vignette|Mémorial au square du Danemark à Jérusalem.

Le sauvetage des Juifs du Danemark eut lieu pendant l'occupation du Danemark par le Troisième Reich lors de la Seconde Guerre mondiale. Le , Adolf Hitler ordonna l'arrestation et la déportation des Juifs du Danemark. Malgré de grands risques pour leur vie, la Résistance danoise, avec l'aide de nombreux citoyens danois, parvint à faire évacuer des du pays, ainsi que non-juifs, via la mer à destination de la Suède alors neutre Leo Goldberger, The Rescue of the Danish Jews: Moral Courage Under Stress, NYU Press, 1987, préface (XX-XXI)..

Le sauvetage permit à la grande majorité de la population juive du Danemark d'éviter sa capture par les nazis. Il est considéré comme l'une des plus grandes actions de résistance collective dans les pays occupés par l'Allemagne nazie. Grâce à ce sauvetage, et à l'intercession ultérieure des Danois en faveur de 464 autres Juifs danois capturés et déportés au camp de concentration de Theresienstadt en Bohême, environ 98,5% de la population juive du Danemark survécut à l'Holocauste.

« Protectorat modèle » Le l’Allemagne nazie envahit le Danemark et la Norvège. Conscient que la réussite d’une résistance armée était impossible et souhaitant éviter les victimes civiles, le gouvernement danois se rendit après quelques escarmouches symboliques le matin de l’invasion.

Le gouvernement allemand déclara que son occupation n’était qu’une mesure contre les Alliés et qu’il n’avait aucunement l’intention de perturber l’indépendance politique du Danemark. Le gouvernement danois ayant promis une « coopération loyale » aux Allemands, l’occupation du Danemark était relativement peu sévère au début. La propagande allemande se référait même au Danemark comme étant le « protectorat modèle », lui donnant le surnom de Front Crème (en allemand : Sahnefront), en référence à la relative tranquillité de l’occupation et à l’importante quantité de produits laitiers. Le roi Christian X a conservé son trône, le gouvernement danois, le Rigsdag (parlement) et les tribunaux nationaux ont continué de fonctionner. Même la censure de la radio et la presse étaient administrées par le gouvernement danois plutôt que par les autorités civiles et militaires de l’occupant allemand.

Pendant les premières années de l’occupation, les autorités danoises ont répété à plusieurs reprises aux autorités allemandes qu’il n’y avait pas de « problème juif » au Danemark. Les Allemands ont reconnu que le débat sur la « question juive » au Danemark était un problème potentiellement explosif qui pouvait détruire la relation « modèle » entre le Danemark et l’Allemagne et qui entraînerait des conséquences politiques et économiques négatives pour l’Allemagne. De plus, le Reich s’appuyait fortement sur l’agriculture danoise, qui fournissait de la viande et du beurre à 3,6 millions d’allemands en 1942. Par conséquent, lorsque des officiels allemands à Berlin ont tenté de mettre en place des mesures anti-juives au Danemark, même des nazis idéologiquement engagés tel Werner Best, représentant du Reich au Danemark, ont adopté une stratégie évitant et différant toute discussion sur les juifs du Danemark.

A la fin de l’année 1941, lors de la visite du ministre des Affaires étrangères danois Erik Scavenius à Berlin, les autorités allemandes (y compris Hermann Göring) ont insisté pour que le Danemark choisisse de ne pas éviter son « problème juif ». Un journal danois antisémite a profité de ces déclarations pour proférer des propos calomnieux contre les Juifs du pays ; peu de temps après, des individus ont tenté de déclencher un incendie à la Grande Synagogue de Copenhague. Le gouvernement danois a réagi avec vigueur : les tribunaux ont imposé d’importantes amendes et des peines d’emprisonnement aux auteurs et aux éventuels incendiaires, ainsi que d’autres mesures administratives. La sanction des crimes antisémites par le Danemark a été interprétée par les autorités allemandes comme une indication sur les intentions danoises a l’égard de toute mesure future qui pourrait être prise par l’occupant allemand contre les Juifs danois.    

Au milieu de l’année 1943, à la suite des défaites allemandes à Stalingrad et en Afrique du Nord, les Danois ont compris que vivre sous domination allemande n’était plus une certitude à long terme, comme cela l’était en 1940. À la même période, la Résistance danoise s’affirma dans ses actions de sabotage et dans sa presse clandestine. Durant l’été, plusieurs grèves à l’échelle nationale conduisirent à des affrontements armés entre les danois et les troupes allemandes. À la suite de l’augmentation des activités de résistances et des émeutes, les autorités d’occupation allemande présentèrent au gouvernement danois un ultimatum le : elles exigèrent une interdiction de grèves, un couvre-feu et la sanction du sabotage par la peine de mort. Considérant ces termes inacceptables et violant la souveraineté nationale, le gouvernement danois déclara l’état d’urgence. Une centaine de danois furent pris en otage, parmi lesquels le Grand rabbin Max Friediger et une douzaine d’autres Juifs. En réponse, le gouvernement danois démissionna le . Le résultat fut l’administration directe du Danemark par les autorités allemandes. Cette forme directe de pouvoir signifiait la fin du « protectorat modèle », ainsi que la fin de la protection qu’avait fourni le gouvernement danois aux Juifs du pays jusqu’alors.

Ordre de déportation et sauvetage Débarrassé du gouvernement danois peu coopératif, les occupants nazis commencèrent à planifier la déportation des quelque 7 800 Juifs du Danemark vers les camps de concentration nazis. Le diplomate allemand Georg Ferdinand Duckwitz tenta sans succès d’assurer la sécurité des Juifs danois en Suède. Le gouvernement suédois dit à Duckwitz qu’il n'accepterait les Juifs danois qu'avec l’approbation des nazis, qui évidemment ignorèrent la demande. Le , Duckwitz divulga les plans de l‘opération contre les Juifs danois au président du parti social-démocrate danois, Hans Hedtoft. Hedtoft contacta le mouvement de Résistance danois ainsi que le chef de la communauté juive, C.B Henriques, qui a son tour alerta le Grand rabbin provisoire, Dr Marcus Melchior. Lors des premiers offices du matin du , veille de Roch Hachana, les Juifs furent avertis par le rabbin Melchior de l’action prévue par les nazis, leur demanda de se cacher immédiatement et de répandre l’information à tous leurs parents et amis juifs. 

Les premières phases du sauvetage furent improvisées. Lorsque les fonctionnaires danois dans différents ministères ont appris le plan allemand de rassembler tous les Juifs danois, ils ont indépendamment pris différentes mesures dans le but de trouver les Juifs et de les cacher. Certains ont simplement contacté des amis leur demandant de feuilleter les annuaires téléphoniques et d’avertir les personnes ayant un nom à consonance juive pour qu’ils se cachent. La plupart des Juifs se cachèrent durant plusieurs jours ou plusieurs semaines, incertains de leur sort. Le dimanche , on lut en chaire une lettre paroissiale dans la plupart des églises. Celle-ci commençait par dire que la persécution allait contre les Évangiles : .

Bien que la majorité des Juifs danois aient été cachés, ils auraient certainement été arrêtés si un passage vers la Suède n’avait pu être assuré en toute sécurité. La Suède avait auparavant reçu des Juifs norvégiens avec une sorte de connexion suédoise. Mais les actions pour sauver les norvégiens n’ont pas été pleinement efficaces, en raison du manque d’expérience dans la manière de traiter avec les autorités allemandes. Lorsque la loi martiale a été introduite au Danemark le , le ministère des Affaires étrangères suédois réalisa que les Juifs danois étaient en danger immédiat. Dans une lettre datée du , l’ambassadeur suédois à Copenhague a été autorisé par le Directeur juridique Gösta Engzell (qui avait représenté la Suède à la Conférence d’Evian de 1938 tenue dans le but de discuter des Juifs fuyant le régime nazi) de délivrer des passeports suédois afin de « sauver les Juifs danois et les amener ici ». Le , le gouvernement suédois a annoncé via une déclaration officielle que la Suède était prête à accepter tous les Juifs danois en Suède. C’était un message parallèle à une déclaration antérieure officieuse faites aux autorités allemandes en Norvège. Des groupes comme le club de couture d'Elseneur (en danois : Helsingør Syklub) ont aidé à transporter des Juifs en secret et en toute sécurité.

Le physicien danois Niels Bohr, dont la mère était juive, a adopté une position résolue pour ses concitoyens dans un appel personnel au roi de Suède et aux ministres du gouvernementChacune de ces sources décrit l’activité politique de Bohr au temps de l'occupation nazie..

Niels Bohr: Collected Works. The Political Arena (1934–1961), Page 14, Niels Bohr, Léon Rosenfeld, Finn Aaserud, Elsevier, 2005.

The Rescue of the Danish Jews: Moral Courage under Stress, page 10, Leo Goldberger, NYU Press, 1987.

The Destruction of the European Jews. Volume 2, page 596, Raul Hilberg, Yale University Press, 2003.

Niels Bohr's Times, in Physics, Philosophy, and Polity. page 488. Abraham Pais, Clarendon Press, Oxford, 1991

"Resistance Fighter: A Personal History of the Danish Resistance. Pages 91–93, Jørgen Kieler, Gefen Publishing House Ltd, 2001. Le roi Gustav V lui accorda une audience à la suite d'un appel convaincant de Greta Garbo, qui connaissait Bohr. Il a été sorti de Suède, le gouvernement suédois lui ayant organisé son transport immédiat pour les États-Unis afin de travailler sur le projet Manhattan. Lorsque Bohr est arrivé sur le sol suédois, les représentants du gouvernement lui ont dit qu'il devait embarquer immédiatement sur un aéronef pour les États-Unis. Bohr refusa. Il a dit aux fonctionnaires, puis au roi, que tant que la Suède n’annoncerait pas sur ses ondes et dans la presse que ses frontières sont ouvertes pour accueillir les Juifs danois, il n’irait nulle part. Bohr lui-même raconta ces évènements. Comme le rapporte l'historien Richard Rhodes, le , Bohr persuada le roi Gustaf V de Suède de rendre publique la volonté de la Suède de donner l'asile, et le la radio suédoise annonçait que la Suède était prête à recevoir les réfugiés juifs. L'historien Richard Rhodes et d'autres interprètent les actions de Bohr en Suède comme étant un précurseur nécessaire sans lequel le sauvetage de masse n'aurait pu avoir lieu. Cependant, selon Paul A. Levine, qui ne mentionne pas du tout le facteur Bohr, le ministère des Affaires étrangères suédois a donné suite à des instructions claires données beaucoup plus tôt par le Premier ministre Per Albin Hansson et le ministre des Affaires étrangères Christian Günther, suivant une politique déjà établie en 1942. Même si les efforts de Bohr en Suède étaient peut-être superflus, il fit tout ce qu'il pouvait pour ses compatriotes.

Les Juifs ont été introduits clandestinement et transportés hors du Danemark par le détroit d'Øresund du Jutland à la Suède – une durée variable selon l'itinéraire spécifique et le temps, mais la moyenne était de moins d'une heure sur la mer houleuse d'hiver. Certains ont été transportés dans de grands bateaux de pêche d'un maximum de 20 tonnes, mais d'autres ont été transportés en chaloupes ou en kayaks. Le ketch Albatros était l'un des navires utilisés pour les passages clandestins en Suède. Certains réfugiés ont été introduits clandestinement dans des wagons de marchandises sur les ferries réguliers entre le Danemark et la Suède, cette route étant adaptée aux très jeunes ou trop âgés trop faibles pour endurer un difficile passage en mer. Les agents du Mouvement de la Résistance danois sont entrés dans des wagons de marchandises vides scellés par les Allemands après inspection, ont aidé les réfugiés à y monter et les ont refermés avec des sceaux allemands falsifiés ou volés pour empêcher d'autres inspections.