L’asile départemental de Loir-et-Cher (ou maison de Santé départementale de Blois) était une importante institution psychiatrique située à Blois, dans le quartier du Bourg-neuf, entre 1846 et 1943. Étendu sur plus de 70 hectares à son apogée, l'asile forme une véritable en périphérie de la ville jusqu'à sa désaffectation par les Nazis durant l'Occupation.
Histoire Antécédents
Sous l'Ancien Régime, aucune institution destinée à accueillir spécifiquement les malades mentaux n'existe à Blois et les sont généralement envoyés en prison, comme dans le reste de la France. Les choses commencent à changer à partir de la Révolution : les déséquilibrés les plus chanceux sont alors placés dans d'anciens couvents de la ville mais les autres sont encore incarcérés.
En 1827, un premier est finalement créé dans les jardins du bureau de bienfaisance, sur le site actuel du parking Monsabré, derrière la poste du château. Composée de 21 cellules inconfortables, cette institution peut recevoir jusqu'à 50 pensionnaires, ce qui se révèle rapidement insuffisant.
Incapable d'accueillir l'ensemble de ses malades, le conseil général de Loir-et-Cher passe, en 1839, un accord avec les autorités du Loiret pour que ces dernières prennent en charge les déséquilibrés du département. Cependant, les dépenses supplémentaires occasionnées par ces transferts de malades poussent le conseil général à fonder son propre asile départemental.
Naissance de l'asile départemental
Un asile départemental est donc finalement installé avenue de Paris (actuelle avenue Maunoury), à Blois, en . Placée sous la direction du docteur Ernest Billod (1819-1886.), l'institution connaît un développement extrêmement rapide, passant de 77 internés en 1849 à 413 en 1852. Soucieux de réaliser un maximum de profits grâce à ses pensionnaires, le cherche en effet à multiplier leur nombre, ce qui lui vaut bientôt d'être révoqué pour mauvais traitements.
Entre-temps, l'asile se voit doté de différents bâtiments, tous conçus par l'architecte départemental Alexandre Pinault. Situé au niveau du croisement entre l'avenue de Paris (actuelle avenue Maunoury) et l'avenue Paul-Reneaulme, le porche de l'hospice donne ainsi accès à une cour flanquée de la maison du directeur (à gauche) et d'un bâtiment administratif (à droite). Un second porche donne ensuite accès à la cour de l'asile proprement dit. Face à elle, apparaît une chapelle, desservie par un aumônier affecté directement à l'institution. À droite et à gauche de la cour, les quartiers des femmes et des hommes se divisent en différentes sections destinées aux malades tranquilles, gâteux et épileptiques, agités et pensionnaires aisés.
Au sein de l'établissement, différents ateliers (tissage, menuiserie, vannerie, saboterie, cordonnerie, taille et couture) fournissent des occupations aux patients en même temps qu'ils leur permettent de fabriquer les objets dont ils ont besoin dans leur quotidien. Des promenades, des activités de gymnastique, du chant et des séances de théâtre ou de lanterne magique s'ajoutent au programme des malades.
Entre agrandissement et incendie En 1852, l'asile départemental s'agrandit d'un vaste domaine agricole, qui s'étend de l'avenue de Paris (actuelle avenue Maunoury) jusqu'au chemin des Lions (actuelle rue Honoré-de-Balzac). Composée d'une étable, d'une porcherie, d'une bergerie, d'un poulailler, d'une écurie et de zones de cultures, la ferme fournit à la fois du travail et (d'après le Billod). De l'aveu même du directeur, elle permet en outre de faire des économies substantielles sur l'approvisionnement des pensionnaires et du personnel.
La croissance de l'institution est cependant perturbée par un incendie qui éclate, le , dans un grenier du quartier des hommes. Maîtrisé au bout de deux heures, le feu cause francs de dégâts mais ne fait aucune victime. Bien assuré, l'asile est totalement restauré dès le suivant..
Acquisition de la villa Saint-Lazare
En 1861, l'asile départemental s'étend à nouveau grâce à l'acquisition, par le Loir-et-Cher, de la villa Saint-Lazare et de son vaste parc de 11 hectares (qui appartiennent aujourd'hui à la cité scolaire Robert-Badinter). Nouveau directeur de l'institution, le docteur Jules Lunier (1822-1884) y aménage une clinique psychiatrique destinée à l'hébergement de malades aisés atteints de troubles nerveux.
Sous la direction de l'architecte Stanislas Beau, la villa Saint-Lazare est largement transformée à partir de 1872. À l'est de l'édifice originel (qui correspond aujourd'hui au bâtiment Hugo de la cité scolaire) est ainsi construit un second sur le même modèle : il s'agit de l'actuel bâtiment Lunier de la cité scolaire. Identique à la villa Saint-Lazare pour ce qui est de son plan et de son élévation, la villa Lunier en diffère par ses matériaux et sa modénature. Alors que le bâtiment le plus ancien est fait de calcaire de Beauce et de tuffeau, le nouveau utilise la pierre de Chauvigny. Situé en retrait par rapport à la villa Saint-Lazare et à la villa Lunier, un troisième édifice, de plus faible largeur, vient relier les deux précédents pour former une composition symétrique, typique de l'architecture hospitalière du . Détruit vers 1970, ce dernier a laissé place au « bâtiment J » de la cité scolaire et à son actuel internat.
Par la suite, des constructions annexes sont ajoutées à l'ensemble principal. On peut ainsi citer un établissement thermal situé à l'arrière du bâtiment central de l'asile et une série de pavillons cossus dispersés à travers le parc. Destinés à l'isolement des malades les plus fortunés, ces pavillons de brique et de pierre couverts d'une toiture avec auvent de bois sont, pour la plupart, détruits dans les années 1970. Il n'en reste plus, aujourd'hui, que trois : « Les Tilleuls » (où se tiennent certains cours), « Les Glaïeuls » (aujourd'hui intégrée à la Maison des Lycéens) et « Les Acacias » (qui sert de logement de fonction).
Malgré l'importance des travaux réalisés pour intégrer la villa Saint-Lazare à l'asile départemental, son parc ne subit que des modifications mineures. Il est ainsi complété d'un verger et ponctué d'allées pour favoriser les promenades des patients du Lunier.
Nouveaux agrandissements
Au début du , un important legs du député et philanthrope François-Philibert Dessaignes. permet au nouveau directeur, le docteur Gabriel Doutrebente (1844-1911), d'agrandir encore l'asile départemental de Loir-et-Cher. Il lui adjoint alors trois nouveaux bâtiments, destinés à . Inauguré en 1907, l'hospice Dessaignes, qui abrite aujourd'hui les locaux du lycée du même nom, accueille nombre de vieillards gâteux et indigents.
Au début du , l'asile départemental jouit d'une excellente réputation. D'après La Revue médicale de l'Est, il obtient ainsi un taux de rémission de plus de 50%, quand la moyenne nationale atteint à peine les 5,2%.
Vers 1910, le docteur Joseph Ramadier acquiert de nouveaux domaines agricoles destinés à agrandir la et, du même coup, à fournir une occupation aux malades mentaux habitant l'institution. Fort de cette nouvelle acquisition, l'asile départemental occupe plus de 70 hectares de terrains, ce qui en fait une véritable située au nord-est de Blois. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'institution héberge ainsi malades et emploie pas moins de 400 personnes (infirmiers mais aussi ouvriers agricoles).
Désaffectation et reconversion En 1940, au moment de l'invasion allemande, les autorités françaises donnent l'ordre d'évacuer l'asile départemental. Cependant, l'établissement reprend son fonctionnement un mois après la signature de l'armistice avec le Troisième Reich. Sous l'Occupation, le Pierre Schützenberger (1938-1943) dissimule du matériel médical aux Allemands, ce qui lui vaut d'être incarcéré plusieurs semaines dans une prison militaire entre et . Finalement, l'asile départemental est désaffecté sur ordre des autorités d'occupation, et avec l'accord tacite de la ville de Blois, durement touchée par les bombardements de 1940. Les 561 malades qui y étaient encore internés sont alors transférés dans des institutions du centre et du sud-ouest de la France tandis que le personnel est définitivement licencié le .
Après la Seconde Guerre mondiale, l'immense domaine de l'asile départemental est profondément remanié. La laisse bientôt place à une nouvelle zone résidentielle, le quartier des Provinces, tandis que certaines allées du parc sont transformées en rues (l'avenue du maréchal-Leclerc et la rue d'Auvergne). L'hospice Lunier et ses jardins accueillent le lycée international Robert-Badinter (alors réservé aux garçons) et l'hospice Dessaignes devient le lycée du même nom (alors réservé aux filles). L'asile proprement dit est, quant à lui, transformé en centre administratif départemental. La buanderie de l'institution (située dans l'actuelle rue d'Auvergne) est transformée en restaurant administratif, la cuisine centrale (située rue Louis-Bodin) abrite le laboratoire départemental et les bâtiments de la ferme (situés le long de la rue du Limousin) accueillent divers services sociaux du département.
Personnalités liées à l'institution Directeurs de l'asile départemental Ernest Billod (1846-1858) ; Jules Lunier (1858-1880) ; Gabriel Doutrebente (1880-1906) ; Joseph Ramadier (1906-1920)Le Joseph Ramadier est le père du président du Conseil Paul Ramadier (1888-1961). ; Maurice Olivier (1920-1938)Le Maurice Olivier est également maire de Blois de 1925 à 1940. ; Pierre Schützenberger (1938-1943)Le Pierre Schützenberger est le père du mathématicien Marcel-Paul Schützenberger (1920-1996)..
Autre membre du personnel hospitalier Paul-Max Simon (1837-1889) ; Henri Sterne (1893-1948)Y. Boyer, J.-P. Sauvage et R. Pohl, Blois "en guerre", t. 2, Les Amis des Bibliothèques de Blois-Agglopoly, 2024, p.38..
Patients célèbres Blanche Monnier (1849-1913), dite « la Séquestrée de Poitiers » ; Ambroise Langlais (1866-1943), dit « Champalu », célèbre vagabond du Vendômois. ; Louis Lehmann, meurtrier coupable d'un double assassinat en 1898..
Bibliographie Thèse sur l'asile psychiatrique .
Histoire et architecture de l'hospice . . .
Personnels et patients célèbres de l'hospice . . . .
Sur Blois et le Loir-et-Cher . . .
Documentaire Victor Auger, Thérésa Bahonda, Audrey Jeverdan, Louise Prévot, Émilie Ruiz, Leslie Thiercelin, Claire Vieville, Cément Vriet et Brigitte Génard-Kalvarisky, Rencontres silencieuses, Centre images, 2010-2011.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes
Prieuré Saint-Lazare et hospice Lunier Clinique de La Borde
Liens externes
« Quartier de la Providence ou quartier de la Ferme Départementale, dit îlot Y », Inventaire général, Centre-Val de Loire Carte postale représentant l'institution
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