Jean Marais est un acteur français, né le Il aimait s’amuser à faire sonner les chiffres de sa date de naissance « 11/12/13 » comme on épelle un compte en banque ou un code postal. Cf Gilles Durieux, Jean Marais : Biographie , Paris, Éditions Flammarion, 2005, p. 24 à Cherbourg (Manche)Dans son autobiographie, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, p. 222 , Jean Marais déclare qu’il est né à Cherbourg, près de l’ex-place Divette, dans une maison depuis détruite et, Jean-Charles Tacchella, né aussi à Cherbourg, précise dans sa préface de la biographie écrite par Gilles Durrieux, Jean Marais : Biographie, Paris, Éditions Flammarion, 2005, p. 12, que Marais est né 6, rue Groult, rue qui n’existe plus depuis, dans un endroit transformé en parking Divette. et mort le à Cannes (Alpes-Maritimes). Actif au théâtre comme au cinéma, il est aussi metteur en scène, écrivain, peintre, sculpteur et potier.
Amant de Jean Cocteau, Jean Marais est révélé au théâtre par les œuvres à succès de son pygmalion, Œdipe Roi en 1937, Les Parents terribles l'année suivante et La Machine à écrire en 1941. Le film L'Éternel Retour (1943) de Jean Delannoy, écrit par Cocteau d'après la légende de Tristan et Iseut, l'érige en icône de la jeunesse française, à la beauté éblouissante, en pleine Seconde Guerre mondiale. Le poète le dirige ensuite dans ses réalisations et scénarise Ruy Blas (1948) et La Princesse de Clèves (1961). En parallèle, Marais emporte toujours l'adhésion des critiques au théâtre, notamment dans des pièces du répertoire classique.
À partir des années 1950, redonnant vigueur au cinéma de cape et d'épée, il s'établit comme un populaire héros de films d'aventures en costumes, dans des adaptations de chefs-d'œuvre du genre, généralement sous la direction d'André Hunebelle. Il attire ainsi un large public dans Le Comte de Monte Cristo (1955), Le Bossu (1959), Le Capitan (1960), Le Capitaine Fracasse et Le Miracle des loups (1961), Les Mystères de Paris (1962) ou encore Le Masque de fer (1962). Quinze ans avant Jean-Paul Belmondo, il impressionne en réalisant la plupart de ses cascades. Il se convertit dans les années 1960 aux modernes films d'action et d'espionnage, en particulier avec la lucrative trilogie des Fantomas.
Plus tard, à l'exception de son rôle dans Peau d'âne (1970) de Jacques Demy, Jean Marais tourne moins, faute de propositions, et se consacre plutôt au théâtre, tout en devenant à Vallauris un sculpteur et potier reconnu. Il entretient également la mémoire de Jean Cocteau, bien qu'il n'en soit pas l'héritier. Il reçoit en 1993 un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrièreRemise du César d’honneur : [archive]..
Biographie Enfance et adolescence perturbées Jean Alfred Villain-Marais, selon l'extrait de l'acte de naissance /163 de la ville de Cherbourg, est le fils d'Alfred Villain-Marais (1882-1959) et d'Aline Marie Louise Vassord (1887-1973). Il dira avoir toujours considéré « Marais » comme son vrai nom, son père se faisait déjà appeler ainsi.
Le biographe de l’acteur, Sandro CassatiSandro Cassati, Jean Marais, une histoire vraie, City Éditions 2013, précise que la mère de Jean, d’origine alsacienne, fut recueillie par sa tante, Joséphine Bezon et qu'elle prit le nom d’Henriette Bezoncomme nom officiel qu’elle utilisa pour son mariage le , à Neuilly-sur-Seine. Ses parents Alfred Villain-Marais et Henriette Bezon s’installent à Cherbourg. Son père ouvre son cabinet de vétérinaireHenri-Jean Servat, Jean Marais, l'enfant terrible, Éditions Albin Michel, 1999, . Ils ont un premier garçon, Henri, qui naît le . Ils ont, en 1911, une fille qui décède deux ans après. Inconsolable de la perte de cette enfant, la mère de Jean, qui naît en 1913, le considère comme un enfant de remplacement et elle l'habille en fille jusqu’à l’âge de deux ansSandro Cassati, Jean Marais, une histoire vraie, City Éditions 2013, . En 1914, le père est envoyé sur le front de Verdun. En 1918, il revient grièvement blessé et reçoit la croix de guerre. Ses deux fils, âgés respectivement de neuf et cinq ans, ne le reconnaissent pas et l’appellent « Monsieur »Frédéric Lecomte-Dieu, Marais & Cocteau, L’abécédaire, Éditions Jourdan, collection Les Mythiques, 2013, p. 21. Henriette décide de quitter son mari sous un prétexte fallacieux et part vivre en région parisienne avec ses deux fils (Henri et Jean), sa mère et sa tante Joséphine, au VésinetEn 1920, il habitait au Vésinet 90, boulevard de Belgique (d'après « Le Vésinet », revue municipale, , décembre 1983) dans une maison en meulière (en "Molière" selon les mots de l’enfant) avec une sorte de tourelle grise, assez vaste pour y accueillir sa mère, sa tante, sa grand-mère et son frère. La maison était entourée d’un minuscule jardin planté de faux rochers. L’endroit était plutôt triste, mais pour lui c’était un véritable château ! Il allait à l'école primaire de Saint-Charles. Cf Gilles Durieux, Jean Marais : Biographie , Paris, Éditions Flammarion, 2005, . Cf Sandro Cassati, Jean Marais, une histoire vraie, City Éditions 2013, . Cf Christian Dureau, Jean Marais, l’éternelle présence, Éditions Didier Carpentier, 2010, . Cf http://histoire-vesinet.org/jean_marais.htm. Le cinéma du Vésinet porte son nom., puis à ChatouEn 1925, il habitait au 101, rue de Saint-Germain (rebaptisée en 1929 avenue du Maréchal Foch) durant 6 ans. La maison était moins laide que celle du Vésinet, mais sans cachet particulier : carrée, d’un faux style Louis XIII, entourée d’un jardin. Les adultes logeaient au étage et les deux enfants au second, sous les combles. Cf Frédéric Lecomte-Dieu, Marais & Cocteau, L’abécédaire, Éditions Jourdan, collection Les Mythiques, 2013, . Cf . Cf Christian Dureau, Jean Marais, l’éternelle présence, Éditions Didier Carpentier, 2010, Il a travaillé quelque temps à Chatou aux usines Pathé, boulevard de la République, usines détruites depuis. Cf Gilles Durieux, Jean Marais : Biographie , Paris, Éditions Flammarion, 2005, p. 32. En effet, elle craint qu’on la retrouve, qu’un divorce soit prononcé (ce qui ne fut jamais le cas) et qu’on lui retire la garde des enfantsJean Marais, Mes quatre vérités, Éditions de Paris, 1957, p. 7 (ASIN B004MQXP3W). Jean ne fréquente que très peu son père et est élevé par les femmes de sa familleBernard Spindler, Cocteau-Marais, un si joli mensonge, Éditions du Rocher, 2011, p. 31-32 .
Henriette est plusieurs fois emprisonnée car kleptomaneDans son autobiographie, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, , Jean Marais raconte comment dans sa jeunesse, il découvrit que sa mère était enfermée dans l’ancienne Prison Saint-Lazare, pour kleptomanie. Elle passait ses journées entre Cartier, Dior et Hermès pour s’emparer d’objets de valeur. Il prit alors la décision de tout faire pour la sauver de cette maladie.. Jean lui écrit alors des lettres, mais c'est sa tante Joséphine qui inscrit l'adresse sur l'enveloppe et lorsqu’il reçoit des lettres maternelles, celles-ci sont toujours décachetées afin de préserver l'enfant. Se faisant appeler MorelJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, ., la mère de Jean adopte le prénom d'Henriette, puis de Rosalie. La relation mère-fils, complexe, passionnée et intense, va se faire plus forte encore du fait de l’absence du père. Jean Marais ne le reverra que près de quarante ans plus tardDurant quarante ans, Jean Marais ne put correspondre avec son père car sa mère, possessive et autoritaire, interceptait ou falsifiait son courrier. Cependant, il réussira à revoir son père Alfred, âgé de 78 ans, à l’hôpital de Cherbourg où il mourut le , le lendemain de la visite inopinée de sa femme. Le père, qui passa sa vie à attendre un improbable retour de sa femme, collectionnait tous les articles consacrés à son fils. Cf Jean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, p. 222 et Frédéric Lecomte-Dieu, Marais & Cocteau, L’abécédaire, Éditions Jourdan, collection Les Mythiques, 2013, p. 21 ; sa mère lui avouera alors que son vrai père était en fait son parrain, présenté comme étant son oncle, Eugène HoudailleJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, .. Cette version est par la suite contredite par un ami médecin de son père, le docteur Hervé.
Très jeune, il va souvent au cinéma, entraîné par sa mère. Il tombe en admiration devant l’actrice américaine Pearl White pour ses chevauchées fantastiques et ses qualités de cascadeuse, et désire faire le même métierJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, .. Mais, lui rendant visite plus tard, il sera très déçu en apprenant par elle-même qu’elle était toujours doublée dans ses films. . Douglas Fairbanks, le Zorro du cinéma muet, et Mary Pickford, pour sa grâce juvénile, sont aussi ses stars préféréesHenri-Jean Servat, Jean Marais, l'enfant terrible, Éditions Albin Michel, 1999, ..
En 1921, Jean rejoint son frère au collège de Saint-Germain-en-Laye. Il est un élève très médiocre, sauf en récitation et en gymnastiqueJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, ., et sans doute trop durement élevé par sa mère, il devient chef de bande, bagarreur, menteur et voleur . Après de mauvaises notes et une conduite dissipée, il est renvoyé. Sa scolarité est de plus en plus chaotique. Il entre, en 1923, au collège du Petit-CondorcetJean Marais, L'inconcevable Jean Cocteau, Éditions du Rocher, 1993, où il utilise un double carnet de notes pour les falsifier. Il est ensuite interne à treize ans, en classe de sixième, à Janson-de-Sailly, avant son retour à Saint-Germain où il intercepte la lettre d’exclusion de l’établissement. Après un séjour dans un pensionnat religieux réputé pour sa sévéritéIl s’agissait de l’école Saint-Nicolas, à Buzenval (Buzenval) située dans la commune de Rueil-Malmaison. , il quitte la scolarité en classe de seconde, âgé de seize ans, pour entrer dans la vie activeJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, .. Il est caddieSandro Cassati, Jean Marais, une histoire vraie, City Éditions 2013, au golf de Bougival, apprenti chez un fabricant d’appareils de radio, puis à l’usine Pathé de Chatou. C’est dans un atelier de photographie, 27, rue du Faubourg-Montmartre, qu’il fait la connaissance d’Henri Manuel, un photographe portraitiste, qui lui donne ses premiers conseils de lecture, car Jean est alors totalement inculte. Il l’aide à réaliser ses rêves de théâtre en lui indiquant un cours d’art dramatique à Montmartre au conservatoire MaubelDans son autobiographie, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, , Jean Marais raconte comment il s'est fait recaler lors d'une audition d'admission au cours de Georges Dorival : Cf Christian Dureau, Jean Marais, l’éternelle présence, Éditions Didier Carpentier, 2010, . En 1932, il déménage encore avec sa mère pour habiter dans un deux-pièces à Paris, rue des Petits-HôtelsJean Marais, Histoires de ma vie, Éditions Albin Michel, 1975, .. Il part au service militaire âgé de dix-neuf ans.
Débuts au théâtre et au cinéma Premiers pas et rencontre avec Jean Cocteau Il démarre comme figurant en 1933 dans les films de Marcel L'Herbier. Celui-ci cependant ne lui donne jamais sa chance pour un vrai rôle, à cause de sa voix de fausset dont le volume ne répond guère à son aspect physique ni le timbre à son âgeJean Marais, Mes quatre vérités, Éditions de Paris, 1957, .
Après avoir échoué au concours d'entrée au Conservatoire d'art dramatique de Paris, en 1936, il entre comme stagiaire chez Charles Dullin, au théâtre de l'Atelier. Il y découvre les pièces classiques, où il tient des rôles de figuration durant trois ans, payé dix francs par jour, ce qui lui permet de financer ses coursHenri-Jean Servat, Jean Marais, l'enfant terrible, Éditions Albin Michel, 1999, ..
vignette|Jean Cocteau en 1937, année de sa rencontre avec Jean Marais.