Le gouffre du Saut de la Pucelle ou gouffre de Roumégouse ou perte de Rignac est une cavité souterraine naturelle. Elle se situe sur le territoire de la commune de Rocamadour, dans le Quercy (Lot, Occitanie, France)..
Situation
Le gouffre du Saut de la Pucelle se trouve à au nord-ouest de Gramat et à avant l'embranchement de la route de Rocamadour (D36). Il marque les limites des communes de Gramat, Rignac et Rocamadour. La route D840 passe juste au-dessus de l'entrée de la cavité dont le porche s'ouvre en contrebas.
Cette perte s'ouvre à la limite des terrains du Limargue (au nord) et du causse (au sud), à l'endroit où le ruisseau de Rignac se perd sous terre, dans une petite vallée encaissée.
Un parcours d'accrobranche est installé depuis 2012 au-dessus de la vallée qui mène au gouffre..
Accès et risques thumb|250px|left|Panneau d'avertissement. Conditions d'accès L'entrée du gouffre du Saut de la Pucelle, en forme de grotte, est située dans une propriété privée.
Le , la Fédération française de spéléologie (FFS), représentée par le Comité départemental de spéléologie du Lot (CDS46), a établi avec le propriétaire des terrains une convention d'accès à cette cavité au profit des membres de la FFSCompte rendu de réunion du comité directeur du CDS46 du vendredi 18 septembre 1998 à Montfaucon.. Deux panneaux d'information ont été installés le Compte rendu de réunion du comité directeur du CDS46 vendredi 14 juin 2002 à Montfaucon..
Risques L'accès et le parcours dans la cavité présentent des dangers pour des personnes non formées aux techniques spéléologiques ou non encadrées par des personnes compétentes : les risques de crue par temps pluvieux.. Dans leur rapport d'exploration de 1945, Brillot et Mouget rapportent au sujet des grandes salles dont le plafond culmine à plus de vingt mètres : . Des troncs d'arbres sont souvent coincés à plus de 4 mètres de hauteur dans le plafond de la galerie d'entrée. Des courants d'eau violents, suivis d'un ennoiement total de toute la cavité peuvent bloquer voire noyer les visiteurs ; l'épuisement et l'hypothermie dans les parties humides.. ; les chutes, par temps humide, dans la zone d'entrée ou à l'intérieur de la cavité dans une cascade.
Géologie 500px|thumb Le gouffre du Saut de la Pucelle a été creusé par le ruisseau de Rignac dans les calcaires karstifiables du JurassiqueHydrogéologie du département du Lot et des Causses du Quercy - Carte au 1/ avec fond topographique de l'IGN - Dressée par J.C. Soulé, J. Astruc et R. Vernet - Éditions BRGM.. Selon Michel Durand, il s'est formé à la limite entre l'étage du Bajocien, roche calcaire compacte présentant des diaclases et un étage marneux imperméable : le Toarcien. Au nord, l'amont du bassin versant est bordé par une faille d'orientation Est/Ouest et le horst d'Alvignac, qui montrent que la zone a été soumise à des contraintes tectoniques importantes.
Hydrologie 500px|thumb Le ruisseau du gouffre du Saut de la Pucelle fait partie du bassin collecteur de la Dordogne.
En amont du gouffre L'eau qui entre dans la perte est celle du ruisseau de Rignac, long de . qui reçoit comme affluent le ruisseau de Mordesson, long de .. Le bassin versant élémentaire du ruisseau de Rignac couvre une surface d'environ . Son point le plus haut se situe au lieu-dit Causse Nu à d'altitude, il descend au lieu-dit Darnis plus bas de avec une pente de 6,8 %123 = 422 - 299 ; 6,8 % = 123 / , mesuré sur Géoportail., puis rejoint le porche d'entrée du gouffre à avec un pente de 0,8 %0,8 % = (299 - 275) / , mesuré sur Géoportail..
Les couches imperméables du terrain n'affleurant pas dans le lit des ruisseaux, les eaux se perdent, par temps sec, bien en amont de l'entrée du gouffre et ne sont visibles à nouveau qu'après les grandes salles, à environ à l'intérieur.
Parties souterraines L'entrée du gouffre s'ouvre à l'altitude de , le point extrême exploré est localisé au , plus bas à une distance de .. Le ruisseau s'écoule par des sections de pente faible séparées par des cascades : cascade de Dante, cascade de la Nymphe… La pente générale de cette partie est de 5,6 %.
En 1953, Guy de Lavaur démontra par un coloration à la fluorescéine que les eaux perdues au gouffre du Saut de la Pucelle ainsi que celles du gouffre de Réveillon résurgent aux gouffres du Limon (commune de Meyronne) à environ .. Cette résurgence s'ouvre à d'altitude.. la pente générale dans la partie inconnue est très faible : 0,1 %Différence d'altitude siphon 2 : résurgence = 275-160-105 = ; pente = 10/ → 0,1 %..
Fonctionnement des parties noyées En 1995, l'hydrogéologue André Tarrisse a réalisé le suivi du niveau de l'eau aux résurgences du Limon. Il a remarqué que le niveau de l'eau ne variait pas alors que le débit au gouffre du Saut de la Pucelle augmentait. Cette indépendance des débits prouverait que les gouffres des Limons ne seraient que des trop-pleins du système. Les eaux ressortiraient directement dans les alluvions du lit de la Dordogne.
Débits Roger Brillot et Louis Berthod ont effectué les mesures de débit suivantes lors de l'expédition de (de l'amont vers l'aval) : en extérieur, à la : , à la : ; dans le gouffre, à l'entrée de la grande salle : , à la sortie de la Grande Salle : , plus loin : à et après : .
Les résurgences du limon ont un débit qui varie de à .
Légende Une légende raconte qu'une jeune fille fut poursuivie et s'échappa en sautant par-dessus le gouffre. Deux versions circulent. : dans sa forme traditionnelle et surnaturelle, il y a des siècles, une jeune femme vertueuse était persécutée par le seigneur voisin qui, lui, était loin d'être vertueux. Un jour, il la poursuivit à cheval alors qu'elle circulait sur sa mule. Elle s'estima perdue, mais sa mule, d'une ruade d'une de ses pattes arrière, ouvrit un gouffre béant dans la terre qu'elle franchit avec aisance avec sa cavalière. Son poursuivant disparut dans l'abîme ; dans une version plus romantique, lors de l'occupation anglaise, une orpheline nommée « Bertheline de Castelnau » retenue prisonnière s'échappa du château de Prangères. Plusieurs cavaliers se lancèrent à sa poursuite dans la nuit. Elle rencontra Bertrand de Terride, son prétendant, qui la fit monter avec lui sur son cheval. Arrivée devant le gouffre, elle fit une prière et leur monture franchit l'obstacle alors que leurs poursuivants se fracassèrent au fond de l'abîme. Dans une autre version surnaturelle, une jeune paysanne est poursuivie par le diable. Saint-Martin la sauve en ouvrant un gouffre devant elle. Elle le franchit aidée par des anges..
Description Zone d'entrée
upright=1|vignette|Le parcours d'accrobranche installé au-dessus du gouffre.
Le ruisseau de Rignac coule dans un large vallon qui se resserre en s'approchant de la perte avant de se refermer brutalement et verticalement. La route départementale 840 Cressensac-Rodez et la voie ferrée Brive-Rodez via Capdenac passent au-dessus de la zone d'entrée de la cavité.
Le porche d'entrée est, à notre époque, haut de deux mètres. Il présente sur les côtés des rainures taillées verticalement dans le calcaire. Brillot et Mouget estiment qu'elles auraient pu servir, en y glissant des madriers horizontaux, à établir une retenue d'eau pour l'irrigation ou à interdire, par une barrière, l'accès aux troupeaux. Une petite cavité, située en haut du porche, débouche au bout de deux à trois mètres en plafond de la galerie.
La galerie d'entrée, large de quatre mètres et haute de trois, s'agrandit par endroits. Au départ en direction du sud, elle se dirige ensuite vers l'ouest après un coude où se trouve une petite laisse d'eau par temps sec. Le ruisseau dépose au sol de nombreux cailloux.
Des voûtes basses à la cascade de Dante
À de l'entrée, le plafond s'abaisse. C'est le terminus ou qui a arrêté Martel en 1890. Par temps sec, ce passage ne présente maintenant plus de difficulté. Des petits bassins, peu profonds, mènent à une deuxième voûte basse baptisée passage de l'Ave Maria par Brillot et Mouget.
En restant au niveau du ruisseau, un balcon à gauche débouche dans la Grande salle orientée nord-sud, haute de , large de 15 par endroit et longue de plus de 80. À son extrémité, à de l'entrée, le plafond s'abaisse à hauteur d'homme et le ruisseau part en méandres serrés au nord-nord-ouest. Le ruisseau réapparaît, la galerie devient humide et prend les noms de rivière Calme, parties navigables jusqu'à la cascade de Dante située à environ de l'entrée.
À la sortie de la Grande Salle, un grand talus très argileux remonte à une partie fossile colmatée appelée la salle du Fond.
Galeries humides et cascades Les parties qui suivent nécessitent d'utiliser une combinaison de plongée, et des équipements de protection individuels contre les chutes.
La galerie des Gours très humide, ponctuée de bassin profonds, conduit à la cascade de la Nymphe située à de l'entrée. Elle est composée de deux chutes d'eau d'une hauteur totale d'une dizaine de mètres. Deux cents mètres de galerie spacieuse mènent à la faille des Géants longue de , dont les plafonds souvent invisibles culminent à plus de de hauteur.
De nombreuses difficultés aux noms mémorables de lac de la Cascade, Turbine, cascade du Terminus du GSC, grève de la Faim, cascade de l'Espoir, de lOgive et enfin du Découragement s'égrainent sur plus d'un kilomètre pour arriver à environ de l'entrée. Cinquante mètres plus loin, après un grand éboulis, s'ouvre le siphon Terminal.
Études et explorations Premières références et explorations vignette|Édouard-Alfred Martel : un des premiers explorateurs du gouffre. Les premiers auteurs estiment, à tort, tout comme le site Géoportail en 2015., que le ruisseau de Rignac se dirige tout droit vers la vallée de l'Alzou voisine de à vol d'oiseau vers le sud. En 1831, Jacques-Antoine Delpon décrit dans sa Statistique du département du Lot ... En 1856, l'abbé Paramelle écrit : .. En 1880, Lucante l'appelle par son nom.. En 1881, Louis Combarieu cite le .. Le , Édouard-Alfred Martel décrit la première exploration connue de cette cavité. Il suit le ruisseau sur , selon lui et s'arrête au siphon. Dans un ouvrage de 1890, il écrit : .. Il publie un plan sommaire dans Les Cévennes.. En 1892, Edward Harrison Barker, accompagné de son voisin Decros, explora la cavité. Il passa l'entrée qui était une voûte basse, admira les stalactites . Il estima avoir parcouru avant d'atteindre le siphon. Il imagina qu'il serait possible, dans un petit canot, de passer sous le rocher et prédit judicieusement que le et que .
Explorations au Les premiers explorateurs se sont arrêtés au premier siphon (ou voûte mouillante) à de l'entrée, mais, au , l'évolution des mentalités dans la société, du contexte social avec les congés payés et la réunion d'individus motivés vont faire avancer la connaissance de la cavité.
En 1923, le plongeur anglais Elliot Barton, ., probablement ce qui est nommé maintenant le (ou passage de l'Ave Maria).
1945 - 1947 : Explorations du Groupe Norbert Casteret vignette|Une échelle de corde utilisée en 1945. Après la Seconde Guerre mondiale, les membres du Groupe Norbert Casteret (GNC) de Clermont-Ferrand, notamment Roger Brillot et André Fregnale, réalisent trois campagne d'explorations : du 11 au , ils atteignent la grande marmite (à de l'entrée) ; du 4 au , le () ; du au , avec Odette Wurmser, la cascade du terminus GNC (). Un de leurs problèmes fut de lutter contre le froid lors de la traversée des nombreux passages aquatiques. Pour moins en souffrir, ils s'enduisaient régulièrement le corps avec une pommade à la capsaïcine..