Crémone, Bologne, Pise, Sienne, Rome, Palerme. En Europe, il n’y avait pas plus de sept ou huit villes comparables. Il y avait enfin une douzaine de centres de taille moyenne (entre et ) ainsi qu'une myriade de centres urbains plus petits (comme pour l'Italie uniquement) : environ 60 entre et ; plus de 110 entre et . En Italie, la population urbaine dépassait globalement les deux millions et demi d'habitants, approchant peut-être les trois millions.
Un séisme en plusieurs secousses Deux secousses auraient été recensées lors du séisme du . Le premier tremblement de terre a frappé les localités d’Augsbourg, Disibodenberg, Freising, Petershausen (à proximité de Constance), Sankt Blasien et Zwiefalten (dans l'actuelle Allemagne du Sud), Melk et Salzbourg (dans l'actuelle Autriche du Nord) et peut-être Pise (en Toscane, Italie) dans la nuit du , vers 02h00-03h00 TU, Basse-Allemagne. Les textes des analyses se sont basés sur pour donner la classification macrosismique qui prend en compte une gamme de degrés de IV à VIII-IX. Le premier tremblement de terre du est de degré VII-VIII et M=6,4.
Deuxième séisme Le deuxième tremblement de terre survient environ 12 heures après le premier, dans l'après-midi du vers 1500 TU, dans la basse vallée de l'Adige en Italie du Nord. Ses dégâts se situent dans les plaines de la région de Vérone, dans la basse vallée de l'Adige et dans la haute région de l'Émilie (plaine du Pô) ainsi que dans divers endroits de la région transalpine. le tremblement de terre était enregistré à une magnitude de 6,5 alors que les experts contemporains le considèrent être de magnitude 7.
Troisième séisme Le troisième tremblement de terre survint dans l’après-midi du vers 1500 TU, dans la haute vallée du fleuve Serchio (nord-ouest de la Toscane). Dans les environs de Pise, une secousse se fit ressentir à l’heure du premier séisme. Cette secousse pourrait être une pré-secousse locale ou la perception du premier tremblement de terre. Onze heures plus tard, un tremblement de terre beaucoup plus fort provoquant l’effondrement de nombreuses tours, bâtiments et clochers ravagea le territoire de Pise. Plusieurs personnes y perdirent la vie et les survivants abandonnèrent tout pour s’éloigner de la ville. Cela rend probable l'hypothèse de plus d’un épicentre pour le grand séisme de 1117.
Conséquences géographiques et matérielles En général, les sources contemporaines mentionnent Vérone pour la ville la plus touchée par le séisme ; de nombreuses églises de l'époque romane de Vérone ont été gravement endommagées, et beaucoup n'ont jamais été reconstruites. La ville, qui était un centre urbain important à l'époque, a subi des dégâts considérables. Les bâtiments, y compris des églises et des maisons, ont été largement détruits ou endommagés, entraînant la mort de nombreux habitants qui se trouvaient dans ces structures lors de l'effondrement. Outre Vérone, d’autres localités ont été gravement endommagées dans la basse plaine de la Vénétie ainsi que le long du cours moyen de l'Adige, la région de Brescia et de Crémone, et la partie nord de la plaine d'Émilie. Les textes issus du domaine ecclésiastique et monastique témoignent avec précision des effondrements partiels des cathédrales de Crémone, Padoue, Plaisance, Parme, Modène et de l'abbaye de Nonantola. La liste suivante précise certains des bâtiments de Vérone endommagés par le tremblement de terre :
l'amphithéâtre romain, où les dégâts étaient concentrés dans l'anneau extérieur ; la basilique de San Zeno, dont la partie supérieure s'est effondrée ; la cathédrale, qui aurait subi de graves dommages ; l'église de San Fermo Maggiore, dont le clocher a subi d'importants dommages, à tel point qu'il a dû être démoli par la suite ; l'église de San Fermo Minore, qui a dû être reconstruite et consacrée de nouveau ; l'église de Santa Maria in Organo, où des documents font état de dégâts ; l'église de San Lorenzo, où le tremblement de terre a provoqué l'effondrement des murs longitudinaux et dans une moindre mesure celui de la façade et de l'abside ; l'église de la Sainte-Trinité à Monte Oliveto ; l'église des Saints-Apôtres, qui présente des traces de reconstruction au cours du ; l'église de Sant-Elena, où le tremblement de terre a épargné la plupart des structures porteuses ; l'église de San Giovanni in Fonte, qui s'est presque entièrement effondrée ou a au moins subi de graves dommages ; l'église de San Giovanni in Valle, qui a été reconstruite et consacrée de nouveau ; l'église de Santo Stefano, où le tremblement de terre a gravement endommagé la façade, provoqué l'effondrement de l'atrium et de la partie supérieure du transept ainsi que produit des dommages plus ou moins importants à la coupole et à l'abside ; l'église de Sant'Eufemia, restaurée et consacrée de nouveau dès 1140 ; l'église de San Giorgio in Braida, où l'évêque s'est consacré aux travaux de reconstruction ; l'église de San Procolo, qui a dû subir d'importants travaux de restauration ; l'église de San Pietro in Castello, qui a été reconstruite.
Plusieurs autres villes du territoire véronais furent également très endommagées : Belfiore, Bevilacqua, Bonavigo, Cerea, Cisano, Gazzo, Isola della, Legnago, Marcellise, Pescantina, Rono all’Adige, San Bonifacio, San Floriano, San Giorgio di Valpolicella et Sommacampagna. De même, le séisme a beaucoup affecté la plaine du Pô, surtout en basse Vénétie et en haute Émilie en raison d'une propagation des ondes sismiques. En s'éloignant de Vérone, les dommages les plus graves ont été enregistrés sur le territoire émilien où l'abbaye de Nonantola a subi d'importants dommages, mais aussi à Plaisance avec aussi bien l'effondrement total de la cathédrale de Santa Giustina qui fut entièrement reconstruite à partir de 1122 que des dommages mineurs subis par la basilique de Sant'Antonino, à Rubiera où l'église paroissiale des Saints Faustino et Giovita a dû être restaurée à la fin de 1117, à Faenza où la cathédrale et son clocher ont subi des dommages, et à Parme où l'on se souvient de l'effondrement du dôme de la cathédrale.
Premier séisme Le premier séisme a eu plusieurs conséquences environnementales en Basse-Allemagne : glissements de terrain avec abaissement d'un terrain élevé ou élévation d'un endroit par rapport à un autre dans la zone entre Meersburg et Constance (Allemagne) ; enfoncement du sol ; phénomènes lumineux caractérisés comme « ciels rouges » en Svevia (région située entre la Suisse, la France et l'Allemagne) ; inondations venant de la rivière Mosa situé en Susteren (Hollande, à la frontière entre la Belgique et l'Allemagne) ; disparitions pendant plusieurs heures des eaux de la rivière Unstrut (effluent de la Saale) dans de larges fissures apparues dans le sol en Allemagne de l'Est.
Les témoignages retrouvés alors du premier séisme montrent qu'il a causé les dommages les plus graves sur le territoire d'Augsbourg, où plusieurs châteaux se sont effondrés. On trouve parmi eux le château de Heirenbuch où l'effondrement d'une tour a provoqué la mort des personnes qui s'y trouvaient, à l'exception d'un enfant.
Deuxième séisme Le deuxième séisme a lui aussi eu plusieurs conséquences environnementales, cette fois en Italie du Nord et en basse vallée de l’Adige : fissures dans le sol et déracinement d'arbres dans la région de Vérone et aux alentours ; émissions d'eaux sulfureuses par des fissures dans le sol dans la VénétieH. Simonsfeld (Ed.) ( 1883 ), Annales Venetici breves , Monumenta Ger. Hist., Scriptores , vol. 14 , pp. 70 – 72 , Hahnsche, Hanovre, Allemagne . ; blocage durant plusieurs jours de l'écoulement des eaux dans la vallée de l'Adige en raison de glissements de terrainG. Waitz (éd.) ( 1878 ), Annales Hildesheimenses , Monumenta Ger. Hist., Scriptores Rerum Ger. usum sch. éd. séparée. , vol. 8 , pp. 59 – 69 , Hahnsche, Hanovre, Allemagne . ; montée des eaux de la plaine du PôG. Waitz (Ed.) ( 1861 ), Annales S. Disibodi, Monumenta Ger. Hist., Scriptores , vol. 17 , pp. 6 – 30 , Hahnsche, Hanovre, Allemagne. ; débordements des lacs dans les environs.
Conséquences humaines Le séisme a entraîné des conséquences d’un point de vue psychologique. «Dans son Histoire de Milan, Landolfo le Jeune (v. 1077‐1137), membre du clergé de l’Église de Milan, rapporte les effets du tremblement de terre de 1117, dont il fut témoin : « Les gens disaient qu’il était tombé du ciel des gouttes de sang, comme de la pluie, qu’ils avaient vu de nombreux prodiges […] et qu’ils avaient entendu des tonnerres souterrains. Et dans cette épreuve divine, même ceux qui semblaient être des prêtres ne savaient pas où fuir.».