Marguerite Tiste (ou Tist, Thist), née à Jemappes le et morte étranglée puis brûlée à Mons le , est l'une des dernières personnes condamnées à mort dans cette ville pour sorcellerie. En 2014, des habitants ont introduit une demande de réhabilitation en sa faveurIsabelle Palmitessa, Pétition en faveur d'une adolescente brûlée à Mons pour sorcellerie en 1671, RTBF.be, 25 novembre 2014.. Cette démarche n'a pas abouti.

Biographie Au cours du procès, la date de naissance de Marguerite Tiste peine à être établie. En 1671, lors de sa première comparution, elle se dit âgée de 18 ans. Elle revient ensuite sur cette déclaration, affirmant n'avoir que 14 ans « ainsi que son pasteur lui a dit »Archives de l’État à Mons. Greffe échevinal de Mons. Siège du mardi – Procès in Paul Heupgen (1868-1949), juge des enfants à Mons, Les enfants sorciers en Hainaut au dans Bulletin de la commission royale des anciennes lois et ordonnances de Belgique, t. XIII, fasc. 6, 1933, .. Lors du procès, sa marraine Marguerite BertrandL'acte de baptême nomme explicitement la marraine « Marguerite Thist » - probablement une tante paternelle. dite « Gomar », épouse du mayeur de Jemappes Jean Le Bleu, précise que Marguerite est âgée de 16 ans parce qu'elle est née « environ un an avant que le François auroit pris Saint-Ghislain »Charles Potvin, Albert et Isabelle : fragments sur leur règne, A. Bohné, 1861, 298 p., et sq.La ville de Saint-Ghislain tombe aux mains de Louis XIV le , ce qui daterait la naissance de Marguerite Tiste d' environ..

Issue d'un milieu modeste, Marguerite est la fille de Charles Tiste. Elle n'a aucun souvenir de sa mère Agnès Dufaux, probablement morte en couches vers . Sa sœur aînée, Marie, meurt en 1667. Les autres enfants sont morts en bas âge. Malade, la fillette est brutalisée par un père « estant la plupart du temps ivre et disant que le diable l’emporteroit ».

Un jour, Marguerite affirme être une sorcière à l'une de ses amies. Celle-ci lui conseille de s'adresser au prieur de Saint-Germain, un exorciste qu'elle a déjà rencontré. Deux enfants d'une même famille, âgés d'un et trois ans, meurent à quelques jours d'intervalle. Les regards se tournent vers Marguerite Tiste qui les avait gardés peu de temps auparavant. La rumeur enfle, la vindicte populaire grogne, Marguerite Tiste est arrêtée sur base d'un récit de Céline Rase.

Date de naissance 600px|vignette|centre|Acte de baptême de Marguerite TisteArchives paroissiales, actes des baptêmes, commune de Jemappes, 1648 (feuillet 97).Bapt(isma) Margarita (filia) Caroli Thist et Agnetis du faux. Suscep(erunt) Petr(u)s Sernaux et Margarita Thist.Baptême - Marguerite, (fille de) Charles Thist et Agnès du Faux. Furent parrain et marraine (littéralement : [la] tinrent [sur les fonts baptismaux]) Pierre Sernaux et Marguerite Thist.

L'acte de baptême de Marguerite Tiste a été conservé. Daté du , il atteste qu'elle est âgée de 22 ans lors de sa première comparution et a 23 ans révolus lors de son exécutionconsulter en ligne l'acte de baptême sur www.arch.be (feuillet 79 dernière mention) (inscription nécessaire).Pauline Thiry, Henri Vanderlinden, Naomi Vanzeveren, Les procès de sorcellerie en Hainaut au , Histoire du droit et des institutions – Université de Mons, Travaux Pratiques (groupe 6) – M. Millon, 2017..

Procès Marguerite Tiste comparaît pour la première fois devant ses juges le . Le procès en sorcellerie se déroule dans la « Salle rouge » de l'Hôtel de ville de MonsCharles Rousselle, Souvenirs historiques, des procès de sorcellerie à Mons, impr. de la veuve Piérart, Mons, 1854 (26 pages in-8°, bibliothèque de l'Université de Mons-Hainaut).. Elle est entendue une seconde fois le . Le , les médecins légistes se défaussent, affirmant que « les maléfices se peuvent descouvrir par les exorcistes qui en peuvent respondre mieux qu’eux ». Les délibérés se déroulent le et la sentence est lue le .

Incapable de se défendreChristian Thys, Jean van der Hoeden, Diable et diabolisation, du Moyen Âge à nos jours, Bruxelles, édition Racine, 2011, et sq. mais souhaitant échapper à la tortureSandra Durieux, Une pétition pour blanchir la «sorcière», Le Soir.be, 29 novembre 2014., Marguerite avoue tout ce dont on l'accuse sous le feu nourri des questions39 questions-réponses sont reprises au procès-verbal, Bulletin de la commission royale des anciennes lois et ordonnances de Belgique, et sq.. Elle explique qu'un an avant son décès survenu en 1667, sa sœur aînée lui a proposé de l'emmener « aux danses ». Ayant d'abord refusé, elle a fini par s'y rendre : . L'ayant battue à plusieurs reprises, ce Philippe la marqua au fer rouge sur l'épaule gauche. De l'aveu de Marguerite, la plaie faisait un pouce de profondeur.

Lors des délibérations, l'avocat Mercier énonce que « la prisonnière ayant confessé d’avoir esté aux danses, menée et portée en air, s’estant donnée au diable, en accointance charnelle avec luy et d’avoir ensorcelé une femme et quatre enfans, doit estre tenue pour sorcière et mérite de perdre la vie par le feu ». Prenant en compte son jeune âge, il suggère de « la condamner à la mort par une saignée du pied en l’eau ».

Les avocats Overdaet et Plétincq, le « pensionnaire » Lefebvre, le greffier Le Duc et l'échevin Robert sont d'avis de l'étrangler puis de la brûler sur un bûcher. Le greffier Pottier envisage de la nourrir jusqu'à l’âge de 18 ans mais, apprenant que cette mesure de clémence ne peut être accordée qu'à un mineur non coupable de dol, il se rallie aux avis précédents. Doutant de la véracité de ses aveux, le greffier d’Ysembart souhaite qu'elle soit soumise à la question, condamnée au bûcher si elle maintient ses déclarations et bannie si elle se rétracte. Monsieur Brabant partage d'abord l'avis du greffier Pottier mais, se ralliant à celui du greffier d'Ysembart, souhaite qu'elle soit soumise à la question. Quant à Monsieur Dupuis, il demande un « terme jusques à demain pour s’asseurer sur ses doubtes ».

Tous conviennent finalement de condamner Marguerite Tiste à « perdre la vie, la faisant estrangler à un posteau, et puis la brusler ».

Sentence et exécution Le , la sentence est lue à la condamnée en présence des échevins Lemaire, Robert, Degage et Dupuis :

La peine est exécutée le jour même. Marguerite Tiste meurt étranglée puis brûlée sur la Place du marché.

Demande de réhabilitation En 2014, un groupe de Montois a adressé aux autorités de leur ville une pétition demandant la réhabilitation de la jeune fille. Aucune suite n'a été donnée à cette requête.

Annexes

+ Famille procheNomParentéDate de naissanceDate de décèsCharles Tistepèreà Jemappesnon connueAgnès Dufauxmèrevers à Jemappes, probablement en couchesAprès la naissance de Gaspard, elle disparaît des registres.Mariage à Jemappes le Marie Tistesœur fin 1643à Jemappesen 1667, à 24 ansGilette Tistesœur à Jemappesen bas-âgeMarguerite Tisteà Jemappesexécutée le à MonsJacques Tistefrère, jumeau de Martinà Jemappesen bas-âgeMartin Tistefrère, jumeau de Jacquesà Jemappesen bas-âgeGaspard Tistefrèreà Jemappesen bas-âgeFamille élargieMarguerite Tistetante paternelle - et marraine d'après l'acte baptistaire de Marguerite Tisteà Jemappesnon connueMarguerite Bertrand, épouse de Jean Le Bleumarraine - mais l'acte baptistaire de Marguerite Tiste cite sa tante paternelle homonymeà Jemappesnon connue

Notes et références Notes

Références

Liens externes Les enfants sorciers en Hainaut

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