L’église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Frouville, dans le Val-d'Oise (France). Elle possède un clocher roman du premier quart du , qui subsiste de la précédente église, et présente des dispositions peu communes dans la région, avec notamment des arcatures décoratives plaquées, au niveau du premier étage. Les autres parties de l'église sont gothiques, et ont été édifiées pendant trois campagnes rapprochées entre 1220 et 1240 environ. Il s'agit d'une nef non voûtée accompagnée de bas-côtés, d'un chœur de deux travées, avec un chevet à pans coupés, et d'une chapelle. La charpente lambrissée en carène renversée de la nef, avec ses sablières sculptées, et le plan de l'église, sont remarquables : en effet, elle possède une seconde abside au sud du chœur, qui est presque une copie de ce dernier, et qui n'est pas visible depuis la nef. Une restauration inadéquate de 1925 diminue son intérêt. Au cours du dernier quart du , voire au début du , l'église a été agrandie par l'adjonction d'une grande chapelle au nord du chœur, dont elle dépasse les dimensions. Ici, l'on trouve les deux seules fenêtres à remplage gothique rayonnant de l'église. Elle a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du .. Elle fait aujourd'hui partie de la paroisse de Nesles-la-Vallée, et n'accueille des messes dominicales que de temps en temps.
Localisation
L'église Saint-Martin est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Frouville, au milieu du village, un peu en retrait de la Grande-Rue (RD 151), au nord-est de la mairie-école. Elle est précédée d'un parvis, aménagé en 1896 à l'emplacement de l'ancien cimetière, déjà désaffecté à l'époque. Le cimetière occupait aussi le terrain au nord de l'église, qui sert actuellement de parking, et la croix de cimetière du se trouvait au nord-ouest de la façade. Lors de sa suppression, le niveau du sol a été abaissé, sauf autour du chevet, afin d'assurer sa stabilité.. L'élévation méridionale donne sur la cour de l'école ; l'un des bâtiments de l'école, au sud, est situé à proximité, et empêche une vue d'ensemble de l'église. Quant au chevet, il est bordé par des murs de clôture, et dominé en partie par d'autres terrains, ce qui ne met pas en valeur cette partie de l'édifice.
Historique thumb|left|Vue depuis le nord.
L'église est dédiée à saint Martin de Tours. Sous l'Ancien Régime, elle relève du doyenné de Beaumont, de l'archidiaconé de Clermont et du diocèse de Beauvais. Comme pour les autres paroisses du même diocèse dans la partie englobée à la Révolution française au département de Seine-et-Oise et au diocèse de Versailles, le collateur de la cure est l'évêque de Beauvais. La dîme appartient au prieur L'Isle-Adam.. Aucun document ne renseigne sur la construction de l'église et sur les agrandissements qu'elle connaît pendant le premier siècle de son existence. Les différentes campagnes de construction peuvent être identifiées grâce à l'analyse archéologique. La partie la plus ancienne de l'église est incontestablement le clocher, qui faisait partie d'une église romane dont l'on ignore tout. La tour semble dater du premier quart du , et sa flèche de pierre des années 1120 / 1140. Au cours des années 1220, le chœur roman est remplacé par le chœur gothique actuel. Sous une seconde campagne de construction, une abside presque analogue est bâtie dans l'angle entre chœur et clocher. C'est probablement une chapelle seigneuriale de la famille de L'Isle-Adam ; l'on sait qu'elle est sous le titre de Saint-Jacques et Saint-Philippe, et qu'elle avait un chapelain nommé par l'évêque. La nef et des deux bas-côtés sont reconstruites avant 1240. Enfin, une grande chapelle carrée est ajoutée au nord des deux travées du chœur au dernier quart du ; peut-être seulement au . La charpente de la nef est partiellement refaite au .. — En 1867, l'architecte Anatole de Baudot publie une description de l'église dans son ouvrage Églises de bourgs et villages. Son objectif n'étant pas de fournir des études archéologiques, mais des modèles théoriques d'églises rurales, et il modifie ainsi plusieurs éléments de l'église qu'il considère comme des réfections modernes, qui sont pourtant authentiques (contreforts des bas-côtés, fenêtres en arc brisé, voûtes du chœur). (Louis Régnier)..
À l'époque moderne, les bases des colonnettes du chœur sont mal refaites. L'abside méridionale est transformée en sacristie, et habillée de boiseries. Pendant la seconde moitié du , le pignon de la chapelle septentrionale est refait. En 1896, l'ancien cimetière est supprimé ; le terrain est nivellé, sauf autour des parties orientales ; et la façade occidentale est .. En 1900, des travaux sont effectués sur la flèche, qui avait été touchée par la foudre. En 1924, en accord avec la municipalité, le maire de Frouville, M. Monthiers, et sa famille, décident de construire une nouvelle sacristie et de réhabiliter l'abside méridionale (apparemment sur ses propres deniers).. Par arrêté du , l'église est inscrite aux monuments historiques. Dans la même année, les travaux de restauration de l'abside méridionale sont exécutés d'une façon très discutable, sans goût et sans soin. Les boiseries et les badigeons sont enlevés. . Dans le chœur, (L. Fort).. Ceci n'empêche pas Bernard Duhamel d'estimer les restaurations de la première moitié du . Il serait ainsi difficile de déterminer quels éléments sont authentiques, et quels autres éléments résultent d'une restauration..
Dans le cadre de la refonte des départements d'Île-de-France et de la création du département du Val-d'Oise, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966. Frouville n'est à présent plus une paroisse indépendante, et est affiliée à la paroisse de Nesles-la-Vallée. Elle regroupe un total de huit villages, les autres étant Arronville, Hédouville, Labbeville, Menouville, Vallangoujard et Valmondois. Les messes dominicales sont célébrées à Frouville à titre irrégulier.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église. thumb|Nef et bas-côtés, vue vers l'ouest. thumb|Grandes arcades du nord.
Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe de l'édifice vers le nord-est du côté du chevet, l'église répond à un plan cruciforme irrégulier. Elle se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un chœur de deux travées, dont une travée droite et une abside à pans coupés ; d'un clocher dans l'angle entre bas-côté sud et première travée du chœur ; d'une abside mérdidionale dans l'angle entre clocher et seconde travée du chœur, dont elle adopte le plan ; et d'une grande chapelle carrée au nord des deux travées du chœur. Une tourelle d'escalier se situe au sud de l'abside méridionale. La nef est recouverte d'une charpente apparente en carène renversée, et les bas-côtés sont munis de toits en appentis qui donnent des plafonds inclinés à l'intérieur. Les travées orientales sont voûtées d'ogives. L'accès s'effectue uniquement par le portail occidental.
Intérieur Nef et bas-côtés
La nef et les bas-côtés ont été bâtis à l'économique, ce qui se voit sur la forme des piliers, le profil des grandes arcades, et la taille réduite des fenêtres hautes. En plus, le voûtement n'a apparemment jamais été prévu, car des contreforts n'existent qu'au niveau du bas-côté nord, et la mouluration des grandes arcades ne laisse pas le place pour la retombée des nervures d'une potentielle voûte d'ogives. Les contraintes économiques ont entraîné des particularités, qui font en partie l'originalité de l'église de Frouville. En plus, la charpente est d'un type rare, et décorée de sculptures. Depuis la nef, on voit seulement les pannes sablières, les entraits et les poinçons, les autres éléments étant dissimulés par un lambris. Les sablières possèdent des frises sculptées en demi-relief, où l'on voit des torsades, des rinceaux, et (Louis Régnier). Ce que l'on ne voit pas, c'est que les fermes de la charpente ont des arbalétriers doubles, l'un pour supporter les pannes qui supportent les chevrons et donc la toiture, et l'autre qui correspond à la structure porteuse du lambris. C'est de cette structure que font partie les sablières sculptées. Elles remontent à la période gothique flamboyante..
Peu de place a été accordée à l'étage des fenêtres hautes, qui ne représente qu'un cinquième de la hauteur des murs gouttereaux. Les fenêtres ne sont donc que des oculi de petit diamètre, comme à Andrésy (chœur), Grisy-les-Plâtres (deux premières travées), Marly-la-Ville, Vallangoujard et de Jouy-le-Moutier (chœur). Les oculi sont ébrasés, et non décorés. Plus bas, les grandes arcades sont à deux rangs de claveaux. Le rouleau supérieur est mouluré d'un tore de chaque côté, qui se situe dans l'intrados. Fait rare au , le rouleau inférieur est simplement appareillé, et dépourvu de toute mouluration. À l'intersection entre deux arcades, les tores se touchent, ce qui donne à penser qu'aucun voûtement n'a été prévu par le maître d'œuvre des années 1220-1240, comme à Bruyères-sur-Oise et Hérouville, et dans de nombreuses églises rurales de la première période gothique. Malgré tout, les tailloirs sont débordants. Ce sont des tablettes dont l'arête inférieure est découpée en biseau. Seulement le premier et le troisième pilier intermédiaire possèdent des chapiteaux, qui sont de forme trapue, sculptés de crochets de feuillages. Le premier chapiteau du sud est le plus réussi. Les piliers porteurs de chapiteaux sont appareillés en tambour ; ils mesurent de diamètre, et ont les bases à tore aplati reposant sur des socles octogonaux. Les deux autres piliers sont rectangulaires, et mesurent sur . De façon analogue, les grandes arcades retombent sur des pilastres au droit de la façade et près du chœur. À l'est seulement, leurs tailloirs s'accompagnent d'un boudin. — En ce qui concerne les bas-côtés, ils n'appellent aucune remarque, sauf qu'ils sont éclairés par des lancettes simples en arc brisé, et que des bancs de pierre courent le long des murs. Reste à évoquer l'extrémité occidentale de la nef, où le portail et la fenêtre qui la surmonte sont d'âge incertain, tandis que l'oculus tout en haut date probablement d'origine. À l'est, l'arc triomphal appartient au chœur, et les étroites arcades en tiers-point vers la chapelle septentrionale et la base du clocher sont sans caractère.
Chœur thumb|upright|Chœur, vue vers l'est.
Le chœur appartient stylistiquement à la même époque que la nef, mais son axe dévie légèrement vers le nord, ce qui traduit généralement une interruption du chantier. Le chœur s'ouvre par l'arc triomphal, qui est n'est pas plus haut que les murs gouttereaux de la nef. Par conséquent, la hauteur du chœur est nettement moindre que celle de la nef, ce qui n'apparaît pas depuis l'extérieur, sachant que les voûtes du chœur sont comprises entre les murs gouttereaux. La largeur entre ceux-ci est de . L'arc triomphal est à double rouleau. Le rang de claveaux supérieur est mouluré d'un tore dégagé de chaque côté, et le rang de claveaux inférieur présente un méplat entre deux tores dégagés, ce qui est le profil le plus courant pour les arcades à la première période gothique. La retombée s'effectue sur deux faisceaux de trois colonnettes à chapiteaux, dont celle du milieu est plus forte que les deux autres. S'y joignent, vers l'intérieur du chœur, deux autres colonnettes : une de diamètre intermédiaire correspondant aux ogives, et une du même diamètre réduit que celles du rouleau supérieur, correspondant aux formerets..