La sobriété économique () est le juste niveau de limitation imposée, ou seuil, pour ne pas dépasser « les Limites à la croissance », c'est-à-dire les limites planétaires, dans le contexte de la soutenabilité de l'économie.

La sobriété économique telle qu'envisagée et proposée par les mouvements écologistes et altermondialistes, appuyée par le travail des économistes du Club de Rome, synthétisé dans leur rapport Les Limites à la croissance, vise à diminuer conjointement la consommation d'énergie et de ressources naturelles (matériaux) tout en assurant les besoins vitaux d'un plus grand nombre d'individus grâce à un meilleur partage des ressources. En ce sens, la sobriété est complémentaire de l'éco-efficience et de l'éco-effectivité Joseph Huber, Nachhaltige Entwicklung durch Suffizienz, Effizienz und Konsistenz, Éditeur Peter Fritz, .. Elle est associée aux notions de transition énergétique, de frugalité, de minimalisme, de décélération, de low tech, de résilience, de décroissance, de zéro déchet, allant parfois jusqu'à l'abstinence ou à l'ascèse par le rejet de ce qui encombre et est inutile..

La notion de sobriété a une dimension d'éthique environnementale. Elle est de plus en plus considérée comme une condition nécessaire à la protection et à la restauration de l'environnement et du climat. Elle peut se décomposer en sobriété énergétique, sobriété numérique et sobriété matérielle, pour aboutir selon des auteurs tels que Pierre Rabhi à la « sobriété heureuse » s'appuyant sur un « hédonisme de la modération » et une « simplicité volontaire » ou la « vie bonne ». Pour d'autres, la sobriété n'est pas heureuse.

L'Histoire du progrès au et au début du montre que les stratégies environnementales d'ordre technique, telles que l'augmentation de l'efficience énergétique et l'optimisation des ressources, les transitions énergétiques ou l'utilisation accrue de ressources régénératives, ne suffisent pas à conduire à la baisse globale de consommation de ressources difficilement, coûteusement ou lentement renouvelables, principalement à cause de l'« effet rebond »..

La sobriété économique implique de profonds changements de comportements, individuels et collectifs, qui impliquent des transformations sociétales remettant en cause la société de consommation industrielle, telle qu'elle s'est développée grâce aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) et nucléaire.

Concept Le concept semble avoir été employé pour la première fois en 1993 dans le monde germanophone par Wolfgang Sachs Gerhard Scherhorn, Über Effizienz hinaus, in Hartard, Schaffer & Giegrich (Hrsg.), Ressourceneffizienz im Kontext der Nachhaltigkeitsdebatte, Baden-Baden, 2008, Nomos Verlag., qui expliquait :

Wolfgang Sachs, en 2018, définissait la sobriété avec « quatre D » et Angelika Zahrnt, « La vie bonne est une question politique », La revue durable, numéro 61 (« Sobriété et liberté : à la recherche d'un équilibre »), été-automne 2018, pages 26-29. En allemand, les « quatre E » : Entschleunigung, Entflechtung, Entrümpelung et Entkommerzialisierung. : décélérer (aller moins vite moins loin) ; désencombrer (accumuler moins de biens) ; décentraliser (choisir le local et le régional) ; démarchandiser (laisser moins de place au marché dans sa vie).

Manfred Linz décrit la sobriété comme la recherche d'un juste niveau dans ces domaines. Il définit l'éco-sobriété comme Manfred Linz, wupperinst.org. Aussi associe-t-il l'éco-efficience à la consistance . On ne peut y arriver qu'au travers d'une faible demande en biens et services qui seraient à l'origine d'une consommation de ressources trop élevée.. Le changement de système de pensée ici requis est considéré comme plus difficile que celui qui consiste à s'adapter à de nouvelles technologies Joachim Lohse (Geschäftsführer), », Öko-Institut. Kai Biermann, , Die Zeit..

En France, il est question de « sobriété heureuse »., d'« hédonisme de la modération ». ou de « simplicité volontaire » ou de la « vie bonne » répondant aux sept besoins essentiels rappelés par le philosophe Paul Ricœur., et au sein de l'Institut Paris Région, l'Agence régionale énergie - climat Île-de-France (AREC)., reprenant une classification proposée par l'association négaWatt, distingue quatre types de sobriété.. : sobriété structurelle (ou sobriété organisationnelle, par exemple penser un aménagement urbain pour réduire les distances à parcourir pour aller travailler) ; sobriété dimensionnelle (choisir des équipements proportionnés à leur usage réel, par exemple en optant pour un véhicule dont la taille, la puissance et le poids correspondent aux besoins effectifs de déplacement) ; sobriété d’usage (utilisation raisonnée des équipements afin d’en limiter la consommation, par exemple en adoptant une conduite plus économe) ; sobriété conviviale (ou sobriété partagée, favorisant l’usage collectif des ressources et infrastructures, par exemple en développant le covoiturage ou l’autopartage).

Le Shift Project décrit trois types de sobriété. : sobriété structurelle (déploiement massif d’infrastructures ferroviaires et de mobilité active, soutien à une industrie de petits véhicules, aménagement du territoire pour réduire les distances parcourues au quotidien) ; sobriété collective (limiter l’étalement urbain, taxer les véhicules les plus émetteurs, inciter à des changements d’usage) ; sobriété individuelle (acheter locallement, limiter ses trajets en avion, faire du vélo).

La sobriété s'applique aussi bien aux individus qu'à la société dans son ensemble aujourd'hui.. , par opposition à une sobriété punitive ou imposée et subie dans le futur proche conséquence du dépassement des limites planétaires.

Pour valoriser pleinement le potentiel d'économies d'énergie, il convient de combiner la sobriété énergétique avec l'efficacité énergétiqueKris de Decker, « L'insoutenable légèreté du concept d'efficience énergétique », La revue durable, numéro 61 (« Sobriété et liberté : à la recherche d'un équilibre »), été-automne 2018, pages 33-35.. L'efficacité énergétique seule entraîne des risques d'effet rebond (qui réduit les bénéfices prévus) et occulte la possibilité d'éviter complètement des dépenses énergétiques par la sobriété (par exemple, en séchant la lessive sur un fil plutôt que dans une machine).

Le sociologue et économiste Pierre Veltz note que . Dans son essai Bifurcations (2022), il distingue trois dimensions (individuelles, systémiques et structurelles) de la sobriété et estime le deuxième comme étant le plus important car ..

Dans le livre Chaleur humaine, le journaliste du Monde, spécialisé en énergie, Nabil Wakim estime qu'.. Hervé Kempf estime que le mouvement écologiste, à l'échelle mondiale, doit se remettre en question. Il doit amener à comprendre que la réponse à la crise écologique .. Dès lors, il conviendrait de rompre avec la notion de « pouvoir d'achat », perçue comme .. Selon Dennis Meadows, l'être humain accède au bonheur à travers la pléonexie (« avoir plus ») ou le . Meadows plaide pour la sobriété, mais met en garde contre l'emploi du terme connoté négativement.. Jean-Marc Jancovici constate que la diminution des combustibles fossiles est inéluctable, cependant que leur utilisation aggrave le réchauffement climatique : il parle ainsi de . Il ne sait si la pléonexie va s'imposer, ou une coopération à l'échelle mondiale en vue d'une modération volontaire (« sobriété ») qu'il appelle de ses vœux..

Recherche La recherche s'intéresse aux conditions individuelles, sociales et politiques qui empêchent la consommation mesurée. Elle étudie comment il est possible de viser une consommation mesurée. Cela comprend la façon dont le comportement de consommation de la société de gaspillage () et l'articulation de la perception du bien-être aux biens matériels peuvent être modifiés. Et cela inclut les conséquences sur la structure économique et sur la croissance d'un agissement mesuré des ménages, entreprises et institutions.

Le congrès de 2011 de l'Association allemande pour une économie écologique place la sobriété au cœur d'un champ de contraintes entre le bonheur et le renoncement Jubiläumstagung 2011: „Suffizienz: Verzicht oder Glück!?“. Tout comme l'éco-efficience, la sobriété n'est pas exempte d'effets rebondBlake Alcott : , Ecological Economics, 64, 2007, , ..

La recherche évalue encore quelle part de sobriété, à côté de l'efficience et de la consistance, est nécessaire pour atteindre la protection efficiente de la nature. Les effets rebond constituent une menace et justifient la sobriété, tout comme le changement climatique, la diminution des ressources et la perte de biodiversité.

L'Académie des technologies estime qu'en matière de réchauffement climatique, la . De manière plus générale, elle affirme que la ..

Institutionnalisation politique

vignette|alt=Diagramme décomposant les moyens de lutte contre le changement climatique : atténuation (elle-même décomposée en sobriété et découplage), troc et rétroaction stabilisatrice. |Moyen pour freiner le franchissement des limites planétaires. : la sobriété économique. et le découplage concourent à l'atténuation.. L' associe, de façon schématique, la sobriété à la décroissance et le découplage à la croissance verte.

Selon le professeur de sciences politiques Bruno Villalba, la sobriété est indispensable pour atténuer les irréversibilités du système Terre dues au franchissement des limites planétairesPar exemple, le changement climatique conduit à une perte de biodiversité, non pas en pente douce, mais par paliers irréversibles. Fiona Harvey, Wildlife destruction 'not a slippery slope but a series of cliff edges', The Guardian, 8 avril 2020.. Il cite le politiste William Ophuls, qui préconisait déjà la recherche d'un .. L'articulation entre les actions individuelles, qui, pour utiles qu'elles soient, restent insuffisantes, et la société conduit Villalba à proposer une institutionnalisation de la sobriété. Elle pourrait prendre la forme de cartes carbones, taxes carbone ou rationnement.. Les politiques de sobriété sont nécessairement une politique du , ou une . La sobriété n'est pas heureuse, mais il reste possible d'en bâtir un récit positif..

La consommation énergétique des personnes est fortement corrélée à leur niveau de richesse. Paradoxalement, le coût élevé de l'énergie est plus supportable pour les plus riches que pour les plus pauvres. Aussi les plus aisés préfèrent-il un système de taxes là où les moins aisés préfèrent un système de rationnement ; dans ces conditions, l'acceptation sociale passerait plutôt par le rationnement..

Instrument d'atténuation du réchauffement climatique Accord de Paris La Fondation pour la nature et l'homme ainsi que l'association négaWatt regrettent que la sobriété ne fasse l'objet d'aucune mention dans le cadre de l'accord de Paris. En effet, selon eux, les énergies renouvelables ne sauraient s'ajouter à la production actuelle d'énergie : elles doivent s'y substituerLa sobriété énergétique, pièce cachée mais essentielle du puzzle d’un accord ambitieux et équitable , communiqué de presse, association négaWatt et Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l'homme.. Pour ce faire, la seule voie possible est celle de la sobriété.

Sixième rapport d'évaluation du GIEC

Le troisième volet du sixième rapport d'évaluation du GIEC, paru en 2022, identifie la réduction de la demande comme un instrument majeur d'atténuation. Celle-ci peut être obtenue à la fois par l'adoption de technologies bas-carbone ou offrant une meilleure efficacité énergétique, par des changements dans l'utilisation des infrastructures, et par des transformations socio-culturelles. La sobriété, en énergie comme en matériaux, est explicitement évoquée dans le du rapport, consacré au secteur du bâtiment.....

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