La bataille d'Elhri (en amazighe : ⴰⵎⵜⵡⵉ ⵏ ⵍⵀⵔⵉ - Ametwi en Lehri), appelée en France affaire de Khénifra ou combat d'El-HerriAffaire de Khénifra, est une bataille qui a opposé l'armée française contre les tribus des Zayanes et des Chaouïa près du village d'Elhri (ou Lehri) à environ au sud de Khénifra au cours de la « pacification du Maroc ». La bataille d’El Hri est menée par Moha Ouhammou Zayani en compagnie des habitants de Zayane et des autres tribus avoisinantes.
La bataille s'est soldée par une victoire des Zayanes et des Chaouïa face au colonel Laverdure le Grandeur et servitudes marocaines page 827. La bataille d’Elhri est, selon les autorités militaires françaises, un des plus grands revers connus par l'armée française au cours des campagnes en Afrique du Nord.
Occupation du Moyen Atlas Le général Lyautey déclare, le , que la tribu des Zayanes constitue un grand danger pour les positions françaises alors un des principaux soutiens aux tribus Chaouïa lors de la campagne de la Chaouïa qui se soldera par cette bataille, l’objectif étant de resserrer l’étau autour de cette ville qui constituait un avant-poste pour la résistance. Cette bataille fera la passerelle sur la guerre des Zayane. Il est de son devoir d'éliminer les Zayanes installés sur la rive droite de l'oued Oum Errabiaa. Après cette déclaration, un plan d'actionProblème de l'Atls :Extrait du journal le Temps du 15 avril 1914 pour occuper la tribu des Zayanes est préparé sous la responsabilité du général Henrys. C'est ainsi que le , trois colonnes partent simultanément de trois points différents, la première de Kasba-Tadla au sud-ouest de Khénifra, commandée par le colonel Garnier Duplessis, la seconde de l'ouest, commandée par le colonel Cros et la troisième d'Ifrane au nord. Elles font irruption dans la cuvette de Khénifra et s'en emparent après un combat acharné. Cette opération avait pour but de supprimer un élément permanent de trouble et de désordre au milieu des tribus soumises (Mouhande N'Hmoucha d'El Hajeb, Mouha Ou Saïd Ouirra à El Ksiba…), d'assurer la liaison directe des villes du Nord et du Sud, et de permettre d'exercer une action politique sur les confédérations indépendantes de la montagne.
À la suite de l'occupation de Khénifra par les troupes françaises, Mouha ou Hammou Zayani installe son campement à une quinzaine de kilomètres de Khénifra, aux abords du petit village d'Elhri, loin de la portée des canons. Le poste de Khénifra est commandé par le lieutenant-colonel Laverdure.
Contexte historique Plan d'action dans le cadre de la pacification L'Europe embrasée par la guerre, les autorités coloniales se trouvent devant le problème de soumettre le protectorat marocain pour compenser la supériorité allemande. La France voyait dans le Maroc un pays contributeur à la guerre, mais insoumis. Une grande partie du pays menant une lutte acharnée contre l'occupant, le gouvernement de Paris décide d'envoyer toutes les troupes stationnées au Maroc dans les ports atlantiques ; ce qui implique à la fois l'abandon des postes avancés répartis dans le territoire marocain et de garder les axes stratégiques qui mènent au Moyen et au Haut Atlas.
Cette opération entre dans le cadre de la politique militaire dite de « jonction » entre le nord et le sud du Maroc. Kénitra-Meknes-Fez, sous le commandement de Charles Émile Moinier (à la tête d'une armée de ) et Henrys, commandant en chef des Territoires du Nord, à Meknès. Oujda-Taza-Fez, sous le commandement du général Baumgarten, commandant les troupes du Maroc oriental, à Boudnib Casablanca-Tadla, sous le commandement du colonel Charles Mangin.
Cette décision du gouvernement de Paris peut mettre en péril les troupes restantes au Maroc et fragiliser la présence française. L'inquiétude de Lyautey l'oblige à s'exprimer ainsi : « Si nous commençons à évacuer, nous sommes fichus, si nous lâchons la moindre partie du front (...) ce sera la boule de neige », avec 20 bataillons il continuera sa conquête du Maroc dans une situation quasi périlleuse. Lyautey s'engage à mener une guerre contre les redoutables tribus arabes et berbères (Beni-Snassen, Chaouïa, Doukkala, Rahmna, Abda, Sraghna, Zaër, Zayanes, Ichikirne, Aït Atta, les Aït Seghrouchens (Sidi Rehou), les Ait Attas (Assou Oubasslam);, Ait Hdiddous, Aït Sadden, Aït Ndhirs (Beni M’Tir) sous le commandement de Mohand N'hamoucha, les Ait Ouirra dont le chef est Mouha Ou Saïd Ouirra (El Ksiba), Sidi M'Ha Ahansali fameux chef marabout de la zaouïa d'Ahansal (Région d'Azilal : tribu des Aït Messat)Soumission de M'ha Ahansal. etc., sensibilisés par la propagande de Constantinople (alliance turco-germanique) qui prêche la guerre contre les roumis (chrétiens).
Cependant, l'aide aux rebelles par les services secrets allemands et espagnols ne tarde pas à faire effet par l'approvisionnement en armes.
Sous la conduite du maréchal Lyautey devenu résident généralLe maréchal Lyautey a personnifié la présence française au Maroc. Il y a surtout renforcé l’autorité de la monarchie., après l'établissement du protectorat français sur le Maroc, l'armée française lutte contre les tribus berbères, dans le cadre de la pacification du Maroc. Le colonel Charles Mangin est un des principaux acteurs de cette guerre coloniale. Il mène l'offensive contre les tribus rebelles de la Chaouïa et du Moyen Atlas et cherche à s'emparer des plateaux du Tadla (campagne de la Chaouïa) et de Beni Mellal (campagne de la Chaouïa) et vise ainsi à contraindre les tribus Zayanes à se réfugier dans les montagnes afin de les empêcher d'intervenir dans la lutte contre les Chaouïa. Stratégie qui consiste à isoler le contingent des Zayanes du théâtre des opérations militaires. Avec l'avancée des troupes venant de Taza et Boudnib (Tafilalet) l'étau se resserre sur les Zayanes et la prise de Khénifra devient imminente : elle sera marquée, en , par la soumission du Pacha Hassan Amahzoune au général Poeymirau.
L'offensive appuyée par l'artillerie du d’artillerie de montagne, débarquée à Casablanca le , semble irrésistible. L'armée française déploie toute la panoplie des nouvelles armes à sa disposition : mitrailleuses, artillerie …
Les bastions de résistance de la Chaouïa tombent les uns après les autres : Mediouna, le ; Oued Zem le ; Tadla ; Beni Mellal. Elkssiba tombe aussi le , devant les forces du colonel Gueydon de Dives malgré les attaques de Mouha Ou Said et Mouha Ou Hammou Zayani.
La défaite des rebelles, avec 400 morts, le devant Khénifra, puis la prise de la ville le 13, semble avoir seulement marqué la défaite de la résistance au Moyen Atlas. Les tribus Zayanes, bien qu'engagées n'ont pu empêcher Mangin d'atteindre ses objectifs, et la prise de Tadla et Boujaad durant la campagne de la Chaouïa, les laissent isolées au sein de leurs montagnes. « Notre offensive a vivement impressionné les tribus de la montagne » déclare le colonel Mangin et il félicite les hommes du d’artillerie de montagne, par ce télégramme : « - Bravo ! Toute ma satisfaction : Primo - pour la vigueur du coup et le brillant succès; Secundo - pour ne pas vous être laissé entraîner et avoir compris qu'il fallait rejeter Moha Ou Hammou dans le pays Zayane sans y pénétrer ; Tertio - pour avoir repris à Sebt Dechra Braksa, Khouribga (campagne de la Chaouïa) une position vous permettant aussi bien de vérifier et provoquer soumission que vous porter sur tout autre objectif qu'il y aurait à briser. Mes félicitations aux vaillants troupiers qui ont fourni un tel effort »(Extrait du Journal des marches et opérations de la du Régiment d’Artillerie de Montagne pour la période du 6 septembre 1912 au 16 octobre 1913 écrit par Ch. Mangin à Kasba Tadla, le 13 juin 1913).
Campagne de Khénifra Première phase vignette|droite|Le Q.G de Mouha Ou Hammou Zayani à Khenifra, deux mois avant l’attaque d’Elheri. vignette|Mouvement de troupes, Khénitra, 1914. Cette opération entre dans le cadre de politique militaire dite de "jonction" entre le nord et le sud du Maroc. L'offensive est appuyée par les moyens du d'artillerie de montagne débarqué à Casablanca le et semble irrésistible. L'armée française déploie toute la panoplie des nouvelles armes à sa disposition : mitrailleuse, artillerie, aviation, … opérations menées par le général Charles Mangin venant de Tadla et comme poste d'appui la garnison de Sidi Lamine, l'autre venant de Meknès commandée par Henrys et comme postes d'appuis : camp du caid Itto près d'Azrou, camp de Timahdite et de Aïn Leuh. L'occupation de Khénifra est imminente, l'assaut fut prévu le . La prise de Khénifra (1914) est signalée par la poésie dans ces vers : Mouha Ou Hammou quitta Khénifra pour s'installer à Elhri. a- han Mohamed Ouhammou bu wfala enna tezrit b- Iffegh Khnifra our yad iqqimi exs irumin a- Vois-tu, Mohamed Ouhammou le guerrier que tu connais b- A quitté Khénifra, ne s’y trouvent qu’ irumin : (les Français) Au cours de la bataille d'Elhri deux femmes de Mouha ont été enlevées, il s'agit de Mahjouba et de Tihihit, sa troisième femme fut tuée : Mimouna Nhmad. Le poète signale cet incident par ces deux vers. a-An ammer iwghrib en Mahjouba oula Tihihit b-Ed idammen en Mimouna N Hmad innghall i tissi a-Pleurons le calvaire de Mahjouba et de Tihihit b-Pleurons le sang de Mimouna N Hmad versé dans le lit
Deuxième phase Mouvement des colonnes marchant sur Khénifra après la bataille d'Ehri le 13 novembre 1914 (lire sur la carte : Adekhssal au lieu d'Adersan, Elkbab au lieu de Kebbat, El Bordj au lieu de Bordi, Taghate au lieu de Teguet.)|thumb|alt=A map showing the settlements and French outposts to the north-west of Khénifra and the route of three French columns approaching the town from the west, north and east Après la bataille d'Ehri et dans le cadre de venger la défaite française devant les Zayans de spahis., une opération de grande envergure fut lancée, trois colonnes de troupes avec un effectif de hommes venues en hâte pour rétablir l'ordre, équipées d'armements modernes(radios sans fil,…), appuyées par les avions de reconnaissance.
Avec la participation de trois colonnes venues en renfort de : Meknès sous le commandement du lieutenant-colonel Henri Claudel. Rabat sous le commandement du lieutenant-colonel Gaston Cros, en passant par Oulmes-Moulay Bouazza-Azziar puis Khénifra. Tadla sous le commandement du colonel Noël Garnier-Duplessix. Henrys a pris le commandement général, de diriger les forces d'un véhicule blindé dans la colonne de Claudel, en présence du Général Lyautey, venu pour remonter le moral aux soldats rescapés du massacre. Le Bataillon de Tirailleurs SénégalaisLe 10e Bataillon de Tirailleurs Sénégalais. venu en urgence le pour récupérer les corps des morts de la bataille d'Elhri.
Troisième phase La prise définitive de Khénifra, le , par Henrys et ses collaborateurs est marquée par la soumission du futur Pacha Hassan Amahzoune et ses frères au général Poeymirau. vignette|Pacha Hassan promu caïd après sa soumission au général Poemyrau.
La bataille d'Elhri Préparatifs de la bataille vignette|Carte de Khénifra, Elhri et alentours.
Le
Dans une réunion présidée par le colonel Laverdure, chef du territoire Zayan avec la présence des officiers supérieurs, le commandant de la cavalerie, de l'artillerie et le chef du service des renseignements (le capitaine Ract-Barcaz était à El Ksiba en 1913 et fut blessé à Elhri), il a été décidé en grand secret avec la majeure partie de ses forces divisées en 4 groupes, d’exécuter par surprise un coup de main sur le campement des Zayanis et Chaouis situé à Elhri ( au sud-est de Khénifra) et de le razzier à fond. Le départ étant fixé à 2 h 30 du . Le , le colonel Laverdure n'a pas tenu compte des négociations engagées avec Mouha Ou Hammou.