L’Histoire sociale de l'Algérie française décrit les évolutions de la société en Algérie, pendant la période française. Cette période a en effet conduit à un affaiblissement des tribus, et à un développement de la propriété individuelle aux dépens du droit coutumier.

Période de conflit ouvert

Avant 1870, sur ce territoire, la seule organisation sociale était l'organisation tribale. La période de conflit a conduit à un affaiblissement des tribus du fait du conflit avec l'armée française, mais aussi de fait des conflits inter tribus. Les guerres n'ont pas causé le démantèlement tribal celui-ci ayant été causé par la politique foncière notamment en 1863 et 1873.

thumb|right|Tirailleurs algériens ou Turcos : Tambour, Officier arabe, Porte-Étendard (officier français), Soldat indigène, Cantinière, 1852

Du 14 au , commandés par le général de Bourmont débarquent à Sidi-Ferruch.

Le , la ville d'Alger passe sous administration française : le Dey capitule en sauvegardant les lois et coutumes de ses sujets.

Durant les cinq premières années Alger et ses environs, Oran, Bône et Bougie sont occupés. Les effectifs militaires n'étant pas nombreux, le commandement crée de nouveaux corps : zouaves, légion, spahis, tirailleurs, chasseurs. Dans le même temps des bureaux arabes établissent le contact avec les populations.

En 1832 deux chefs arabes, Abd el-Kader, émir de Mascara, et le bey de Constantine Ahmed Bey s'opposent à l'administration française.

En 1834, l'autorité d'Abd el-Kader est reconnue sur l'Ouest algérien, par le traité du 26 février 1834 négocié par Desmichels.

En 1835, à la suite d'un différend avec une autre tribu, Abd el-Kader reprend la lutte et écrase la colonne Trézel à la Macta (1835), le conflit reprend.

En 1837, dans le but de neutraliser Abd el-Kader, Bugeaud négocie le traité de la Tafna. Ce traité reconnaît au chef arabe l'autorité sur tout le pays, sauf les ports et les villes côtières.

Dès cette époque des spécificités apparaissent ainsi, en dans l'Algérie française, quelque temps après le Combat du Sig, les soldats noirs (tribus, Douair et Sméla) hommes et femmes, bien que considérés comme noirs, étaient considérés comme des prisonniers échangeables en tant que personnes par l'armée française, alors qu'ils étaient considérés comme des biens matériels par les combattants musulmansgallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5788852v/f49.item.r Bureaux arabes et colons, réponse au "Constitutionnel" pour faire suite aux "Lettres à M. Rouher" / par MM. Jules Duval,... Dr Auguste Warnier,... Auteur : Warnier, Auguste (1810-1875) Auteur : Duval, Jules (1813-1870) Éditeur : Challamel aîné (Paris) Date d'édition : 1869 .

Le , Abd el-Kader déclare la guerre à la France, après avoir levé une armée de plus de .

En 1840, la France nomme Bugeaud, gouverneur de l'Algérie. Il dispose de . Abd el-Kader est chassé d'Algérie en 1843, mais se rend en 1847.

Immigration mahonnaise L'immigration mahonnaise en Algérie s'est développée principalement entre 1830 et 1845 et a été favorisée par les autorités françaises dès le début de la conquête de l'Algérie par la France. Elle s'inscrit plus largement dans une immigration espagnole qui a concerné successivement les Majorquins puis les Valenciens et les Alicantais. Il s'agissait principalement d'une immigration économique induite par la misère qui régnait alors dans les îles Baléares; les mahonnais désignent stricto sensu les habitants de la ville de Mahon, capitale de l'île de Minorque. Cette population a joué un rôle déterminant dans l'agriculture et s'est rapidement intégrée à la population française principalement grâce à l'école publique. Le sort des juifs La conquête de l'Algérie est marquée en 1835 par le massacre des Juifs de Mascara par les Arabes fuyant la ville sur le point d'être prise par les Français et par le dramatique exode des survivantsValérie Assan, « L’exode des Juifs de Mascara, un épisode de la guerre entre Ald el-Kader et la France », Archives juives 2005/2, no 382, .

Évolution du statut des Juifs thumb|right|Adolphe Crémieux. En 1830, à la suite de la colonisation française de l’Algérie, les Israélites sont libérés du statut de dhimmis : ils reçoivent dans un premier temps l’égalité des droits avec les « indigènes » musulmans, en application de l’acte de capitulation passé entre le général de Bourmont et le Dey d’Alger, qui garantit le respect de toutes les religions. Aussi, dès que les premières écoles françaises sont ouvertes, en 1831, les Juifs y envoient leurs enfants. Ils renoncent rapidement ensuite à leurs tribunaux religieux, à la différence des musulmans, pour se soumettre aux tribunaux français de droit commun, appliquant le droit mosaïque (avec l’expertise d’un rabbin).

Le pouvoir français, sous les règnes de Louis-Philippe et , constatant cette volonté des indigènes juifs de se rapprocher de la France, dont les élites adoptent rapidement la langue, préparent alors l’accession des Juifs à la citoyenneté française, c’est-à-dire à l’égalité complète. L’État accorde en 1865 par décret impérial du la citoyenneté aux indigènes juifs et musulmans qui la désirent, et en acceptent les obligations (abandon du statut personnel et service militaire comme les autres citoyens). Mais peu effectuent les démarches. Ni les juifs ni les musulmans ne veulent renoncer à leur statut religieux et l'État consulte les autorités religieuses juives pour connaître leur réaction en cas de naturalisation collective. Après réflexion, ces autorités acceptent la naturalisation collective qui intervient le et qui est connue sous le nom de décret Crémieux.

Démographie Lorsque les Français débarquent en Algérie, de à Juifs y vivent sur une population totale de de personnes. Ils sont pour 80 % d’entre eux citadins alors que la population musulmane ne l’est qu’à 5 %.. vivent à Alger où ils représentent 20 % de la population. Ils sont à Constantine, à Oran., et à Tlemcen. name="Kateb" On retrouve aussi de petites communautés vivant dans les oasis du sud, Juifs du Mzab et de Laghouat ainsi que quelques groupes de Juifs vivant sous tente et nomadisant comme les musulmans dans la région de Souk Ahras. À partir des années 1840, un phénomène de migration des Juifs de Tunisie et du Maroc, dont des Tétouanais apparaît, alimenté par changements politiques en Algérie. Témoignage de l'impact démographique de ces migrations, on compte en 1902, sur 1176 décès de Juifs en Algérie, 153 ressortissants étrangers, principalement Marocains et Tunisiens.

Sur le plan économique, la plupart des Juifs continuent d'exercer leur artisanat traditionnel. Ils sont tailleurs, brodeurs, horlogers, chaudronniers, tisserands ou orfèvres. Mais une petite minorité réussit dans le commerce de gros et assimile rapidement la culture française.

Les années 1840

Au cours de années 1840, des ordonnances d'importances furent prises, sous l'influence d'une commission extraparlementaire, notamment .: ordonnance du sur l'organisation de la justice en Algérie ordonnance du pour l'exécution en Algérie du code de procédures civiles ordonnance du pour la propriété en Algérie ordonnance du pour la concession des terres et forêts en Algérie ordonnance du pour le séquestre

Second Empire (1852-1870) : la privatisation des terres

Sous le Second Empire, les indigènes transportent leur récolte, grains, fruits ou légumes à dos de mulet, à dos d'âne, ou à dos de chameau, sans que ce transport n'affecte de manière significative le prix des denrées produites au lointain .

L’état social des Arabes est organisé sur la forme d'un communisme basé sur la division des classes . La propriété individuelle n'existe pas: Les terres arch sont une indivision dans la tribu, les terres melk sont une indivision dans la famille. Le douar est une unité administrative ressemblant à une commune. Il se forme par la réunion de plusieurs familles. La tribu est constituée par la réunion de plusieurs douars. Les terres d'un douar sont d'une part des terres de parcours d’un usage absolument commun, et d'autre part des terres de culture. Ces terres sont réparties annuellement par le caïd avec la djemaa. La répartition est proportionnelle au nombre de charme, c'est-à-dire au nombre de bœufs, au nombre de charrues. Les personnes possédant des attelages sont dénommées fellahs et forme une sorte de classe moyenne. Les classes supérieures sont une aristocratie de chefs religieux et militaires, de grandes familles, de cavaliers. Les classes inférieures se composent des khammès ou khammas. Ce sont des fermiers au service des fellahs.

1852-1853 De 1852 à 1858, la représentation algérienne au Parlement est supprimée par le régime militaire mis en place par Napoléon III.

Les autochtones sont cantonnés par le gouverneur général Randon. Les colons sont alors hostiles au contrôle de l'armée considéré comme trop favorable aux musulmans. Du fait de cette hostilité, en 1858, le gouvernement général est supprimé pour être remplacé par un ministère de l'Algérie et des Colonies, siégeant à Paris. Le prince Napoléon est le ministre en 1858 puis Chasseloup-Laubat en 1859.

En 1853, les Décrets impériaux de 1853 sur le coton ont pour effet, en deux ans seulement, le passage du nombre de planteurs de coton français en Algérie de 109 à environ 1417, soit quatorze fois plus. La production est parallèlement multipliée par vingt et se concentre dans la région d'Oran, avec défrichements, plantations, cultures, et créations de nouvelles exploitations. Situation en 1854

En 1854, les bureaux arabes permettent l’administration et le gouvernement des tribus. Les indigènes sont soumis à une obéissance immédiate ou un châtiment certain. Chaque chef indigène, cheïck, caïd, aga ou khalifah devient un rouage de l'État responsable de la police des tribus. La population indigène est alors estimée à . En Kabylie en , des indigènes mettent le feu aux broussailles pour libérer un terrain pour leur troupeau.

En 1854, deux millions d'hectolitres de grains ont été produits, un sixième par les colons, et les cinq sixièmes restants par les indigènes. Cette même année, la population indigène est redevable d'un impôt de deux francs par hectare cultivé en plus de l’impôt des troupeaux.

1855-1870 thumb|right|École arabe d'Alger, circa 1856-1858

En 1860, Napoléon III est séduit par les autochtones et renonce à la colonisation et pour promouvoir l'idée du « royaume arabe », qu'il souhaite élever au niveau de la métropole (lettre à Pélissier de 1863). Pour cela, le gouvernement général et le régime militaire sont rétablis (Pélissier, 1863-1864, et Mac-Mahon, 1864-1870).

En 1863, le sénatus-consulte permet aux douars d'être propriétaire de leurs terresApologie pour l'insurrection algérienne.

Le sénatus-consulte de 1863 est, en effet, la machine de guerre la plus efficace qu’on ait pu imaginer contre l’état social indigène et l’instrument le plus puissant et le plus fécond qui ait pu être mis aux mains de nos colons. Grâce à lui, nos idées et nos mœurs s’infiltreront peu à peu dans les mœurs indigènes, réfractaires à notre civilisation, et l’immense domaine algérien, à peu près fermé jusqu’ici, en dépit des saisies domaniales, s’ouvrira devant nos pionniers

Dans la culture tribale la terre n'a pas de statut marchand, le statut marchand de la terre ayant été inventé par le système capitaliste.

Selon M’Hamed Boukhobza, ceci a conduit à une évolution culturelle : 67 % de la population étaient nomades en 1830 contre seulement 2 % en 1870. Ceci a donc perturbé l'économie nomade en perturbant le pastoralisme nomade.

Dans un premier temps, cette politique conduite à une moindre colonisation européenne (seulement nouveaux colons arrivent entre 1860 et 1870) mais profite à la grande colonisation capitaliste. Ainsi, dès 1853, la compagnie genevoise, possède hectares autour de Sétif.