L’église Sainte-Pétronille est une église de culte catholique romain, dédiée à sainte Pétronille, située dans la commune de Pregny-Chambésy, dans le canton de Genève, en Suisse.
Localisation L'église est située dans la campagne genevoise, entre le domaine du château de Tournay, la Campagne de Tournay et le domaine du château de Pregny.
Elle se trouve plus précisément au lieu-dit Château de Tournay (anciennement Monthoux), dans la localité de Pregny, dans le sous-secteur de Pregny - village, de la commune genevoise de Pregny-Chambésy, en Suisse..
L'édifice est implanté entre l'ancienne salle de classe (actuellement transformée en jardin d'enfants), le bâtiment de la cure, l'ancien hangar des pompiers, une ferme ancienne et le bâtiment de la mairie ainsi que celui de l'arrondissement administratif de l'état civil de la commune. En face de l’église, une voie historique, le chemin des chèvres, descend vers le lac Léman. Autrefois, la vue depuis l'église s'étendait sur le lac et le Mont Blanc ; cependant, cette vue est aujourd'hui obstruée par des arbres centenaires.
Pèlerinage L'église est une étape du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle se situe sur la Via Jacobi, qui relie Rorschach (SG) à Genève (GE).. À cet endroit, les pèlerins peuvent trouver une statue de Jacques de Zébédée, un carnet de passage ainsi qu'un tampon de crédencial pour leur périple vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
L'église se trouve également sur l'itinéraire « Sur les pas des huguenots », qui va de Poët-Laval (France) à Bad Karlshafen (Allemagne). Plus précisément, elle se situe sur le parcours suisse de l'étape reliant Genève Plainpalais à Versoix..
Histoire Le premier lieu de culte catholique romain de Pregny aurait été une chapelle construite au , située au centre du hameau de Pregny (). À cette époque, Pregny faisait partie du pays de Gex, une seigneurie dépendant des comtes de Genève. En , le comte de Savoie Amédée VI intègre ce territoire à ses États savoyards.
En , Claude Rup, évêque de Claudiopolis, entreprend une visite de l’évêché de Genève pour recenser les bénéfices du diocèse. Le « pouillé » de l'époque note pour Pregny : « une population de 12 feux, le revenu annuel de la paroisse est de 25 florins, le saint patron de la chapelle est sainte Pétronille et le patron de la paroisse est le Commandant du Genevois et la chapelle est dirigée par le décanat d’Aubonne »..
La Réforme En , la chapelle de Pregny devient protestante à la suite de la conquête du Pays de Gex par les Bernois et les Genevois et l'imposition de la Réforme dans la région.. Cependant, en , les Bernois, souhaitant concentrer leurs efforts sur le Pays de Vaud, rendent Pregny et les autres territoires autour de Genève à la Savoie. Toutefois, le duc Charles III de Savoie, connu pour sa ferveur catholique et son hostilité envers le protestantisme, se trouve confronté à une demande des pasteurs de ces territoires. Ces derniers lui demandent de permettre la pratique du culte protestant dans les villages sous sa domination. Le duc accède finalement à cette demande le .
L'Édit de Nantes En , le territoire passe sous occupation genevoise. Dans sa capitulation, le duc Charles III de Savoie impose un article garantissant aux habitants du bailliage le libre exercice de leur religion, comme ils en jouissaient auparavant..
Le , en France, l'Édit de Nantes promulgué par Henri IV confirme et étend les droits et sûretés accordés aux huguenots par les édits et traités précédents. Parallèlement, de profondes modifications politiques se préparent entre les cours de France et de Savoie. Genève, craignant d'être dépossédée du territoire du Pays de Gex qu’elle avait conquis et administré, entame auprès d'Henri IV d'intenses négociations pour en conserver la possession. Cependant, Henri IV finit par s'entendre avec le duc Charles-Emmanuel de Savoie et signe, le à Lyon, un traité par lequel toute la contrée située sur la rive droite du Rhône — soit la Bresse, le Bugey, le Valromey et le Pays de Gex — revient au royaume de France. Cette clause vise à écarter toute réclamation ultérieure des Genevois. Toutefois, la question religieuse suscite de graves difficultés.
Rattachement au royaume de France Comme Pregny est désormais rattaché au royaume de France depuis le , les habitants envoient une députation au roi pour solliciter le maintien du culte protestant dans leurs temples. En réponse, Henri IV s'engage à garantir aux protestants le libre exercice de leur culte, tout en imposant la « liberté de conscience ». Profitant de cette situation, de nombreux prêtres catholiques reviennent s’installer sur le territoire du pays de Gex. François de Sales, évêque de Genève, entreprend alors de récupérer pour l’Église catholique les biens et temples qui lui appartenaient avant la Réforme et réclame ainsi la restitution de tous les lieux de culte du bailliage. Après la mort d'Henri IV, la réaction catholique s'intensifie à la cour de France, et la seigneurie de Genève n’a plus la possibilité de faire valoir ses réclamations protestantes auprès de l’autorité supérieure.
En , deux commissaires, l’un catholique et l’autre réformé, sont désignés pour mettre en application l’Édit de Nantes dans le pays de Gex. Ils règlent équitablement les différends existants. Une ordonnance est rédigée le , stipulant que « la dépossession des temples, cimetières et pensions ne serait exécutoire que lorsque le roi aurait pourvu les réformés de fonds équivalents aux biens qui leur seraient enlevés ».
Cependant, sous l'influence de François de Sales auprès de la reine régente et du Conseil, un arrêt royal prescrit l’exécution directe de l’édit. En conséquence, tous les bénéfices ecclésiastiques ainsi que les temples doivent être restitués au clergé catholique. Deux nouveaux commissaires, Bénigne Milletot, conseiller au parlement de Dijon, et Pierre de Brosses, seigneur de Tournay, sont chargés de superviser cette exécution. Le et les jours suivants, Milletot et de Brosses entreprennent une tournée des paroisses du bailliage, procédant à la remise solennelle des églises et des bénéfices entre les mains de François de Sales et de son clergé.. Face à ces pertes, les protestants construisent de nouveaux temples pour remplacer les églises restituées, parvenant à en édifier dans une vingtaine de villages.
Le , le roi Louis XIV interdit l’exercice du culte réformé dans tout le bailliage du pays de Gex, à l’exception des villages de Ferney et de Sergy. Des agents du roi pénètrent alors dans presque tous les temples, brisent les bancs, murent les portes et enlèvent les cloches. Par un arrêt du , Louis XIV ordonne la démolition des temples protestants du pays de Gex. Jean d'Arenthon d'Alex, successeur de François de Sales, y supervise les destructions. Le temple de Pregny, parmi dix-neuf autres, est ainsi détruit. Le , un arrêt du Conseil royal interdit définitivement l’exercice du culte réformé dans toute l’étendue du bailliage de Gex.gauche|vignette|Gravure datant du représentant l'ancienne église de Pregny.
En , en l'absence totale de catholiques à Pregny, Jean d'Arenthon d'Alex, décide d'y fonder une cure. Deux ans plus tard, il décide de reconstruire la chapelle de Pregny sur le même emplacement que l'ancienne et la consacre le . Le , il place à Pregny le curé Louis Frémin de Meyrin, peu apprécié des protestants du bailliage, avec pour mission de convertir les familles pregnotes au catholicisme. Afin d’accélérer la reconversion, le curé Frémin fait prêcher une mission par les pères capucins durant le mois de ; les jésuites d’Ornex viennent également lui prêter main-forte. L'Édit de Fontainebleau À la suite de la révocation de l'Édit de Nantes et de la promulgation de l'Édit de Fontainebleau le , de nombreux protestants vivant à Pregny quittent le territoire pour s’installer à Genève et dans le Pays de Vaud. C’est également dans ce contexte que s’opère la restauration et la construction de plusieurs couvents locaux. Une rumeur de village, qui n'a aucune preuve historique, persiste à dire qu’il existait un de ces couvents à Chambésy-Dessous.
Révolution française Lors de la Révolution de 1789, les habitants du pays de Gex se rallient au nouveau régime de monarchie constitutionnelle le . Entre-temps, l'Assemblée nationale constituante décrète, le , la création des municipalités et, le , la convocation des assemblées des citoyens actifs pour leur composition. Le , à la suite de la demande du curé Romain Vulliet, vingt citoyens actifs se réunissent dans l’église de Pregny et proclament ensemble la constitution de la municipalité de Pregny.
L'Assemblée nationale constituante décrète également que les droits de l'État priment sur ceux de l'Église. Elle réduit le nombre de diocèses, abolit les chapitres, les abbayes, les prieurés ainsi que tous les bénéfices. Désormais, les évêques sont élus par les électeurs du département et les curés par ceux de la commune, l'élection devant se tenir à l'issue de la messe dominicale. L'Assemblée impose également à tous les curés de prêter serment de fidélité à la Constitution civile, sous peine d'être considérés comme démissionnaires et de perdre leurs revenus. À Pregny, le curé Romain Vulliet prête serment le . Toutefois, l'année suivante, la commune de Pregny adresse une requête à Monsieur Roch, vicaire cathédral, dénonçant les « sentiments contraires à l'esprit des décrets de l'Assemblée nationale » manifestés par leur curé. Le , le vicaire cathédral du département de l'Ain, accompagné du maire de Pregny, Antoine Grenier, se rend à la cure pour interroger Romain Vulliet. Ce dernier refuse de se présenter et quitte le village. Il est démis de ses fonctions le et remplacé, par élection, par Claude-François Colombe, prêtre à Saint-Claude.
Déchristianisation et Le , la Première République française est proclamée, marquant un nouveau changement de régime. Ce gouvernement mène une politique de déchristianisation, caractérisée par une série d’actions dirigées contre la religion catholique, lancées par les révolutionnaires les plus radicaux. Cette politique s’accompagne d’une tentative d’instaurer un culte civique, celui de la Raison, et aboutit, en réaction, à l'instauration du culte de l'Être suprême par la Convention le . Dans ce contexte, plusieurs églises du pays sont transformées en « Temples de la Raison ». L’Assemblée nationale ayant déclaré que « les maires et agents municipaux qui n’agiraient pas conformément aux ordonnances seraient considérés comme rebelles à la loi et dignes d’être mis en arrestation », le Conseil général de la Commune décide, le , de convertir l’église de Pregny en « Temple de la Raison ». Le suivant, un discours patriotique, évoquant le culte de l’Être suprême, est prononcé dans le temple, accompagné d’une fête civique sur la place d’armes de la Commune.
Le mois suivant, les clochers sont démolis. Pour justifier cette mesure, les autorités invoquent la nécessité de récupérer du bois sec pour les cuisines et du fer pour les communes. Les cloches sont descendues, brisées et envoyées aux fonderies pour fabriquer des canons, tandis que les cordes sont livrées aux corderies. À Pregny, cet événement se déroule le :Le curé Claude-François Colombe, chargé de desservir l'église de Pregny, refusa de prêter le serment exigé par les lois de la Révolution française, notamment le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé. En conséquence, il se retira, et, à partir de ce moment-là, aucun acte religieux ne fut célébré à Pregny.
Empire et rétablissement du culte Le coup d'État du 18 Brumaire, le , marque la fin de la Première République et l’instauration du régime du Consulat sous Napoléon Bonaparte. En , afin de pacifier le climat religieux tendu, Napoléon choisit de se réconcilier avec le pape et de signer le Concordat. Cette mesure permet de rouvrir les églises et de restaurer le culte catholique.