Chronologie de l'économie Années 1970 - Années 1980 - Années 1990

Événements 1979-1982 : récession du début des années 1980 dite « récession à double creux » (double dip). 1980 : début de la guerre Iran-Irak. La fermeture du Chatt-el Arab entraîne l’impossibilité pour l’Irak d’exporter son pétrole. On craint un troisième choc pétrolier. Le prix du baril atteint un moment 42 dollars. Mais grâce à la hausse de la production hors de l’OPEP et à celle de l’Arabie saoudite, le prix du baril de brut retombe à 34 dollars en octobre 1981. Les pays consommateurs commencent à réduire leurs stocks. 1982-1986 : contre-choc pétrolier. La demande de pétrole s’essouffle. La crise économique engendrée par la hausse des taux d’intérêt nécessaire pour juguler l’inflation réduit le pouvoir d’achat des pays consommateurs. Les prix élevés du brut rendent rentable les projets d’exploitation jusqu’alors délaissés. Le désir d’échapper à la domination de l’OPEP favorise l’exploitation du charbon, l’essor du gaz naturel et la construction de centrales nucléaires. Les politiques d’économie d’énergie améliorent les rendements énergétiques (baisse de la consommation des automobiles). L’OPEP doit diminuer sa production. En 1983, obligé de suivre le marché, elle baisse le prix du brut pour la première fois (de 34 à le baril). : signature des accords du Plaza à New York entre les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne de l’Ouest et le Japon, pour une gestion concertée des taux de change afin de faire baisser le dollar. 1985 : reflux des prix du brut. L’Arabie saoudite, ulcérée de voir grignoter ses parts de marché par les autres membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole qui ne respectent pas leurs quotas, change de politique : elle abandonne le soutien des prix et se préoccupe désormais des volumes de production, grâce à la signature de contrats qui garantissent aux raffineurs un montant donné par baril, la part du royaume wahhabite variant en fonction du prix. En quelques mois, le prix du West Texas Intermediate chute de 31,75 à le baril. Les États producteurs essuient de lourdes pertes financières. Les États-Unis s’inquiètent de ce que les cours trop bas découragent la prospection sur leur sol, et les contraint à dépendre davantage des importations, ce qui affaiblit leur sécurité face à l’Union soviétique, exportatrice. Un prix voisin de (au lieu des officiels) semble équitable. L'OPEP abandonne la stratégie des parts de marché et revient aux quotas. À la fin de 1986, les conséquences du deuxième choc pétrolier sont effacées ; les consommateurs récupèrent, par la baisse des prix nominaux et plus encore réel (baisse du cours du dollar), une partie de ce qu’ils avaient dû verser à l’OPEP lors des hausses précédentes. La croissance économique en est stimulée. : les pays du « G6 » (le G7, moins l’Italie) signent à Paris les accords du Louvre, destinés à enrayer la baisse du dollar US et à stabiliser les taux de change. : krach des marchés de taux d’intérêt et d’actions, dit parfois « lundi noir ». Le Dow Jones, indice de la Bourse de New York, chute de 508 points, soit 22,6 % en une journée. Ruée sur le dollar, panique des actionnaires. Afrique Les plans d’ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI se répandent dans tous les pays africains, provoquant des licenciements et des réductions de salaire, la hausse des prix, la réduction massive de l’offre scolaire, la détérioration des systèmes de santé et des conditions d’existence. Entre 1980 et 2005, les investissements directs étrangers en Afrique représentent 2 % du total mondial (30 % pour l’Asie). 1982-1989 : le Nigeria subit une grave crise économique et financière due au ralentissement des exportations de pétrole (chômage, inflation…). 1983 : les pays africains commercent très peu entre eux (3,4 % des exportations, 3 % des importations) et restent profondément dépendants des pays capitalistes occidentaux (83,3 % des exportations, 74,2 % des importations), en particulier l’Europe occidentale (60,9 % des exportations, 55,9 % des importations). 1984-1985 : famine en Éthiopie et au Sahel. 1989-1992 : réduction significative du trafic d’arme officiel en direction de l’Afrique, dont la valeur totale passe de millions de dollars (1985-1988) à millions (1989-1992). En Égypte, les écarts sociaux se creusent : 5 % des ménages urbains détiennent 55 % du revenu national au début des années 1980.

Asie 1981 : la balance commerciale du Japon n’est plus déficitaire. Le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad a proposé la politique « Regarder vers l'Est », ce qui implique d'apprendre de l'exemple du Japon. 1985 : fondation à Dacca de la SAARC (South Asian Association for Regional Cooperation). la production de grain en Corée du Nord, croissante jusqu’en 1985, ce qui a permis d’assurer l’autosuffisance alimentaire du pays, plafonne, puis décline, d’abord à cause d’une crise structurelle interne. 1985-1990 : Plan en Inde. Il insiste sur la nécessité de dégager des ressources nouvelles issues de l’élargissement de l’assiette fiscale, d’un développement du secteur privé et d’une réforme du secteur public. 1986, Vietnam : le secrétaire général du Parti communiste vietnamien Nguyen Van Linh lance le dôi mói, programme de réformes économiques visant à supprimer le système de planification centralisée et à encourager l’entreprise privée (ainsi que les investissements étrangers). Le dôi mói se concrétise réellement à partir de 1989 et le gouvernement y engage toutes ses forces. Le dôi mói (« rénovation ») s’attaque à la mauvaise gestion, aux excès de la centralisation, aux gaspillages, à la corruption ; les gérants des entreprises d’État se voient octroyer plus d’autonomie face aux chefs locaux du parti ; de petits ateliers et des commerces privés sont autorisés ; des zones franches accueillent les investissements étrangers. 1988 : Chine : retour de l’inflation (plus de 20 %) due à la libéralisation des prix, mesure préconisée par Deng Xiaoping en 1985. Le pouvoir de Zhao Ziyang s’en trouve affaibli, même s’il était hostile à la réforme. 1988-1989 : augmentation des salaires des travailleurs sud-coréens de 14 % en 1988 et 17 % en 1989. L’industrie chinoise est encore dans les années 1980 aux mains d’entreprises d’État, au personnel pléthorique, soumise à une planification centrale. Le système de prix fixés par l’État entrave les décisions des gestionnaires, la limitation de la concurrence limite la productivité. Les usines sont petites, peu spécialisées et peu rentables, et se maintiennent grâce à la protection des autorités locales et aux subventions de l’État, qui veut éviter par la privatisation l’arrivée d’une masse de chômeurs dangereuse pour la stabilité du régime. À côté de ces mastodontes publics à l’abri de la faillite, le pouvoir encourage la création d’entreprises coopératives et privées qui peuvent faire appel à des capitaux étrangers. Des « zones économiques spéciales » sont ouvertes, surtout en Chine du Sud, à un capitalisme archaïque de style . La Chine attire par ses bas salaires, sa stabilité sociale et politique, la qualité de sa main-d’œuvre. Elle produit des articles manufacturés bon marché qui s’exportent vers les États-Unis, l’Europe et le Japon. Cet essor lui permet de maintenir des taux de croissance de l’ordre de 10 % par an. Cette forte croissance économique accroît cependant les inégalités régionales, les disparités sociales, la corruption, la pollution, l’inflation… Le Liban traverse une période de désorganisation économique totale. Le pays est devenu un grand producteur de drogues dont les revenus financent les milices.

Amérique Les pays d’Amérique latine connaissent une crise de la dette liée à la hausse des taux d’intérêt pratiquée par l’administration Reagan aux États-Unis puis dans le monde entier et à la récession des années 1981-1982 qui a réduit considérablement la demande de matières premières de la part des pays industrialisés.. Entre 1982 et 1988, les monnaies latino-américaines se déprécient de 23 % en moyenne. : le Mexique se déclare en état de cessation de paiements. L’augmentation rapide de la dette extérieure et la baisse du prix du pétrole plongent le Mexique dans de graves problèmes financiers. La situation financière est critique. Le pays, endetté de plus de 80 milliards de dollars, se déclare incapable de rembourser ses créanciers. Il demande des prêts aux gouvernements étrangers, un moratoire pour le remboursement du capital aux banques commerciales et un rééchelonnement de sa dette. La méfiance s’étend rapidement au Brésil, à l’Argentine et aux autres pays latino-américains, tous fortement endettés, ainsi qu’au continent africain. Les banques, échaudés par les risques qu’elles avaient pris antérieurement, refusent d’accorder de nouveau crédits ou de renouveler les anciens. Dans la crise mexicaine, les gouvernements étrangers (États-Unis), le FMI et les grandes banques commerciales s’efforcent d’abord de maintenir ouvert les robinets du crédit et de faire pression sur les banques de taille inférieure pour qu’elle agissent de même. Une politique de « prêts concertés » contraint les banques à fournir de nouveaux crédits proportionnellement à leurs prêts antérieurs. La dette est rééchelonnée, passant du court terme au long terme. Le Mexique parvient à réduire ses dépenses publiques de 20 % entre 1982 et 1986. Entre 1983 et 1995, près de entreprises publiques sont mises aux enchères au Mexique (87 % des entreprises publiques), rapportant plus de 38 milliards de dollars à l’État, dont les banques Bancomer et Banamex vendues respectivement 2,5 et 2,3 milliards de dollars. 1982-1986 : le Venezuela réduit ses dépenses publiques de 20 % entre 1982 et 1986. 1983 : la dette extérieure de l’Uruguay a doublé depuis 1972. 1985-1989 : plan austral argentin : gel général des prix et des salaires, fixité du taux de change. Pour lutter contre l’inflation, le peso cède la place à l’austral, avec une dévaluation de 40 %. L’inflation passe de 350 % au premier semestre à 20 % au second. Dès avril 1986, le gouvernement annonce que certains prix et salaires seraient ajustés et le plan perd sa crédibilité. La réduction de l’inflation est de courte durée, et en 1989 le pays est plongé de nouveau dans une situation désastreuse. 1985-1986 : programme de stabilisation économique en Bolivie. Le déficit budgétaire est brutalement réduit, ce qui fait tomber l’inflation de  % en 1985 à 11 % en 1987, sans restaurer cependant une solide croissance. 1985 : au Pérou, le président Alan García lance un programme économique consistant en une relance de la consommation par des augmentations de salaires, un gel des prix et une dévaluation de 12 %. Les remboursements des intérêts de la dette sont strictement limités. L’inflation est momentanément contrôlée et le Pérou connaît des taux de croissance de 9,5 % en 1986 et 6,9 % en 1987, avant que l’ampleur du déficit fiscal ne provoque une hausse de l’inflation. les États-Unis lancent le plan Baker pour résoudre la crise de la dette qui reprend les prescriptions habituelles du FMI concernant l’ajustement et ajoutant que les meilleurs élèves seraient récompensés par de nouveaux prêts des banques privées et par des financements de la Banque interaméricaine de développement (BID) et de la Banque mondiale. Le plan n’aborde pas la dimension politique du problème (responsabilité des États-Unis qui maintiennent des taux d’intérêt élevés). Ce plan n’aura que peu de retombées.