La Femme hydropique est un tableau du peintre Gérard Dou peint vers 1663 et considéré comme le chef-d’œuvre de l'artiste. Il est conservé au musée du Louvre.

Historique Le tableau se trouvait dans les collections du roi de Sardaigne. Charles-Emmanuel IV l'a donné en à Bertrand Clauzel, adjudant général de l'armée d'Italie. Celui-ci l'a offert au Directoire qui l'a ajouté aux collections du muséum central des arts de la République en 1799. De ce fait, c'est le premier tableau, objet d'un don, entré au musée du Louvre. Son donateur figure en première place de la liste sur la plaque visible dans la rotonde d'ApollonQui est la femme hydropique ?, article dans Sortir, supplément culturel de Télérama, 27 novembre 2019..

Le titre La Femme hydropique date du . En 2009, le tableau est intitulé Docteur examinant les urines d'une femme malade dans le Catalogue des peintures flamandes et hollandaises du musée du Louvre de Jacques Foucart.

Description Le tableau représente une scène d'intérieur : la visite d'un médecin examinant les urines d'une patiente atteinte d'une maladie grave. La femme, plutôt âgée, est étendue sur une chaise à bras. Elle est chaudement vêtue de blanc, un pied posé sur une chaufferette, pour conserver la chaleur remontant sous ses vêtements. Le visage pleinement illuminé, elle porte son regard vers la lumière de la fenêtre à croisillons. Elle est entourée d'une jeune fille éplorée à ses genoux, et d'une servante derrière elle qui lui donne une cuillerée. Le médecin, richement habillé d'une toge académique, examine un flacon d'urine dans sa main à la lumière de la même fenêtre.

Le tableau est en clair-obscur partageant la chambre, plutôt opulente, de la malade. Près de la fenêtre, se trouvent une pendule sur une étagère, un banc-coffre et un gros livre (une bible ?) sur un lutrin. De l'Œil-de-bœuf, descend une branche de vigne grimpante. Du côté obscur, se trouvent encore à demi-éclairés, le montant d'une cheminée, un candélabre en or suspendu au plafond, un riche rideau entrouvert et au sol une bassine contenant une aiguière. Dans le fond de la pièce, derrière les personnages, on aperçoit un lit à baldaquin. Les trois femmes forment un triangle anxieux, encadré par trois sphères reflétant la lumière : celle du candélabre, de la fiole d'urine et du lutrin.

A l'origine, le tableau était placé dans une boite à deux volets peints, représentant une aiguière sur une cuvette, avec un linge servant à la toilette personnelle.

Analyse C'est le tableau le plus célèbre de consultation uroscopique, une scène de genre caractéristique de la peinture baroque flamande. Au début du , La Femme hydropique continue de soulever des questions parmi les critiques, à commencer par son titre. Le terme « hydropique » renvoie à ce que l'on appelait hydropisie qui désignait en général un état caractérisé par des œdèmes généralisés, lié le plus souvent à une insuffisance cardiaque grave.

Le « diagnostic » d'hydropisie parait douteux selon la plupart des critiques, car rien n'indique que Dou aurait voulu montrer une hydropique (le titre datant du ). Les principales caractéristiques d'une hydropisie ne sont guère visibles puisque masqués par de long vêtements : manquent donc les pieds et jambes enflées, l'abdomen gonflé (ascite) . Des critiques estiment qu'il s'agirait en réalité d'une femme enceinte (par analogie avec d'autres tableaux du même genre), mais selon d'autres la femme parait plutôt âgée. Le sujet principal du tableau ne serait pas une maladie spécifique, mais la situation émotionnelle où une femme gravement malade est confrontée à une consultation d'uroscopie.

Ce tableau est considéré comme le chef-d'œuvre de Gerard Dou pour la distribution de la lumière se reflétant sur le verre, le liquide, le métal, le bois et les tissus, avec un sens minutieux du détail, un sens de la perfection qui approcherait le réalisme photographique. Cependant la peinture de genre, replacée dans son contexte, est pleine de sous-entendus et de messages cachés. Le livre sur le lutrin est-il la Bible ? Le rideau entrouvert, l'indice d'une révélation ? La pendule, la branche de vigne, le candélabre, des vanités ? L'aiguière doublement représentée (dans le tableau et sur volet de sa boite) ont été vues comme un message de pureté morale.

Dès lors, Dou aurait voulu signifier que ce n'est pas ce médecin, ni même la médecine, qui sont décisifs pour l'avenir de cette malade probablement mourante, mais bien la conduite vertueuse de sa vie lui laissant espérer une meilleure vie dans un autre monde.

Selon les uns, le sujet principal du tableau serait le médecin réalisant un mauvais diagnostic. Il est montré comme un charlatan, dans un habit et une attitude de « médecin de Molière », dont la malade se détournerait. Pour d'autres, le message serait, qu'au delà de la purification corporelle (le laxatif ou l'émétique donné à la cuillère), il y a aussi la pureté de l'âme et la piété (lecture de la Bible) pour obtenir le pardon et l'aide de Dieu. La plupart des critiques s'accordent sur le thème de l'eau purificatrice faisant écho à la fiole d'urine, autre liquide dont il faut révéler, à la lumière, les vertus et les secrets.

Postérité Dans Pierre Grassou, nouvelle des Études de mœurs : scènes de la vie parisienne de La Comédie humaine de Balzac, le peintre faussaire décrit, en le détournant, le tableau de Dou.

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Notes et références

Catégorie:Tableau de Gérard Dou Catégorie:Tableau des années 1660 Catégorie:Médecine dans la peinture Catégorie:Âtre dans la peinture Catégorie:Œuvre de Gérard Dou en Europe Catégorie:Collection de peintures néerlandaises du Louvre