vignette|Carte des puits du Boulonnais en 1904, d'après Albert Olry.|alt=Carte des puits du bassin du Boulonnais provenant de l'ouvrage d'Albert Olry de 1904. Cette carte recense une grande majorité des fosses de ce bassin.L'histoire du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais retrace en détail tous les faits historiques de l'exploitation de ce bassin minier, exploité intensivement pour la houille présente dans son sous-sol de la fin du jusqu'à la fin du .

Découverte et exploitation du bassin du Boulonnais

Découverte, à la fin du La légende veut que la houille ait été découverte vers l'année 1660 par un cultivateur de Réty, qui labourait son champ avec sa charrue. Celle-ci aurait mis au jour un affleurement, sur les communes d'Hardinghen et de Réty. La houille affleurait en effet le long de la faille de Ferques, à l'ouest d'Hardinghem et à Réty, jusqu'au hameau de Locquinghem, ainsi que dans le bois des Roches, elle est recouverte seulement de terre végétale. Un mémoire sur la minéralogie du Boulonnais, publié en l'an III au Journal des Mines, indique que l'exploitation des mines de charbon paraît y avoir commencé en 1692. La fosse du Cavrel de Tagny est ouverte cette année-là, et abandonnée en 1693. D'autres hypothèses existent toutefois quant à la date de la découverte de la houille : 1720, voire 1730.

vignette|upright=1.1|Plus de cent ans après sa publication en 1904, l'ouvrage Topographie souterraine du bassin houiller du Boulonnais ou bassin d'Hardinghen d'Albert Olry constitue toujours une référence complète sur les mines du Boulonnais.|alt=Couverture en noir et blanc de l'ouvrage d'Albert Olry intitulé Topographie souterraine du bassin houiller du Boulonnais ou bassin d'Hardinghen, publié en 1904. Cliquer sur la couverture permet d'accéder à l'ouvrage au format pdf. Albert Olry considère que la date de 1660 peut paraître trop ancienne, et que celle de 1692, première fosse datée, peut paraître trop tardive, et a fortiori les dates avancées de 1720, 1730 et 1739. Un arrêt du Conseil d'État, en date du , accorde au duc du Montausier, pour une durée de quarante ans, le privilège d'exploiter toutes les mines et minières de charbon de terre qu'ils découvriraient dans l'étendue du royaume de France, le Nivernais excepté. Le duc de Montausier est mort en 1690, sans avoir fait usage de ce privilège. L'arrêt du , confirme la jouissance à sa fille et héritière, la duchesse d'Usez, mais en formulant une réserve à l'égard des terres de Réty et d'Austruy, situées dans le Boulonnais, ainsi que celles d'Arquiau, appartenant à la généralité d'Orléans, au sujet desquelles elle avait pris des arrangements avec les sieurs de Tagny et de Mason, qui en étaient les seigneurs et hauts justiciers. Une autre exception est accordée par le roi en 1692, sans doute avec l'assentiment de la duchesse d'Usez, en faveur de Louis-Marie-Victor, duc d'Aumont, gouverneur de Boulogne, fils et héritier du maréchal d'Aumont, pour les autres communes du Boulonnais.

Exploitation par la famille Desandrouin Jean-Antoine et François-Joseph Desandrouin arrivent en 1720. Ce dernier obtient par arrêt du Conseil d'État du l'autorisation de construire une verrerie dans le Boulonnais. Jean-Antoine meurt le . François-Joseph acquiert la jouissance des mines d'Hardinghen, dont il a poursuivi l'exploitation. Il meurt le , son frère, Jean-Pierre Desandrouin lui succède. Les mines d'Hardinghem et de Réty sont restées plus d'un siècle dans cette famille. Gaspard Moïse Augustin de Fontanieu a été le principal concurrent de la famille Desandrouin. Seigneur et marquis de Fiennes, il acquiert en 1730 la terre de Fiennes de la comtesse de Valençay, présente une requête au roi en 1735, et entreprend plusieurs fosses, en vertu de son droit de propriétaire du sol, sur les territoires de Fiennes, et même d'Hardinghen.

vignette|gauche|upright=1.5|Les concessions du Boulonnais vers 1880.|alt=Carte schématique représentant les trois concession du bassin du Boulonnais vers 1880 : Ferques, Fiennes, et Hardinghem. De nombreuses contestations se sont produites, car les limites des territoires sont mal connues, et après de longs débats, une transaction a eu lieu le , homologuée par un arrêt du Conseil du roi du . Sous conditions, les propriétaires du sol peuvent également exploiter eux-mêmes. Le baron de Contes d'Esgranges, seigneur de Bucamps, s'est associé à Jean-Pierre Desandrouin dès 1730, seuls deux groupes exploitent alors le bassin du Boulonnais, les propriétaires gardant le pouvoir d'extraire du charbon sur leurs terres, sous réserves des restrictions édictées par l'arrêt du Conseil d'État.

vignette|upright=0.8|François Joseph Théodore de Désandrouin.|alt=Portrait en noir et blanc de François Joseph Théodore de Désandrouin. L'exploitation des mines en France est réglementée peu de temps après par un arrêt du Conseil en date du , soumettant explicitement leur ouverture au régime de la permission préalable. Jean-Pierre Desandrouin meurt sans postérité le . Il lègue ses exploitations à son neveu le vicomte François Joseph Théodore, fils de Jean-Jacques Desandrouin, qui a été député aux États généraux de 1789, et mort à son tour célibataire le . Celui-ci a fait creuser les fosses du Réperchoir ou du Privilégié, du Bois de Saulx 1, Saint-Ignace, du Privilège, Sainte-Marguerite 1...

Le , le Conseil d'État rend un arrêté confirmatif du privilège précédemment accordé au duc d'Aumont et d'Humières, pour une nouvelle durée de trente ans, en faveur du duc Louis-Marie d'Aumont. Dix ans après, par acte du , François Joseph Théodore Desandrouin s'associe avec Cazin-Cléry d'Honincthun. C'est à cette période que la fosse Petite-Société, sur Hardinghen, a été ouverte, et ensuite les fosses Hénichart, du Vieux-Rocher, du Gouverneur, Lefebvre, Pâture-Grasse, du Rocher (nouvelle) et du Verger-Blondin.

Les et , des arrêts du Conseil d'État précisent les limites et les conditions dans lesquelles il peut être fait usage du privilège confirmé en dernier lieu par l'arrêt de 1771, et définissent plus exactement les droits réservés aux propriétaires du sol. Certains propriétaires font alors usage de leur droit d'exploiter sur leurs terrains. Après la dissolution de la société Desandrouin-Cazin, survenue le , François Joseph Théodore Desandrouin passe un nouveau contrat, le suivant, avec les deux fils Cazin-Cléry : Pierre-Élisabeth et Joseph-Alexis-Félix-Martin. C'est dans ces conditions qu'a été sollicitée, sous le régime de la loi du , par pétition du 3 complémentaire an VI (), la concession des mines de houille d'Hardinghen. Elle est accordée le 11 nivôse an VII (), et confirmée par un arrêté des consuls du 19 frimaire an IX (). La concession Desandrouin-Cazin devient perpétuelle, conformément à l'article 51 de la loi du . La fosse des Limites sur Réty, et celles du Bois d'Aulnes 2 et 3 datent de cette époque. Après le décès de François Joseph Théodore Desandrouin, ses intérêts dans les mines d'Hardinghen passent à Pierre-Benoît Desandrouin et à ses sœurs, autres enfants de Jean-Jacques. Pierre-Benoit meurt en 1811. Son gendre, le comte Hilarion de Liedekerque-Beaufort, rachète alors toutes les parts de la famille Desandrouin qui n'avaient pas été dévolues à sa femme. Enfin, le fils de ce dernier, Florent-Charles-Auguste, et sa fille, de Cunchy, vendent, en 1838 et 1839, conjointement avec les héritiers Cazin d'Honincthun ou leurs ayants droit, leurs propriétés minières aux sieurs Carpentier-Podevin, Théophile Brongniart-Bailly et Hyacinthe-François Chartier-Lahure, créateurs d'une société déjà formée sous le nom de Société de Fiennes. Le prix a été d'environ .

vignette|upright=0.8|Portrait de Gaspard Moïse Augustin de Fontanieu, gravure de Joseph de Longueil (1730-1792), d'après François-Marie-Isidore Queverdo (1748-1797).|alt=Portrait en noir et blanc de Gaspard Moïse Augustin de Fontanieu, richement décoré sur le pourtour.

L'exploitation par la famille de Fontanieu Les mines de Fiennes appartiennent à Gaspard-Moïse de Fontanieu, seul ou en société, elles ont été exploitées pendant quarante ans environ, après la transaction de 1739, sous la direction de François Brunel, receveur général du marquisat de Fiennes. Gaspard-Moïse de Fontanieu, mort en 1757, a eu pour successeur son fils Pierre-Élisabeth. Il meurt en 1784.

Ses héritiers, Antoine-Louis, marquis de Belsunce, et Michel Doublet, marquis de Bandeville, cèdent temporairement la jouissance de leurs mines à veuve François Brunet et à son fils, moyennant une redevance annuelle de . François Brunet fils ouvre alors la fosse Espoir 1, après l'arrêt de la fosse Sans-Pareille. il en dirige les travaux jusqu'en 1791, époque vers laquelle est encore exécutée la fosse de la Commune.

Reprises successives Le , le marquis de Belsunce et les héritiers du marquis de Bandeville vendent leur terre de Fiennes et le droit d'en extraire le charbon à Jean-Baptiste-André Gallini, chevalier toscan, qui prend comme directeur le précité Mathieu. Il est stipulé que, sur la somme de , montant de cette vente, s'appliquent aux mines de Fiennes.

Gallini réside à Londres et ne s'occupe guère de son domaine du Boulonnais. Son régisseur David a laissé les affaires de son maître dans un désordre complet, les relations entre la France et l'Angleterre étant en outre très difficiles, il a fallu nommer un curateur. Le 26 pluviôse an VIII, le juge de paix d'Hardinghen choisit pour cette fonction le notaire Leducq, de Marquise.

Enfin, le , la terre de Fiennes est vendue à Pierre-Paul Jurquet, par jugement du tribunal de Boulogne. Gallini avait négligé de se prévaloir de la loi du , de sorte que les mines de Fiennes ont cessé d'avoir une existence régulière. Elles ont continué néanmoins à être exploitées par lui (fosse des Limites sur Fiennes), puis par Jurquet ; mais leurs travaux n'ont pas tardé à décroître. En 1811, les fosses sont complètement en chômage, et elles ont été l'objet d'un procès-verbal officiel d'abandon en .

Jurquet s'était, sur les entrefaites, laissé poursuivre pour non-payement, et, par jugement du tribunal de Boulogne du , la terre de Fiennes est adjugée à Pierre Ters, médecin à Paris, moyennant la somme de .

Celui-ci présente peu de temps après une demande en concession. Il attendait, disait-il, pour entreprendre de nouveaux travaux, le titre qui devait régulariser sa situation. Mais il meurt en sans l'avoir obtenu, et cela sans doute par sa faute, car, le , l'ingénieur des Mines annonçait à son administration que, malgré ses instances, Ters ne lui avait pas renvoyé le cahier des charges qu'il avait soumis à son examen. En outre, les années suivantes, aucune redevance n'a été payée à l'État au sujet des mines de Fiennes.

Société de Fiennes

Ters laisse pour unique héritière sa nièce Marie-Adélaïde Ters, qui avait épousé Charles-François Rottier, baron de Laborde. Après le décès de son mari, la baronne de Laborde cède, par acte du , ses droits éventuels à la concession sollicitée par son oncle aux sieurs Carpentier-Podevin, Brongniart-Bailly et Chartier-Lahure, fondateurs de la Société de Fiennes, moyennant deux rentes de et de , la première payable pendant le temps où l'exploitation aurait lieu dans une étendue de trente-huit hectares soixante-et-onze ares vingt-quatre centiares alors demandée en extension par les propriétaires de la concession d'Hardinghen, l'autre pendant le temps d'exploitation de la future concession de Fiennes.