La poursuite du Goeben et Breslau fut une action navale qui s’est produite en mer Méditerranée au déclenchement de la Première Guerre mondiale lorsque des éléments de la flotte britannique en Méditerranée tentèrent d'intercepter la allemande composée du croiseur de bataille et du croiseur léger . Les navires allemands échappèrent à la flotte britannique et franchirent le détroit des Dardanelles pour atteindre Constantinople, où ils furent finalement remis à l'Empire ottoman. Rebaptisé Yavuz Sultan Selim, l’ancien Gœben fut commandé par son capitaine allemand pour attaquer les positions russes, poussant ainsi l'Empire ottoman dans la guerre du côté des empires centraux.

Bataille sans effusion de sang, l'échec de la poursuite britannique eut d'énormes conséquences politiques et militaires. À court terme, cela mit fin à la carrière des deux amiraux britanniques chargés de la poursuite. Plusieurs années plus tard, Winston Churchill, qui avait été premier Lord de l'Amirauté, écrivit son opinion qu'en forçant la Turquie à entrer dans la guerre, le Goeben avait apporté ..

Prélude Dépêchée en 1912, la Mittelmeerdivision de la Kaiserliche Marine (Marine impériale), comprenait seulement le Goeben et Breslau, sous le commandement du contre-amiral Wilhelm Souchon. En cas de guerre, le rôle de l'escadre était d'intercepter les transports de troupes français amenant des troupes coloniales d'Algérie en France.

Lorsque la guerre éclata entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie le , Souchon était à Pola en Adriatique, les chaudières du Goeben étaient en train d’être réparées. Ne voulant pas être pris au piège dans l'Adriatique, Souchon se précipita pour terminer autant de travail que possible, et conduisit ses navires dans la Méditerranée avant que toutes les réparations ne fussent achevées. Le , il atteignit Brindisi, mais les autorités portuaires italiennes trouvèrent des prétextes pour éviter de charbonner le navire. En effet, le gouvernement italien avait décidé de rester neutre. Le Goeben fut rejoint par le Breslau à Tarente et la petite escadre embarqua pour Messine où Souchon put obtenir de charbon de navires marchands allemands.

right|thumb|Routes suivies par les combattants.

Pendant ce temps, le , Winston Churchill, le premier Lord de l'Amirauté, avait chargé le commandant de la flotte britannique en Méditerranée, l'amiral Sir Archibald Berkeley Milne, de protéger les transports de troupes français emmenant le XIX Corps d'Afrique du Nord en France, à travers la Méditerranée. La flotte britannique en Méditerranée basée à Malte comprenait trois croiseurs de bataille, rapides et modernes (les , , et ), ainsi que quatre croiseurs cuirassés, quatre croiseurs légers et une flottille de 14 destroyers.

Les instructions de Milne étaient « d’aider les Français dans leur transport de leur armée d'Afrique en couvrant, et si possible, engager les navires rapides allemands, en particulier le Goeben, qui pouvait interférer dans ce mouvement. Qu’[il] ser[ait] avisé par télégraphe lorsqu’[il] pourr[ait] consulter l'amiral français. À ce stade, de ne pas engager d'action contre des forces supérieures, sauf en combinaison avec les Français, dans le cadre d'une bataille générale. La vitesse de [se]s escadres était suffisante pour [lui] permettre de choisir le moment. [Ils] dev[aient] espérer renforcer la Méditerranée, et qu’[il] dev[ait] économiser [ses] forces dès le départ. ».. Les ordres de Churchill ne précisaient pas explicitement ce qu'il entendait par « forces supérieures ». Il affirma plus tard qu'il faisait allusion à « la flotte autrichienne et de ses cuirassés dont il n’était pas souhaitable que [les] trois croiseurs de bataille [britanniques] fussent engagés sans le soutien d’un cuirassé »..

Milne rassembla sa force à Malte le . Le , il reçut des instructions pour prendre en filature le Goeben avec deux croiseurs de bataille tout en maintenant une veille sur l'Adriatique, susceptible de connaitre une sortie des Autrichiens. L’Indomitable, l’Indefatigable, cinq croiseurs et huit destroyers commandés par le contre-amiral Ernest Troubridge furent envoyés pour couvrir l'Adriatique. Le Goeben était déjà parti, mais fut aperçu le même jour à Tarente par le consul britannique, qui informa Londres. Craignant que les navires allemands ne pussent essayer de s’échapper vers l'Atlantique, l'Amirauté ordonna que l’Indomitable et l’Indefatigable soit envoyés à l'ouest vers Gibraltar, citant .. L’autre tâche de Milne, à savoir protéger les navires français fut compliquée par l'absence de communications directes avec la marine française, qui avait entretemps reporté la traversée des transports de troupes. Le croiseur léger fut envoyé pour rechercher le Goeben dans le détroit de Messine. Cependant, à ce moment-là, dans la matinée du , Souchon avait quitté Messine, cap à l’ouest.

Premier contact thumb|right|300px|Le croiseur léger allemand .

Sans ordres spécifiques, Souchon avait décidé de placer ses navires au large des côtes africaines, prêts à combattre lorsque les hostilités commenceraient afin d'attaquer les navires de transport français, qui se dirigeaient vers les ports provençaux. Il avait prévu de bombarder les ports d’embarquement de Bône et de Philippeville en Algérie française. Le Goeben se dirigea vers Philippeville, tandis que le Breslau fut détaché pour faire face à Bône.

Le à 18 h, alors qu’il naviguait vers l'ouest, il reçut l’information que l'Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Puis, tôt le , Souchon reçut des ordres de l'amiral Alfred von Tirpitz : « Alliance avec le gouvernement du Parti Union et Progrès conclue le . Mettez immédiatement le cap sur Constantinople ». Si près de ses objectifs, Souchon ignora l'ordre et accéléra, battant pavillon russe lors de son approche, et pour échapper à la détection, il bombarda la côte à l'aube avant de retourner à Messine pour se réapprovisionner en charbon..

En vertu d'un accord d’avant-guerre avec la Grande-Bretagne, la France était en mesure de concentrer toute sa flotte en Méditerranée, laissant la Royal Navy assurer la sécurité de la côte atlantique française. Trois escadres de la flotte française couvraient les transports de troupe. Cependant, supposant que le Goeben continuerait cap à l’ouest vers Gibraltar, le commandant français, l'amiral de Lapeyrère, envoya le "Groupe A" de sa flotte à l'ouest afin de prendre contact, mais nous savons maintenant que Souchon avait, à ce moment-là, mis le cap à l’est et pouvant ainsi s’échapper.

Le à 09 h 30, Souchon prit contact avec les deux croiseurs de bataille britanniques, l’Indomitable et l’Indefatigable, qui croisèrent les navires allemands allant dans la direction opposée. La Grande-Bretagne n’avait à ce moment pas encore déclaré la guerre à l'Allemagne (la déclaration ne serait faite que plus tard ce jour-là, après le début de l'invasion allemande de la Belgique neutre). Les Britanniques commencèrent à suivre le Goeben et le Breslau, mais furent rapidement dépassés par les Allemands. Milne rapporta le contact et la position, mais négligea d'informer l'Amirauté que les navires allemands se dirigeaient à l'est. Churchill s’attendait donc encore à ce qu’ils menaçassent les transports français et autorisa Milne à engager les navires allemands s’ils attaquaient. Toutefois, une réunion du Cabinet britannique décida que les hostilités ne pouvaient pas commencer avant une déclaration de guerre, et à 14 h Churchill fut obligé d'annuler son ordre d'attaque..

Poursuite thumb|right|Le .

La vitesse nominale de Goeben était de () mais ses chaudières endommagées le limitaient à () et cela n'était possible qu’en poussant les hommes et les machines à leurs limites ; quatre chargeurs de chaudières furent tués par des brûlures de vapeur. Heureusement pour Souchon, les deux croiseurs britanniques souffraient également de problèmes avec leurs chaudières et étaient incapables de suivre le rythme du Goeben. Le croiseur léger maintint le contact, tandis que l’Indomitable et l’Indefatigable accumulaient du retard. Dans le brouillard et la lumière déclinante, le Dublin perdit le contact au large du cap San Vito sur la côte nord de la Sicile à 19 h 37. Le Goeben et le Breslau retournèrent à Messine le lendemain matin ; à ce moment-là la Grande-Bretagne et l'Allemagne étaient en guerre.

L'Amirauté ordonna à Milne de respecter la neutralité italienne et de rester à une distance de () de la côte italienne, qui interdisait l'entrée du passage du détroit de Messine. En conséquence, Milne posta des gardes aux sorties du détroit. S’attendant encore que Souchon s’attaque aux transports et passe dans l'Atlantique, il plaça deux croiseurs de bataille, l’Inflexible et l’Indefatigable pour couvrir la sortie nord (qui donnait accès à la Méditerranée occidentale), tandis que la sortie sud du détroit était couverte par un seul croiseur léger, le . Milne envoya l’Indomitable à l’ouest pour charbonner à Bizerte, au lieu du sud vers MalteMassie. Castles of Steel, ..

Pour Souchon, Messine n’était pas un abri. Les autorités italiennes insistèrent pour qu’il parte dans les et retardèrent la fourniture de charbon. Ravitailler ses navires nécessitait d’ouvrir le pont des bateaux marchands à vapeur allemands dans les ports et de pelleter manuellement leur charbon dans ses soutes. Dans la soirée du , malgré l'aide de issus des équipages des marchands, il n’avait chargé que , ce qui était insuffisant pour atteindre Constantinople. D'autres messages de Tirpitz rendirent sa situation encore plus désastreuse. Il fut informé que l'Autriche n’apporterait aucune aide navale en Méditerranée et que l'Empire ottoman était encore neutre et par conséquent, il ne devrait plus faire route vers Constantinople. Face à l'alternative de chercher refuge à Pola, et probablement d’y rester coincé pour le reste de la guerre, Souchon choisit de se diriger vers Constantinople de toute façon, son but était .

Milne fut chargé le de continuer à surveiller la mer Adriatique à la recherche de signes de la flotte autrichienne et afin d’empêcher que des navires allemands les rejoignissent. Il choisit de garder ses croiseurs de bataille à l'ouest, envoyant le Dublin rejoindre l'escadre de croiseurs de Troubridge dans l'Adriatique, qui, selon lui, devait être en mesure d'intercepter le Goeben et le Breslau. Troubridge reçut pour instruction , un avertissement contre un engagement contre la flotte autrichienne. Lorsque le Goeben et le Breslau entrèrent en Méditerranée orientale le , ils étaient attendus par le Gloucester, qui, étant surpassé sur le plan de la puissance de feu, commença à suivre les navires allemands..