Le Secours rouge international (SRI) est une organisation créée en 1922 à Moscou à l’initiative de la Internationale afin de porter secours aux réfugiés communistes.
Le SRI s'organise en sections nationales un peu partout en Europe. Ainsi de 1923 à 1937, existent en France, en Allemagne, en Belgique, en Suisse et dans de nombreux autres pays, des sections spécifiques. Il se dissout peu avant la Seconde Guerre mondiale..
Plusieurs mouvements émergent à nouveau en Europe, dans les années 1970, avec comme objectif le soutien aux activistes politiques d’extrême gauche.
Histoire du Secours rouge international Ancêtre du SRI, le « Secours ouvrier international » thumb|Carte postale de soutien du Secours ouvrier international, vers 1930. Le Secours Ouvrier International (SOI)En allemand . est créé en , un an avant le SRI, à l’époque de la grande famine dans les républiques qui vont former l'URSS. Son fondateur est Willi Münzenberg, proche de Lénine, de retour d’un voyage en RussieAlain Dugrand & Frédéric Laurent, , dans Willi MÜnzenberg, artiste en révolution (1889-1940), Fayard, 2008 ., futur député communiste d’Allemagne, lié aux milieux de l’avant-garde artistique. C’est l’époque du vote du Komintern en faveur de la politique de front unique et de l'adoption de la NEP en Russie.
Le SOI rassemble Willi Münzenberg, op. cit., . parrainée par des personnalités du monde entier : Albert Einstein, Käthe Kollwitz, George Grosz, Anatole France, Henri Barbusse, George Bernard Shaw, Martin Andersen Nexø Il envoie des bateaux de vivres pour lutter contre la famine en URSS et installe toutes sortes d’usines en URSS, bâtit des immeubles, répare les anciens.
Après 1924Willi Münzenberg, op. cit., . et la stabilisation économique en URSS, le SOI se réoriente dans l'organisation de collectes pour soutenir les grévistes, accueillir les enfants des grévistes, comme dans le Borinage dont des enfants sont envoyés dans des familles ouvrières françaises et allemandes pendant la durée de la grève.
Le Secours ouvrier international coexiste jusqu'au milieu des années 1930 avec le Secours rouge international. Concurrencé par celui-ci, il est dissous en 1935Axelle Brodier, Le Secours populaire français 1945-2000. Du communisme à l'humanitaire, Les presses Sciences Po, Paris, 2006. Voir : . ..
Fondation en 1922 thumb|Timbre-poste émis en 1932 en URSS pour le anniversaire de la création du Secours rouge international. Créé le à Moscou à l'initiative de la Société des vieux bolcheviks, le Secours rouge international, association ., est une contrepartie politique de la Croix-Rouge. Il propose de secourir les alliés communistes dans tous les pays où ils se trouvent en difficulté en apportant un soutien moral et matériel.
Le premier président du comité central du SRI est Julian Marchlewski (de 1922 à 1925).. À sa mort, la relève est assumée par la dirigeante communiste féministe allemande Clara Zetkin et la dirigeante soviétique Elena Stassova jusqu'en 1937.
Dès 1923, des sections nationales sont créées, tout particulièrement dans les pays où la répression anti-révolutionnaire est la plus forte. Il en compte 19 en , quand le SRI tient sa première conférence internationale.
Ainsi, en Allemagne, le Parti communiste (KPD) crée le Rote Hilfe Deutschlands (Secours rouge d'Allemagne) en 1924, avec Clara Zetkin à sa tête.
En Belgique, une section du SRI est créée en 1925, dirigée dans un premier temps, par l'écrivain Charles Plisnier.
En 1923, des militants du nouveau Parti communiste (Section française de l'Internationale communiste) fondent la section françaiseCorentin Lahu, « Du secours rouge international au secours populaire français : la solidarité comme arme », gabrielperi.fr, consulté le 19 janvier 2021., le Secours rouge, qui se veut la « Croix-Rouge du peuple » et qui rassemble au-delà du Parti communiste des pacifistes mobilisés pour les millions de veuves, orphelins, blessés de la Grande guerre, des antifascistes engagés contre la montée des dictatures militaires en Europe, des intellectuels de renom tels Henri Barbusse, Francis JourdainAnysia l'Hôtellier, Notice « Francis Jourdain », Le Maitron. Francis Jourdain sera après 1945 président du Secours populaire français., ou Romain Rolland. Des avocats, tels Marcel WillardMichel Dreyfus, Notice « Marcel, Jean, Élie Willard » Le Maitron., Antoine HajjeFrédéric Genevée, Notice « Antoine Hajje », Le Maitron., Georges Pitard, Michel RolnikasClaude Pennetier, Notice « Michelis (ou Michel) Rolnikas », Le Maitron. Comme Hajje et Pitard, il est fusillé par les nazis en 1941. ou Pierre Kaldor se mettent au service du Secours rouge international pour défendre en justice, en France ou à l'étranger, les militants emprisonnés.
Le journal La Défense voit le jour comme étant l’organe de la section française du SRI dès 1927. Le premier numéro parait le , d’abord de manière bimensuelle puis devient hebdomadaire à partir de 1931. Plus de seront publiés de 1927 à l’interdiction du journal à l’automne 1939. Il assurait la solidarité de tous les emprisonnés politiques, y compris les anarchistesJean-Claude Vimont, « Les emprisonnements des maoïstes et la détention politique en France (1970-1971) », criminocorpus, 2015.. Jean Chaintron en est le secrétaire général et le permanent de la section française, entre 1932 et 1935. François Vittori, est responsable de missions anticolonialistesClaude Pennetier, Notice « Antoine-François Vittori », Le Maitron., à Madagascar en particulier.
vignette|Affaire Sacco et Vanzetti. Carte de soutien à la campagne de solidarité, éditée par la section française du Secours rouge international (SRI), en 1927.
Campagne pour Sacco et Vanzetti L’année 1920 est marquée aux États-Unis par de nombreux attentats anarchistes, visant les responsables politiques : maires de Seattle et Cleveland, chez lequel une bombe explose. À Wall Street, la banque JP Morgan est victime d'un attentat qui fait et . Le , la police arrête deux anarchistes italiens, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, soupçonnés d’avoir commis deux braquages. Ils sont condamnés tous les deux à la peine capitale le et, malgré les campagnes massives du Secours rouge en leur faveur« Brève histoire du Secours Rouge International et de sa section belge », secoursrouge.org, 6 janvier 2018., exécutés dans la nuit du 22 au .
Contre-procès de l'incendie du Reischtag vignette|Secours rouge international, 1933. Carte postale de la section française, pour la libération de Dimitrov, Thälmann et leurs camarades. Dans la nuit du 27 au , le parlement allemand est incendié ; les nazis crient au complot communiste et instaurent un régime de terreur, faisant arrêter à Berlin le dirigeant communiste Dimitrov et deux autres Bulgares pour les accuser de complicité avec un vagabond hollandais arrêté sur les lieux de l'Incendie du Reichstag.
Willi Münzenberg organise à Londres un grand contre-procès basé sur un jury pluraliste. Son président est le King’s Councellor Pritt du barreau de Londres et il comporte aussi l’avocat new-yorkais célèbre pour avoir défendu Sacco et Vanzetti, le bourgmestre socialiste de Stockholm, un avocat français, ou encore une parlementaire libérale néerlandaise. Le jury rend son verdict trois jours avant l’ouverture du procès de Berlin, le , en déclarant qu’il était bien probable que le véritable incendiaire fut Hermann Göring, alors ministre de l’intérieur du Land de Prusse.
vignette|Secours populaire de France, carte vendue en soutien à l'Espagne républicaine.
Activité pendant la Guerre d'Espagne vignette|Aurora Picornell, personnalité du Secours rouge international. Le Secours rouge international est particulièrement actif lors de la Guerre d'Espagne (1936-1939).
La résistante Aurora Picornell, fusillée par les nationalistes à Majorque avec Catalina Flaquer et ses filles., est l'une des personnalités qui ont contribué à sa réorganisation pendant le conflit..
Toutefois, cette organisation propose une aide ciblée pour les communistes. C'est pourquoi en 1937, la Solidarité internationale antifasciste est créée en contrepartie du Secours rouge. Impulsée par la CNT, elle vient au secours de tous, civils comme soldats de tout horizon.
Fondateur du Parti communiste algérien (PCA) en , Jean Chaintron, (futur responsable du Secours rouge en 1970), devient Commissaire politique des Brigades internationales pendant la Guerre d'Espagne, où l'un de ses frères trouve la mort.
À la faveur de son intervention dans la guerre civile espagnole, l'organisation se dirige progressivement vers une activité de type humanitaire, tout en maintenant sa solidarité envers les emprisonnés, les réfugiés et les victimes du fascisme. En 1938 voit le jour le slogan « tout ce qui humain est nôtre ».
Transformation en Secours populaire, en France
Le changement d’orientation politique et stratégique opéré par le Parti communiste en France et l'Internationale communiste au milieu des années 1930 débouche sur la constitution du Front populaire, qui va gagner les élections législatives en 1936, entraînant pour la section française du SRI une transformation en profondeurJean Vigreux, « Les publications du Secours rouge international et du Secours populaire français font leur entrée sur Gallica », anrpaprika.hypotheses.org, le 28 juin 2018.. Déjà depuis la crise de 1929, l'association développait ses activités sociales destinées aux enfants démunis : colonies de vacances, aide aux enfants des chômeurs. Dans le sillage du Front populaire, les fondateurs affirment leur volonté de réunir des gens . L'organisation change d’appellation au cours de l’année 1936 (« Secours rouge de France » puis « Secours populaire de France et des colonies »).. Elle connaît un développement spectaculaire, passant de à adhérents entre 1933 et 1938, et redéfinit ses principes et objectifs.
Après sa dissolution à l’automne 1939, le Secours populaire maintient difficilement son existence dans la clandestinité durant l’Occupation. Sa direction est décimée. Émile Bureau, secrétaire de la section française du Secours rouge international, puis du Secours populaire de France, de 1928 à 1939, est déporté à Auschwitz, où il meurt en 1942René Lemarquis, Jean Maitron, Claude Pennetier, Notice « Émile Alfred Charles Bureau », Le Maitron.. Robert Blache, ancien secrétaire du Secours rouge est vraisemblablement fusillé en 1944Robert Lemarquis, Claude Pennetier, Jean-Pierre Ravery, Notice « Robert Théophile Marc Blache », Le Maitron.. Secrétaire du Secours populaire de France en 1939, Charles DésiratClaude Pennetier, Notice « Charles Louis Désirat », Le Maitron. est déporté à Sachsenhausen. Édouard Planque, responsable du journal La Défense, meurt en déportation au camp d'HersbruckPierre Boiteau, Notice « Édouard Pierre Aimable Planque », Le Maitron.. Remis en route dès Voir Demandez La Défense, site Gallica de la BNF., par Pierre Kaldor, notamment, le Secours populaire de France et des Colonies fusionne un an plus tard avec l’Association nationale des victimes du nazisme, ce qui donne naissance au Secours populaire français.
Renaissances du « Secours rouge » Renaissance en France en 1970