René Camphin, dit colonel Beaudoin, né le à Saint-Nicolas (Pas-de-Calais) et mort le à Paris, est un résistant et homme politique français, dirigeant national des FTP, bras droit de Charles Tillon à la tête de la Résistance intérieure française.

Brièvement syndicaliste CGT dans le textile et la plomberie avant la guerre, il a préparé puis dirigé, comme adjoint du colonel Rol-Tanguy, l'insurrection menant à la Libération de Paris à l'été 1944. C'est l'un des cinq communistes à avoir accédé au grade de colonel FFI. Ses deux frères, résistants cheminots CGT, Paul Camphin et Maurice Camphin, ont été fusillés par les Allemands.

Il est ensuite leader pendant une décennie du PCF dans la Région Nord-Pas-de-Calais. Il est député du Pas-de-Calais de 1945 à 1954. Atteint d'un cancer du poumon en 1949, il est victime, comme des dizaines d'autres anciens résistants des purges politiques des années 1950 à la direction du PCF et met fin à ses jours en 1954.

Biographie Origine, famille et adolescence Petit-fils de mineurs et fils d'un cheminot d'Arras, René Camphin est ouvrier typographe à quatorze ans, en , l'année où il adhère aux jeunesses communistes et entre au secrétariat régional. Sa mère Eugénie Camphin et son père Maurice, militants très actifs et principales figures du communisme arrageois, accueilleront chez eux des réfugiés républicains de la Guerre d'Espagne.., dont l'un, Alphonse Pelayo, sera chargé le d'aller chercher à Paris le numéro un national du PCF Maurice Thorez pour l'évacuer vers Bruxelles., ce qui permet aux Camphin de l'informer de l'arrestation de deux membres de leur famille"Fils du peuple" par Maurice Thorez, édition de 1947, rééditée après sa mort en 1970.

Licencié de son premier emploi alors qu'il n'est pas encore majeur, René Camphin devient plombier à Douai, Lille et ValenciennesBiographie Le Maitron de René Camphin par l'historien par Daniel Hémery , puis entre aux services municipaux d'Arras comme manœuvre à la voirie, où il anime le syndicat CGTU des communaux, avant de devenir, après la réunification syndicale, secrétaire général de ce syndicat, affilié à la CGT. Mais il est à nouveau licencié, le par la Ville d'Arras le jour de sa candidature à l’élection municipale complémentaire du .

Carrière politique avant-guerre Adhérent au PCF en 1933, il s'investit dans les campagnes du Front populaire et devient, l'année suivante, après son licenciement, secrétaire du rayon d'Arras du PCF. Appelé en 1938 à seconder Auguste Lecœur à la direction régionale du parti, il s'installe à 25 ans à Lens. Il y est élu secrétaire de la fédération PCF du Pas-de-Calais et de la fédération régionale du Nord-Pas-de-Calais, avec Henri Thiébaut, maire de Liévin et Cyprien Quinet, seul communiste du bureau du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, dominé par les ex-confédérés (socialistes)Biographie Le Maitron d'Henri Thiébaut et seul député communiste du département, qui a battu en 1936 le sortant socialiste Raoul Évrard à Oignies-Carvin.

René Camphin se fait connaître alors comme un militant "particulièrement dynamique et dévoué, enthousiaste, entreprenant, sympathique même dans les rangs adverses".

Seconde Guerre mondiale En 1939, il est arrêté pour avoir signé, avec Lecœur et Cyprien Quinet, un tract défendant le pacte germano-soviétique. Condamné à trois mois de prison par le conseil de guerre, il est cependant incorporé dans l'armée en , participe aux combats où il est fait prisonnier à Belfort le .

Évadé en d’Allemagne en traversant le Rhin à la nage, il se cache en zone sud et trouve du travail dans les mines de charbon du secteur de Saint-Étienne, avant de revenir dans le Pas-de-Calais, où il cofonde le journal clandestin communiste, L'Enchainé du Pas-de-Calais, édition départementale de L'Enchainé, dont le tirage avoisinait à en 1939. René Camphin y signe de nombreux articles à (« Défendons la terre française ! »), bravant la ligne de pacte germano-soviétique de la direction du PCF"Les communistes du Nord et du Pas-de-Calais de l'agonie du Front Populaire à la guerre (1938-1939). Seconde partie : Forces et faiblesses du communisme du Nord à la veille de la guerre" par l'historien Yves Le Maner, dans la Revue du Nord en 1988 , puis est appelé par Auguste Lecœur en région parisienne pour participer à la direction nationale de la résistance communiste.

Dès , sous le pseudonyme Colonel Baudouin, il entre au comité militaire national dirigé par Charles Tillon, et qui a la responsabilité d'organiser l'action des Francs-tireurs et partisans (FTP). Il s'occupe essentiellement du recrutement et de l'encadrement militaire.

Ses deux frères, cheminots, syndicalistes CGT et résistants, sont torturés et assassinés par les Allemands. Maurice, pris par les Allemands en , est fusillé un an après tandis que Paul Camphin, officier FTP, connaît le même sort en novembre.

Grand organisateur de la mise en ordre de bataille des FTP pour la libération de Paris, préparée avec Charles Tillon dans la Vallée de Chevreuse, son engagement lui vaut de finir la guerre avec les plus hautes décorations militaires. Il fait partie des cinq communistes ayant reçu le grade de colonel des FFI, avec Georges Guingouin, Albert Ouzoulias, Pierre Georges, dit "Colonel Fabien" et Henri Rol-Tanguy.

En , il participe lui-même aux combats en divers lieux de la capitale. Lors de prise aux Allemands de l'immeuble du Parti communiste, Rue Lafayette, René Camphin abattit , sauvant de nombreuses vies.

Après-guerre Conseiller municipal d'Arras à partir de 1945, il est élu député à la première constituante, puis réélu en 1946 et 1951, siégeant à l'Assemblée nationale jusqu'à sa mort.

Au cours de la même année 1945, il a pour mission de superviser l'intégration des FTP dans les FFI et fait partie des membres du comité central du PCF qui se déclarent opposé à la dissolution des milices patriotiques.

Il est élu secrétaire adjoint, puis en 1947 secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais, dont le siège est à Lens, capitale du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais. Le socialiste Jules Moch, nommé ministre de l'intérieur à la fin des grèves de 1947, y envoie des milliers de soldats et policiers réprimer ce mouvement social auquel les adhérents socialistes de la CGT, qui préparaient depuis des mois la création du nouveau syndicat FO, refusent de participer.

Après la grève des mineurs de 1948, il défend une proposition de loi réclamant l'amnistie des mineurs condamnés pour faits de grève. À l'Assemblée, il est l'est l'un des députés communistes les plus actifs, multipliant les interventions et propositions sur les sujets concernant les mineurs. Soins de 1950 et cancer du poumon René Camphin, qui fut mineur dans la Loire avant la Seconde Guerre mondiale, doit en 1949 se faire remplacer au secrétariat de la fédération communiste du Pas-de-Calais, en raisons de symptômes du cancer du poumon, car il doit être soigné six mois, de au printemps 1950, à la Maison des mineurs de Vence, créée en 1946-1947 par les Houillères du Centre-Midi, qui accueillait pour des cas de silicoses, puis d’autres maladies pulmonaires"Silicose et extrême-gauche dans le Nord dans les années 70. Les raisons d’une aporie" par Marion Fontaine" dans "Santé et travail à la mine", enquête coordonnée par Judith Rainhorn, aux Presses universitaires du Septentrion .

Il y rencontre à la Noël 1949 son ami Roger Pannequin, qui passe lui un séjour de soin dans un autre établissement de soins du PCF, tout prochePannequin Roger, Adieu camarades, Paris, Sagittaire, 1977. Il est toujours quand il est réélu, en , membre suppléant du comité central lors du congrès du PCF.

Son biographe Daniel Hemery révélera au qu'il souffrait d'un cancer des poumons depuis quatre ans, lorsqu'il décéda d'un suicide, dans la nuit du 5 au .

Progrès aux élections législatives de 1951 Dans le sillage des deux grandes grèves des mineurs de l'après-guerre, la vague de novembre-décembre 1947 et celle d'octobre-novembre 1948, René Camphin est tête de liste du PCF aux législatives de 1951, dans l'une des deux circonscriptions du Pas-de-Calais, celle d'Arras et des principaux cantons miniers.

Le scrutin s'annonce risqué pour les communistes, sévèrement brouillés, depuis la création de FO, avec la SFIO, qui y obtenait encore 38% en 1945 et s'est allié aux partis du centre dans le cadre de la Troisième force. Mais le PCF résiste cependant aussi à l'émergence spectaculaire du RPF (gaulliste), absent des législatives de 1946, qui obtient du premier coup 21,6 % des voix et à l'échelle nationale, le PCF restant le premier parti avec 26% , et ne perdant que deux points.

Dans la région Nord-Pas-de-Calais, fief socialiste et gaulliste, le PCF résiste encore beaucoup mieux qu'ailleurs et reste même au plus haut, à 29,7 % dSerge Curinier, Le parti communiste français dans la région du Nord en 1958, publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion."Le Nord-Pas-de-Calais en 1958", par Philippe Roger, Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion, 2018 , alors que la SFIO y perd pour revenir à 24,6 % et même sept points par rapport aux législatives de 1945, où elle était la première force dans la région avec 31,8 %.

Dans le département du Pas-de-Calais où travaillent deux-tiers des mineurs du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais, la liste communiste emmenée par René Camphin gagne même un point pour atteindre 36,4 % le , devançant de plus de dix points sa rivale socialiste, revenue à 25,5 % contre 28,5 % en 1946 et 38 % en 1945. La liste socialiste du Pas-de-Calais est pourtant menée par Guy Mollet, député-maire d'Arras, qui n'a abandonné la présidence du conseil général en 1946 qu'après son élection comme secrétaire général de la SFIO et qui deviendra président du conseil en .

Le PCF du Pas-de-Calais passe, en 1951, de quatre à cinq députés, le succès de René Camphin permettant l'entrée dans l'hémicycle de deux quadragénaires, André Mancey et Jeannette Prin, une ex-socialiste, médaille de la Résistance, spécialiste des questions du droit des femmes, qui sera réélue en 1956 puis une voix remarquée des opposants à la guerre d'Algérie à l'Assemblée nationale lors des incidents de , en donnant lecture des témoignages du comité de résistance spirituelleDaniel Hémery, Biographie Le Maitron de Jeannette Prin, octobre 2008 .. Défense des ex-résistants Au cours de la période 1950-1953, il n'hésite pas à soutenir d'anciens camarades de la Résistance au moment où celle-ci est globalement dénigrée. Lorsqu'ils sont accusés d'avoir détourné de l'argent pendant la guerre, il apporte les preuves que les masses de billets volés dans des banques ou des transports de fonds étaient nécessaires à la Résistance et utilisés comme telsJean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Ainsi finissent les salauds, groupe Robert Laffont, 2012.. Une quinzaine d'années plus tard, sa mère Eugénie Camphin sera la principale figure, dans la région, du Secours rouge, créé par d'anciens résistants pour venir en aide aux procès menés contre les militants les plus actifs de Mai 1968.

À l'Assemblée nationale, il est en pointe dans deux longs débats sur l’amnistie en 1952 (juillet et novembre) et en 1953 (février et juillet) après l'avoir été dès le sur l’échelle mobile des salaires, puis le SMIG ( et ), la Sécurité sociale minière les 29 et et le budget du Travail et de la Sécurité sociale le .

Mise à l'écart du PCF

Contexte général René Camphin est mis à l'écart par le PCF, comme l'avaient été dès 1951-1952 d'autres ex-leaders de la Résistance : André Marty, ex-secrétaire général de l'Internationale communiste et Charles Tillon, chef des Francs-tireurs et partisans de toute la France pendant la Seconde Guerre mondiale, ou encore en 1953 l'ex-commandant Roger Pannequin et le colonel Georges Guingouin, responsable des maquis du Limousin pendant la guerre.